Visconti, Mon. Gab., 23. BooUlon, n
4. Voir EabeloD, Cabinet des Aiitiqaes, p. 216, et Caial. des bronses de la Bibl. naiianaUj ir^ 821-
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la réalité et de la vie. On citait de lui un taureau de bronze, transporté à Eome, un lion tombé, enlevé à Lampsaqae par Agrippa, des quadriges de toute nature; Que de fois, dans sesgroupes équestres, n'a-t-il pas eu l'occasion de représenter le cheval de guerre ou de chasse, d'en étu-
( Musée de Naplea.)
dier les formes et les allures ! Dans la statuette d'Herculanum, la monture d'Alexandre, avec ses jambes fines, sa tête nerveuse sillonnée de veines, sa crinière droite, donne l'idée d'un original où l'exécution était aussi vigoureuse que précise ; le même type se retrouve dans le beau cheval de bronze découvert au Transtévère et qui a passé au Mu-
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sée Capitolin ' , et peut-être possédons-nous là une copie d'une œuvre de Lysippe. Enfin Pline signale des chiens parmi ses oeuvres les plus vantées. Nul doute que la meute d'Alexandre ne lui ait plus d'une fois fourni des modèles. H serait séduisant de reconnaître le style de Lysippe dans les deux molosses assis du Vatican^, œuvres souvent copiées, et dontleréalismejustifîerait les éloges décernés par les critiques anciens aux animaux du maître sicyonien.
Le peu que nous savons de l'œuvre de Lysippe nous fait voir en lui un des plus vigoureux génies qui aient marqué leur place dans l'histoire de l'art grec. Si nous essayons de réunir les traits q^li composent sa physionomie, il faut noter tout d'abord sa prodigieuse activité. En un temps où la puissance de production est une qualité commune à la plupart des sculpteurs grecs, il surpasse à cet égard tous ses contemporains. Faites la part de l'exagération dans ce chiffre énorme de quinze cents statues que lui attribue Pline ; un fait au moins est certain : l'antiquité reconnaissait à ce maître si prodigue de lui-même une fécondité exceptionnelle. En cela, il paraît avoir été heureusement servi par la matière qu'il met en œuvre. Toutes ses statues sont des hronzes, et l'on se représente volontiers le maître acharné à pétrir d'une main robuste les modèles de terre qui prennent vie sous son ébauchoir. Chez lui, la facilité à produire n'exclut pas un extrême souci du détail. A propos de son fils Euthycratès, les critiques anciens affirmaient qu'il avait fait un choix parmi les quahtés de son père, imitant sa précision {constantta) plutôt que son élégance^ On connaît déjà le mot caractéristique de Pline : (c Le propre de Lysippe, écrit-il, c'est de poursuivre le fini du travail jusque dans les moindres choses s ■*. Ces mérites si personnels s'évanouissent dans les copies, et nous en sommes réduits à n'y trouver que le reflet de la manière de Lysippe. Tout au moins la bonne réplique vaticane de V Apoxyoménos nous permet d'entrevoir un style très soutenu, une exécution à la fois souple et précise, jusque dans le rendu de la che-
1, H elbig-Toutain, Guide, I, n' 3. Helbig-Toatain, Ibid., I, n"»
3, Pline, Nat. Bint., 34, 66.
i. Ibid., 34, 65.
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velure. Et c'est encore là une des qualités qui frappaient les connaisseurs romains.
