‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 318 sur 330 · HelMg-Tontain, Suide, II, n · texte numérisé non relu

HelMg-Tontain, Suide, II, n

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Ils ont gravé leurs 'noms sur la plintHe de deux statues en marbre noir,

qui se font pendant au musée du Capîtole ; elles étaient certainement

Fig. 355. — Cenfanre d'Aristéas e;

as. Statue en marbre noîr (Eome. Musée du Capîtole).

placées ainsi dans la villa d'Hadrien, d'où elles proviennent'. D'un côté, un vieux Centaure, les bras liés derrière le dos, le torse rejeté en arrière, tourne un visage contracté et douloureux vers son bourreau

]. Hdbig-Tontam, Guide,!, 512, 513. Cf.,ponr.leH£Îgiiaturea, Loewy, /iiscAi-. jr. BildJi., s." 369.

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■ L'ALEXANDRINISME. 679

qu'il porte en croupe. Ce bourreau, c'est Eres, qui a disparu dans la statue capitoline, loais que noua retronvons dans une réplique du Louvre, assis sur la croupe du Centaure, levant une main vers la tête de sa victime, un bras tendu comme pour brandir un fouet (fig. 355) '.Avec le jeune Centaure, la scène change. L'amorce encore visible d'une figure assise nous apprend que, lui aussi, il sert de monture à un Eros ; mais son cavalier ne lui fait subir aucune torture. Un large rire éclaire son visage de Satyre rustique ; le bras droit levé, il fait joyeusement claquer ses doigts ; sa queue fouette l'air, taudis qu'il caracole avec allégresse. A coup sûr, Aristéas et Papias ne sont pour rien dans l'invention de ces deux groupes ; ils n'ont que le mérite d'avoir traduit, avec une vraie minutie de ciseleurs, dans une matière difficile à travailler, le style précis des originaux. Ceux-ci appartiennent sans ancun doute au temps des successeurs d'Alexandre. L'antithèse cherchée par l'artiste a quelque chose de subtil et de raffiné qui trahit le goût hellénistique ; l'idée pourrait se ramasser dans une de ces courtes épigrammes qu'aime la poésie alesandrine, et se traduire ainsi : « L'amour, qui torture la vieillesse, est pour lajeunesse un gai compagnon. »,

Autant que nous pouvons- en juger, les écoles d'Asie Mineure ont perdu toute originalité au début de l'Empire. Elles conservent les traditions d'atelier, et forment" des praticiens et des copistes; mais elles' n'ont plus cette -puissance créatrice qui, à l'époque des Attalides, leur avait assuré une situation privilégiée. Il faut chercher ailleurs le centre toujours actif où l'héllénisme continue à s'épanouir, et reste assez vivace, assez conquérant, pour s'imposer en maître à la Rome impériale.

§ 3. — L'ALEXASDRINISME.

Au moment où l'Egypte devient province romaine, en l'an 30 avant notre ère, la civiHsation hellénistique y jette tout son éclat. Sous les dernière Ptolémées, Alexandrie est restée le plus puissant foyer d'hellénisme qui soit dans tout le monde grec. La culture littéraire n'a rien perdu de son intensité ; les industries d'art y sont plus prospères que jamais. Il

1, Ftoelmer, Notice, n" 299.

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680 L'ART GREC A EOME.

n'y a pas là, comme à Athènes, un art qui vit de souvenirs et s'inspire du passé ; c'est un art bien vivant, poursuivant sans arrêts ni défaillances l'évolution hellénistique. Si l'on considère l'histoire générale de la civilisation, le contact immédiat qui s'établit entre Eomeet l'Egypte devenue romaine, entraîne des conséquences multiples. Personne n'ignore quelle action exerce Alexandrie sur les mœurs, la religion, la littérature de Rome. Pour en mesurer l'effet dans le domaine de l'art, il nous faudrait dépasser les limites que nous nous sommes assignées, interroger les monuments pompéiens, chercher l'influence alesandrine dans la peinture décorative, dans l'aménagement de la maison romaine, et jusque dans le mobilier. Nous ne nous engagerons pas dans une telle étude.; aussi bien les conclusions en sont acquises depuis longtemps \ On sait en effet tout ce qui revient, dans la peinture pompéienne, aux modèles alexandrins. C'est en Egypte qu'il faut chercher l'origine de ce premier style décoratif qu'on a appelé « le style, d'incrustation », et qui imite. sur le stuc les mosaïques de marbre des palais alexandrins -. Plus tard, lorsqu' apparaît à Ronae, vers 80 avant notre ère,, un second style décoratif dit o: style d'architecture », c'est encore à Alexandrie qu'il a pris naissance. Les peintres qui décorent la maison de Germanicus au Palatin, la maison découverte en 1878 dans le jardin de la Farnésine, la Casa del Citarista à Pompéi, reproduisent sur les panneaux des murailles une architecture savante, compliquée, mais réelle, qui est celle des riches demeures helléuistico-égyptiennes. La décoration plastique subit l'influence de ce style pittoresque dont nous avons vu s'épanouir la riche floraison dans les bas-reliefs hellénistiques ^ Nous en trouvons un exemple très digue d'attention dans les bas-reliefs en stuc qui décoraient les voûtes de deux chambres appartenant à la maison de la Farnésine ', et cet exemple est d'autant plus précieux que la maison date

i. Voir Helbig, Unlersuch. neier camp. WandgemaeUe. Cf. P. Girard, la Peinture antique, p. 338.

