‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 6 sur 293 · LES PEEMIEKS ESSAIS DE PLASTIQUE · texte numérisé non relu

LES PEEMIEKS ESSAIS DE PLASTIQUE

formerait à elle seule la matière d'un livre; nous nous proposons seulement de la retracer à grands traits, sans nous attarder à des discussions minutieuses, à des analyses de détail que ne comporte pas le plan de cet ouvrage. Nous nous bornerons à l'essentiel.

§ 1. — LES PREMIERS HABITANTS DU BASSIN DE LA MER EaEE.

Les Grecs savaient fort bien qu'ils n'avaient pas les premiers occupé le sol de leur pays ; mais toute la période antérieure aux invasions doriennes ne nous apparaît qu'à travers des traditions confuses et contradictoires. Tout ce que nous en pouvons connaître avec quelques apparences de certitude se ramène à un très petit nombre de faits sur lesquels les historiens sont généralement d'accord \ Avant que les premières tribus helléniques, descendues de la Thessalie, aient pris le contact avec la mer, les îles et les rivages de la mer Egée sont habités par des peuplades dont la commune origine paraît probable, encore qu'elles n'aient laissé dans la mémoire des Grecs qu'un souvenir fort vague. Au dire de Thucydide, l'historien grec qui a étudié avec l'esprit leplus critique les antiquités de son pays ^, la plus étendue de ces peuplades était celle des Pélasges. Ancêtres lointains des Hellènes, et issus comme eux de la souche aryenne ^, les Pélasges sont disséminés depuis la péninsule du Pinde jusqu'en Crète ; mais ce nom générique, attribué par les Grecs aux premiers occupants du sol, désigne en réalité une infinité de tribus plus ou moins parentes, beaucoup plus qu'une population parfaitement homogène. Les Dardaniens de la Troade, les Thraces, les Phrygiens d'Asie Mineure, les Etéocrétois de la Crète, les anciens habitants de l'île de Chypre, se rattachent au même groupe de la famille aryenne, établi dès la plus haute antiquité dans le bassin oriental de la Méditerranée.

1. Voir le résniné fait par M. A. Dumont, dans les Céramiques de la Grèce propre, I, p. Cf, IVIilclihoefer, Die Anfànge der Kunst in GriecJienland, ch. III. Die œlteste Cultur.

2. Thucydide, I, 3. Sur les sources que Thucydide a mises à profit pour l'histoire primitive de la Grèce, voir U- Koehler, Ueber die ArcJiaeologie des Thuhydides, dans les Commentationes pJiilologae in honorem Th. Monimsenî, Berlin, 1877, p. 370 et suivantes.

3. Les principaux textes sont : Hérodote,!, 56, II, 56, VIII, 44, VIII, 95. Strabon, V. p. 221. Voir dArbois de Jubainville, les Premiers Habitants de l'Europe, 2^ édition.

4 LES OEIGINES.

Au sud-ouest de l'Asie Mineure, dans la région comprise entre le Méandre et le massif montagneux de la Lycie, domine un autre groupe qui joue un rôle important au début de l'histoire grecque : ce sont les Cariens et les Lélèges. Nous ignorons quels sont au juste les rapports de race de ces deux peuples, qui apparaissent étroitement unis à l'époque primitive. Suivant Hérodote ^ , Cariens et Lélèges ne formeraient qu'une même nation, sous des noms différents ; au contraire, d'après une autre version, les premiers auraient asservi les seconds, et les auraient réduits à l'état d'auxiliaires (Guc^TpaxicùTaL) ^ Quoi qu'il en soit de ces hypothèses, ces tribus ne tardent pas à se lancer sur la mer; elles se répandent dans les Sporades et dans les Cyclades, et poussent jusqu'au rivage de la Grèce continentale. Les Lélèges occupent plusieurs cantons du Péloponnèse, et les côtes de la Locride et de la Mégaride, tandis que les Cariens s'établissent dans TArgolide. La poussée des populations helléniques les refoule par la suite dans les îles de l'Archipel, d'oii ils sont expulsés par la marine Cretoise, au temps où domine en Crète la thalassocratie que personnifie la légendaire figure de Minos ^,

L'histoire de ces populations primitives, de leurs luttes, de leurs migrations, se perd pour nous dans la nuit des temps. Mobiles à l'excès, sans cesse menacées d'une dépossession violente, elles ne forment pas d'établissements stables; tout au plus se groupent-elles par bourgades, sous la protection de murailles élevées à la hâte. Les maigres ressources qu'elles peuvent se procurer par la culture du sol, par l'élève des troupeaux, sont constamment à la merci d'un coup de main tenté par des voisins hardis. Sur les côtes, elles vivent de la pêche et de la piraterie. Loin de les séparer, la mer les unit ; une marine rudimentaire leur permet de promener d'île en île, de côte en côte, leur humeur inquiète et vagabonde : la mer Egée est le théâtre de continuelles migrations. A l'aide des documents égyptiens, nous pouvons nous faire une idée de l'extrême mobilité de ces peuplades, et entrevoir les grands courants d'invasion qui à plusieurs reprises, sous Ramsès II,

Page 1