‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 168 sur 330 · LA SCULPTURE IJKCORATIVE ET LA SCULPTURE FUNÉRAIRE EN ATTIQUE · texte numérisé non relu

LA SCULPTURE IJKCORATIVE ET LA SCULPTURE FUNÉRAIRE EN ATTIQUE

L'Athènes du quatrième siècle ne connaît pas les grands travaux d'art qui exigeaient, comme jadis au Parthénou, la collaboration de l'architecte et du sculpteur. On n'y voit pas s'élever de . ces temples dont les frontons, les métopes et les frises offrent à la sculpture monumentale un vaste champ. Pendant les douze années que dure l'administration de Lycurgue, de 338/7 à 326/5, il se produit, il est vrai, comme un renouveau d'activité; Lycurgue fait construire le gymnase du Lykéion, le stade panathénaïque, l'Odéon, les gradins du Théâtre de Dionysos ; il fait réparer, au port militaire du Pirée, les loges destinées à abriter les trières, et achève l'arsenal maritime, la Skeuothèque, commencée sur les devis de l'architecte Philon '. Mais si ces travaux contribuent à embellir la ville, ou à développer sa puissance, ils intéressent surtout l'histoire de l'architecture; nous n'avons pas à y chercher la part de la sculpture décorative. C'est en Asie Mineure, au Mausolée d'Halicarnase, que nous avons vu à l'œuvre les sculpteurs attiques.

A défaut de commandes faites par l'État, le luxe des particuliers fournit au talent des artistes bien des occasions de s'exercer. Jamais on n'a déployé une telle richesse dans les monuments privés qui rappellent soit des gestions de charges publiques; soit des victoires remportées aux différents concours ouverts dans les grandes fêtes religieuses. Il est facile de s'en convaincre, en considérant un des types les

1. Curtius, StadtseacMchle von Atkin, p. 314 et Suit. Diîrrbaoli, L'oraUsr Lyanrgae, p. 103 et shît.

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ses LE QUATRIEME SIECLE.

plus remarquables, celui du monument choragique. On sait ce qu'il faut entendre par là. C'était an honneur assez coiiteux que la cliorégie. L'Athénien dfîsigné par les épimélètes de sa tribu pour organiser et taire instruire à ses frais un des chœurs qui prenaient part aux concours des Dionysies, devait appartenir à la classe la plus riche. Vainqueur et couronné au nom de sa tribu, il était tenu de consacrer à Dionysos le trépied reçu en prix. Au cinquième siècle, rien de plus modeste que la forme du monument choragique : le trépied de bronze, dont le type et les dimensions sont invariables, est posé sur une simple base, que supporte un soubassement avec un on deux degrés \ Bientôt l'usage s'introduit de consacrer le trépied dans un petit temple; ces édicnles débordent hors du téménos de Dionysos, se groupent, sans beaucoup d'ordre, sur les deux côtés de la rue qui conduit du Dionysion au Prytanée, et qui est appelée « la rue des Trépieds » ; ils finissent même par envahir les pentes rocheuses de l'Acropole. Les chorèges rivalisant de luse, les monuments choragiques affectent des formes plus ambitieuses; ils prennent l'aspect d'un temple à façade dorique, comme ie monument élevé par Nicias, en 320/19, près du Pyrgos d' Athéna Niké", ou se transforment en im édifice orné d'un portique, comme le monument de ïhrasylios, vainqueur en 320 avec un chœur d'hommes ^ D'autres fois, c'est un édifice de forme circulaire. Tel est ie cas pour le monument consacré par le chorège Lysicrate, fils de Lysitheidès, de la tribu Acamantide, vainqueur en 335/4, avec un chœur d'enfants.

Personne n'ignore que le monument de Lysicrate est encore debout, comme au temps où le jésuite Babin le signalait dans la maison des Pères capucins, et recueillait naïvement la légende qui lui a longtemps valu le nom de Lanterne de Démosthènes': A différentes reprises, en 1831 et en 1878, il a été seulement consolidé, isolé et dégagé des terres qui en avaient envahi la base. Entièrement construit en marbre, l'édifiée a la forme d'un petit temple rond, avec sis colonnes à chapiteaux corin-

1. Ainsi le trépied figuré sur un vas« de la collection Blaoas, au British Muséum, Panotfea, Muses Blacai, pi. L Cf. Reiaeh, Grieohiache WeHigeidienîe, Vienne, 1890, p. GS et snivantea.

