‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 222 sur 330 · LA TRADITION CLASSIQUE EN ASIE MINEURE ET DANS LES ILES · texte numérisé non relu

LA TRADITION CLASSIQUE EN ASIE MINEURE ET DANS LES ILES

En étudiant le début de l'art hellénistique, il importe de réagir contre l'idée, trop facilement acceptée, qu'un style nouveau succède brusquement à celui du quatrième siècle. Il y a au, contraire bien des survivances des formes et des types créés au temps de Seopas et de Praxitèle ; le troisième siècle se rattache au précédent par une transition qui se prolonge plus ou moins longtemps, suivant les écoles. Ces survivances, nous les avons cherchées dans l'école attique. Kous devons maintenant nous tourner vers une région oà le mouvement d'art est le plus actif, vers l'Asie Mineure et les îles voisines. C'est là que nous avons vu à l'œuvre Seopas et ses émules, et le maître parien y a laissé nombre de ses œuvres les plus célèbres. Est-il téméraire d'admettre que son influence y reste vivante, et,qu'elle persiste jusqu'au troisième siècle? L'hypothèse prendra plus de force si nous pouvons grouper un ensemble de monuments dont les caractères de style révèlent une parenté plus ou moins directe avec la manière du grand artiste de Parcs.

L'île de Samothrace n'est qu'un rocher escarpé, dont le sommet, le mont Phengari, se dresse à une haute altitude. Elle devait sou importance religieuse à son sanctuaire des Cabires, et nous savons déjà qu'au quatrième siècle un nouveau temple dorique, dédié aux grands dieux de l'île, attestait la prospérité croissante du hiéron. Sous les princes macédoniens, il s'embellit encore; le portique de Ptolémée, la rotonde d'Arsinoé témoignent de la dévotion que vouent aux Cabires les successeurs d'Alexandre. Groupées sur un emplacement appelé aujourd'hui a la vieille ville » (Palaeopolîs), non loin d'un

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CTOÏRK DH SAMOTH HACE

( Mu.see du Louvre )

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château du quatorzième siècle, construit par les Gatelusi, les ruines du sanctuaire ont été explorées à plusieurs reprises. Sans entrer dans le détail, il nous suffira de rappeler qu'après une première reconnaissance dirigée en 1858 par M. Conze, M. Champoiseau, alors consul de France à Andrinople, put y exécuter des fouilles, en 1863 ; le résultat capital fut la découverte de lacélèbre statue de la Victoire qui ne tarda pas à prendre place au Musée du Louvre. Toutefois, les blocs du piédestal étaient restés sur le champ de fouilles, et leur importance échappa également à l'attention de deux autres explorateurs français, MM. Devjlle et Coquart, qui, en 1866, firent à Samothracede nouvelles recherches. Après qu'une mission autrichienne, composée de MM. Conze, Hauser et Niemann, eut, à deux reprises différentes, en 1873 et 1875, étudié à nouveau, les édifices du hiéron, M. Champoiseau put retourner dans l'île, en 1879, embarquer les blocs du piédestal, et les rapporter au Louvre. Il était dès lors possible de restaurer l'ensemble du monument tel qu'on le voit aujourd'hui au Louvre, sur !e palier principal de l'escalier Daru (iig. 243) '. . Le piédestal se compose d'une base oblongue supportant l'avant d'une trière. « La partie antérieure, écrit 0. Kayet ^, est fort endommagée; l'éperon d'en bas (mêolo^) manque entièrement; l'éperon d'en haut (■7rpoE|j.êo)iiov) a perdu sa pointe, et de l'ornement recourbé (c-ro>.o;) qui surmontait l'étrave, il ne reste qu'un fragment. En revanche les galeries extérieures (TCapoâoi) qui viennent sur les deux fiancs du navire s'appuyer aux bossoirs (ÉTreo-ri^e;) sont parfaitement conservées. » Replacer sur cette base monumentale la grande statue de la Victoire est une restitution absolument certaine. Le doute n'est pas possible, si l'on se reporte aux monnaies frappées par Démétrios Poliorcète, qui reproduisent le monument de Samothrace (fig. 244) *. La

1. Pouf l'historique des fouilles, voir la notice de Sayet, Mon. de l'art ait-, pi. 62. Le rapport de M. Coqnart a été publié, Archives des JHieaion! scisalijiqaes , 3' série, t. IV, p. 253. Les résultats de l'exploration autrichienne ont fourni la matière de dens volumes : Conze, Hauser, et Niemann, .li-chaeolosische Unleriuchiini/ea aaf Samothralie, Vienne, 1876, et N'eue arci-, Untertiich. au/ Samothrake, Vienne, 1880, par C ouïe. Hausse et 0. Benndor!. Cf. Champoîsean, iJeu. a™A. Nauv. série, xïxrs, p. 11.

2. Mon, de l'arl ant, notice citée. Toutefois rarant de la trière est aujonrd'liui plus complet que ne le montre la figure insérée p. 5 .

3- C'est d'abord un etatère d'or unique, conservé à Florence, Conze, N'eue Ultenach,, p. 79-80, fig.

SCL'tPTCKE eSEOQUB. — T. 11, 59

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466 L'ART HELLENISTIQUE.

Victoire est debout sur le gaillard d'avant, les ailes éployées, le 1

droit tenant une trompette, le

gauche abaissé le long du corps

et soutenant un objet en forme

de croix. C'est bien ainsi qu'on

peut compléter la statue mutilée

du Louvre ' (P). X). A l'avant

de la trière de marbre, la déesse

sonne la fanfare triomphale. Ses

ailes battent l'air en frémissant.

Son corps est entraîné dans un

mouvement de marche, comme

s'il suivait l'élan rapide du na,

vire. La brise de mer fouette les

plis du manteau, et plaque bur

le torse la fine étoffe de U tu

nique. On restitue sans peme

le beau geste du bras droit

qui soutenait la trompette

et la direction de la main

gauche portant la crois de

bois où l'on a reconnu une

armature de trophée. Mais

il est plus juste d'y voir

une stylis de/navire,

c'est-à-dire une sorte

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