‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 291 sur 330 · LES NÉO-ATTIQUES EN ITALIE · texte numérisé non relu

LES NÉO-ATTIQUES EN ITALIE

dessin de Heemskerck, exécuté vers, cette époque, te montre encore gisant sur le sol avec d'antres antiques. C'est Clément XI qui le fit mettre à l'abri sous un des portiques du Cortiîe. Peu d'œuvres antiques ont été plus Eouvent décrites, commentées et analysées. Depuis le temps oh Winckelmann, reconnaissant dans le rorsô :un Héraclès se rer posant de ses travaux, décernait dés éloges enthousiastes à ce « corps idéal, au-dessus de la nature », combien de fois n!a-t-on pas discuté la restitution de la statue mutilée '! Et d'abord, quel nom convient à ce personnage aux formes athlétiques, à la musculature puissante, assis sur un rocher que recouvre une peau de lion? Un des plus récents critiques, M. Bruno Sauer, a proposé le nom de Polyphème ; le Cyclope serait représenté dans une pose compliquée , abritant de la main gauche son œil unique pour suivre du regard la nymphe Galatéè., le bras droit passant devant le corps pour tenir l'extrémité de la massue appuyée contre la cuisse gauche. Mais, outre que l'attitude prête à bien des objections, c'est là un sujet purement alexandrin, qui s'accorde mal avec le grand style du Torso \ Nous préférons revenir à l'an- .cienne dénomination, acceptée par "Winckelmann, et restituer à la sta- .tue le nom d'Héraclès. Le héros était-il représenté isolément;; ou groupé avec une autre figure, Hébé, par exemple, suivant la théorie de Visconti? Et dans ce cas l'artiste avait-il montré Héraclès' admis au banquet des dieux, tendant; sa coupe pour recevoir le breuvage des immortels? Il faut bien le reconnaître, les essais de restitution avec une seconde figure, tentés par Flaxmann et Jérichau, n'ont donné aucun résultat satisfaisant. Ici encore, nous nous rallierons à l'opinion de Winctelmann qui interprétait le Torso comme une statue .isolée. Reste à expliquer l'attitude, et le mouvement du torse penché en avant, avec l'épaule gauche sensiblement relevée ; dès lors, la question se complique d'une autre, celle du prototype qui a servi de modèle au sculpteur athénien. Qu'en composant son œuvre, Apollonios se soit inspiré d'une statue de Lysippe, cela ne parait pas douteux ; il est plus difficile de désigner, parmi les Héraclès du maître sicyonien, celui qui a pu sug-

1. Voit Bruno Sauer, ouw. cUé, et gravure dn titre pour la restitution. L'opinion de II. Sauer est adoptée par Orerbeek, Griech. PlaiHk, ïï, p. 434.

2. M. Bnmo Sauer a très ingénieusement recueilli la férié des opinions qui oonetituent l'histoire criUqne dn Torso, ouv. cité.

Hosted by

gérer le type et l'attitude du Torso. L'Héraclèa èpitrapézios, auquel ont songé plusieurs critiques ', nous est aujourd'hui connu par des répliques donnant un mouvement tout différent. Autant qu'on peut en juger par de simples descriptions, l'Héraclès assis de Tarente se rapprochait du marbre du Vatican pour la pose inclinée du torse; mais la main gauche soutenait la tête, et l'on ne peut ici songer à une pareille attitude. Les autres statues connues de Lysippe ne sont pas en question. Comme on l'a plusieurs fois remarqué, l'Héraclès d'ApolIonios n'est pas au repos ; il a beaucoup plutôt l'attitude d'un joueur de cithare, qui de la main gauche soutiendrait l'instrument posant sur la cuisse, et de la droite en ferait vibrer les cordes ^. Il faut donc choisir entre deux hypothèses ; ou bien Apollonios aurait copié un Héraclès de Lysippe qui nous est inconnu ; ou bien il aurait repris, en la modifiant, la donnée de la statue de Tarente. C'est à cette dernière conjecture que nous nous arrêtons volontiers, et nous reconnaissons dans Apollonios non pas un pur copiste, mais un maître fort habile à s'approprier un motif magistralement traité par Lysippe. S'il cherche ses modèles à Sicyone, il apporte à son oeuvre je ne sais quelle préoccupation de raffinement qui est bien attique. Examinez cette musculature si amoureusement dessinée, le dos surtout, merveille d'exécution soignée et finie, où le passage d'un plan à un autre est ménagé avec l'art le plus savant; vous reconnaîtrez la main d'un virtuose dans l'art du marbre. Tant de soin dans le détail contraste avec le caractère de vigueur dont les formes sont empreintes, avec la puissance de l'ossature massive qu'on devine sous ce modelé si caressé et si moelleux. Un maître du cinquième siècle aurait traduit, par des moyens plus simples, la même idée d'une force surhumaine. Le Torso est donc bien une œuvre de la renaissance attique, œuvre très savante, très étudiée, et dont l'auteur a su racheter, par la perfection du travail, l'absence d'originalité que trahit le souvenir trop évident du style de Lysippe.

Un autre néo-attique, Glycon d'Athènes, s'est aussi tourné résolument vers l'imitation du grand maître sicyonien. La statue qui porte

1. J'ai moi-même développé cette théorie, dans les Mon. de l'ai-t asiique de Rayet, notice de ia pi . 63. J'y renonce anjourd'hni.

2. Cf. Peteraen, Aroh. Zeltmg, ISA?, p. lïfi. Furtwaengler, Lexiion de Boscher, p. 2182. Helbig-Toutain, I, p. 74.

Hosted by

Page 1