Pline, Nat. Hîst.j
POLYCLETE.
Suivant toute vraisemblance, c'est l'Hermès de Lysimacheia qui a fourni le modèle d'une charmante statuette de bronze, de la collection Dutuit, trouvée en 1867 au lieu dit les Fins d'Annecy, en Savoie (fig. 260) ^ C'est une œuvre d'un travail élégant, d'un modelé adouci, exécutée sans doute par quelque artiste grec de l'époque impériale, mais dont l'auteur semble avoir respecté les proportions et le mouvement de son modèle. Hermès est debout, tenant le caducée dans la main gauche, la droite relevée dans l'attitude d'un orateur ; le travail des cheveux, la pose bien connue du corps , dont le poids porte sur la jambe droite, achèvent de démontrer le caractère polyclétéen de la statuette d'Annecy. On ne s'étonnera pas de voir, à l'époque romaine, des bronziers s'adresser aux oeuvres du maître d'Argos. Voici, en effet, un nouvel exemple d'une statuette de provenance gauloise, et offrant les proportions solides du canon de Polyclète : c'est un Mercure de bronze trouvé près de Sanxay, tenant la bourse et le caducée, et qui parait reproduire, de loin il est vrai, une œuvre de l'école du maître argien (fig. 261)^ .
Dans la série des statues de divinité, l'œuvre capitale de Polyclète est la Héra chryséléphantine exécutée pour le nouvel Héraion d'Argos. Nous avons déjà fait allusion à l'événement qui en détermine la date. Dans l'été de 423,
Fig. 260. — Hermès, statuette
de bronze trouvée à Annecy.
(Collection Dutuit.)
1, Voir W. King, The Annecy athlète, Londres, 1874, et Athenaeumj 21 mars 1874. Héron de Villefosse, Gaz. arch., II, 1876, p. 55, pi. 18. Curtius, Arch. Ztitung, 1875, p. 57. François Lenormant, Collection A. Dutuit, n*» 5, pi. II. Nous ne pouvons partager l'opinion de Fr. Lenormant, qui 7 reconnaît un Bonus Eventus avec une corne d'abondance.
2. Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1883, p. 279. MM. 0. Kayet et Héron de Villefosse ont proposé de rattacher l'original de cette figurine à l'école de Polyclète.
la prêtresse de l'Héraion, Khrysis, s'étant endormie après avoir placé une lampe allumée auprès des guirlandes qui décoraient le sanctuaire, le feu détruisit tout l'édifice. Les Argiens firent aussitôt construire un nouveau temple à peu de distance de l'ancien, sur une des terrasses qui descendent du mont Euboea dans la plaine d'Argos*. Les travaux furent confiés à Tarchitecte Eupolémos , et la statue de culte commandée au plus célèbre des sculpteurs argiens.
Assez de témoignages d'admiration sont parvenus jusqu'à nous, pour nous faire reconnaître dans la Héra d'Argos le chef-d'œuvre de Polyclète ^. On n'hésitait pas à la comparer aux statues chrjséléphantines de Phidias, auxquelles elle ne le cédait que pour la grandeur et la richesse. La description de Pausanias nous en donne une idée assez précise \ La statue, faite en or et en ivoire , était assise sur un trône. Elle portait sur la tête un stéphanos où le burin de l'artiste avait ciselé les figures des Heures et des Kharites; de la main droite, elle tenait une pomme de grenade , attribut mystérieux dont le voyageur grec n'explique pas la signification ; de l'autre, elle s'appuyait sur un sceptre que surmontait un coucou, l'oiseau du prin-
FiG. 261. — Mercure, ^ ^ ^ ^ ^
petit bronze trouvé à Sanxay. tcmps, dout Zcus avait pris la formc pour se
rapprocher de la jeune déesse\ Tel est bien, en effet, le type que reproduisent les monnaies d'Argos^ où l'on retrouve tout au moins les lignes générales de la statue. Voici, sur
1. On sait que des fouilles exécutées par Rangabé et Bursian ont fait connaître l'emplacement exact du nouvel Héraion. Eangabé, Ausgrabungenhehn Tempel der liera unwzit Argos, Halle, 1855. Bursian, Bullettino delV Inst., 1854, p. XIII. Pour les fragments de sculpture découverts à THéraion, voir Fr. Lenormant (Revue arch. 1867, t. XVI, p. 116) qui signale en particulier une élégante tête de femme conservée à la démarcbie d'Argos (pi. XV). Un des chéneaux de l'Héraion est reproduit dans Brunn, Benkmaeler, n° 82.