Ecpr.fx. àç>X', 1888, pi
prime à tous ces visages féminins une sorte d'uniformité. L'obliquité des yeux, le sourire qui bride les lèvres et retrousse les coins de la bouche leur donnent, comme on l'a dit souvent, un air railleur et ironique ; on peut épuiser toutes les finesses du langage pour analyser, au gré de sa fantaisie, ce sourire auquel le ciseau des sculpteurs attiques donne un singulier charme d'étrangeté. Mais gardonsnous de chercher ici des subtilités de sentiment qui ne sont pas dans l'esprit de larchaïsme grec. Le sourire de nos statues n'a rien de commun avec celui de la Joconde; il n'est ni énigmatique ni mystérieux. Dans une page souvent citée, M. Heuzey a nettement défini la valeur de cette convention : (( C'est une pure affectation, une de ces modes conventionnelles par lesquelles les artistes croient ajouter à la beauté humaine M). En réahté, toutes ces femmes sont des mortelles qui, sous leur vêtement de fête, se font pimpantes et souriantes pour plaire à la divinité ; le sculpteur n'a rien vu au delà.
La majeure partie des statues de l'Acropole appartient à la période où les influences chiotes dominent à Athènes. Elles relèvent de cette tradition insulaire qui professe un goût décidé pour l'élégance et la virtuosité du travail. Ces qualités, les Attiques les poussent à l'extrême; ce type de la femme vêtue, ils arrivent à le traiter avec une recherche presque exagérée, avec un raffinement presque outré dans Texécution. Aussi ne sommes-nous pas surpris de voir que, peu de temps avant 480, il se produit une sorte de réaction contre le maniérisme que l'école chiote a mis à la mode. Cette réaction se marque surtout dans le type du visage. Les traits deviennent plus sévères ; le sourire qui bridait les lèvres et accusait la saillie des pommettes, s'atténue et s'efface; le visage prend une expression de gravité. On peut se rendre compte de cette évolution en comparant les deux têtes reproduites en héliogravure par notre planche VL La première (fig. 1) ^ se rattache encore à la tradition chiote par le soin minutieux avec lequel est traitée la chevelure ; vous y retrouverez encore les pommettes saillantes, le menton aigu qui caractérisent l'ancien type ; mais
. 1. Catalogue des figurines déterre cuite du musée du Louvre^ p. 132. 2. Musées d'Athènes, pi. XIII. Une tête d'Aphrodite, trouvée également sur l'Acropole, marque de nouveaux progrès dans le sens de cette évolution. Lechat, Revue arch.j 1880, t. XIV, p. 396, pl.XXlII.
déjà l'obliquité des yeux est moins accusée, et le sourire plus discret. Le charmant buste reproduit sur la même planche (fîg. 2) ^ nous montre un progrès de plus. Il appartenait à une statue dont la base a été retrouvée ; la dédicace nous apprend que c'était un ex-voto dédié à Athéna par un personnage nommé Euthydikos, fils de Thaliarchos. C'est une des plus récentes de la série, et elle a été certainement exécutée fort peu de temps avant 480. Si les fouilles nous l'avaient livrée intacte, elle serait déjà populaire, et compterait parmi les œuvres antiques dont les moulages, les réductions, sont répandus partout. Ce qui en reste est bien fait pour augmenter nos regrets. La partie inférieure, seule conservée avec le buste, est un remarquable exemple du soin avec lequel des maîtres archaïques traitaient les extrémités. Rien de fin, de délicat, comme ces pieds mignons, dont les phalanges grêles, allongées et menues, la forme pure et un peu maigre donnent la sensation de je ne sais quelle grâce aristocratique. La tête surtout est un chef-d'œuvre d'élégance sévère. Ce qu'il y avait encore d'anguleux et de sec dans le visage des autres statues a disparu ici, avec l'obliquité des yeux et la saillie exagérée des pommettes. La chevelure est aussi plus simple, et encadre de ses bandeaux ondes un front petit et droit, des joues aux contours pleins et fermes. En examinant ce buste avec toute l'attention qu'il commande, on est frappé, au premier abord, de l'expression un peu boudeuse de la bouche : les lèvres, légèrement portées en avant, semblent faire la moue. On s'explique bien vite cette particularité. Le sculpteur a voulu rompre avec la tradition du sourire conventionnel; il a abaissé, au lieu de les relever, les coins de la bouche, et avec une gaucherie charmante, il n'a réussi qu'à donner au bas du visage une sévérité un peu dédaigneuse. Encore quelques essais, et il aura résolu le problème. A vrai dire, entre cette tête et les plus belles œuvres attiques du cinquième siècle, il n'y a plus que des nuances. Tous les caractères essentiels du grand style s'y trouvent déjà, et l'on peut pressentir que, quarante ans plus tard, sans s'écarter beaucoup des mêmes données, Phidias réahsera dans son Athéna Parthénos le type achevé de la jeune fille athénienne.
