Cf. P. G-irard, V Éducation athénienne, p
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quarantaine d'années à celle de Pharsale, déjà plus libre comme exécution, la stèle de Larissa se rattache cependant à sa devancière par une étroite parenté de style et de conception. S'il fallait multiplier les exemples, des stèles de même provenance, mais plus récentes encore, nous montreraient, avec une sorte de style provincial alourdi et dégénéré, la survivance des mêmes principes. Il nous suffira de citer les deux stèles de Vékédamos et de Polyxéna, provenant également de Larissa^ .
Si, quittant la Thessalie, nous portons nos recherches vers la Thrace et la Macédoine, nous constaterons que la sculpture funéraire y conserve, pour le type des stèles, des caractères analogues. Un fragment de stèle trouvé aux environs d'Abdère , sur la côte de Thrace , nous montre le profil élégant d'une tête de jeune homme, remarquable par le travail archaïque de la chevelure, et surtout par la douceur du modelé, plus fondu et moins incisif que ne l'est, à la même époque , le modelé des œuvres de la Grèce propre \ Or, Abdère
1. Musée central d'Athènes, n^s 165 et 166. Brunn, Mittheil Athen, VIII, 1883, p. 80, pL II et III. M.Heberdey a publié récemment une nouvelle série de stèles thessaliennes, Mîttlieil Athen, XV, 1890, p. 109, pi. IV-VII.
2. Au Musée central d'Athènes, n° 40. Pottier, Bull, de corresp. ïiellén., 1880, p. 256, pi. VIII; Brunn, Mittheil Athen, VIII, 1883, p. 91, pi . VI, 3.
PlG. 136. — Stèle funéraire de Philis, trouvée à Thasos. (Musée du Louvre.)
L'AECHAISME AVANCE.
est une colonie des Ioniens de Téos, et nous observons ici, sans trop de surprise, un style qui nous ramène vers l'Ionie. Même travail souple et large dans la belle stèle du Louvre provenant de Thasos , où la morte, Philis, fille de Kléomédès, est représentée assise, tenant sur ses genoux un coffret qui contient des objets de parure (fig. 136)\ Le type de la jeune femme fait songer à celui des jeunes filles de la stèle pharsalienne , avec les différences que comporte un intervalle de plus de quarante années de progrès. On s'avance encore plus dans le cinquième siècle avec une charmante stèle du musée de Tchinly-Kiosk, trouvée à Pella en Macédoine (fig. 137)". Certes c'est une main fort habile qui a sculpté cette élégante image d'un jeune hétaire macédonien, appuyé sur son bouclier, la main gauche abaissée le long de sa lance, coiffé du casque de cuir ou de métal. La nudité héroïque nous avertit que l'art sait déjà idéaliser le portrait du défunt, et c'est à peine si, dans la forme de l'œil, dans la coupe du visage, on retrouve quelque chose de la sévérité archaïque. Si nous citons ici un marbre qui peut dater du milieu du cinquième siècle, c'est que la stèle de Pella conserve une certaine parenté, pour le type, avec ses devan-
Fia. 137. — Stèle funéraire , trouvée à Pella. (Musée de Tchinly-Kiosk, à Coustantinople).
1. Annali delV Inst., 1872, pi. IV p. 185. Froehner, les Musées de France^ pi. XI, p. 76.
2. S. Eeinach, Catalogue du Musée impé?ial d'Antiquités de Coustantinople, n^ 120. Brurni, Mittlieii. Athen, 1883, pp. 87-89, pi. lY. Heuzey, Bull, de corresp. hellén.j 188i, p. 339, pi. XI.
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cières. Entre le jeune guerrier macédonien et Téplièbe au lièvre Larissa, il y a des
analogies qui n'échappent pas à un examen attentif.
