‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 16 sur 330 · GRECQUE. — T. II · texte numérisé non relu

GRECQUE. — T. II

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tion du fronton occidental nous apparaît sous un jour nouveau. Les deux divinités qui se disputent l'Attique ne sont pas des ennemis irréconciliables. Âtliéna triomphe ; mais Poséidon n'est pas expulsé de l'Acropole, et les Athéniens le savaient fort bien, eux qui sacrifiaient sur son autel. Dans les deux camps rivaux, Athènes reconnaissait ses héros nationaux, et ainsi, loin d'éveiller l'idée d'une invasion violemment repoussée, la scène était conçue dans un sentiment très large de conciliation et d'apaisement.

Nous avons dû analyser en détail, ou plutôt déchiffrer pièce par pièce les débris mutilés des frontons du Parthénon. Mais ces vastes compositions ne prennent toute leur valeur que si on les replace dans leur cadre naturel. Subordonnées aux exigences de l'architecture, elles faisaient corps avec l'édifice ; c'est là seulement, dans leur cadre triangulaire, que leurs lignes se déployaient avec leur harmonie savante. Si l'on essaie de les restituer par la pensée, combien d'éléments nous échappent! Il faudrait leur rendre le fond coloré, le ton uni, bleu ou rouge, sur lequel elles se détachaient, les accessoires en bronze, rehaussés de dorure, tels que les sceptres , les armes , les rênes des chevaux ; il faudrait surtout délivrer ces marbres glorieux de la patine enfumée qui les déshonore, leur rendre les caresses de la lumière dorée qui les baignait d'une chaude clarté, et les replacer dans le radieux décor que font au Parthénon les fins contours des montagnes de l'Attique.

L'étude des frontons fait surgir une grave question. Quelle part revient à Phidias dans la conception et dans l'exécution de ces grands ensembles? Certes il serait chimérique de reconnfâtre partout la main du maître. Qu'on prête à Phidias une prodigieuse activité; l'imagine-ton néanmoins sculptant plus de quarante figures plus grandes que nature, alors qu'il exécutait la statue de la Parthénos, et que la surintendance effective, sinon officielle, des travaux de l'Acropole réclamait toute son attention? D'ailleurs nous avons noté dans les frontons des divergences de style qui attestent des mains différentes. L'auteur du groupe des Parques traite la draperie avec un raffinement qu'ignore l'auteur de la Déméter et de la Coré; celui du Dionysos a une facture large et simple qui manque au sculpteur du soi-disant IKssus. Certains critiques ont été plus loin encore. M. Puchstein refuse à Phidias toute

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LE PAETHENON. fil

participation aux sculptures des frontons ', En les comparant aux copies de la Parthénos, il y relève, notamment dans le style des draperies, des dissemblances notables, et attribue les frontons à une école qui réagit déjà contre l'influence de Phidias *. Mais peut-on s'autoriser de ces divergences pour en tirer une conclusion aussi radicale? Il n'y a guère de comparaison à établir entre des marbres originaux et de médiocres copies d'une statue chryséléphantine ^ et d'ailleurs la Parthénos ne saurait réunir pour nous tous les caractères du style de Phidias. Ou est plus près de la vérité, croyons-nous, en restant d'accord avec les idées courantes, qui, pour n'être pas neuves, ne sont pas nécessairement fausses ; en admettant que si le maître athénien a pu avoir des collaborateurs, la composition lui appartient, comme le style est celui de son école. Qu'on y réfléchisse un instant. Il n'y a pas là seulement une simple question de technique, ou d'habileté professionnelle ; il y a encore une véritable évolution, d'une portée telle qu'on n'en saurait faire honneur à des maîtres de second rang. Le caractère ie plus frappant de l'art des froatons, c'est l'apparition d'un sentiment tout nouveau, qui répudie les vieilles formules léguées par l'archaïsme, et donne aux types divins uo charme inconnu jusque-là, en les rapprochant de l'humanité, en leur prêtant, sans les faire déchoir de leur noblesse, l'abandon et les attitudes aisées de la vie familière. Au rigide Apollon du fronton ouest d'Olympie, comparez le Dionysos, si naturel dans sa pose de bel éphèbe au repos, la jeune Parque si gracieuse dans son exquise nonchalance; vous sentirez qu'une grande âme d'artiste a ouvert pour l'art une source d'émotions encore ignorées, et fait passer dans ces corps divins le souffle d'une vie nouvelle. Qu'importe après cela que tel praticien ait tenu le ciseau? Imaginons Phidias concevant

1, 0. PucliBteiii, -Die Parlhenonscutpiaren, Jahrhuah des aroh. Imt, V, IS90, p. 79-117. M, Furtwaeng-ler a réfuté très justemeat la théorie de Puchalein. Meisterinsrkc, p. 73.

2. Le même savant avait fait une mtéresaante obsercation de technique. Suivant lai, las figmes des frontons sont travaUlées au foret, tandis que les métopes, plus anciennes, ne trahissent pas l'emploi de cet outil. An dire de Pausanias (I, 36, 6), Cailimaqne l'aurait le premier employé pour tcavaiUer le marbre. Cf. 0. Pnohstein, Phildos- Wnchenachrift, 1890, p. 194 et S. Reinach, Ch-oniqaei d'OrKitt, p. 607. Cailimaqne est nu artiste de second ordre, très habile praticien, et qui appartient à la seconde moitié du cinquième siècle. Kais de ce fait, on ne sanrait guère tirer qu'une conclusion : c'est qne la méthode inventée par Callimaque tombe dans le domaine public vers le temps où les frontons sont eiéoutéa.

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le plan des frontons, exécutant les modèles en terre, distribuant la tâche aux sculpteurs de son atelier ; nous n'en saluons pas moins dans les marbres du Parthénon la pensée du maître, traduite par des disciples respectueux, et tout pénétrés de son enseignement.

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