Vitruve, III, Prae/aL
Corinthe est surtout vouée à l'industrie. Ses bronziers, qui mettent en oeuvre un métal renommé pour la perfection de Talliage, sont avant tout des fabricants ; elle exporte en abondance des objets d'industrie, armes, cuirasses, miroirs, ustensiles de toilette; c'est ane sorte de Sidon hellénique. Mais il ne semble pas que, sauf de très rares exceptions, ses artistes aient haussé leur ambition jusqu'à des visées plus
élevées, plus désintéressées. En réalité, nous ne connaissons pas d'école corinthienne.
Essayons - nous cependant de nous former une idée de l'art qui prévaut dans les différents centres du Péloponnèse? Les monuments ne font pas défaut. Si l'on ne peut leur assigner une origine déterminée, ils nous renseignent au moins sur le style et sur les tendances propres aux pays doriens. Parmi les trouvailles d'Olympie, xme des pièces les plus remarquables est une belle tête de Zeus en bronze, dont on ne saurait méconnaître le caractère péloponnésien (fig. 164) \ Les cheveux, disposés sur le front en une double rangée de boucles, retombent sur la nuque et forment une masse que maintiennent les nœuds très compliqués d'un double lien. Les yeux grands ouverts, le nez droit, la bouche encadrée par la moustache et la barbe taillée en pointe, composent une physionomie douce et grave; on sent que l'artiste a déjà conçu le type idéalisé du maître des dieux. De telles œuvres
Fia. 164. • — Tête de Zens en bronze, demi-natnre , trouvée à Olympie.
1. Aiisgrdbungen zu Olympia^ III, pi. 22. Olympia, Die Bronzen, pi. I, p. 9 et suivantes. Cf. les réflexions de Brunn, Mîttheil. Atlien^yil, 1882, p. 118.
étaient bien faites pour servir de modèle à l'art industriel ; et, de fait, mie tête en terre cnite de mêmes dimensions, provenant d'mi ex-voto olympique, est une véritable réplique, un peu amollie et adoucie, de la tête de bronze \
Il est bien difficile de désigner le lieu d'origine des petits bronzes découverts près des grands sanctuaires.
Nom.mer Argos , Sicyone, Egme ou Corinthe, c'est le plus souvent faire une simple hypothèse. Tout au moins, ces figurines suppléent, dans une certaine mesure, à la perte des grandes œuvres ; elles en conservent les types ; elles gardent comme un reflet de leur style , grâce aux liens étroits qui unissent en Grèce la grande sculpture et Fart industriel. Combien, à ce point de vue , est instructive la série si nombreuse des bronzes archaïques trouvés à Olympie, et que de richesses d'art contient la belle collection de bronzes recueillie par M, Carapanos, dans ses fouilles de Dodone^! Forcé de choisir, nous emprunterons nos exemples aux figurines dodonéennes. Une des plus anciennes, mais non des moins curieuses par l'énergie du mouvement, est une femme courant, Atalante, suivant l'interprétation de M. de
PiG. 165. — Femme courant, statuette de bronze, trouvée ; (Collection Carapanos, Athènes.)
Dodone.
.1. Ausgrahungen zu Olympia^ IV, pi. 26 B. 2. Voir Carapanos, Dodone et ses ruines 1 vol. avec atlas, Paris, Hacliette, 1878.
Witte, à moins qu'on n'y reconnaisse, avec M. S. Reinach, une jeune fille dorienne, victorieuse à la course (fig. 165)^ Quel que soit le nom, cette figure de femme robuste et court- vêtue est traitée avec un rare accent de vigueur; les formes trapues, le réalisme naïf de l'attitude, sont comme une marque d'origine péloponnésienne. Une autre
statuette , provenant aussi de Dodone , appartient au musée de Berlin (fig. 166)% A en juger par la courbure de la base, elle décorait sans doute, avec d'autres figures de combattants , le couvercle d'un vase de bronze. Finement ciselée au burin, revêtue d'une belle patine verte, la statuette de Berlin nous offre un spécimen achevé de l'art du métal vers le début du cinquième siècle.
Ce guerrier cuirassé et chaussé de cnémides, dont le visage est caché par les garde-joues du casque à haute aigrette, nous met sous les yeux le type vivant de l'hoplite grec dans sa pose de combat ; solidement campé sur les jambes bien écartées, couvert du boucher à double échancrure et orné d'une tête de lion, il brandit sa lance avec le geste énergique et fier des héros d'Egine.
Fig. 166. — G-uerrier combattant, statuette de bronze, trouvée à Dodone. (Musée de Berlin.)
1. Dodone, pi. XI, n^s i et l bisj avec la notice de M. de Witte, p. 180. Cf. Rayet, Mon, de l'art antique, I, pi. 17, notice de S. Eeinacli.
2. Engelmann, ArcTi. Zeitung, 1882^ pi. 7, Rayet, ouv, cité, pi. 17, notice de S. Reinacb, et Études d'archéologie et d'art, p. 267.
Peu de sujets trouvent d'ailleurs plus de faveur dans les ateliers des bronziers. Avec des variantes d'attitude et d'équipement, le même type se retrouve à Olympie, et parmi les bronzes du Ptoion, en Béotie^Le Polytechneion d'Athènes possède un petit hoplite de bronze provenant de Sélinonte en Laconie, et portant sur la base une dédicace à Apollon Maléatas : c'est comme le prototype plus raide, moins mouvementé dans la pose, de la figurine de Dodone^ Signalons enfin, à titre de spécimen du type féminin, un autre bronze du Polytechneion, trouvé à Haghios Sostis, l'ancienne Tégée^ : une prêtresse debout, encostumedorien, tenant une coupe de la main droite. Comme la statuette de Sélinonte, c'est une œuvre de la fin du sixième siècle; mais elle annonce déjà, par la simplicité et la sévère élégance du costume, les figures de femmes de la belle époque ; elle fait prévoir l'Hippodamie du fronton oriental d'Olympie.