Il ne faut cependant pas exagérer ces ressemblances. Elles résident plutôt dans la manière de traiter le bas-relief, que dans une direction de style très accusée. Et si
de
nous examinons des monuments autres que les stèles, ori le travail très peu ressenti du relief est le principal caractère commun, nous devons convenir que des différences notables apparaissent à des yeux non prévenus. Tel est le cas pour les bas-reliefs du Louvre, découverts en 1864 par M. Miller dans l'île de Thasos, à Panaghia, sur l'emplacement de l'ancienne capitale de
L'AKCHAISME AVANCE.
rîle^ Ce sont trois dalles sculptées, dont Tune, beaucoup plus longue que les autres, montre à sa partie centrale une porte pleine, figurée avec ses chambranles et son linteau (fig. 138). Quelle était la destination de ces dalles, dont nous ne possédons qu'une série incomplète? Décoraient-elles le pourtour d'un autel? Formaient-elles barrière autour d'un lieu consacré? Les deux hypothèses ont la même
vraisemblance ^.
On peut au moins affirmer qu'elles étaient placées fort près d'un autel , car elles portent des inscriptions relatives au rituel religieux. Sur deux d'entre elles, on lit, gravées en lettres de l'alphabet pari en, des prescriptions qui servaient à guider les dévots et les prêtres eux-mêmes dans l'accompHssement des sacrifices : ce Aux Nymphes et à Apollon Nymphégète, sacrifie les victimes que tu veux, mâles ou femelles. La brebis et le porc sont interdits. On ne chante pas de péan. » Telle est la formule gravée sur le linteau de la porte. Ailleurs, sur la plinthe d'une des deux dalles étroites : (( Il n'est pas permis de sacrifier aux Kharites une chèvre ni un porc, » Grâce à ces commentaires, les sujets figurés
1. Miller, Revue arcTiéoL, 1865, II, p. 438, pi. 24-25. Michaelis, Arch: Zeitung, 1867, p. 1, pi. 217- 0. Eayet, Monuments de Vart antique^ I, pi. 20--21. Brunn, Denhmaelerj lûP 61.
2. Signalons une nouvelle hypothèse de M. Michaelis, suivant laquelle l'ensemble aurait formé une sorte de niche, ornée de sculptures au fond et sur les deux côtés latéraux. American Journal of Archaeology, 1889, p. 417-422, fig. 41.
FiG. 139.
Cortège de Nymphes. Bas-relief trouvé à Thasos. ( Musée du Louvre. )
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s'interprètent facilement. Voici, sur la dalle la plus longue, à gauche de la porte, Apollon conduisant le chœur des Nymphes; la lyre à la main, vêtu de la robe longue des citharèdes, il se tourne à demi vers une femme qui le couronne. A droite sont trois Nymphes auxquelles le sculpteur a prêté des costumes très différents : le diploïdion, le peplos dorien, et la chlaena ionienne; elles tiennent des objets de parure, ceintures, bandelettes et fleurs. La seconde face montre également un cortège de Nymphes s'avançant avec solennité, richement parées comme leurs compagnes , et portant des fruits et des guirlandes ( fig.
139). Vient enfin, sur le troisième bas-relief, Hermès coiffé du bonnet de feutre, le caducée à la main, suivi par une Kharite qui tient une guirlande (fig, 140). L'ensemble est d'une grande élégance ; il n'est pas téméraire d'assigner à ce monument une date antérieure à la conquête de Thasos par les Athéniens, c'est-à-dire à 465. Si l'on considère l'exécution, les bas-reliefs thasiens restent isolés dans la série que nous avons formée plus haut. La saillie du relief très accusée, le coup de ciseau net et incisif, le modelé nerveux et ressenti, leur donnent une physionomie à part. Et pourtant les types, les attitudes, le luxe des parures, rehaussées encore par des accessoires de bronze aujourd'hui disparus, tout cela rappelle le souvenir des œuvres ioniennes. S'il n'y a pas de filiation directe entre les bas-rehefs de Thasos et ceux de Xanthos, au moins peut-on citer une oeuvre qui
Fig. 140. — Hermès et l'une des Kharites. Bas-relief trouvé à Thasos. ( Musée du Louvre. )
L^ARCHAISME AVANCE.
