‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 78 sur 330 · FouiUes SÈpidaare, pi. SI, fig · texte numérisé non relu

FouiUes SÈpidaare, pi. SI, fig

it Leoliat, EpidavTe, f oidaure, pL IX, fig. 1

Hosted by

L'EPOQUE DE TEANSITION. 201

à vaincre , l'artiste a accroché aux deux ailes le manteau qui flotte, se teâd à la façon d'une voile, et revient former sur la poiti'ine des plis tourmentés (fig. 95). Peut-être était-ce là une statue indépendante de la décoration architecturale. En tout cas elle parait un peu postérieure aux statuettes de l'Artémision.

Si , comme on est en droit de le croire, les sculptures d'Epidaure relèvent de l'école attique, elles nous fournissent un précieux témoignage de l'ascendant que l'art d'Athènes a conquis. A un autre point de vue, elles comblent une grave lacune. Nous suivons désormais, sans interruption , l'évolution de style qui, du temple de la Victoire Aptère, aboutit aux sculptures du Mausolée. Œuvres de transition, ces marbres trahissent encore à bien des égards des réminiscences du grand style attique, avec une recherche croissante de raffinement; c'est là, nous l'avons vu, le caractère de la i^érîode que nous venons d'étudier.

L'histoire des écoles insulaires et ioniennes se dérobe à nous pour îa fin du cinquième siècle et le début du quatrième; mais on n'en saurait conclure que leur activité ait cessé. Plusieurs des maîtres que nous avons rattachés au groupe attique sont en réalité des Grecs des îles. Crésilas est un Cretois; Agoracrite, l'élève favori de Phidias, est de Paros, et bientôt cette île va être illustrée par un des grands maîtres du quatrième siècle, par Scopas. Si la vie propre de ces écoles échappe à nos recherches, c'est que la Grèce continentale attire les maîtres des iles et de l'Ionie , et leur offre un plus vaste théâtre. Les uns vont à Athènes; d'autres, comme Pseonios de Mendé, travaillent pour Olympie. Il faut, en effet, restituer à l'école ionienne l'auteur de la Niké dont il a été question dans notre premier volume '. Son style pittoresque, sa verve audacieuse, son exécution visant à l'effet, dénoncent un maître familiarisé sans doute avec l'art attique, mais conservant encore la facture brillante et rapide propre aux artistes ioniens.

Hosted by

Ail delà des lies de l'Archipel, en Asie Mineure, l'influence attique trouvait le terrain tout préparé. Entre Athènes et les régions ioniennes, il y avait de très anciennes affinités, et l'on ne s'étonne pas, qu'après en avoir reçu tant d'enseignements, l' Attique à son tour impose aux villes grecques de l'est l'admiration de ses peintres et de ses sculpteurs. Ce mouvement d'art qui, par une sorte de choc en retour, fait pénétrer en Asie Mineure le style des grandes œuvres attiques, nous ne pouvons le suivre dans toutes ses étapes. Mais nous le voyons aboutir ; nous en constatons les résultats dans un pays qui reste toujours comme une province de l'art ionien, c'est-à-dire en Lycie. Le peu que nous savons de l'histoire de la Lycie au cinquième siècle nous fait d'aiUenrs comprendre que la voie y soit tracée aux influences attiques. Vers 466, les Lyciens se sont détachés des Perses ; ils sont entrés dans la ligue attico-délienne, et en 44:Q ils font encore partie des peuples qui paient à Athènes le « tribut carien s (jwtfLxo; çopoc) ' . Si , vers 440, les dynastes lyciens acceptent de nouveau la suzeraineté de la Perse, ils n'en gardent pas moins le goût des arts de la Grèce, et les sculptures qui décorent leurs fastueuses sépultures vont nous montrer comme un reflet affaibli des conceptions dePolygnote et de Micon.

La ville lycienne de Trysa n'est guère connue que par les ruines qui en marquent l'emplacement, occupé aujourd'hui par le village de Ghieul-Baschi, sur un plateau qui s'allonge entre îa mer et le cours du Dembré-Tschai. Vers la fin du cinquième siècle, elle était la résidence d'un dynaste indigène, personnage d'importance, si l'on en juge par son tombeau, construit à grands frais sur une esplanade rocheuse, à peu de distance de la ville. Signalé dès 1841 par Schoenborn à l'attention des voyageurs, visité à deux reprises, en 1881 et en 1882-1883, par une mission autrichienne sous la conduite de MM. Benndorf et Niemann, l'hérôon de Ghieul-Baschi a largement payé de leurs peines ses explorateurs ; la riche série des bas-reliefs transportés au Musée de Vienne a rapidement conquis une place importante dans l'histoire de la sculptxire grecque ^ Le mounnient se composait d'une enceinte