Mais le style n'est pas tout. L'originalité de Lysippe, c'est d'avoir engagé résolument la sculpture dans la voie du naturalisme. On est un peu surpris de voir Quintilien rapprocher dans un éloge commun Praxitèle et Lysippe, en affirmant que tous deux ont atteint la vérité.' S'ils la poursuivent, c'est assurément avec un esprit très différent. Praxitèle reste le maître de la beauté juvénile et féminine; c'est un charmeur, épris d'idéalisme. Lysippe cherche avant tout la vie. Sa gloire, dit un poète latin, « c'est de modeler des statues vivantes » ', et ses prédilections vont à des sujets tout autres que ceux qui inspirent Praxitèle. Dans cette foule où le peintre Eupompos lui conseille d'étudier la nature, il observe surtout les manifestations de la vie physique ; son tempérament vigoureux lui fait choisir de préférence les types masculins, les sujets athlétiques, pour lesquels i! saura encore, après tant d'autres, trouver des acceptions nouvelles. Ses scènes de chasse, ses figures équestres, évoquent l'idée de compositions brillantes, hardies, pleines de fougue et de mouvement. Enfin, nous devons surtout nous souvenir de ses colosses de bronze, de cet Héraclès de Tarente, qui nous apparaît comme une grandiose création, comme une puissante apothéose de la force virile, où Lysippe avait donné la mesure de son robuste génie.
Surtout, le maître de Sicyone est un novateur. Indépendant de tout enseignement d'école, conscient de sa propre originalité, il brise les anciennes formules si longtemps respectées par l'école d'Argos; il s'insurge contre les principes établis par Polyclète, et il semble que plusieurs de ses œuvres lui soient inspirées par un esprit d'antagonisme contre le glorieux mâitre du cinquième siècle. Au canon polyclétéen, il oppose un nouveau système de proportions ; réaction raisonnée et réfléchie, car, au dire de Pline, Lysippe ne cesse pas de se préoccuper de la symétrie, c'est-à-dire des lois qui régissent les rapports des proportions.^ Mais ce nouveau canon n'impose pas à l'art une règle étroite;
1 Lysippnm ac Prasitelem acceîSisse optime affirmant. » Quinlilien, Insi. Orat., Zir, 10, 9.
2. a Gloria Lyaippi eît animoBa Bfflngera signa. % Properoe, III, 7, 9.
S. « Non habet latinam nomen symmetria quam diligentissime cnstodivit. w Pline, iVai, }lisl,,Si,b(i,
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il est fondé sur un principe de liberté. Lysippe proclame le droit d'interpréter la nature, de forcer au besoin les proportions, de représenter l'homme « comme il faut qu'il soit ». On comprend très bien que le même artiste prête à une élégante figure de jeune homme une petite tête avec un corps élancé, et, pour traduire l'idée d'une vigueur surhumaine, charge d'une puissante musculature le corps d'un héros. Voilà deux types bien différents, et pourtant logiquement conçus. En exagérant la forme dans le sens de l'effet cherché, Lysippe reste conséquent avec lui-même.
Si indépendant que soit un artiste, il se rattache toujours par de secrètes affinités à quelqu'un de ses prédécesseurs. Peut-être les œuvres de Scopas ont-elles exercé sur Lysippe une certaine influence', car les deux maîtres ont un trait commun : le sens du pathétique. Un Héraclès accablé sous le poids de ses durs travaux, un Alexandre jetant au ciel un regard de défi, voilà des conceptions qui trahissent l'émotion dramatique, le désir d'agir sur l'âme par d'autres moyens que par la perfection de la forme. Naturalisme et pathétique, tels semblent bien être les caractères les plus saillants de l'art de Lysippe, ceux qui le désignent comme le principal promoteur de l'évolution hellénistique. Dans le concours d'influences qui préparent l'éclosion d'un art nouveau, sous le règne des successeurs d'Alexandre, cejle de Lysippe est prépondérante ; elle se prolonge encore au siècle suivant, avec ses élèves. Un fait très significatif, c'est l'empressement avec lequel l'art industriel adopte son style, ses types, son système de proportions. Au troisième siècle, les fabricants de petits bronzes, les modeleurs de terres cuites font à ses œuvres de nombreux emprunts; les coroplaetes de Smyrne, en particulier, vivent sur l'imitation des types créés par lui ou par ses disciples ^ ; et comme les productions de l'art industriel donnent souvent la mesure de la popularité des grands maîtres, les terres cuites hellénistiques nous apprennent quel prestige exerce encore, longtemps après sa mort, le sculpteur attitré du conquérant de l'Asie.