forme entre ces deux groupes de sculptures une sorte de transition. Nous voulons parler d'une stèle conservée à la villa Albani, où Ton voit la morte assise, tenant son enfant, en présence de deux fillettes et d'une femme qui apporte une guirlande (fig. 141) \ Cette dernière rappelle exactement la Kharite qui suit Hermès ; quant à la figure assise, elle est bien la sœur des mortes héroïsées du tombeau des
Harpyes. Bien que la provenance de la stèle Albani soit inconnue , on ne se trompe guère en la cherchant dans les îles, soit à Paros, soit même à Thasos'.
En résumé, si nous essayons de définir l'impression que nous laisse cette série de monuments , nous trouvons une certaine parenté de style, des ■ différences d'exécution assez notables, et surtout des affinités évidentes, dans les plus anciens, avec les rares monuments ioniens que nous connaissons.
Dès lors, peut-on conclure à l'existence d'une école locale, indépendante, se développant en vertu de ses traditions propres? La Grèce du Nord représente-t-elle comme une province distincte de l'art grec archaïque? Dans un important mémoire, où. il a le premier posé la
1. C'est la stèle où Winckelmann reconnaissait Leukothéa et Dionysos : Monumenti ineditij 56. Wolters, Gipsahffûsse, n^ 243.
2. M. Furtwaengler opine pour Paros, à cause des ressemblances de la stèle avec un bas-relief parien, publié dans VArcli. Zeitung, 1874, pi. 5. (^Collection Sahourofj p. 43^ note 6). Mais Thasos est une colonie de Paros.
FiG. 141. — stèle funéraire. (Rome, villa Albani.)
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question, M. Brunn n'hésite pas à Taffirmer ^ Pour le savant professeur de Munich, Fart de la Grèce du Nord serait un art indigène plongeant par ses racines en Asie ; il aurait pour point de départ la représentation des figures sur un fond plat, comme le serait une tapisserie ; il dériverait de la peinture, plutôt que de la sculpture en ronde-bosse ; enfin, il se développerait par une sorte de routine, plutôt que par Fapplication des principes de style qui impriment à Tart de la Grèce propre une direction plus étroite. Cette théorie a soulevé plus d'une objection^ Sans l'abandonner, M. Brunn semble en avoir atténué lui-même le caractère trop absolu, en reconnaissant que l'unité de cet art local réside surtout dans la pratique de certains procédés, qu'il admet des variantes, comme les dialectes d'une même langue, et qu'enfin il relève en partie de l'art de la Grèce asiatique ^
Si séduisant que soit ce système, il ne saurait entraîner notre complète adhésion. Nous chercherions vainement les traits originaux de cette prétendue école locale. Nous serions plus volontiers d'accord avec M. Brunn, lorsqu'il signale les points de contact de l'art de la Grèce du Nord avec celui de l'Ionie. N'est-ce pas là, en réalité, la solution du problème? N'est-ce pas vers les pays ioniens que nous ramènent les types de la sculpture funéraire, et les principales conventions? Est-il surprenant que, par les colonies ioniennes de la Chalcidique et de la côte de Thrace, les Etats de l'intérieur aient subi comme une pénétration de l'art ionien? Il est permis de croire que l'école de la Grèce du Nord n'a pas d'existence propre : elle n'est que le prolongement de la grande école qui a son centre dans les îles et en lonie.
1. Brunn, Paîonîos und die nordgriechische Kunst (^SîtzungshericTite der hayer. ATcademie der Wîssens ckaften zu Mûnchen, 1876, pp. 316-342).
2. Voir en particulier L. Heuzey, Bull, de corresp. hellén., VII, 1883, p. 337.