Ibid
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4B4 L'ART HELLENISTIQUE.
■venirs qui s'y rattachent (fig. 252). Avant de prendre place au musée de Berlin, « l'enfant en prière » a passé en effet par bien des mains '. Apporté sans doute à Venise, en 1586, avec la collection du patriarche d'Aquilée, il fut acheté, sur les conseils du peintre Le Brun, par le surintendant Fouquet, et jusqu'au moment de sa disgrâce, il orna sa somptueuse résidence de Vaux-le- Vicomte. C'est certainement par l'ordre de Fouquet que furent restaurés les bras, car le ton noir du bronze rappelle la patine des bronzes français du temps de Louis XIV. En 1717, le fils de Fouquet, le marquis de Belle-Isle, le vendit au prince Eugène; il appartint ensuite au prince de Lichtenstein, qui le vendit à Frédéric II, et il décora la terrasse de Sans-Souci. En 1806, Napoléon I" lui fit prendre le chemin de Paris, et la statue y resta jusqu'en 1812; elle fut alors rendue à la Prusse. Sans être une œuvre de premier ordre, le bronze de Berhn se recommande cependant à l'attention par une réelle valeur d'art. « L'enfant en "prière s est un jeune garçon représenté debout, fléchissant légèrement la jambe droite, dirigeant son regard vers le ciel, et élevant les deux mains avec un geste d'adoration. Le type de la tête, le rendu de la chevelure, les proportions, tout, dans cette oeuvre élégante et correcte, rappelle la manière de Lysippe. Faut-il en faire honneur à Boëdas ? L'attribution reste une hypothèse, mais elle a au moins pour elle une certaine vraisemblance.
Si l'on en juge par les sujets que traite Euthycratès, il est, lui aussi, un disciple docile de son père ^. Une chasse d'Alexandre , qu'on voyait à Thespies, un combat de cavalerie, font songer àl'ex-voto de Delphes et au groupe de Dion exécutés par Lysippe. Un Héraclès , à Delphes, était sans doute inspiré par une statue du maître. Nous ne savons rien du Trophonios d'Euthycratès ; mais des quadriges , un cheval, des chiens de chasse, cités avec éloge, témoignent qu'à l'exemple de son père, l'artiste de Sicyone aborde avec succès les figures d'animaux. Pourtant il est loin de réunir toutes les qualités de Lysippe; il lui manque l'élégance et la souplesse; de l'héritage pa-
!. L'historique de la statae a été fait par Conze, Jahrb. dfs arch. Issl., 1, 1888, p. 1-13. Pour la bibliographie, Toir Beichr. der oui, Slculfturen jti Berlin, n" 2. Elle est reproduite dans BianD, Ikiil-maelei; W 283.
2. Pline, Ifat. HUt., 34, «6. Des testes suspects (Tatien, a<lv, Graecos, 62, p. 114, 63, p. lie) lui attribuent des portraits de femmes.
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teriiel, il n'a recueilli que la sévère tenue de style, le soin impeccable dans l'exécution. Au moins a-t-ll le mérite de former des élèves qui continuent la tradition de l'école. Un des plus célèbres est Tisicratès, admirateur passionné de Lysippe, habile à s'assimiler la manière du grand maître '. Lee connaisseurs romains goûtaient fort son vieillard thébain, ses portraits de Démétrios et de Peucestès. Xéaocratès, qu'on rattachait soit à l'école de Tisicratès, soit à celle d'Euthycratès, les dépassait tous deux par sa fécondité ''. Chose curieuse, cet artiste qui étudie à Sicjone, et qui, à l'exemple des anciens maîtres argiens, compose un traité sur son art, est d'origine attique. C'est le même, sans doute, qni émigré à Pergarae, et met s,on talent au service d'Attale ■\ Le fait vaut la peine d'être noté, car il nous renseigne dès maintenant sur les origines composites de l'école pergaménienne.
Parmi les autres sculpteurs de l'école de Ljsippe, plusieurs, comme Phanis et Thoinias nous sont fort mal connus. Mais le Sicyonien Eutychidès, à la fois peintre et sculpteur, a une physionomie moins effacée '. Ses œuvres étaient recherchées à Rome; parmi les richesses d'art réunies par Asinius PoUion, on admirait son Dionysos et son Eurotas, dont le style, disaient les connaisseurs, était plus coulant que l'eau du fleuve. Mais le chef-d'œuvre auquel il devait sa réputation était une grande statue de bronze doré représentant la Tyché d'Antioche. La légende avait mêlé à son histoire un épisode dramatique. Au dire d'un apologiste chrétien , quand Séleucos I Nicator fonda la ville d'Antioche au pied du mont Silpius, en l'année 300, on immola aux dieux une jeune fille, et l'artiste dut reproduire dans la statue les traite de la victime K Nous avons heureusement sur l'œuvre d'Eutychidès des renseignements plus sérieux que le roman recueilli par l'écrivain byzantin. Un marbre du Vatican nous en a conservé une copie réduite (fig. 253) ", et l'identification est certaine, car sans parler des répliques connues par les petits bronzes, les témoignages numismati-
PUne, Nal. Hist., SI, 67.
