‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 161 sur 293 · Ibid., p. 608, fig · texte numérisé non relu

Ibid., p. 608, fig

3. Sur les rapports de la Perse et de la G-rèce, et sur les influences grecques dans Fart perse, voir Perrot et Chipiez, t. V, p. 425, 828, 889 et suivantes.

fondé JEnos ; les Téiens, après la conquête d'Harpagos, s'étaient établis à Abdère. L'île de Thasos, colonisée au huitième siècle par des Pariens, était, vers l'année 500, maîtresse de toute la côte entre le Nestos et le Strymon; elle devait sa prospérité à l'exploitation des mines du Pangée, à son commerce, à ses douanes. C'étaient là autant de foyers d'hellé nisme, dont l'action se faisait sentir dans les États à demi grecs de l'intérieur, comme la Macédoine. En Thessalie, où la civilisation est très attardée, les familles régnantes se piquent de favoriser la culture Hellénique ; les Aleuades de Larissa accueillent les artistes et les poètes de l'Ionie. L'activité artistique qui règne dans ces régions, vers la fin du sixième siècle, est attestée par une série de monuments déjà longue; la liste s'en est accrue rapidement, depuis que l'annexion de la Thessalie au royaume de Grèce a rendu les recherches plus faciles. En présence de ces témoignages multipliés, on a pu se demander si la Grèce du Nord avait, elle aussi, possédé une école de sculpture. La question est encore trop controversée pour être résolue a priori. Nous devons d'abord mettre sons les yeux du lecteur les pièces du litige.

En Macédoine, et surtout en Thessalie, la sculpture funéraire est représentée par des stèles qui offrent avec celles du type ionien de frappantes analogies. Forme allongée, relief plat, dérivant de la peinture, sujets empruntés à la vie quodidienne, tels sont les caractères communs. Il est impossible, en effet, de méconnaître le caractère familier de la scène figurée sur une stèle très mutilée, qui provient de Tyrnavo, l'ancienne ville thessahenne de Phalanna ^ : une femme tient de la main gauche une quenouille chargée de laine. Pour le style, elle est strictement de la même famille que la remarquable stèle du Louvre rapportée de Pharsale par M. Heuzey ^ et reproduite par notre figure 134. Fidèle à la donnée générale dont s'inspirent les sculpteurs dans cette catégorie de stèles, le sculpteur de la stèle pharsalienne areprésenté deux jeunes filles, deux amies sans doute, échangeant des cadeaux. Toutes deux portent le chiton de laine agrafé sur les épau-

1. Fougères, BulU de corresp. Jiellén., XII, 1888, p. 273, pi. XVI.

2. Heuzey, Journal des Savants, 1868; Heuzey et Daumet, Mission archéologique en Macédoine, pi. 23, p. 415; O. Eayet, Monuments de l'art antique, J, pi. 12. Cf. Brunn, 8ltzungshericlite der bayer. Ahad., 1876, I, p. 328 et Denhmaeler griech. rœm. Sculptur, n^ 58,

LES ECOLES IONIENNES

les; leur coiffare est identique : une pièce d'étoffe, disposée pour soutenir par derrière la masse de la chevelure, s'enroule autour de la tête et les bouts retombent coquettement le long des tempes. Il est difficile de définir avec certitude l'objet de forme allongée que l'une des jeunes filles offre de la main gauche à sa compagne ; est-ce un fruit, ou

FiG. 134. — Fragment d'une stèle funéraire, trouvé à Pharsale. (Musée du Louvre.)

une bourse? Tout au moins nous reconnaissons, pour les avoir vues aux mains des morts héroïsés du Tombeau des Harpyes, les fleurs aux larges pétales que semblent échanger les deux amies ; fleurs de pavot ou de grenadier, ce sont les attributs ordinaires des défunts. Un souvenir très discret de l'ancien symbolisme funéraire flotte ainsi dans cette composition empruntée aux jeux gracieux des jeunes filles, et donne à la scène familière un charme plus grave. En dépit de l'archaïsme qui se manifeste encore dans la régularité rigide des plis et dans la coupe des yeux, figurés de face, la stèle de Pharsale est

L'AECHAISME AVANCÉ.

une œuvre de grand style, d une facture à la fois large et souple, bien supérieure aux bas-reliefs de Xanthos. Le talent de Tartiste a su

résoudre avec un rare bonheur un problème difficile, celai de Fagencement des mains, réunies dans un étroit espace. Ces trois mains ont chacune leur mouvement propre, observé avec une singulière justesse ; et par surcroit, suivant la remarque d'un fin critique, elles ont un caractère d'extrême distinction, avec leurs doigts effilés, d'une mobilité irréprochable \ Ces qualités, que rend plus sensibles encore un reste d'archaïsme, permettent d'assigner à la stèle de Pharsale une date assez avancée. Elle appartient aux dernières années du sixième siècle, sinon au début du cinquième.

Il s'en faut que tous les marbres théssaliens aient la même valeur. On peut cependant rapprocher du monument du Louvre une jolie stèle du musée central d'Athènes, trouvée à Larissa (fig. 135)-. Dans le cadr.e étroit et long que surmonte une élégante palmette, le sculpteur a figuré un jeune Thessalien coiffé du. pétasos^ vêtu de la chlamyde, les pieds chaussés de sandales dont les attaches étaient peintes. A en juger par les attributs qu'il porte, le plaisir était sa grande affaire ; on sait qu'entre les mains des éphèbes grecs, le lièvre et la pomme sont des gages de liaisons amoureuses^. Postérieure d'une

Fia. 135. — stèle funéraire, trouvée à Larissa. ( Musée central d'Athènes .)

1. Ce sont les propres termes d'Olivier "R^bjet, l^onuments de l'Art antique, notice de la planche 12.

2. P. Wolters, Mittheil. Athen^ XII, 1887, p. 75. Fougères, Bull, de corresp. Jiellén., XII, 188 p. 179, pi. VI.

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