1. Musées d'Athènes, pi. XIV. Cf. Winter, JaJirhuch des arcli. Inst., II, 1887, p. 219.
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Pl.VI
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TETES FEMININES EN ivWXRBRE A^tlienes Musée de lAcrc-pole
Imp, Eudes &C"hassepot
Est-ce là un fait isolé ? Ou bien, entre les années 500 et 480, Fart attique subit-il un nouveau courant d'influences, dont Torigine doit Être cherchée dans le Péloponnèse? Est-ce Fécole représentée par Agélaïdas qui fraie la voie nouvelle où s'engagent les sculpteurs d'Athènes? Nous le croyons volontiers. L'hypothèse prendra plus de force encore si nous constatons la même évolution dans les statues du type viril. On pourra considérer comme démontré un fait qui prend une grande importance pour l'histoire de l'art attique, à savoir l'élimination graduelle des influences chiotes, que remplacent celles de l'école argivo-sicyonienne.
l 8, — LE TYPE VIEIL.
Nous ne possédons aucune statue virile intacte appartenant à Tépoque des Pisistratides. Les fouilles de l'Acropole n'ont guère livré que des fragments, ou des statuettes plus petites que nature. On peut cependant affirmer que dans ce peuple de statues consacrées autour du temple d'Athéna, les figures viriles trouvaient aussi leur place. Pieux donateurs, magistrats ou fonctionnaires religieux, vainqueurs aux Panathénées, combien d'Athéniens pouvaient dédier à la déesse leur propre image ! Le musée de l'Acropole possède une statuette depuis longtemps connue, représentant un greffier ou un trésorier des richesses sacrées dans l'exercice de ses fonctions \ Assis sur un siège carré, les jambes rassemblées, il tient ouverte sur ses genoux une tablette double, ou diptyque (rï(7ïTU)(^ov (ÎsT^t^qv) ; la main droite tenait le style de métal ou le roseau à écrire. A voir son attitude respectueuse et compassée, on songe à ces scribes égyptiens que les artistes de la vallée du Nil représentent prêts à écrire sous la dictée du maître ; et d'ailleurs le modelé très simphfié, le caractère un peu égyptisant du style, attestent que les influences de l'art saïte ont
1 . Mittheïl. AtheUj 1881, pi. VI, 2. Cf. même planche, fig. 1, un autre fragment d'une statue du même type avec des traces de polychromie. Une statue mutilée, où certains savants ont voulu reconnaître une femme, est sans doute celle d'un homme assis, vêtu du chiton ionien. Otto ,Tahn, De antiqiiîss. Minervae simuïacrisatticîs., pi. I, 4. Le Bas-Reinach, Voyage arcli., Mon.Jlg,, pi. 8, 1.
