LA LACONIE ET L'ELIDE
Au sud du Péloponnèse, dans la vallée de l'Eurotas, grandit une école qui jette tout son éclat au VP siècle, pour se perdre, au siècle suivant, dans une singulière obscurité : c'est l'école de Sparte. Assurément la fière cité dorienne ne peut rivaliser pour le luxe et pour l'apparence extérieure avec les brillantes villes grecques de l'Ionie. La (( ville aux larges voies où règne la justice )), comme l'appelle le poète Terpandre, ressemble plus à une grande bourgade qu'à la capitale d'un Etat puissant; même au temps de la guerre du Péloponnèse, elle conserve son aspect austère et simple \ Mais, en dépit des apparences, elle n'en est pas moins la première ville du Péloponnèse. Si ses armées la rendent redoutable, elle dispose encore de l'autorité morale; gardienne des traités qui protègent le grand sanctuaire national d'Olympie, elle fait la loi dans la vallée de l' Alphée ; elle est vraiment le centre politique de la péninsule.
Ce serait aujourd'hui un lieu commun que de prétendre réhabiliter l'art laconien ^ Personne ne songe plus à contester que Sparte ait possédé au VP siècle une école très active. On y travaille le bronze, et peut-être la présence du Samien Théodoros, qui vient à Sparte pour construire la Skias, contribue-t-elle à y développer cette technique. Hérodote mentionne une œuvre remarquable des bronziers laconiens , à savoir un cratère de bronze de la contenance de trois cents amphores, orné jusqu'aux bords de zones d'animaux en reHef ^. Destiné à Crésus, le cratère n'arriva pas jusqu'en Lydie; il fut pris en mer par des pirates samiens, ou peut-être vendu à Samos par les envoyés de Sparte, qui apprirent en débarquant la prise de Sardes et la ruine du royaume lydien. L'œuvre est donc exactement datée ; elle est un peu antérieure à l'année 546.
Un nom représente pour nous cette école indigène, vouée à l'art du métal : nous voulons parler de Gitiadas, à la fois poète, architecte et