Rayet et Thomas, Milet.vl
3. Elle a été publiée, presque simultanément, par M. S. Reinach, {Gazette arcli., 1884, p. 88-90, pi. xiii) et par M. Heuzey {Bull, de corresp. hellén., VIII, 1884, pp. 331-338, pi. x).
mie rare précision les traits essentiels : le sourire un peu narquois de la bouche , qui fait saillir les pommettes ; le dessin naïvement compliqué de l'oreille ; l'obliquité encore peu prononcée des j^eux , et surtout le curieux travail des cheveux, oii les sillons verticaux qui divisent les boucles sont recoupés par des stries obhques, produisant ainsi (( un réseau de petits losanges, que l'ouvrier a taillés ensuite à deux facettes , de manière à simuler le mouvement en spirale des tresses ou des torsades ».
Notez encore le procédé qui consiste à indiquer la racine des cheveux par des stries plus rapprochées. La provenance de cette tête n'est pas certaine. M. Reinach avait déjà refusé d'accepter la fausse indication qui lui assignait la Grèce du nord comme pays d'origine. Pour M. Heuzey, elle vient de l'île de Rhodes; nous aurions ainsi sous les yeux une œuvre à peu près unique de l'ancienne école rhodienne, formée sous rinfluence de l'école grecque • orientale.
Entre tous ces marbres, y compris ceux de Samos précédemment
étudiés, il y a comme un air de famille. Si les statues des Branchides trahissent peut-être plus de laisser-aller que la Héra samienne dans le travail du détail, elles accusent le même goût pour les formes rondes et pleines, pour les proportions épaisses. Le principe de construction est identique. Quoi qu'on en ait dit ^ , il nous paraît légitime de reconnaître là les caractères propres à une grande école, dont les villes ioniennes sont les centres actifs, et dont l'action se fait sentir, sans distinction de races, jusque chez les Doriens de
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ElG.
— Tête virile en marbre (Musée de Tcliinly-Kiosk à Constantinople ) .
Hauteur 0^,47.
1. Voir les objections formulées par Brunn, TJeber teJcton. Styl. p. 534-535.
Rhodes. Comment s'est formée cette école? De quels modèles se sont inspirés ses premiers artistes? Si Ton tient compte des rapports géographiques, fort importants en matière de fihation artistique, on songe tout d'abord à l'Assyrie. Les peuples de la Lydie et de la Phrygie, tributaires de l'art assyrien, ne sont-ils pas désignés comme l'intermédiaire naturel entre les Hellènes d'Asie et le royaume d'Assour? Et, pour revenir aux statues des Branchides, n'ont-elles pas paru à des juges autorisés tout imprégnées d'un caractère assyrien? D'accord avec 0. Rayet, MM. Brunn et Overbeck les rapprochent, pour la rondeur et l'écrasement des formes, de la statue de Salmanazar I, œuvre assyrienne du IX^ siècle, une des récentes acquisitions du British Muséum \ et sont tentés de faire à l'influence assyrienne une place très large. Mais d'autre part, des savants dont l'autorité n'est pas moindre, reconnaissent à certains indices des emprunts faits à l'Egypte. M. Newton a mis en lumière, par des arguments très forts, la part qui, suivant lui, revient à l'influence égyptienne : le caractère hiératique de l'attitude, le modelé uni et simpHfié, et même la disposition des statues, rangées sur les côtés d'une avenue monumentale , comme celles qui conduisaient aux pylônes d'un temple égyptien ^ D'autres marbres, trouvés aux Branchides, ne font que rendre cette impression plus nette encore. Un lion couché, d'un très beau style archaïque, portant gravée sur ses flancs une dédicace à Apollon, rappelle d'une manière frappante les superbes lions de granit du Louvre, exécutés sous Aménophis III et Ramsès II ^ Le sphinx des Branchides est franchement égyptien. Aussi bien, qu'on se rappelle les relations privilégiées des Milésiens avec l'Egypte, les voyages entrepris par des artistes ioniens aux bords du Nil; qu'on songe aux statues égyptiennes envoyées aux villes grecques d'Asie par des Pharaons philhellènes ; on trouvera bien des raisons pour expliquer l'action de l'art saïte sur celui de l'Ionie.