pénétré jusqu'en Attique^ Le type du cavalier est représenté au musée de l'Acropole par plusieurs statues mutilées ^ Une des plus élégantes est celle dont nous donnons un dessin (fig. 180). Un jeune cavalier, chaussé de sandales, monte avec aisance un cheval qu'à ses formes fines on reconnaît pour un cheval de course ; c'est quelque jeune vainqueur aux courses des enfants (xaTç xeXviTtî^ojv), qui a peutêtre concouru aux Panathénées. D'une autre statue équestre, il ne
reste que le buste du cheval (fig. 181); mais ce morceau est digne d'attention. Il n'y a guère d'autre trace d'archaïsme que la forme de la crinière, coupée en brosse , peinte en bleu , et dont la tranche supérieure est évidée par une cannelure
en biseau, revêtue d'un ton rouge ; mais comme la tête est déjà vivante, et avec quelle vérité elle se redresse sous l'action du mors! Au reste, le réalisme des animaliers archaïques ne doit pas nous surprendre; dans cet ordre de sujets, l'étude de la nature n'est entravée par aucune convention, et nous savons avec quel art les peintres de vases contemporains des Pisistratides savent traiter le type du cheval ^ Nous ne pouvons que signaler une curieuse statue représentant un personnage à cheval, en costume asiatique, statue par malheur très mutilée, mais remarquable par le luxe de couleurs dont elle était
Fig. 180. — Cavalier. (Musée de l'Acropole.)
1. Les rapports de TAttique avec l'Egypte, an sixième siècle, sont bien conntis pour l'art industriel. On a souvent signalé le nom égyptien du potier Amasis 5 un autre peintre de vases, Nicosthènes, est peut-être originaire de Naucratis.
2. 'E'fV]{j,. àpx-j 1887, p. 40, pi. 2. Musées d' Athènes, j)!. XII.
3. Voir par exemple le beau fragment d'un vase de Néarchos, représentant Achille près de son char. Benndorf, GriecJi. und sicillsche VasenUlder^ pi. XIII,
revêtue. La tunique ornée dune grecque oblique et de palmettes, le pantalon collant à la mode orientale, couvert de losanges rouges et bleus, témoignent d'une application très large et exceptionnelle de la polychromie. Mais là n'est pas le seul intérêt de ce marbre auquel il est permis d'attribuer une réelle valeur historique. Dans ce cavaher aux vêtements bariolés, chaussé de hautes bottines en cuir rouge, on est fondé à reconnaître un de ces archers à cheval qui faisaient partie de l'armée de Darius; et pour expHquer qu'un Athénien ait dédié à la déesse de l'Acropole l'image d'un Perse , comment ne pas songer à un monument de victoire, consacré au lendemain du grand triomphe de Marathon^? A voir avec quel acharnement les soldats de Xerxès mirent en pièces la statue, quelques années plus tard, on peut croire qu'ils ne s'y trompèrent pas. Détruit dans l'invasion de 480, l'ex-voto de Marathon resplendit bien peu de temps au grand jour avec sa brillante polychromie.
A défaut de statues intactes, une série de têtes viriles nous met sous les yeux un développement de style parallèle à celui que nous avons constaté en étudiant le type féminin. Cette série s'échelonne en effet entre les années 5.50 et 480". Comme il est naturelles plus anciennes de ces têtes nous montrent encore, à certains égards, les
Fia. 181. — Buste de cheval. (Musée de l'Acropole.)
1. Cette identification a été proposée par JVI. Studniczka, avec des ai'guments très collvaincaîitgj Jahrhucli des arcli. Inst., VI, 1891, p. 239.
2. Voir, pour l'étude de cette série, Furtwaengler, Collection Sahouroff, introduction, p. o. Winter, Mitthell. AtJien, XII, 1887, p. 118.
procédés techniques et les principes de style familiers à la vieille sculpture attique. Une petite tête en marbre appartenant au Louvre provient, à en juger par les fragments trouvés en même temps, d'une statue virile du type primitif; le personnage était représenté debout dans Tattitude de TApollon de Théra^ Or, la technique rappelle encore, à bien des égards, celle de la tête du Moschophore, La calotte
du crâne est lisse, traitée avec cette exécution sommaire que dissimule la polychromie ; les boucles qui tombent le long du cou sont découpées en petits carrés ; nous sommes encore au début du travail du marbre. Le progrès s'accuse déjà, très apparent , dans une tête virile qui fait partie de la collection Rampin à Paris (fig. 182) ^ Sans doute le type général n'a pas changé; comme dans le marbre du Louvre, les lèvres sont bridées et souriantes, les yeux fendus en amande, et le globe, un peu aplati, s'enchâsse entre des paupières minces, à arêtes vives. Les oreilles trahissent l'inexpérience de l'artiste en face de la nature; elles sont, dit justement 0. Ray et, (( placées trop haut, collées contre le crâne, et comme parcheminées )). Ajoutez encore que la structure solide de la tête, la coupe de la barbe soigneusement rasée sur la lèvre supérieure, la forme de la
FiG. 182. — Tête virile en marbre. Collection Rampin, à Paris.
