Id., V
4. C'est l'hypothèse adoptée par Brunn (Griech. Kiinstlerj I, p. 52), qui place entre 548 et 540 l'arrivés à Sparte de Bathyclès. Cf. Overbeck, Griech. Plastih^ I, 3^ éd., p. 74. 0. Eayet, Ilîlef et le golfe Latmique, I, p. 154.
aphlastes de vaisseau ^ (fig. 110). Très vénérable parsaliaate antiquité, cette grossière image perpétuait peut-être le souvenir d'un ancien culte phénicien ^ Le trône de Bathyclès l'entourait de trois côtés ; le siège était remplacé par une série de stalles séparées, et au centre de l'espace laissé vide, la statue se dressait sur une base en forme d'autel. Tels sont, avec la nomenclature des sujets figurés sur le trône, les seuls détails précis que nous ait laissés Pausanias ; aussi, après avoir maintes fois exercé la sagacité des érudits, la restitution du monument demeure-t-elle un problème insoluble ^ Nous ignorons l'essentiel, c'est-à-dire la matière employée par Bathyclès, et c'est seulement par hypothèse qu'on peut songer à un travail de placage ou d'incrustation sur bois. Nous ignorons encore la disposition des sujets notés par le voyageur grec ; c'étaient, affirme-t-il, des motifs fort connus ; on retrouvait là les thèmes familiers à l'industrie décorative : les exploits d'Héraclès, dePersée, de Bellérophon, de Thésée; des légendes divines, comme ^^^- no. — ApoUon l'enlèvement des filles d'Atlas par Poséidon et par naTe'^deTârte '^'^" Zeus ; des scènes homériques, les funérailles d'Hector, un chœur de danseurs phéaciens, le combat d'Achille contre Memnon. Le sujet le plus original représentait le chœur des ouvriers magnésiens qui avaient accompagné Bathyclès. Toutes ces scènes étaient traitées dans le goût ionien ; aussi est-ce aux œuvres de la céramique ionienne qu'il conviendrait d'en demander le commentaire
1. Percj Gardner^ Types of greek coins, pi. XV, n» 28. L'identification a été contestée. M. Furtwaengler y voit plutôt FAplirodite armée, honorée à Cytlière, à Sparte et à Corinthe : Lexihon de Eoscher, p. 408. Nous suivons l'interprétation de MM. Imhoof Blumer et Vevcj Gardner : Journal of Hellen. Studles, VII, 1886, p.63, n^Q.
2. Tout au moins nous savons que Chypre possédait un sanctuaire d'Apollon Amyclaios, dont les Phéniciens traduisaient le nom par celui de Réschéf Mkal. Inscription bilingue d'Idalion, Corpus Inscr. semiticarunij n^ 89, p. 104, Cf. Heuzey^ Catal. des ^g. du Louvre, p. 138. Ph. Berger, Acad. des Inscr.j 1er avril 1887.
o. Beaucoup de ces travaux, comme celui de Heyne {Antlquar. Aufsaetze, 1, l-llo), n'ont plus aujourd'hui qu'un intérêt de curiosité. La restitution de Quatremère de Quincy {Jupiter Olympien, pi. VI-VII, p. 196, cf. V. Duruy, Rlst. des Grecsj I, p. 351) mérite d'être signalée, bien que le style des figures ne concorde pas avec la date de Bathyclès. Voir encore Watkiss Lloyd, Muséum oj classîcal Antiquitîes, II, p. 132, Welcker, Zeitsclir. fiir Gesch. und AusI. der ant. Kunst^ p. 280: cf. Pyl, Boetticher, Rlilil, Arch. Zeit., 1852, pi. XLIII,- 1853, pi. LIX; 1854, pi. LXX ; Brunn, llhein. Mus., V, p. 325 ; Klein, Arch. epigr. Mittheil ans Œsterreich, IX, p. 150.
figuré. Tel vase de Chalcis, qui nous montre le combat d'Héraclès contre Géryon, pourrait servir à illustrer la description de Pausanias\
On le voit, les textes s'accordent pour témoigner de l'activité féconde dont la vallée de l'Eurotas est le théâtre. Fort heureusement, nous possédons encore des témoignages plus précis, et grâce aux monuments conservés, nous pouvons nous faire une idée du style et de la manière qui prévalent dans les ateliers de Sparte. Notre figure 111 met sous les yeux du lecteur un des plus curieux spéchnens de l'ancien art laconien. C'est une stèle sculptée en relief, trouvée en 1877 par MM. Dressel et Milchhoefer dans la maison d'un paysan de Khrysapha, petit village situé à trois lieues de Sparte. Après avoir appartenu à la collection de M. de SabourofF, ministre de Russie à Athènes, le monument a passé au musée de Berlin". Aucun cadre n'entoure la stèle, très irrégulièrement taillée dans une plaque de marbre gris-bleu de Laconie; la partie inférieure, à peine dégrossie, servait à l'enfoncer dans le sol. Ce détail suffirait seul à indiquer un monument votif. Mais on sait, par surcroît, que le bas-relief provient d'un tumulus élevé sur un emplacement consacré à Hermès Chthonien^ et qu'il a, par suite, un caractère funéraire; suivant l'opinion la plus vraisemblable, c'est un ex-voto offert à un couple de défunts, héroïsés sous les traits de deux divinités \
Le couple est assis dans une attitude solennelle ; mais le sculpteur ayant représenté de profil le trône à dossier droit et à pieds terminés en pattes de lion, il est impossible de dire si le siège est unique ou
1. Dumont et Chaplain, les Céram, de la Gr. propre^ I, p. 279, lûP 5. Un des sujets traités par l'artiste, celui de Mégapenthès et de Kicostratos montés sur un seul cheval, peut être rapproché d'un bronze archaïque de Grrumentum, ilfow. îned., V, pi. 4, et F. Marx, Arch. Zeitung, 1885, p. 271.