1. O. Kayet, Etudes d'archéologie ei d'artj p. 114-115. Brunn, mém. cité, p. 526. Overbeck, Griecli. Pîastikj 3e éd. I, p. 95. Même opinion émise pau M. Furtwaengler, Mittheil. Athen., VI, p. 180, et par M. P. Wolters, Gipsabgusse ant. JBildwerJcej n» 6, p. 5.
2. M. Lechat a fait, à propos des statues samiennes, des remarques qui confirment la théorie de M. Newton. Bidl. de corresp. hellén., XIV, 1890, p. 149 et suiv.
3. Voir, pour l'inscription, Newton, Dlscoveries, Atlas, pi. xcvir, no QQ.
L'IONTE ET LA GEECE ASIATIQUE.
On le voit, les arguments invoqués de part et d'autre ont également leur valeur. La question ne peut être résolue par une affirmation positive. Mais pourquoi s'enfermer dans un dilemme : Assyrie ou Egypte? Pourquoi ne pas admettre une double action combinée? A vrai dire, la Grèce asiatique est comme un point de croisement oii aboutissent et se mêlent des influences très variées. L'art naissant des Hellènes reçoit de toutes mains. Soit par Chypre et parla Phénicie, soit par la Lydie et la Phrygie, les premiers artistes ioniens ont pu connaître de bonne heure les formes massives, les proportions écrasées chères à la sculpture ninivite ; de même au cours du sixième siècle, les modèles égyptiens ont pu leur suggérer certains partis pris d'exécution. Ainsi s'expliquerait ce caractère mixte qu'on est forcé de reconnaître dans les statues des Branchides, et qui donne raison tour à tour aux partisans de théories fort opposées.
Au reste, ce qui nous frappe surtout, dans ce groupe de monuments, c'est le progrès croissant et rapide du goût hellénique. Qu'on évoque si l'on veut, pouf lapose et l'attitude, le souvenir de tel prototype étranger; qu'on songe même aux statues chaldéennes en diorite découvertes à Tello par M. de Sarzec ; on se convaincra facilement que tout se réduit à des suggestions. Le sculpteur ionien observe de plus en plus la
Fia. 81.
Statue féminine provenant de la nécropole de Milet (Musée du Louvre).
178 LES PKIMITIFS.
vérité, et l'étude du costume, en particulier, lui ouvre une voie féconde. Examinez, par exemple, cette statue de femme, trouvée par 0. Rayet dans la nécropole de Milet , et donnée au Louvre par MM. de Rothschild^ (fig. 81) ; voyez avec quel sentiment tout grec l'artiste a détaillé les pièces du costume porté par les Ioniennes ^ : vous ne ressentirez plus Fimpression un peu ambiguë que provoquent les marbres des Branchides. Etpourtant, vingt ans à peine séparent de ses aînées la statue de Milet.
Avec Milet et Samos, on peut compter Ephèse parmi les principaux centres de l'activité artistique dans la Grèce d'Asie. Aussi devons-nous recueillir avec soin les trop rares débris de sculptures qui proviennent de la grande ville ionienne. 11 faut les chercher, cette fois encore, au British Muséum. Lorsque, de 1863 à 1875, M. Wood fouilla l'emplacement du célèbre Artémision d'Ephèse, il découvrit, sous les substructions du temple rebâti au quatrième siècle, des fragments de sculpture accusant une date beaucoup plus reculée ^ Avec sa sagacité habituelle, M. Newton y reconnut aussitôt des vestiges de l'ancien temple construit au sixième siècle par Chersiphron de Cnosse et son fils Métagénès ^ : c'est celui-là même dont les fondations furent, on le sait, préparées par Théodoros, vers 680 ^, et qui périt dans l'incendie follement allumé en 356 par Hérostratos.
Parmi ces fragments, il en est qui appartenaient à des figures de grandeur nature, exécutées en très fort rehef^ C'est d'abord une tête de femme coiffée d'une Stéphane, parée de larges pendants d'oreilles; le modelé 'en est singulièrement doux et pur, l'exécution très caressée (fig. 82). Un autre morceau, la partie centrale d'une figure virile, vêtue, debout, les bras étendus le long du corps, annonce déjà un type que nous retrouverons dans les stèles funéraires attiques et ioniennes ; le travail est large et peu poussé. Enfin, M. Murray a pu