2. Doerpfeld, MUiheU. Athen, X, 1885, p. 319, pi. VIL S. K Eeisoh, MiUhea. Alhen,XIU, 1888, p. 383.

i. De Laborde, JïSènes aux XV, X7I' et XYSI" aiècla.l, p. 201. "Wacliamutli, SioJi ^K/ieujI.p. 7W.

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tliieas- Les entrecolonnements étaient fermés par des plaques de marbre au-dessus desquelles des plaques plus petites, sculptées en léger relief, montraient des reproductious du trépied placé au sommet du monument. Le toit, dont la courbe est évidée, offre l'imitation d'une couverture en tuiles de marbre. Du centre jaillit hardiment le support du trépied, un fleuron malheureusement découronné de ses élégants rinceaux (fig. 187)'. L'entablement a gardé sa frise sculptée en relief, représentant un épisode de la légende de Dionysos : la métamorphose en dauphins des pirates tyrrhéniens qui avaient eu l'audace de s'emparer du dieu. Un hymne homérique nous a conservé une version de cette légende; mais le sculpteur de la frise paraît en avoir suivi une autre, un peu différente, et tout porte à croire qu'il s'était inspiré du dithyrambe couronné. Ainsi s'explique, croyonsnous, la place très importante faite dans la composition aux Satyres qui forment le cortège de Dionysos. Le centre de .la scène se trouve juste au dessus de l'inscription qui rappelait la victoire de Lysierate -. Tandis que le dieu, assis sur un rocher, joue avec sa panthère familière, deux Satyres assis se reposent, et le regardent ; deux autres puisent à des cratères remplis de vin (fig. 187). Plus loin, la lutte est engagée entre les Satyres et l'équipage

1. Voir Stuart et Revett, Ântiguttiei o/ Athens,I,p. 32 suit. E.ReUoh, ouvr. c'Ué, p. 102, Jane Harrison, ihjth, anà Mort, of anc. Athins,s. S44. Une reetauration due iiM. Loviot est encore iaédîte. '

2, Pour les bas-relief 9 de la frise, ydic-.AntigitUieaof Athem,J,i;A«cientmarUei, IX, pi. 22-26; De Cou, Americiiit Journal of A rehaeolog!/, VIII, 1898, pi. II-III, p. 42-ô5.Nos dessins sont eséoutés d'après dea moulages.

'hlr!'ffffii''''li'

Fig. 187. — Le monument ctoragiqne de Lj-siorate. (Athènes,)

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368 Li: (JUATRIKME SIECLE.

du vaisseau pirate (fig. 189, AetB). Alertes et rapides, les compagnons de Dionysos poursuivent les Tyrrhéniens, les assaillent avec des thyrses, des torches enflammées, des branches arrachées à desarhres; ils les terrassent et les garrottent. Çà et là, un être au corps d'homme et à la tête de dauphin se précipite dans la mer, comme un plongeur : c'est la métamorphose qui s'accomplit. L'auteur de la frise l'a traitée comme une sorte de vignette de marbre : relief léger, et pourtant souligné d'accents nerveux avec quelques sécheresses; personnages très espacés, pour donner plus de clarté à la composition. Beaucoup de vie et de mouvement dans ces pétulantes figures de Satyres qui courent et s'agitent à qui mieux mieux. Toutes proportions gardées, on retrouve ici la même verve que dans les frises du Mausolée, et s'il fallait indiquer un nom d'artiste, on pourrait désigner un des collaborateurs de Scopas, peut-être Léocharès '.

Les ex-voto agonistiques, dédiés en souvenir de victoires, prennent au quatrième siècle des formes très variées, et l'examen détaillé des différents types dépasserait les limites de cette étude'. Nous signalerons seulement deux bas-reliefs qui ' appartiennent certainement à cette époque, et nous renseignent sur la moyenne de l'art

.iTojons le lecteur au travail déjà t

, Cf. Loeachcke, Jahi-b. des arch. Tint., 188S, p. 1 ;é de M. EeiEci, GrieolmclK WaihgeacMnhe.