2. Voir Man, GesehicAte der décorative» Wanênaierei in Potnp^i, Berlin, 1882, p. 123.

8. Cf. Schreiber, IHe Wiener Smatieareliefi. Dans na traTail très instmotif snr les origines du style « augnstéen », M. Wickhoffi a proposé de placçr & l'époqne d' Auguste la majore partie des tos-reliefa hellénistiques. (W- 'on Hartel et Franz Wiokhoff,Z)ie Wiener CenesM, Vienae, 1895, p. 23). Il reconnaît ^'ai^enrs qu'ils appartiennent encore k l'art hellénistique ; maJB i! y Toit l'œsTie d'artistes grecs, se pliant au goût romain. M. Schreiber a fait la eritiqne de ropinion de Wioklioff, Jahiach des aTch. /■«!i.,XI, 1S96, p. 78.

.4. Voir Mon. isediti, Supplemento. (Berlin, 1880-1881, pL 32-36,) Cf , J. Leseing et A. Man, Wandand Sectenachatiick eines roemischea Eavses aui der Ztit des Augnstiis. Berlin, 1891 .

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L'ALEXANDEINISME. 681

de l'époque d'Auguste. Il y a là, encadrés dans un décor ornemental très élégant, des petits tableaux en relief finement traités, et qui ont tonte la aavenr du goût hellénistique. Des taureaux au pâturage, des i avec leurs architectures de villas, de tours, de sanctuaires ; chiques, des scènes de genre, comme celle des joueurs de morra ', des sacrifibes rustiques, des femmes ornant de guirlandes le socle d'un hermès priapique, tout cela évoque le souvenir des bas-re-

de la n des Thermes).

liefs alexandrins. La qualité du style trahit une main grecque. Dans le petit tableau que nous reproduisons ici (fig. 356), on reconnaît facilement le modelé net et précis, l'accent spirituel qui caractérisent les « bas-rehefs de cabinet » si appréciés par les Romains. Les stucs de la maison de la Farnésine nous donnent une idée très exacte de ce qu'on ajustement appelé « le style Empire alexandrin y.

Une autre preuve du prestige dont jouit à Rome l'art gréco -égyptien, c'est l'engouement avec lequel les amateurs romains recherchent les œuvres des orièvres alexandrins. Déjà, au temps de Cicéron, c'est un luxe de posséder quelques-unes de ces belles pièces d'argenterie.

s publié ce fragment, Gas. arch., 1885, pi. 10.

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artistement ciselées, qui, sous l'Empire, font l'orgueil des collectionneurs'. On n'a pas encore, croyons-nous, réfuté la théorie qui désigne Alexandrie comme le principal centre où se fabriquent, vers la fin de la République, ces cbefs-d'œuvre de toreutique ^ Parmi les vases trouvés à Bernay et à Hildesheim, plusieurs trahissent le goût alexandrin; leur décoration fleurie, leurs sujets en relief. Centaures et Centanresses, Amours rieurs et lutins. Satyres et Bacchantes, tout cela relève de l'art subtil et raffiné qui s'est développé dans la capitale des Ptolémées. La thèse brillamment soutenue par M. Th. Schreiber trouve une confirmation nouvelle, grâce à la découverte du trésor de Bosco Reale ^. Les deux gobelets aux squelettes, oh. l'artiste amis en scène, dans une réunion macabre, des poètes et des philosophes de la Grèce, « nous ramènent vers cette cité littéraire et sceptique, devenue, depuis les Ptolémées, le foyer le plus actif de la vie hellénique' » , Les vases décorés de cigognes révèlent l'esprit observateur et humoristique des Alexandrins. La patère devenu? si vite célèbre, qui est ornée d'un emhïema en relief représentant Alexandrie, personnifiée sous les traits d'une femme, a comme son certificat d'origine (fig. 357). N'est-ce pas une conception purement gréco-égyptienne que cette figure allégorique, coiffée de la dépouille d'un éléphant^ tenant d'une main l'uraeus, de l'autre la corne d'abondance surmontée du croissant d'Isis, et entourée d'emblèmes pti l'on remarque le sistre d'Isis et l'épi de blé, symbole de la fertilité du sol égyptien? Enfoui dans une cachette au moment de l'éruption du Vésuve, en l'année 79 de notre ère, le trésor de Bosco Reale nous permet d'établir des synchrbnismes très précieux. C'est vers la fin de la République ou au début de l'Empire que des orfèvres alexandrins ont ciselé ces pièces de maîtrise ; et s'il en est dans le nombre qui semblent trahir un travail romain, elles g encore le reflet direct de l'art hellénistique.

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