‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 63 sur 293 · Hérodote, J · texte numérisé non relu

Hérodote, J

synchronismes rigoureux. C'est le type de l'industrie phénicienne du neuvième au septième siècle, c'est-à-dire de la période où les ateliers de Sidon et de Tyr subissent le contre-coup des changements politiques qui font successivement des Phéniciens les vassaux de l'Egypte et ceux de l'Assyrie. Pendant la domination égyptienne, alors qu'en échange d'un tribut, les marins de la côte syrienne jouissent paisiblement d'une sorte de monopole commercial, l'industrie phénicienne s'inspire de celle de l'Egypte. Nous en avons la preuve, grâce au témoignage de ces coupes de bronze, d'argent et d'or dont l'origine phénicienne est hors de doute, et qui se rencontrent en Assyrie, à Chypre, en Grèce et en Itahe \ Les plus anciennes, celles que Layard a découvertes à Nimroud ^, accusent très nettement l'influence de l'Egypte. Après les campagnes d'Assour-Nazir-Habal (866) et surtout celles des Sargonides, à la fin du huitième siècle, la Phénicie subit le joug pesant de l'Assyrie; dès lors les motifs empruntés à l'art de la vallée de l'Euphrate tendent à devenir prépondérants dans la décoration phénicienne, sans toutefois éliminer complètement l'élément égyptien. Les boucliers votifs en bronze et les patères de métal trouvés en 1885 dans l'antre de l'Ida, en Crète, sont fort intéressants à ce point de vue ; la part qui revient à l'Assyrie, dans les motifs de décoration, est considérable. Or, ces objets datent, semble-t-il, du huitième siècle ^

On imagine volontiers que tous ces produits précieux, bronzes, tapis, où se déroulaient en longues zones les sujets favoris de l'ima-

1. Ces coupes de métal ont été étudiées en particulier par M. A. Dumont, qui en a dressé le catalogue (^Céramiques delà Grèce propre^ I, p. 112 suiv.), et par M. Perrot, Hist. de Vart^ II, p. 735 et suiv., III, p. 751 et suiv. Pour la date, M. Perrot les place entre les années 1000 et 400. Plus récemment, M. P. Orsi a proposé de restreindre les limites chronologiques de la fabrication de ces coupes. Les plus anciennes, celles de Nimroud, qui proviennent du palais construit par Assour-Nazir-Habal, dateraient de la seconde moitié du neuvième siècle. Celles de Préneste se placeraient entre 673 et 527. C'est donc jDendant environ 300 ans que l'industrie phénicienne aurait produit les objets de cette nature QMuseo italiano di antidata classicaj vol. II, p. 881-882. Cf. Helbig, Cenni sopra V arte fenicia ÇAnnali deW Inst. di Coi-r. arch., 1876).

2. Layard, Monuments of Nineveh, 11^ série, pi. LVII et suivantes.

3. Halbherr et Orsi, Museo italiano di anticTiità classîcaj vol. II, 1888, p. 691- 883. Atlas, pi. I-X. Les premières trouvailles, dues au hasard, datent de 1884. Dans cette grotte, qui n'est autre que l'antre célèbre du Zeus de l'Ida, on a découvert une riche série d'objets votifs, et surtout des bronzes, les uns de fabrique phénicienne, les autres appartenant à l'industrie indigène. Cf. Fabricius, Mïttlieïl. AtJien, X, 1885, p. 59-72.

gerie orientale, devaient exercer sur Tesprit des Grecs d'Asie une étrange séduction. Ils les maniaient avec curiosité; ils en étudiaient la technique ; tout ce monde d'images éveillait en eux le sentiment de la forme plastique, et, par une sorte de suggestion, hâtait Tessor des facultés brillantes qui créent, dans l'épopée, tant de tableaux si heureusement conçus. C'est un lieu commun que de citer la description du bouclier d'Achille dans V Iliade '. Bien qu'on Tait maintes fois commentée et étudiée ", nous nous y arrêterons cependant, comme à l'exemple le plus frappant de ces suggestions dont nous parHons tout à l'heure.

Rappelons brièvement les traits essentiels de cette œuvre compHquée. Le boucher est entouré d'un rebord (c/.vtu^ TpiTï'XaQ, et se compose de cinq zones. Au centre est représenté un sujet cosmique, la terre, le ciel, la mer, le soleil, la lune pleine, avec les principales constellations. Le poète énumère ensuite, dans Tordre suivant, les sujets disposés sur les zones. D'abord, deux villes. Dans l'une, on voit réunies toutes les scènes qui résument la vie sociale et civile des Ioniens au temps d'Homère : des cérémonies nuptiales, des cortèges parcourant les rues à la lueur des torches, des chœurs de danse, des joueurs de flûte et de cithare; puis l'agora, où, en présence des vieillards assis en cercle sur des pierres polies, entourés de la foule que contiennent les hérauts, deux hommes disputent pour le rachat d'un meurtre. L'autre ville est assiégée par deux armées; les assiégés font une sortie sous la conduite d'Ares et d'Athéna, et essayent d'enlever des troupeaux ; le combat s'engage sur les rives d'un fleuve entre les partis ennemis. Après les occupations de la paix et le tumulte de la guerre, voici les travaux des champs, le labour, la moisson, que surveille le maître, tandis que le repas se prépare sous un chêne ;

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