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), A. — Les Satyres et les pivates tyrrhénieiis. Fragment de la, irise dn monument choragiquc de Lvs

Fig. 1 S9, B. — Les Satyi-cs et les pirates tj-rihàniens, Fragment ds la fi

it elioragiquc de Lysic

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décoratif dans les ateliers attiques. Ils ont été trouvés par Beulé snil'Acropole d'Athènes, et décoraient la base d'un ex-voto consacré après une victoire panathénaïque '. Sur l'un d'eux est figuré le chœur des danseurs pjrrbikbistes , coiffés du casque, armés du bouclier, et s'avançant en file avec un mouvement de danse d'un rythme uniforme. L'autre face montre deux groupes de spectateurs, sans doute les magistrats juges du concours. Le monument est daté par la mention de Tarchontat de Képhisodoros ; il a donc été exécuté, soit en 366, soit en 322, puisqu'il y a eu deux archontes de ce nom ". Mais la date la plus basse convient mieux à cette sculpture d'un style facile, qui représente assez bien la production courante de la sculpture industrielle. Dans cet ordre, nous devons surtout prêter attention aux monuments datés. Or, nous en trouvons des spécimens dans les bas-reliefs sculptés en tête des décrets officiels, suivant un usage déjà pratiqué au cinquième siècle. En 347, les Athéniens votent un décret renouvelant aux fils de Leucon, le souverain du Bosphore, les honneurs et les privilèges conférés à leur père. La stèle et le basrelief qui la décorait ont été retrouvés au Pirée ". Les deux fils aînés de Leucon, Spartocos et Pairisadès, sont assis dans une attitude solennelle ; le troisième, Apollonios, est debout près d'eux, dans la pose élégante que les sculpteurs ont adoptée dès le cinquième siècle pour les figures au repos. Avec une saillie plus accusée dans le bas-relief, on reconnaît ici les procédés de composition déjà familiers à l'école de Phidias. S'étonnerart-on que la sculpture industrielle respecte des types devenus en quelque sorte traditionnels?

Des stèles officielles, descendons jusqu'aux monuments les plus modestes, jusqu'aux petits tableaux de marbre sculptés en relief, que la piété des dévots multiplie dans les sanctuaires. Ex-voto à Asclépios, avec le cortège des adorants (fig. 190), bas-reliefs votifsàPan et aux Nymphes, montrant le choeur dansant des Nymphes conduit par Hermès ', ce sont là des types connus par de nombreux exemplaires. Rien de plus fréquent que le genre de tableau votif désigné d'habitude sous le nom de

i, B^xûé,l'Acri¥ole ^ Athènes, ïl, pi. 4, f. B15. Jane Harrison, jffyï^. and Mon. of aiic. Athens.p. 347. ■ 3. 3ull.âecmTesp.hellé«.,USI,p\. Y, p. 194-196. 3. Pottier, Buïl. de correip. M!4n., 1861, pi. 7, p. 849. Le Eas-Eemach, Mou.fg., pi. 59.

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LA SCULPTURE DECORATIVE EN ATTIQUB. 371

« lianqiiet ftmèbre ï), et dont le type est reproduit au quatrième siècle avec uae singulière persistance. Dans im encadrement architectural, est représenté un couple d'ancêtres héroïsés, l'homme couché sur un lit de festin devant une table chargée de mets, la femme assise au pied du lit; un serviteur s'empresse auprès d'un cratère ; plus loin la famille des donateurs s'avance solennellement vers le couple. Dérivée d'mie conception très ancienne, celle du culte . rendu aux morts par les survivants, cette scène trouve au quatrième siècle une formule plastique

assez générale, assez impersonnelle, pour se prêter à des applications diverses, et l'on dédie ces ex-voto aussi bien aux défunts héroïsés qu'aux divinités chthonieunes, ou aux couples divins conijne Asclépios et Hygie '. Exécutés par de simples marbriers, souvent avec négligence, ces bas-reiiefs n'ont qu'xme médiocre valeur d'art; pourtant à voir le style, les procédés de composition, on sent que les plus humbles praticiens n'échappent pas à l'influence des meilleurs modèles.