1. Voir notre article, Gazette arch.jlSS7, pp. 88-93, pi. 11.
2. Albert Dumont, Monuments grecs, 1878, pi. I. 0. Rayei, Monuments de Vart antique^ I, pi. 18»
L'ECOLE A.TTIQUE.
coiffure contribuent à souligner les analogies avec le type du Moschophore. Mais les différences éclatent, si l'on envisage Fexécutionp C'est une merveille de coquetterie que le rendu de cette chevelure frisée sur le front en boucles symétriques dont l'extrémité se recourbe et s'arrondit en rosette ; et le travail de la barbe est tellement serré, qu'il donne l'impression d'une sorte de grénetis. Évidemment l'artiste possède à fond la technique du marbre; il y déploie cette virtuosité, ce raffinement, auquel les statues féminines nous ont habitués. On peut même citer telle de ces statues, celle que reproduit notre planche I, oii le même arrangement de coiffure se répète dans les moindres détails. Nous sommes donc fondé à placer la tête Eampin dans la période où les influences de l'école de Chios sont toutes-puissantes à Athènes, c'est-à-dire vers 520.
Quant à identifier notre
personnage, il n'y faut pas songer. La couronne de chêne dont sa tête est ceinte fait-elle allusion à une victoire athlétique, ou à quelque ambassade religieuse? Nous l'ignorons. Notons cependant que si l'on en juge par la flexion du cou, l'attitude était déjà empreinte d'une certaine liberté. Le personnage regardait le spectateur; son corps était placé de profil ou de trois-quarts.
Une tête en marbre de la collection Jakobsen, à Copenhague, marque une nouvelle étape (fig. 183) \ Son premier possesseur, 0.
FiG. 183. — Tête d'athlète en marbre. Collection Jakobsen , à Copenhague.
1. 0. Rayet, Monuments grecs, 1%11, pi. T. Études d'archéologie etd'artj^. 1-8.
L'AECIIAISME AVANCÉ,
Rayet, en a fait ressortir tons les traits caractéristiques : Farcade sonrcilière très relevée, les yenx gros et obliquement posés, les pommettes saillantes, la bouche découpée avec un singulier accent de fermeté, enfin les oreilles déformées, tuméfiées comme à coups
FiG. 184. — Tête de jeune homme. (Musée de l'Acropole.)
de poing, et qui semblent dénoncer un athlète. Le visage respire Ténergie, et Tartiste a certainement copié sur nature cette tête à l'expression un peu brutale. Mais le progrès se fait sentir dans le fini du modelé, très poussé et très caressé, dans la justesse d'observation que dénote le travail de Toreille; la chevelure est aussi traitée plus simplement, avec des procédés qui trahissent des modèles en bronze. Si l'on rapproche de la tête Jakobsen une tête du
musée de Berlin ^ et une petite tête du Louvre achetée à Fauvel ^\ remarquables toutes deux par le travail des cheveux et de la barbe sommairement dégrossis à la pointe, on constitue un groupe un peu plus récent que les marbres signalés plus haut.
