LES MAITRES DE L'ARCHAÏSME ATTIQUE
mÉmês»
Les marbres que nous avons passés en revue sont des œuvres anonymes. D'autre part, les sculpteurs dont nous avons relevé les noms, Evénor, Epistémon, Kallonidès, Euthyklès, restent pour nous des inconnus. Un seul fait exception , Anténor.
Nous avons la bonne fortune de posséder une œuvre authentique du maître athénien, et de pouvoir apprécier avec certitude son style et sa
manière. Une base d'ex-voto, trouvée dans les fouilles de l'Acropole, porte l'inscription suivante : (( Néarchos le potier a consacré à Athéna comme prémices de ses travaux ; Anténor, fils d'Eumarès, a fait la statue (fig. t85) ^ » Cet Eumarès, père du sculpteur, est le peintre athénien auquel Pline attribue l'honneur d'avoir le premier distingué
1. Nsap/o; àv£[6yix£v ô x£paji£]ùç spywv aTiap^Yiv [xàÔYivaiâ. 'Avn^vwp £Tc[otyia£v] 6 EO[xàpo\)ç t[ô àYa)v{xa. La base a été publiée par M.Cavvadias, 'E9(j.yi . àpx-, 1886, p. 81, pi. 6, no 4. Cf. Corpus înscr, aiticarum, IV, suppl., n» 373.
FiG. 185.— Base de statue avec la signature d' Anténor. (Musée de l'Acropole'.)
FiCr. 186. — Statue féminine, faite par Anténor. (Musée de l'Acropole.)
dans la peinture les personnages de sexes différents ' ; c'est un de ces artistes primitifs qui vivaient dans la première moitié du sixième siècle, dont Fart se bornait à retracer, sur les murs d'un temple, de longues files de personnages gauchement figurés de profil, et dont les anciens vases attiques , comme le célèbre vase François , nous font connaître le style encore rigide. Son fils appartient à une génération déjà plus avancée; il est le contemporain des sculpteurs qui travaillent sous les Pisistratides, et l'on peut prévoir que r ex-voto exécuté par lui pour le potier Néarchos diffère peu des statues féminine-s découvertes dans les fouilles. Cette hypothèse est devenue une
. Pline, Nat. lËst., 35, 56. Voir P. Girard, ta Peinture antique^ p. 137.
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certitude, grâce aux ingénieuses recherches de M. Studniczka \ On peut aujourd'hui voir au musée de F Acropole, restituée sur sa base, la statue d'Anténor (fig. 186) ^ : elle est bien la sœur de ces femmes que nous avons vues, parées du costume ionien, immobiles dans leur attitude d'adorantes ; elle reproduit ce type immuable dont nous avons reconnu l'origine insulaire. C'est toutefois une des plus remarquables de la série, par ses grandes dimeusions, par le détail de la polychromie, et par une particularité de technique digne d'attention; au lieu d'être sculpté dans le marbre et peint comme d'habitude, le globe des yeux était formé d'une pâte vitreuse, et enchâssé dans une coque de bronze dont les bords barbelés imitaient la frange des cils. Au point de vue du style, la statue ne trahit pas les raffinements d'exécution que nous avons notés dans plusieurs de ses pareilles. Le travail de la chevelure, avec ses boucles étagées sur le fond, et ses tresses tombantes gaufrées de rainures transversales, reste en somme assez simple. L'aspect d'ensemble est robuste, les formes ont plus de plénitude que de sveltesse. On est tenté de croire qu'à la date où se place cette oeuvre, vers 530 environ ^, Anténor se souvient encore des traditions de la vieille sculpture attique, et n'a pas subi l'influence du maniérisme qui apparaît dans des statues plus récentes^ Nous attribuerions volontiers cette statue à la première période d'activité du maître athénien.
L'œuvre capitale d' Anténor est le groupe de bronze exécuté au lendemain de la chute des Pisistratides, et représentant les deux meurtriers d'Hipparque. Faut-il rappeler quels souvenirs glorifiait ce groupe, le plus ancien exemple de statues honorifiques consacrées par l'Etat? On connaît, par le récit de Thucydide ^ le dramatique épisode
1. Studniczka, Jahrbuch des arch. Inst., 11,1887; pp. 133-168.
2. La partie supérieure a été reproduite dans les Musées d'Athènes, pi. 16. Cf. Brunn, Denhnaeler, n» 22. La statue restaurée avec sa base et publiée dans les Antîhe Denhmaeler des arch. Inst., 1, pi. 63 avec un article de M. P. Wolters, p. 42-44. L'appartenance de la base à la statue a été mise en doute sans raisons plausibles. Voir E. A. Gardner, Journal o/Hellen. Stud., X, p. 278 ; XI, p. 215. Les objections de M. Gardner ont été réfutées par M. Heberdey, Mittheil. Athen, XV, p. 126.
3. On sait que l'auteur de l'ex-voto, Néarchos^nous est connu par un beau fragment de vase. U peint encore à figures noires, et paraît appartenir au groupe le plus ancien dos céramistes contemporains des Pisistratides ; Dumont et Chaplain^ les Céramiques de la Grèce propre, I, p. 343.
4. Cf. les remarques de M. Botho Graef, Mittheil. AtheiijXY, p. 1 et suivantes.