Nulle part le luxe privé ne se manifeste avec plus d'ostentation que dans la sculpture funéraire. Aussi, à la fin du quatrième siècle, l'Etat

I. Voir, poiu-l'iiiterprétation du banquet funèbre, Perej Onxdnei:, Joarnai o/Se!l Smdies, lSSi,p, SOr/. Vottia; Bull, de corretp. hdlén., 1886, p. 31G. F uttwaengler, Co/i. Saboarof, Introduction, p. SI et sui-

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doit-il prendre pour ie combattre des mesures énergiques, et un décret rendu par Démétrios de Phalère, entre 317 et 307, restreint à quelques éléments très simples la décoration des sépultures'. Jetons un coup d'œil sur une nécropole attique au temps de Démosthëne, c'est-à-dire à l'époque oîi les opulentes familles d'Athènes rivalisent de faste pour consacrer le souvenir de leurs morts, et où l'on dépense jusqu'à deux talents pour la construction d'im tombeau. On y reconnaît des formes de monuments déjà créées an cinquième siècle, mais développées et enrichies avec l'art le plus savant. C'est d'abord la longue stèle, ornée de rosaces, que couronne un anthémion où s'épanouissent des rinceaux et des feuillages d'acanthe; c'est le monument figurant une sorte de petit temple, ou naïskos;ce sont les vases sculptés en marbre, lécythes ou loutropiiores '. Ces derniers, réservés aux jeunes gens morts avant le mariage , ont remplacé les amphores de terre peintes déposées autrefois sur les tombeaux' ; mais quelle recherche d'élégance et quelle fantaisie accusent le caractère élancé des formes, le jet hardi des anses qui s'attachent en fines volutes au coi grêle et mince (fig. 191)! Comme la plupart des loutrophores, les lécythes de marbre ofïrent, sculptées en relief, les scènes funéraires habituelles; nous citerons seulement un des plus beaux, celui où l'artiste a représenté Hermès emmenant une jeune morte, Myrrhine, qu'il sépare du groupe des survivants, et qu'il entraîne, silencieuse, résignée, vers les régious infernales (fig. 192) ^

Nous devons surtout considérer les grandes stèles ornées de reliefs, qui nous montrent le développement d'un type déjà en usage au cinquième siècle. Encore très simple au temps de Périclès, l'encadrement prend un caractère architectural de plus en plus marqué, le fronton s'avance avec une forte saillie, et les pilastres, autrefois effacés, se profilent vigoureusement comme des antes. La stèle prend l'apparence d'un édicule ; sur la paroi du fond, les figures sculptées se détachent en très fort relief, quelques-unes même presque en ronde bosse ^ Dans ce cadre ainsi modifié, les figures se pressent plus

Cicéi'On, de Legi^m, II, 20-66. Of. Biiictner, Ortiament and Forin der attiscliea Graèatelen, p. 1-3.

Voir poiil les types de loutrophorea à reliefs, AUiache Graireliefa, pi. LVI.

Voie Woltsn, Mittheil. Athen.,XYl p. 391 et notre article, Jfmi. e! Mémoires, I, p, 49.

EaT^sson, Gas. arch , I, pi, TU, p. 21. Koehier, Mittheil. Atlien, TV, p. 183.

Sur les caractères généraux des stèlee du quatrième eiàole, voir Bcticknei-, atm. ailé, p, 73-85. Furt-

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LA SCULPTURE DECOEATIVE EN ATTIQUB. ^.T^

nombreuses. A la simple ima^e du mort, représenté seul ou avec uu personnage accessoire, on voit se snlstitiier de véritables tableaux de famille , avec des per onnages ^ [ e s r pliisieurs plans. Une stèle encore en place dans la nécropole du Céramique , celle de Korallioii femme d'Agathon, nous offre un exemple remarquable de ce procédé de composition (%. 193)'.

Les deux figures principales , celles de Korallion et de son mari Agathon, occupent le preniierpian. Lajeune femme, assise sur un siège très simple, serre la main de sou époux, et lui tient le bras avec un geste affectueux. Au second plan, dans l'ombre projetée parle fronton , un homme d'âge mûr et une suivante assistent à la scène d'adieu.

Entraînée par le mouvement général de la peinture et de la plasti-

1J3 — Le Tase de MjiihinE en ^uarbic collection piivéc)

■, Coll. Sabowoff, Introd., p, iS et stiiv. Michaelis, Z l. AU. GrairelU/s, pi. 2CVIII p. 95, 11° 411.

b-ijî fur lild. Kimiil,, X, F., IV, p. 3:j0

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374 LE QUATKIÈME SIÈCLE.

que, !a sculpture funéraire devient aussi plus expressive, et trouve des accents imprévus pour traduire la résignation devant la mort, le deuil

- stèle funéraire ûe Korallioii, femme d'Agathon (Atht

iccopole ia Céramique ) .

des survivants, les espérances de réunion. Ici, comme dans la stèle de Phrasikléia ', c'est une femme élégante qui, groupée avec sa fillette,

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