Jusqu'ici nous suivons assez nettement, à travers des progrès de la technique, le même filon d'art. Mais voici que le vieux type attique se modifie et devient à la fois plus régulier et plus sévère. Nous trouvons un témoignage frappant de cette évolution dans une charmante tête de jeune homme, trouvée sur l'Acropole en 1887 (fig. 184) '\ C'est assurément la plus récente de la série, et la fraîcheur qu'avait conservée la polychromie semble attester qu'elle n'avait pas longtemps subi l'action de l'air. Au moment de la découverte, la chevelure portait les traces d'un ton jaune d'ocre, imitant conventionnellement la couleur blonde ; les lèvres étaient rouges, et le globe des yeux jaunâtre, avec des traits bruns cernant le rebord des paupières. On ne se trompe guère, croyons-nous, en plaçant l'exécution de cette tête peu de temps avant 480. Or, au premier coup d'oeil, on note dans la coiffure et dans le type du visage des caractères nouveaux. Cette disposition des deux tresses qui partent de la nuque, s'enroulent autour du crâne, et se rejoignent par devant, dissimulées en partie sous une frange de cheveux, nous ne l'avions pas encore vue dans les têtes les plus archaïques. C'est sans aucun doute le genre de coiffure appelée krohylos, dont la mode commence à prévaloir au début du cinquième siècle, et que conservaient encore, au temps de Thucydide, les vieillards restés fidèles aux anciens usages \ Quant au type du visage, quel progrès n'accuse-t-il pas sur celui des têtes précédentes! Plus de sourire conventionnel, plus de saillie exagérée des yeux. Les traits
1. Furtwaengler, Collection Sahouroff, î, pi. IILIV. Beschreibung der antiken SJculpturen zu Berlin^ no 308.
2. Jai publié cette tête dans les Monuments grecs de l'Association des Etudes grecques^ n" 17-18. 1889-1890, p. 35.
3. 'E?v](A- àpx.1888, pi. 2. Cf. Journal of H ell. Studies, IX, 1888. p. 123 fig. 3. art. deM''s. JaneHarrison. Cf. WoltevQ.Mitthell Atlien, XII, p. 266. Studniczka, ihid. XII, p. 374.
4. Voir sur le crobyle, Helbig, Commentationes philologae in honorem Th. Mommseni, 1877, p. 616. 627. Th. Schreiber, Der altattiscîie Krohylos, Mittheil Athen, VIII, 1883, p. 246; IX, 1884, p. 232, 299 ; E. Pottier, Dict. des Ant. grecques et romaines de Saglio.
réguliers et purs, le nez droit, la bouche sévère avec la lèvre inférieure un peu saillante, composent un visage juvénile dont le charme grave nous repose de l'éternel sourire des figures archaïques. Nous connaissons déjà ces caractères; nous les avons notés dans la belle tête féminine appartenant à Tex-voto d'Euthydikos (planche V,fig. 2); ces deux œuvres charmantes sont sœurs parla pureté du type, par la grâce robuste et saine dont elles sont empreintes; nous sommes donc arrivés au même terme, en suivant deux séries parallèles. D'autres monuments nous apprennent encore que ces similitudes ne sont pas fortuites. A une époque très voisine des guerres médiques les peintres de vases adoptent ce même type avec empressement. Un des maîtres de la peinture céramique, Euphronios, le traite avec prédilection. Il prête les mêmes traits à Orphée, sur une superbe coupe à fond blanc dont les fragments ont été trouvés à l'Acropole ^ ; à Achille, sur une coupe polychrome du musée de Berlin ^ Or, comme Euphronios commence avant la seconde guerre persique sa période de production ^, il est le contemporain du sculpteur auquel nous devons cette belle tête juvénile.
D'où vient donc ce courant d'influences qui modifie si profondément le style de la sculpture attique? Ou chercher l'origine de ce type, que nous retrouverons, à peine modifié, dans l'Apollon du fronton occidental d'Olympie ''? Pour résoudre le problème, il faut, croyonsnous, se reporter à la tête de bronze où nous avons reconnu une œuvre argivo-sicyonienne ^ C'est bien là comme un prototype, plus sévère encore et plus énergique, du marbre athénien; c'est bien dans le Péloponnèse qu'il faut placer l'école dont l'action se fait sentir jusqu'en Attique ^ S'il en est ainsi, on pourra souscrire aux conclusions suivantes. Au début du cinquième siècle, les Attiques ont tiré de la tradition chiote tout ce qu'elle contenait;