Kekulé, Arch. Zeitimg, 1883, p
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le prestige de sa vieille suprématie, on admettra volontiers que son influence s'étend jusqu'en Sicile.
Ou devons-nous chercher, pour l'époque de transition, les caractères de style propres à l'école péloponnésienne? Nous savons bien qu'Argos en reste le centre actif; nous pressentons qu'entre Agélaïdas et Polyclète il y a place pour un groupe d'artistes qui transmettent de l'un à l'autre les glorieuses traditions de l'école. Mais aucun monument d'origine indiscutable ne nous permet de désigner avec une certitude absolue une œuvre argienne de cette époque. A défaut de ces trouvailles heureuses qui sont des révélations, nous devons nous adresser aux monuments conservés dans les musées. L'étude de quelques statues disséminées dans les grandes collections peut nous aider à planter quelques jalons sur cette route mal frayée qui nous conduit aux sculptures d'Olympie.
Un des bronzes antiques les plus anciennement connus est la statue du Tireur d'épine, ou, pour lui laisser son nom italien, du Spînano (fig. 215) ^ Transportée au Capitole dès la fin du quinzième siècle, avec la collection de Sixte IV, elle occupe encore aujourd'hui une place d'honneur dans les galeries du Palazzo dei Gonservatori, L'authenticité de ce bronze ne saurait être mise en doute. Les caractères relevés par 0. Rayet, (des sillons à angles vifs par lesquels est divisée la chevelure , les trous ménagés entre les paupières pour recevoir des yeux en argent ou en émail, l'adjonction, au moyen de scellements en queue d'aronde, de quelques pièces fondues à part, )) dénoncent une œuvre grecque. Le Tireur d'épine est un jeune garçon de quinze à seize ans, aux membres encore grêles, à la poitrine un peu maigre, et dont la complexion dénote l'agilité plutôt que la vigueur. Assis sur un rocher, le pied gauche appuyé sur le genou droit, dans une pose qui donne aux lignes de la figure une audacieuse dissymétrie, il est fort
1. Elle est publiée dans les anciens recueils, Kighetti, i)e5C?-i£"io?ie del CampidoglîOjH, pi. 207. Piroli, Musée Napoléon, IV, pi. 24. On consultera surtout les notices de Visconti, qui a étudié avec soin le Sjjuiario au moment où il appartenait au Louvre, après le traité de Tolentino. E.-Q. Visconti, Opère variej IV, pi. 23, 1, p. 163. La meilleure reproduction a été donnée par 0. Kayet, Monuments de Vart^ antique, I, pi. 35. Cf. pour la bibliographie très étendue relative au Spinario, Kekulé, Arch. Zeltung 1883, p. 230 etsuiv. Helbig, Fuhrerder œffentl. Sammlungen in Uom, n» 611. Sur l'histoire de la statue Cf. E. Mlintz, Uev. arch., janvier 1882, Michaelis, Btoria délia collezione Capitolina di antichitùj Bullettino dolV Imp. Istituto arch. germanico^ VI, 1891. ,
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occupé à retirer une épine enfoncée dans son pied. Est-ce là, comme
FiG. 215. — Le Spinario, stsitne de bronze (Rome, Musée du Capitole.)
on l'a dit quelquefois, un simple sujet de genre? Ecartons d'abord toute équivoque. L'épisode choisi par l'artiste n'a pas le caractère
SGULPTUliE GRECQTJB. — T. I.
d'une anecdote familière, comme celles où se complaira la sculpture de genre quand elle fera son apparition, c'est-à-dire après Alexandre. Le Spinario n'est pas un jeune berger, ou un jeune paysan quelconque, surpris dans une occupation très réaliste par un artiste en quête d'un sujet. Il faut, avec Visconti, reconnaître ici une de ces statues honorifiques que les bronziers du Péloponnèse exécutent pour Olympie ou pour Delphes, à savoir l'image d'un jeune garçon vainqueur aux courses du stade. En perpétuant le souvenir d'un accident qu'on peut considérer comme très réel, en montrant le vainqueur retirant de son pied ensanglanté l'épine qui n'a pas retardé sa course, malgré une cruelle douleur, le sculpteur trouvait une attitude à la fois nouvelle et caractéristique; sans déroger à l'usage, sans choquer le goût de son temps, sans cesser de poursuivre un type généralisé, il enrichissait, par une variante imprévue, la série toujours un peu monotone des sujets athlétiques. On s'accorde moins sur la date du Spinario. De fins connaisseurs en matière d'art antique^, ont proposé d'y voir un pastiche, et l'ont rattaché à cette école contemporaine de Pompée, qui se groupait autour de Pasitélès, et cherchait à rajeunir un art épuisé en empruntant ses modèles à la première moitié du cinquième siècle. Il nous est impossible de partager cette opinion. Aussi bien, les fouilles de l'Acropole, celles d' Olympie nous fournissent aujourd'hui des termes de comparaison certains , et permettent de rétablir la filiation artistique du bronze capitolin. Examinez la partie de la statue où les traces d'archaïsme sont les plus apparentes, c'est-à-dire la tête : ce type de visage au nez un peu fort, aux lèvres saillantes et bien découpées, nous le connaissons déjà pour l'avoir vu, accusé avec plus d'énergie, dans une tête de bronze trouvée à l'Acropole mais d'origine péloponnésienne -; nous le retrouverons bientôt, reproduit avec une fidélité qui atteste une tradition d'école, dans la tête d'Apollon, au fronton occidental d'Olympie. Enfin cette technique de la chevelure, divisée en sillons, nous l'avons vue appliquée dans une tête en marbre d'Athènes, apparentée au Spinario pour le type du visage, et reflétant
1. C. Robert, Annali, 1S76, p. 124. 0. Rayet, Mon. de l'art antiqm, notice de la pi. 35.