Voir Livre II, ch. I
2. Fraenkel, Ai'ch. Zeltung 1879, pi. 7, p. 84. Cf. Overbeck, Grieçhische Kunsmythologie^ V, p. 36,
L'AECHAISME AVANCE.
lotions d'huile; dans la gauche^ on replace sans peine l'arc aujourd'hui disparu. Ainsi le type que nous avons vu se former lentement dans l'art primitif a atteint son complet développement. Toutes les écoles grecques vont s'en inspirer, et la suite de cette étude montrera quel accent d'énergie savent lui imprimer les bronziers du Péloponnèse.
Signalons encore une œuvre digne d'attention, qui nous révélera les qualités déployées par la sculpture insulaire dans le même ordre de sujets. Notre figure 123 reproduit une tête virile, trouvée à Délos, et qui appartient déjà aux dernières années du sixième siècle \ L'exécution n'est pas moins poussée que dans les statues féminines de l'école chiote. Vous retrouverez la même finesse de touche dans cette chevelure coquettement frisée, ornée d'une ganse et d'un ruban qui maintient les boucles détaillées avec soin; dans la partie supérieure, un fin travail au ciseau imite, par de légères dépressions, le mouvement d'une chevelure ondulée. A voir une curiosité si minutieuse , un tel souci du détail, on devine un artiste apparenté de très près à ceux qui ont traité avec une véritable prédilection l'agencement compHqué du costume féminin.
C'est à la sculpture funéraire qu'il faut demander les meilleurs spécimens de l'art archaïque insulaire. Les Grecs de l'Est semblent avoir adopté de bonne heure un type de stèle facilement reconnaissable, et dont l'origine doit être sans aucun doute cherchée en lonie -. La stèle, taillée dans une dalle de marbre peu épaisse, plus haute que large, a une
FiG. 123. — Tête virile, trouvée à Délos (D'après le Bulletin de correspondance hellénique j 1881, pi. XI).
1. HomoUe, Bull de corresp. hellén.j V, 1881, pi. XI, p. 509.
2. Voir Furtwaengler, Coll. S abourof .Introduction, pp. 6 et suivantes ; Loeschcke, Mittheil. AtJien, IV, 1879, p. 279, Les objections soulevées par M. Brueckner Q0nia7nent und Form der attischen Sttlen, 1886, p. 59), ne me semblent pas fondées.
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forme élancée, et un peu pyramidante ; elle est couronnée tantôt par une palmette sculptée et peinte, tantôt par un simple listel ou par un petit fronton triangulaire. Le sujet figuré sur la partie étroite et longue qui forme le corps de la stèle , dérive toujours de la même donnée :
il offre l'image conventionnelle du défunt, destinée à rappeler aux survivants sinon ses traits, au moins sa condition sociale, ses goûts, ses occupations favorites. Or , tel est le caractère d'une stèle funéraire trouvée à Orchomène en Béotie, et qui, malgré sa provenance, est certainement l'œuvre d'un artiste insulaire. Une inscription métrique, gravée sur la base, ne laisse pas de doute à cet égard : « Alxénor le Naxien, m'a fait : regardez-moi )) (fig. 124) \
Le sujet est d'une simplicité qui défie toute interprétation symbolique. Un homme d'âge déjà mûr, sans doute quelque riche bourgeois d'Orchomène,
1. La stèle, autrefois conservée dans l'église d'Haghios Dimitrios à Ehomaïko, a été transportée au musée central d'Athènes; Cavvadias, Catalogue, n« 39. Elle a été publiée pour la première fois par Conze et Michaelis, Annali deir Inst.j 1861, p. 81, pi. E, 3. Cf. pour la bibliographie, Koeite, Ifittheil. Athen, III, p. 315^ FiG. 124. — Stèle funéraire signée par Alxénor de n^' 8. Bonne reproduction dans Brunn, DenJc- Naxos, trouvée à Orchomène (Musée central
maeler der griedi . roem. Seulpturjia.'^ 4:1 h. d'Athènes). Hauteur, 2^^,05,
L'AECHAISME AVANCE.
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joue avec son chien. Appuyé sur la longue canne que portent d'habitude les hommes de condition aisée, les jambes croisées dans l'attitude du repos, il pré sente une sauterelle à l'animal ; celui-ci bondit, s'arc-boute sur le listel qui encadre la stèle, et dresse vers la main de son maître son museau effilé. Malgré des défauts choquants dans l'exécution du buste, et dans la pose des jambes, la sculpture ne manque pas d'élégance. La souplesse avec laquelle sont rendus les plis du manteau atteste une main exercée et témoigne une fois de plus que l'étude du vêtement est une des principales préoccupations de l'école des îles.
Il va de soi que la stèle d'Orchomène nous met sous les yeux non pas un portrait, mais un type général, celui du bourgeois aisé, ou du propriétaire campagnard. Cela est si vrai, que nous retrouvons le même sujet, à peine modifié, dans une stèle bien connue da musée de Naples, qui a fait partie de la collection Borgia (fig. 125) ^ La chlamyde plus courte, la pose différente du chien, assis aux pieds de son maître, la suppression du détail un peu puéril de la sauterelle, l'addition du flacon d'huile attaché au poignet gauche du personnage, tels sont les changements
Fig. 125. — Stèle funéraire en marbre, de l'ancienne collection Borgia (Musée de Naples ).
1. Museo Borhonicoj XIV, pi. 10. Eayet, Monuments de l'art antique j I, pi. 19, notice de M. J. Martha. Cf., pour la bibliographie, Wolters, Gipsahgûsse^ n» 21. On peut encore citer une autre stèle, trouvée à Korseia, dans la Locride Opontienne, et portant le nom d' Agasinos. Kœrte, Mittheïl. AtJien , III, no 7, p. 313.
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introduits par le sculpteur ; mais il suffît d'un coup d'oeil pour s'assurer que la donnée reste la même. En dépit des explications trop ingénieuses de Raoul Rochette et de Welcker \ il faut reconnaître ici, comme l'a montré M. J. Martha, c( un homme dans la force de l'âge , qui n'a pas encore renoncé aux exercices de la palestre, et aux courses dans la campagne ».
Aucijn indice ne permet de déterminer avec certitude la provenance de la stèle de Naples. Toutefois, la nature du marbre, le style de la palmette, nous autorisent à en chercher l'origine dans les îles de la mer Egée ^ L'exécution est plus poussée que dans la stèle d'Orchomène, le relief moins plat, le modelé plus ressenti; malgré des fautes évidentes dans l'anatomie des bras et du buste, le progrès est manifeste. Si la stèle d'Alxénor peut se placer à la fin du sixième siècle, celle de Naples est postérieure d'une trentaine d'années.