TIRYNTHE
Nous revenons en ArgoHde, pour trouver à Tirynthe d'autres vestiges de la même civilisation. C'est encore à Schliemann que sont dues ces précieuses découvertes \ Au bord du golfe d'Argos s'élève un rocher calcaire, isolé dans la plaine, long de 300 mètres, large de 100, et qui ofire trois niveaux différents : c'est l'acropole de Tirynthe. La légende attribuait à la fondation de Tirynthe une antiquité très vénérable. Un descendant de Danaos , Prœtos , expulsé du
1. Schliemann, Tirynthe j le palais préhistorique des rois de Tirynthe^ Paris, Keinwald, 1885. Cf. ^Q\iu(Mi2iiditj Schliemann'' s Ausgrahungen,Q\\.lll, p. 113 et suivantes. G-. Vexxotj Journal des savants^l^^O. SCULPTURE GRECQUE. — T. I. 7
royaume d'Argos par son frère Akrisios, s était réfugié en Lycie ; et avec le secours du roi lycien lobatès, il avait reconquis Tirynthe, que les Cyclopes avaient fortifiée pour lui. C'est seulement sous son successeur, Mégapentliès, que Persee avait fondé Mycènes.
Cette antiquité relative de Tirynthe par rapport à Mycènes, attestée par la légende, est confirmée à certains égards parle témoignage des fouilles. Au nord-ouest de l'acropole, Schliemann a relevé les traces d'habitations très anciennes; les vases qui s'y tro^vaient rappellent ceux de la Troade, et ceux des tombes en puits de Mycènes. Le mode de construction des murailles de Tirynthe appartient également à une date très reculée. On a souvent décrit ces énormes murailles, traversées par des galeries voûtées qui servaient de refuge ou de magasins ; on a relevé les analogies qu'elles présentent avec l'architecture militaire des Phéniciens, avec les murs de défense d'Hadrumète, de Byrsa, d'Utique et de Thysdros^; ces ressemblances ont même permis de supposer la présence, à Tirynthe, d'architectes orientaux.
Quant au palais fouillé par Schliemann ,en 1884 et en 1885, sur l'acropole supérieure, il paraît appartenir à la même période que les tombes à coupoles. Il offre une disposition savante, qui rappelle celle d'une habitation récemment découverte à Mycènes, en dehors de l'acropole ^ M. Doerpfeld y a reconnu le mégaron des hommes, une cour avec un autel, une suite de chambres réservées aux femmes, et groupées autour d'une cour intérieure. Ces vestiges donnent l'idée d'une demeure très vaste, oii les chefs vivaient avec leur suite; il n'y a rien là qui ne puisse s'expliquer par les descriptions de maisons royales qu'on trouve dans l'épopée homérique.
Si, comme le fait supposer la nature des vases recueillis sur Tacropôle de Tirynthe, le palais retrouvé par Schliemann est contemporain des tombes à coupoles, on doit s'attendre à y reconnaître le même style décoratif. Et de fait, dans la décoration sculptée ou peinte, on voit reparaître bien des motifs qui nous sont déjà famihers. Une peinture
1. Cf. Doerpfeld, dans Tirynthe,^. B05. Helbig, Das homeriche Epos, p. 74.
2. ripaxTixà X7]ç àpx. 'Exaipiaç pour 1886 (1888). Cf. Berliner pUlolog. Wochenschrift, 1889, p. 131, Pour la comparaison du palais de Tirjnthe avec l'habitation homérique. Cf. Helbig, ouv. cité, ch. viii, p. 9G-125.
murale reproduit les spirales et les fleurs du plafond d'Orchomène'. Voici, sur une frise en albâtre, un système d'ornements très particulier, que t ^^ 1
nous retrouvons à Mycènes et à Ménidi : c'est une série de rosaces oblongues, opposées par leurs bords et coupées au milieu par des métopes (fig.26.)'.
Le décor sculpté est rehaussé par des incrustations en pâte de verre bleu, appliquées à profusion ; nul doute que nous n'ayions ici sous les yeux le /jj^voç
artificiel, c'està-dire une pâte
de verre colorée
en bleu avec du
minerai de cuivre, telle que la
préparaient les
Phéniciens ^ La
frise de Tirynthe
nous aide à comprendre la description du mégaron d'Alkinoos dans