Pcuisanîas, VI
Nous ignorons la date exacte du fronton; Pausanias se borne à dire que le Trésor des Mégariens avait été construit après une guerre soutenue contre Corinthe, on ne sait à quelle époque; néanmoins c'est une conjecture plausible que d'en placer l'exécution vers 550. Peut-être même est-il possible d'aller plus loin, et d'attribuer cette œuvre à un élève de Dontas : on se souvient que le sculpteur laconien avait travaillé pour le Trésor de Mégare.
Les œuvres de la statuaire sont malheureusement fort rares pour la période qui nous occupe.
Une statue à peine ébauchée, en marbre commun, trouvée près du Khani de Franko-Vrysi, à peu de distance de Tégée ^ ; une
autre statue féminine assise, en tuf calcaire, découverte à Hagiorgitika , sur la route de Tégée à Argos ", prouvent que l'art péloponnésien primitif connaît ce type des figures assises que nous avons vu à Milet. Il est même permis de penser que les Dédalides de Crète ne sont pas restés étrangers à l'introduction de ce type dans le Péloponnèse; nous le croyons d'autant plus volontiers que les Dédalides avaient laissé à Tégée des traces de leur passage, et que l'un d'eux, Kheirisophos, avait exécuté pour un temple de la ville un
1. jVIusée central d'Athènes, n^ 6. 'Eç7]jx- ocp/., 1874, pi. 71.
2. V. Bérard, Bull, de corresp. helléii., XIV, 1890, p. 882, pi. XI. M. Loewy a publié récemment une autre statue du même type, en pierre calcaire, trouvée en Crète ; il n'est pas éloigné d'attribuer ces deux statues aux Dédalides crétois. Rendiconti délia reale Accademia di Lincei^ vol. VII, 1891, p. 599-603.
Fm. 115. — Tête colossale de Héra en pierre calcaire, trouvée à Olympie (Musée d'Olympie). Hauteur, 0^^,50.
xoanon doré et une statue de pierre \ A défaut d'œuvres plus importantes, une série de têtes provenant de statues va nous montrer le développement des principes de style qui donnent à la sculpture péloponnésienne sa physionomie particulière. Au début de la série se place une tête en pierre calcaire, trouvée à Olympie, dans les ruines de l'Héraion ^ ; suivant toute vraisemblance, elle appartenait à la statue colossale de Héra, assise aux côtés de Zeus dans la cella du temple (fig. 115). Bien rude encore est cette tête, coiffée du polos,
et dont la chevelure, serrée par un bandeau, s'arrondit sur le front en boucles ondulées ; les yeux sont d'une largeur démesurée ; les oreilles s'évasent avec une ampleur ridicule; c'est, suivant l'expression de Brunn, un véritable ce incunable de l'art. )) Pourtant l'artiste a observé comme par instinct certains principes de construction; en accusant les formes vigoureuses et fermes de l'ossature, il a donné à la tête une sorte de structure architectonique , puissante et massive. Mêmes caractères, avec un style un peu plus avancé, dans une tête virile en marbre de Laconie, trouvée au village de Méligou dans la Thyréatide ^ En dépit de la brutalité archaïque du style, c'est une oeuvre robuste, qui rappelle à certains égards la tête du héros dans la stèle de Khrysapha. Entre toutes ces œuvres, la parenté est évidente. Mais voici qu'un progrès réel se fait jour dans une tête en bronze du musée de Berlin,
Fig. 116.
- Tête en bronze, trouvée à Cythère j (Musée de Berlin).