‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 101 sur 293 · Thucydide, I · texte numérisé non relu

Thucydide, I

d'un empire gréco-ionien dont Samos serait le centre. Ajoutez que ses relations amicales avec Ahmès II, TAmasis des G-recs, contribuent à ouvrir largement l'Egypte au commerce des Samiens. Ceuxci trouvent bon accueil auprès du (( roi philhellène )) ; ils pénètrent jusque dans la grande Oasis, et à Naucratis ils affirment leur situation privilégiée en construisant un Héraion consacré à leur divinité nationale. On imagine aisément l'action que ces rapports continuels avec l'Egypte devait exercer sur une race active et ingénieuse. Jamais les Grecs n'avaient approché de si près les merveilles de l'Egypte; jamais leur curiosité n'avait été plus vivement excitée, ni plus complètement satisfaite. Or, les Samiens sont à l'avant-garde de cette ;armée de marchands grecs qui se répand aux bouches du Delta. De bonne heure, l'activité industrielle des ateliers de Samos se tourne vers le travail du métal ; on peut prévoir qu'au sixième siècle les artistes de l'île seront surtout des bronziers. Dans la seconde moitié du siècle précédent, la technique du bronze y est déjà pratiquée. Vers la 37^ olympiade (632-628), elle est assez avancée pour produire une œuvre remarquable : l'ex-voto dédié dans l'Héraion par Kolseos, ce marin samien qui, le premier des Grecs, dépasse les colonnes d'Hercule, et aborde au territoire de Tartessos, près de Gadès. Sur les gains qu'ils réalisent, en achetant à vil prix aux indigènes les métaux de leurs mines, Kolseos et ses compagnons prélèvent six talents, pour consacrer à Héra un cratère de bronze du type argien, autour duquel on voyait, dit Hérodote, c( des têtes de griffons placées l'une vis-à-vis de l'autre )) ^ Le bassin était supporté par trois figures colossales agenouillées, hautes de sept coudées. Grâce aux bronzes archaïques trouvés en Grèce et en Etrurie, nous ne sommes pas embarrassés pour nous faire une idée exacte de l'ex-voto des Samiens. Un grand bassin de bronze de fabrique phénicienne, trouvé à Cervetri dans la tombe Regulini-Oalassi, est

1. Hérodote, IV, 152. M. Boehlau pense que l'invention de ce type de cratère peut être attribuée aux Argiens établis à Ebodes, et qui, vers 630, se servaient encore de l'alphabet de la mère patrie. Le type de griffon grec aurait été trouvé à Rhodes. (Jahrhuch des arch. List., II, p. 62, note 26.) Quant aux figures colossales, elles étaient peut-être imitées d' œuvres orientales. Overbeck rappelle à ce propos le bassin de bronze de dix coudées de diamètre, supporté par des animaux de bronze, qui se trouvait dans le temple de Salomon, à Jérusalem. Grlech. PîastiJcj 3^ éd. I, p. 64.

muni sur le pourtour de cinq poignées figurant des têtes de panthères ^ ; à n'en pas douter, les têtes de griffons étaient disposées de la même manière. Quant au type de ces têtes, les trouvailles d'Olympie nous renseignent suffisamment; le beau bronze découvert, dans la vallée de TAlphée, et reproduit plus haut (fig. 46), nous offre le commentaire figuré du texte d'Hérodote.

Les traditions grecques sont d'accord pour attribuer à l'école de Samos les premiers perfectionnements introduits dans les arts du métal. Nous savons par les textes combien, au septième siècle, la technique du bronze est encore primitive. Si les Grecs ont appris à couler en plein les petites figurines grossières qui se rencontrent dans les couches les plus profondes d'Olympie, pour les grandes pièces ils ont encore recours aux procédés d'assemblage mécanique employés à l'époque homérique. Les plus anciennes statues de métal étaient faites de feuilles de bronze battues au marteau, et rivées (açup'/î'Xa.Ta) ^ Avec le marteau de forge (acpO'pa), l'ouvrier réduisait à l'épaisseur voulue la feuille de bronze ; il la façonnait, et la fixait à l'aide de clous sur une âme de bois, reproduisant tant bien que mal les formes de la statue; à vrai dire, son travail consistait à barder de bronze un xoanon, à le revêtir d'une véritable armure. D'après quelques vers de Théocrite, on imagine facilement l'aspect que devaient présenter ces statues; montrant un lutteur prêt au combat, le poète décrit ce sa poitrine énorme et son large dos bombés par des muscles de fer, comme un colosse en bronze repoussé » ^. Avec le temps, l'âme de bois fut remplacée par une simple armature, sur laquelle s'ajustaient les lames de métal martelées, et réunies par des rivets. C'est sans doute ainsi qu'était exécuté le Zeus colossal en or battu consacré à Olympie par les Kypsélides \ Pausanias note

1. Museo Gregorianoj I. pi. xiv, 1 ; Cf. J. Martha,ir^rf étrusque j p. 107, fig. 99. Eapprochez encore le cratère de la Grande Tombe de Préneste : Monum. îneditîj 1879, t. XI, pi. 2, 10, M.. Clerc a trouvé à Samos des débris de vases de bronze et des têtes de griffons provenant sans doute d'ex-voto analogues JBuîL de corresp. hellén, 1885, p. 509. Cf. Olympia^ die Bronzen, p. 115.

2. Photius, G-çuprjXaTo;' o-ç;jpat; êXyjXafJiévoc. Voir les textes réunis par 0. Muller, Handhuchj 52-59, Saglio, art. Caelatura, Dîct, des Antiquités^ H. Bliimner, Technologie und Terminologie der Geiuerhe und KûnstCj IV, p. 241 et suivantes. Cf. Purgold, Annali deirinst. 1885, p. 177.

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