Plutarque, Vie de Péi'îdès
avec ses larges rues, ses portiques, son agora et ses ports. A Eleusis, Coroebos, Métagéuès et Xénoclès construisent, sous la direction dlktinos, le temple des grandes déesses éleusiniennes. Mais c'est l'Acropole qui, dans la pensée de Périclès, devait avec le plus d'éclat témoigner de la puissance d'Athènes. Sur le plateau de l'ancienne citadelle, Périclès trouvait achevés les travaux préparatoires et fort ingrats accomplis par son prédécesseur. La terrasse d'Athéna Niké, le Pyrgos comme on l'appelait, s'élevait déjà à l'entrée de l'Acropole, où donnaient accès les modestes Propylées construits par Cimon \ La partie sud du plateau avait été nivelée, agrandie, prolongée par une terrasse qu'étayait le mur d'enceinte, et cette masse de terres rapportées, pétrie des débris laissés par l'invasion persique, cachait l'énorme soubassement en pierre du Pirée qui devait servir d'assise au Parthénon de Cimon ^ L'édifice lui-même était commencé ; des fûts de colonnes en marbre, déjà travaillés, gisaient à pied d'oeuvre. On sait comment la mort de Cimon interrompt les travaux, et comment Périclès remanie, en leur donnant des proportions grandioses, les plans dont on a trop oublié le premier auteur. Le Parthénon d'Iktinos, construit sur les anciennes fondations,, l'entrée de l'Acropole décorée des magnifiques Propylées de Mnésiclès, le temple de la déesse Pohade rebâti de fond en comble, vont faire de l'Acropole un ensemble unique au monde, et comme un admirable joyau d'architecture.
Aucun auteur ne nous renseigne sur la date où commencent les travaux du Parthénon de Périclès ^ Heureusement les inscriptions suppléent au silence des témoignages littéraires. Plusieurs fragments de comptes financiers gravés sur marbre se rapportent aux dépenses du temple, et permettent d'établir que la comptabilité remontait jusqu'à l'année 447. Le gros œuvre était terminé en 438 ; mais en 434/3 la décoration sculpturale n'était pas achevée , et les travaux durent
1. Voir Wolters, Zum Alter des Nîhetempels^ Bonner Stiidienj p. 92. Berlin, 1890. Doerpfeld, Mittheïl Athen, X, 1885, p. 38 et 131 et pi. 11.
2. Voir E. Curtius, Die Stadtgeschichte von Athen, p. 127-131. Cf. Doerpfeld, ilfiW/iei?. Atherij X, 1885, p. 275-277.
3. Cette question a été très discutée. Beulé place le début des travaux en 444 QIJ Acropole d'Athènes, 1. 1, p. 46). M. Wachsmuth le recule jusqu'en 460 {Die Stadt Athen îm Alter thum, I, p. 545). M. Michaelis adopte la date de 454 {Der Parthénon, p. 10-11).
même se poursuivre jusqu'en 433/2, jusqu'à la veille de la guerre du Péloponnèse \
c( Phidias, dit Plutarque, était devenu Tami de Périclès ^ ». Le grand orateur avait en effet trouvé dans le grand sculpteur un esprit digne de comprendre ses généreuses ambitions. Il est permis de croire que Phidias n'était pas seulement un admirable artiste; un curieux témoignage nous apprend que sa parole était habile et exercée ^ Son œuvre révèle une intelligence large et fière, ouverte aux plus hautes spéculations. Cette culture si variée lui donnait une singulière autorité, pour exercer une sorte de surintendance effective, sinon officielle, des travaux de l'Acropole, a A côté de Périclès, dit encore Plutarque, il dirigeait tout, il surveillait tout, bien qu'il eût sous ses ordres de grands architectes et de grands artistes )). Les architectes étaient Iktinos, Callicratès, Mnésiclès; les artistes, Alcamènes, Agoracrite de Paros, Colotès, les uns déjà célèbres, en possession d'un talent exercé et formé, les autres élèves dociles du maître, prêts à se plier à sa puissante direction. Outre ces collaborateurs, Phidias avait autour de lui toute une armée d'ouvriers, pour mettre en œuvre tant de matériaux divers réunis à grands frais, le marbre, le bronze, l'ivoire, l'or, le bois d'ébène et de cyprès. Plutarque énumère tous les corps de métiers qui concouraient aux travaux de l'Acropole; c'étaient c( des charpentiers, des modeleurs, des fondeurs en bronze, des maçons, des artisans habiles à teindre l'or et à amollir les feuilles d'ivoire, des peintres, des ouvriers en marqueterie, des ciseleurs )) ; véritable organisme, ajoute l'écrivain grec, mis en mouvement comme pour animer un grand corps. La main de Phidias donnait l'impulsion à ces rouages multiples, et les travaux étaient conduits avec une rapidité qui étonna la Grèce.
C'est dans l'été de 438 que fut consacrée solennellement la statue colossale d'Athéna. Le Parthénon n'étant pas un temple à proprement parler, la statue n'était pas destinée au culte ; elle avait plutôt le
1. YoirKoehler, Mittheil. Athen, IVjl879, p. 33-35. Cf. (7o7J>ms inscrîptionum atticarum, I,iios 300-3 11. Par l'étude de nouveaux fragments d'inscriptions, M. Foucart a établi que les travaux avaient duré quinze années au moins. Bull, de corresp. hellén., XIII, 1889, p. 174-178.