LES PREMIEKS ESSAIS DE PLASTIQUE
près de la pointe d'Acrotiri\ ont fait découvrir, sous la couche de pierre ponce provenant de l'éruption, des habitations très primitives avec leur mobilier. Les maisons faites de blocs de lave, et recouvertes de poutres d'olivier sauvage, étaient, à certains égards, mieux aménagées que celles d'Hissarlik; sur les murs, crépis à la chaux, on a retrouvé la trace d'un décor peint, comportant de modestes essais de dessin ornemental, des fleurs et des volutes. Des pressoirs à huile, des mortiers, des pilons, de petites meules en lave, attestent le caractère pastoral des premiers habitants de Théra; en même temps des anneaux d'or, des armes de pierre fabriquées avec l'obsidienne de Melos, permettent de croire à des relations avec les îles voisines, grâce à un cabotage rudimentaire.
On n'a rien trouvé dans les fouilles qui ressemble à une imitation plastique de la forme humaine; les antiquités de Théra intéressent surtout l'histoire de la céramique ^ Mais nous devons au moins relever, dans ces produits de l'industrie du potier, les traces d'un style indigène qui ne doit rien à des influences étrangères. Supérieures aux vases d'Hissarlik, au point de vue de la technique, les poteries de Théra nous ofîrent les premiers spécimens d'un décor tracé au pinceau. Il y a plus : à côté des bandes, des hachures, des hgnes flexueuses qui constituent le répertoire habituel des potiers primitifs, on observe de curieux efforts pour emprunter à la nature les éléments de la décoration; des rinceaux de feuillage, des branches fleuries, des tiges longues et minces comme celles des roseaux trahissent l'imitation de la flore du pays ; ailleurs, ce sont des animaux, chèvres ou canards, traités avec le sentiment naïf du dessinateur inexpérimenté qui copie tant bien que mal la nature.
Ce qui prouve bien le caractère indigène de ce style, .c'est qu'on le voit se développer et progresser dans l'industrie céramique des îles grecques. A Cnossos, dans l'île de Crète ^, à lalysos, dans l'île de Rhodes "^ on peut noter la persistance des mêmes formes de
1. Voir G-orceix et Mamet, Bulletin de V Ecole française d'Athènes^ 1870. E. Burnouf, Mémoires sur l'antiquité. Santorin.
2. Nous renvoyons le lecteur aux travaux sur la céramique grecque cités plus haut, page 7, note 3 .
3. HaussouUier, Bulletin de corr. hellénique, 1880, p. 124 et suiv,
4. Dûment et Chaplain, les Céramiques de la Grèce propre, I, p. 64. Newton, Essays on Art and Ary, p. 294.
vases, avec un progrès de plus en plus marqué dans le décor. Le potier ne se borne plus à ce qu'on a appelé justement la décoration florale'] il s'enhardit, et emprunte des sujets à la faune de la mer, à tout ce monde d'êtres marins, poulpes, seiches, nautiles , que les habitants des côtes voient se . mouvoir dans la transparence de l'eau qui baigne leurs grèves. Si naïfs et si gauches qu'ils soient, ces premiers essais n'en dénotent pas moins un goût curieux d'observation, une certaine aptitude à copier la nature ; ils annoncent déjà un art original, dont les fouilles de Mycènes vont nous montrer le développement.
Dans la civilisation primitive des Cyclades, la sculpture est représentée par des statuettes en marbre ou en pierre calcaire qui ont souvent attiré l'attention des historiens de l'art grec^ Le Polytechneion d'Athènes, le Louvre, le Musée de Dresde, le British Muséum s'en partagent les principaux exemplaires^ : c'est à la collection de Londres que nous empruntons le spécimen reproduit ci-joint (%. ,5). On y reconnaîtra facilement le type qui nous est déjà connu par l'idole de plomb d'Hissarlik, et par les figurines de Chypre. Ces idoles représentent uniformément une déesse nue, les bras croisés- audessous du sein, les jambes étroitement rapprochées. Les sculpteurs primitifs qui les ont taillées dans une plaquette de marbre ou de calcaire, ont figuré avec gaucherie naïve une tête aplatie, où le nez seulestindiquéparune légère saillie, des jambes et des bras à peine