Pline, Ihid., 3't, 83.
Loewy,- Itachr. gi: Bildh., a" I5i k. Il travaiUe aussi à Dropos, ibtd., n™ 135 a, 135 h.
Voir pour les testes, Overbeok, Sch.riftrjvgUeii, n"' 1530-1635.
J. Malaias, Chronogr,, XI, p. 376. Cf. Allègre, La déesse gricqiie-Tycké, p. 194.
Helbig-Toutain, Caiife, I, n" 376. Brnnn, Denhutaele,!-, n" 164.
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ques ne laissent aucune place an doute. Quand Tigrane prend le titre de roi de Syrie, en 83 avant J.-C, il fait figurer sur ses monnaies la Tyché d'Antioche (fîg. 254) et le même emblème reparaît sur les monnaies de la ville jusque vers la fin de l'Empire roniain '. Grâce à tous ces documents, nous pouvons nous faire une idée exacte de la statue monumentale fondue par le bronzier de Sïcyone. Personnifier la ville d'Antioche dans une figure allégorique, rappeler le choix heureux qui en avait désigné l'emplacement, telle ■ est la conception qu'il avait réalisée. La ville est identifiée avec sa Tyché, c'est-à-dire avec la Fortune qui préside à ses destinées. Une belle jeune femme noblement drapée, la tête ceinte d'une couronne tourelée, est assise sur un rocher auquel elie s'appuie nonchalamment de la main gauche ; le coude droit posant sur le genou, elle tient la glane d'épis qui symbolise la richesse du sol, et ses regards semblent errer avec complaisance sur les fertiles campagnes oîi jaunissent les moissons. A ses pieds, un jeune homme émerge du sol et étend les bras avec un geste de nageur; c'est le fleuve Oronte, dont le cours souterrain reparaît à la lumière près du coteau que couronne la ville.
1. Peïcy etardnei'. Types of greeJ; coim, pi. SV, fig. 32. Head, Hiitor. nîim., p. 649^ fig, 846. Babelon, Catal, des monn. grecque, I, Les l'ois de S^rU, d'Arménie et de Commaffèiie, Introdnction, p. COU, cf. pi. XXIX, Sg. S-IS, et page 313. Le Cabinet âes médailles possède des petits branzes qui repiO' dnisent le type de la Tyché. Babelon et Blancliet, Caial. des hrimzes antiques de la BSi. nalieattle, n" fi07-e08.
- La Tyché d'Antioche (Rod
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L'œuvre d'Eutychidès ne se recommande pas seulement par une heureuse conception plastique ; elle introduit encore dans la sculpture un thème nouveau, destiné à un rapide succès. La Tyché d'Antioche n'est plus, en effet, l'antique divinité du bonheur et de la fortune déjà familière à l'art grec archaïque; c'est la Fortune de la ville, c'est-àdire la ville elle-même. Or, personnifier nne cité autrement que par sa divinité poliade ; rompre avec la tradition qui avait si longtemps suffi aux maîtres classiques, quand ils représentaient Athènes sous les traits d'Athéna, Samos sous la figure de Héra; donner en un mot à l'image même de la ville une sorte de réalité concrète, c'était assurément une nouveauté. Il est possible que l'idée fût dans i'air dès le quatrième siècle. Le théâtre avait pu contribuer à lui donner naissance, car dans une pièce d'Anaxandride intitulée (c les Villes » (rio'Xsiï), on voyait les cités grecques, en costume féminin, sollicitées par des ambassadeurs égyptiens '. Mais c'est dans la statue d'Eutychidès qu'elle trouve pour la première fois sa ^'s- 2^*- — ^ T^jché d'An-
^ , , . , , . „■ i> ■ 1 T , -1 ^^'^'^ < Monnaie de Tigcane).
traduction plastique, oi 1 on examine le détail, on est frappé de voir apparaître un attribut souvent reproduit par l'art moderne; nous voulons parler de la couronne tourelée. C'est encore là une conception nouvelle; car si la poésie grecque avait déjà créé l'image poétique de « la couronne de tours », " il ne semble pas que la sculpture s'en fût emparée avant Alexandre. Il a fallu un contact plus étroit avec l'Orient sémitique pour que l'art grec. adoptât ce type de la couronne murale, dérivée de la haute coiffure cannelée et dentelée qui désignait comme « la maîtresse » l'Astarté syrienne '. Peut-être cette transformation s'est-elle faite dans les pays voisins de la Syrie, à Chypre par exemple, oîi la couronne tourelée apparaît déjà sur les monnaies du quatrième siècle; mais la Tyché d'Eutychidès est la plus ancienne statue grecque où nous constations la présence d'un attribut destiné à devenir classique. Dès lors un type est créé; la figure allégo-