LES ES-VOTO D'ATTALE I
On a quelquefois comparé les rois de Pergarae aux Médicis ; goûts somptueux, passion pour tes arts, voilà en effet des traits communs; mais la différence, c'est que la nouvelle capitale n'avait pas, comme Florence, de vieilles traditions d'art. L'école de Pergame est, comme ia ville elle-même, une création des Attalides. Est-ce même à proprement parler une école que ce groupe d'artistes de cour, d'origines très diverses, associés pour une œuvre collective, pour l'embellissement d'une résidence princière et pour la glorification de la famille royale? Sans doute, pendant plus d'un siècle qui s'écoule entre l'avènement d'Attale I et l'annexion romaine, une collaboration persistante à la même œuvre, dans un même centre, entraîne une certaine unité de direction. En ce sens, il y a bien un art pergaménieu. Mais il y a aussi plusieurs générations d'artistes. Nous devons donc chercher à distinguer entre ceux de la première heure, et ceux qui bénéficient d'une sorte de tradition établie.
Pline signale parmi les bronziers renommés des artistes qui ont travaillé à Pergame. « Plusieurs artistes ont représenté les combats • d'Attale et d'Eumène contre les Gaulois : Isigonos, Phyromakhos, Stratonikos, Antigonos, qui a écrit des ouvrages sur son art ' ». Ces maîtres s ont -ils contemporains, et que savons-nous de chacun d'eux ?^ Le nom d'Isigonos est certainement inexact. M. IVIichaelis a démontré qu'il doit être remplacé par celui d'Epigonos, «n sculpteur connu par d'autres textes, et dont l'activité à Pergame, sous le règne d'Attale I, est attestée par plusieurs inscriptions. Epigonos a bien la physionomie d'un artiste du troisième siècle. Au dire de Pline, il traite les mêmes sujets qui constituent le répertoire des sculpteurs attiques et sicyoniens : portraits de philosophes, de comédiens, d'athlètes ^. A Pergame, on a retrouvé
1. Pline, Nai. Hist., 31, 34. (S. Plures artifices fecere Attali et Eumenie adveraos Galloa praelia, laigoaus, Phyromaclins, Antïgonua qui Tolnmîna condidit de ana arte. »
3. Voir, sur cette question, Uriichs, Pergamenischi Xnschriftes, Wurebourg, 1 S83. Loewy, Iinéir. gr. Bildh., p. 117. Tcendelenburg, art. Pergamon, dans BanmeiateT, II, p. 1229. MicLaelis, Jahrb. des arch. Imt., Vin, 1S93, p. IBl.
3, Pline, iUd., 36, 87.
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deux fois sa signature sur des bases qui devaient supporter des statues-portraits '. Il travaille déjà pour les dynastes pergaméniens avant 263, et exécute pour le vieil Attale, le père d'Attaîe I, un quadrige commémoratif d'une victoire olympique. II occupe sans doute à !a cour d' Attale I une place privilégiée, car sou nom figure sur la base d'un grand monument, élevé en l'honneur du roi par un de ses généraux, Épigénès, et par les officiers et les soldats qui avaient combattu avec succès contre Antiochos Hiérax et les bandes galates^. C'était un groupe considérable, que dominait la statue d' Attale. Par analogie, il est permis de restituer sa signature dans uue inscription mutilée provenant du monument triomphal consacré après les dernières victoires sur Antiochos et les Galates ^ Dès lors nous pouvons pressentir ce qu'étaient deux des statues les plus vantées d'Epigonos : un i sonneur de trompe » {iuhicen) et « un enfant caressant sa mère morte »*. On le verra plus loin : il y a de bonne raisons pour les rattacher au grand es-voto d' Attale. Tous ces rapprochements sont assez concluants pour que nous n'hésitions guère à placer Épigonos dans le groupe des sculpteurs les plus anciens. Il faut sans doute y joindre des artistes dont les noms nous sont connus par des inscriptions de Pergame^ : Xénocratès, un élève des disciples de Lysippe, dont nous avons déjà parlé; un Thébain, Myron, qu'il n'est pas interdit d'identifier avec le bronzier mentionné par Pline, et dont on voyait à Smyrne une statue de vieille femme ivre^; un autre héritier d'un nom célèbre, Praxitèle, probablement un Athénien. Les signatures de ces artistes se lisent sur des bases retrouvées dans les fouilles, et appartenant, suivant toute vraisemblance, aux monuments de victoire d' Attale 1; ils sont donc les contemporains d'Epigonos.
La date des autres maîtres mentionnés par Pline reste plus douteuse.
1. Fraenkel, 7n«c*riyie» won Pertf a«Km, n" 31-82. Loawy, iiiii.,11'" 157,157 a.
2. FraBQkel, oun. oi(ï,ji>39. 'E[ii]iïÔvou tpvn. Cf. Loewy, i6id., n» 154 i.
3. Praenkel, n" 32. loewy, n= 154 c. [ 'Ano Tij; Èv *p]vïi(î; 1% èf' 'E3j,[ïi;- ] [iiovn}) npô;] 'A V-'i-fTi-.. I ['E:ti-f]iivovl[pTa.
4. a Epigoniis... piaecessit in tubioine et matri interfectae infants miserabiliter blandiente. » Nat. Mist., U, 83.