‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 276 sur 293 · Dion Chrysostome, Orat · texte numérisé non relu

Dion Chrysostome, Orat

caractère d'un magnifique ex-voto consacré par l'Etat à la déesse protectrice de la ville. Aussi les matériaux mis à la disposition du sculpteur étaient-ils d'une grande richesse. Thucydide parle de 40 talents d'or, fin en chiffres ronds; d'autres auteurs citent les chiffres de 44 et même 50 talents \ Si l'on admet que les 44 talents indiquent la valeur, l'or employé pour la statue représenterait à peu près 2,446,840 francs de notre monnaie, avec une valeur d'échange beaucoup plus considérable. Si, au contraire, les chiffres font allusion au poids du métal, ce qui parait plus probable, on arrive au total de 1,152 kilogrammes environ. Une inscription nous apprend qu'en une seule année, la commission d'épistates nommée pour surveiller l'exécution de la statue, reçut des trésoriers des richesses sacrées plus de 34 talents d'argent pour l'achat de l'or. Une autre année, sur 100 talents remis aux épistates, ceux-ci en inscrivent plus de 87 au même chapitre de dépenses ^.

Dans la pensée de Périclès, cet or devait constituer une réserve en cas de détresse financière^; sur son conseil, disait-on, Phidias l'avait disposé de telle façon qu'on pût l'enlever sans compromettre la solidité de la statue. Il est d'ailleurs fort probable que cette disposition était imposée par des nécessités techniques. Une statue d'or et d'ivoire, faite de parties rapportées, comportait naturellement une forte armature intérieure reproduisant les formes mêmes de la statue, et sur laquelle venaient s'appHquer les plaques d'ivoire découpées et les feuiiles d'or battues au marteau. Lucien fait une curieuse description de l'intérieur de ces statues colossales. (( Au dehors, c'est Poséidon, le trident en main ; c'est Zeus, tout brillant d'or et d'ivoire... Mais regarde au dedans : des leviers, des coins, des barres de fer, des clous qui traversent la machine de part en part, des chevilles, de la poix, de la poussière, et d'autres choses aussi choquantes à la vue, voilà ce que tu y trouveras ^ 7>. Ce mode d'assemblage des pièces permettait de les détacher facilement, quand les trésoriers de la déesse devaient, comme

1. Thucydide, II, 13, Scholiaste d'Aristophane, la Paix, vers 605, Diodore de Sicile, XII, 40.

2. Voir Corpîis inscr. attîcarum, I, 299, et P. Foucart, Bull, de corresp. hellén. XIII, 1889, p. 172-174.

3. Il en était de même des Victoires en or de l'Acropole, fondues sans doute au temps de Périclès, et qui faisaient partie du matériel sacré. P. Poucart, Bull, de corresp. hellén., XII, 1888, p. 283-293.

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