1. Voir E, Babelon, Catalogne des moimaks grecques de la BiU. naL La Fei'ses Adûméniiks , l-alvod.. p.XCn atsuiyantes.

2. Ces scalpturea ont fait l'objet d'une remarquable monographie : Dai Ucroon von Cjolbaichi-Trysa,

Hosted by

dessinant nn rectangle irrégulier, et fermée par un mur long de 19 mètres environ sur les petits côtés, de 24 à 25 mètres sur les autres. Une porte s'ouvrait au milieu de la face sud-est, du côté de la ville (fig. 96) ; le sarcophage, irrégnlièrementplacé, se dressait près de l'angle nordest du péribole, et à l'angle sud-est s'appuyaient des constructions légères servant de demeure aux gardiens, des portiques où l'on célébrait les cérémonies commémoratives ' . La décoration sculptée avait été prodiguée. Sur les faCes intérieures des raurs, les deux assises les

Fig, flfi. — L'Hérûon de Trysa. Le mur sud et l'entrée.

plus élevées étaient revêtues d'une frise en relief, sculptée dans une pierre du pays, grise, un peu rugueuse, qui exigeait, pour relever le modelé forcément un peu sommaire, l'emploi de la polychromie. Far surcroît, le mur sud, où s'ouvrait la porte, offrait sur sa face extérieure la même ornementation. Il y avait donc là un développement de 108 mètres de frise environ, et si l'on songe que cette frise se composait de

pa.r Otto Bemidorf et George Nieoiann, Vienne, chez AdoHHobliauÈen, 1889, t vol. m-folio avec ira atlas de 34 planches. Cf. S. mrschféld, Berliner Phil. Wo<:Aemclii-!fl,iSi5,-p.U^l, 1453 ; 1891 p. 1004. S.Reioach, Galette des Biaux-Ai-ls,t.rill, S' période, l'^'oot, 1893, et l"dée. 1893. Noack, Mittheil. Athea, XVIII, p. 804-382.

1. L'hérSon est rspi'oduit, sous différents aspects, danç les planches 1 et 3, de i'ouFrage de MM. Eendorf et NiemaTia.

deux registres superposés, mesurant ensemble de 0™, 94 centimètres à 1",21, on se rendra compte que, pour les dimensions, l'antiquité nous a laissé peu d'ensembles décoratifs comparables à celui-là.

Dans ce vaste décor, la seule partie qui trahisse un certain goût indigène est l'encadrement extérieur et intérieur de la porte'- Au dehors, le linteau est orné de quatre protomês de taureaux ailés, en forte saillie, séparées par des rosaces et un Gorgonéion, et qui éveillent Se souvenir des chapiteaux de Persépolis. Au-dessous, de petites figures assises représentent les membres de la famille du dynaste. A l'intérieur, le revers du même bîoc montre un orchestre de musiciens grotesques, parmi lesquels un être difforme, à gros ventre et A jambes courtes, reproduisant le type égyptien du dieu Bès (tig. 97}. Il semble bien que ces huit personnages soient les Cabires phéniciens, et c'est dans le monde oriental qu'il faut chercher le prototype du sujet traité par le sculpteur de Trysa. Par contre, voici, sur chacun des jambages, une élégante figure de danseur coiffé du calathos, et faisant, dans une pirouette, voltiger les plis d'une tunique très ample, allusion évidente aux danses funéraires dont nous verrons plus loin une représentation. A gauche de la porte, s'amorcent deux bas-reliefs distincts de la frise : le chef lycien sur son char, et Beîiérophon combattant la Chimère. Ce dernier sujet est comme le blason du dynaste enseveli dans l'hérôon ; nul doute que celui-ci ne fît orgueilleusement remonter l'origine de sa famille jusqu'au héros lycien dont les fils combattirent à- Troie.

On n'attend pas de nous que nous décrivions ici en détail les basreliefs de la frise. . Exécutée dans nn style facile, coulant, partout semblable à lui-même, elle n'offre pas de ces morceaux qui retiennent l'attention et dénotent ia main d'un maître. L'intérêt réside surtout dans les modèles dont l'artiste s'est inspiré. Nous nous bornerons donc k énumérer les sujets, pour nous arrêter seulement à ceux qui suggèrent d'utiles rapprochements. Les différentes parties de la frise se répartissent ainsi " :

Page 1