‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 199 sur 293 · CavvadiaSj 'Eçyiix. àp^-, 1886, p · texte numérisé non relu

CavvadiaSj 'Eçyiix. àp^-, 1886, p

4. Aristophane, Les Oiseaux, vers 1114 et suiv. Cf Lechat, Bull, de corn hellén., XIV, 1890, p. 337.

Fig. 175. — Base d'une statue d'Événor. (Acropole d'Athènes.)

que puisse nous paraître cet appendice utilitaire, il faut bien se rendre à Tévidence. Aristophane parle formellement du ménisque (piViaxoç), qu'on mettait aux statues. C'était une sorte de croissant ou de demi-lune en bronze, formant un plan incliné et dont la partie supérieure offrait un perchoir aux oiseaux pillards attirés autour des temples par l'odeur des sacrifices. On devine facilement contre quel genre d'injures il garantissait le visage de la statue. A coup sûr, voilà de quoi bouleverser toutes nos idées sur l'esthétique des Grecs ; mais ne nous hâtons pas de condamner, au nom du bon goût, cette étrange coutume. Les statues étaient des ex-voto, des objets sacrés ; par suite elles devaient échapper à toute souillure. Et d'ailleurs pourquoi

mettre en cause l'art et les artistes? J'imagine volontiers que l'adjonction du ménisque était le plus souvent imposée par le donateur, plus soucieux de la religion que de l'esthétique, et désireux avant tout de maintenir son offrande dans son intégrité.

Reste une dernière question. Que représentent ces statues de femmes? Faut-il y voir des mortelles? Ou bien, dans la pensée des donateurs, reproduisaient-elles l'image de la divinité à qui elles étaient dédiées, c'est-à-dh'e d'Athéna, la grande déesse de l'Acropole ^? Le problème est d'autant plus difficile à résoudre que nous avons ici sous les yeux un type de pure convention. L'art grec archaïque ne dispose, en effet, que d'un petit nombre de formes ; il n'a pas encore introduit dans les images des divinités ces délicates nuances, cette variété d'attributs qui nous font distinguer au premier coup d'oeil une Héra ou une Déméter. Comme les statues deDélos, celles de l'Acropole représentent, dans

FiG. 176. — Base d'ex-voto en forme de chapiteau ionique. (Acropole d'Athènes.)

1. C'est cette dernière opinion qu'adoptent MM. S. Reinach (^Es( Robert (^Hermès, XII, p. 135.)

? archéologiques j p. 142) et C.

L'AECHAISME AVANCE.

son acception générale, un type féminin qni peut se prêter à tontes les attributions. Cependant il serait surprenant qu'à une date très avancée dans Tarchaïsme, des artistes athéniens se fussent aussi peu mis en frais pour accuser par des traits précis la physionomie propre d'une

déesse vénérée entre toutes. A l'époque des Pisistratides, le type d'Athéna est fixé dans ses caractères essentiels. La statue d'Endoios porte l'égide, et toute une série de petits bronzes votifs, trouvés sur F Acropole, nous montrent Athéna dans l'attitude de la Promachos, avec le casque, le bouclier, l'égide et la lance (fig. 177) \ Nous admettons , pour notre part , une explication plus modeste, et nous voyons dans ces statues votives, de simples mortelles. On peut songer tout d'abord soit à des prêtresses de la déesse Poliade^ soit aux autres desservantes du culte, telles que les errhéphores. Une de nos statues dont le costume a une sorte de caractère sacerdotal, et qui tient d'une main une couronne, de l'autre un vase à parfum, peut, sans trop de difficulté, être considérée comme l'image d'une prêtresse (fig. 178) ^ Il n'y a rien là qui ne soit conforme aux habitudes grecques. Ainsi, à Argos, on voyait devant l'entrée de l'Héraion des statues des femmes qui avaient exercé un sacerdoce ; à Athènes, au cinquième et au quatrième siècles, des maîtres connus signent des sta-

TiG. 177. — Athéna Promachos. Figurine de bronze. (Musée de l'Acropole.)

1. Studnizcka, 'Eçyiji.. àpy., 1887, p. 134suiv. pi. 7 et 8. Lebronzedont nous donnons une gravure est reproduit dans ce recueil, 1887, pi. 7. U porte la dédicace suivante, gravée sur la base : Ms^viaw àvé6Y]x£v ôexocTYiv t' 'Aô'/ivatâ.

2. Journal oflIeU.Studîes, IX, p. 121. 'EcpYifJ.. àp^.,1891, pi. 11.

tues de prêtresses et d'errhéphores consacrées sur FAcropole ; et pour rester dans la tradition archaïque , les anciens sanctuaires de l'île de Chypre, avec leurs avenues bordées de statues de prêtres et adorantes, ne nous donnent-ils pas l'idée de ce que pouvait être le vieux temple d' Athéna? Mais d'autres personnes pouvaient encore consacrer à la déesse une statue votive. Les jAthéniennes de naissance libre, les feuimes et les filles des Eupatrides n'avaient-elles pas, elles aussi, le droit d'accomplir cet acte de piété? Il y a donc lieu, croyonsnous, d'adopter une interprétation très large, et de reconnaître ici, dans la plupart des cas, des images de pieuses donatrices , prêtresses ou simples dévotes \ Voici d'ailleurs un fait qui semble confirmer notre manière de voir. Dans les statues découvertes sur FAcropole, l'avant-bras droit était presque toujours rapporté; il s'emmanchait, à l'aide d'une soudure au ciment de chaux , dans un trou ménagé à la hauteur du coude.

Le sculpteur exécutait donc les statues à l'avance, sans se préoccuper de leur destination; travaillant d'après une sorte de type général, il pouvait en préparer tout un assortiment et le soumettre au choix de l'acheteur. Une cliente avait-elle jeté son dévolu sur une de

1. Il est vrai qu'une de ces statues, au moins, est dédiée pai* un homme, Euthydikos. Mais ce personnage a pu consacrer la statue d'une f êmine de sa faînille. Cf. Winter, Jahrhuch des arch. Inst., Il,

SCULPTURE GRECQUE. -= T. h 4S

Fia. 178. — Statue féminine.

(Musée de l'Acropole.)

ces sculptures? Rien n'était plus facile que de se conformer à ses goûts en enchâssant dans l'ouverture toute prête un bras muni d'un attribut. La statue cessait d'être impersonnelle ; la volonté de la donatrice lui

donnait un état civil.

Ces images sont-elles des portraits? A la vérité, un examen attentif y fait découvrir bien des traits individuels. Aucune de ces statues n'est une réplique exacte de sa voisine, et, en dépit de leur air de parenté, le type du visage diffère de l'une à l'autre. Celle-ci a le menton plein et fort, le nez un peu long qui caractérisent le type attique dans la peinture de vases ; celle-là a l'ovale du visage plus effilé. Telle autre, comme cette curieuse statue dont les pieds sont chaussés de babouches rouges (fig. 179) \ a je ne sais quel air africain, avec son épaisse chevelure frisée, ses lèvres fortes et charnues. Mais

qu'on ne se trompe pas à ces indices. Si l'étude du modèle vivant se laisse parfois deviner, l'artiste n'en poursuit pas moins un type général; s'il accuse tel trait individuel, c'est moins par un dessein prémédité que par^ une sorte d'impuissance à s'abstraire de la réalité présente. Nulle part on ne reconnaît la volonté de rendre une physionomie personnelle, avec sa note caractéristique. Vous voyez au contraire la convention reprendre ses droits avec la recherche d'expression qui im-

FiG. ] 79. — statue féminine.

(Musée de l'Acropole.)

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