2. n a été décrit par MM. Dressel et Milchhoefer, dans leur catalogue des Antiquités de Sparte : Die antihen Kunstwerhe aus Sparta und Umgebung, Mîtfheîl, 'Athen, II, p. 303, u** 7, et pi. XX, XXI. La meilleure reproduction a été donnée par M. Furtwaengler, Collection Sabourof, pi. I. Cf. pour la bibliographie, Wolters, Gîpsabgûsse, p. 29, n° 58.
3. On y a trouvé une pierre à peine dégrossie portant l'inscription 'Epfxavoç. Mittheil Atheuj II, p. 434. Roehl, Inscriptiones graecae antiquîssimœ, 60.
4. L'interprétation du bas-relief a soulevé de nombreuses discussions. M. von Sallet propose d'y voir des personnages divins, Asclépios et Hygie, Zeitschrift fur Numismatih^'K, 1882, p. 171. M. Mïlchhoefer y avait reconnu d'abord deux divinités chthoniennes, Hadès et Perséphoné (^Mittheil. Athen^ II, p. 459). Il est revenu depuis à l'opinion soutenue par M. Furtwaengler (^Mittheil. Afhen, VII, p. 162, Collection Sabouroff, notice de la pi. I), qui voit ici un ex-voto à des morts héroïsés. Voir Milchhoefer, Mittheil Atlteiij IV, p. 163, Arch. Zeitung, 1881, p. 293.
double. Le héros est vêtu d'un costume d'apparat, sandales, longue tunique, manteau rejeté sur Tépaule gauche, derrière laquelle apparaît l'extrémité de l'étoffe; les boucles de sa chevelure frisée retombent sur les épaules comme des chapelets de perles. Le visage regarde bien
Fm. 111. — Bas-relief funéraire, trouvé à Khrysapha, en Laconie (Musée de Berlin). Hauteur totale, 0°^,87.
en face. Tandis que la main droite se porte en avant par un geste bienveillant, la gauche tient un canthare, emblème des biens terrestres que la protection du mort assure aux survivants. La morte héroïsée tient d'une main la pomme de grenade, le fruit offert aux défunts dans les banquets funèbres, et de l'autre elle relève son voile, esquissant
ainsi gaucliement le geste gracieux et noble que Phidias prêtera à Héra, sur la frise du Parthénon ; ses pieds sont chaussés de bottines à bouts retroussés, suivant la mode asiatique. Devant le couple sont deux adorants, représentés avec des dimensions beaucoup plus petites, comme il convient à des mortels mis en prjésence de divinités. Ils apportent leurs offrandes; un jeune homme présente un coq et un œuf, une jeune fille tient une fleur et ime grenade. Derrière le trône, un serpent, attribut ordinaire des divinités chthoniennes , déroule ses anneaux, et comme pour prendre sa part des offrandes, il allonge au-dessus du dossier sa tête surmontée d une crête et munie d'une barbiche.
Telle est la plus ancienne traduction plastique d'une vieille croyance, qui a duré autant que Thellénisme. Pour le Grec, la mort élève l'homme à une condition supérieure ; elle fait de lui une sorte de puissance, un rkip-wv, presque une divinité. L'âme du défunt a le pouvoir de dispenser les biens et les maux ; irritée, elle devient redoutable et malfaisante ; apaisée par des offrandes, elle est bienveillante pour les survivants, elle étend sur eux sa protection. On comprend dès lors que l'art primitif, si pauvre en moyens d'expression, prête aux morts le type et les attributs des dieux, et que le couple héroïsé prenne l'apparence de divinités infernales. Aussi le sujet figuré sur la stèle de Khrysapha se trouve-t-il répété sur une longue série de bas-rehefs laconiens, où les sculpteurs de Sparte reproduisent cette formule avec une singulière persistance, sans la modifier autrement que par des variantes insignifiantes. Sur une stèle du musée de Sparte, contemporaine de celle de Berlin, le sujet ne diffère du précédent que par la présence d'un chien, assis sous le trône des défunts héroïsés\ Sur une autre, la scène est simplement retournée, et les adorants font défaut ^ Ailleurs, le serpent vient boire au canthare \ Ces bas-rehefs n'appartiennent pas tous au sixième siècle; il en est dans le nombre où, malgré la rudesse de l'exécution, on entrevoit le style d'un archaïsme plus libre \ Mais telle est la puissance de la tradition, qu'au deuxième et au