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LES ÉCOLES DES ILES DE LA MER EGÉE

Depuis la fin du septième siècle jusqu'aux guerres médiques, la sculpture se développe en Grèce avec une remarquable rapidité. Pour l'historien de l'art grec, le sixième siècle est une période féconde entre toutes, digne d'être étudiée avec le même soin que l'époque des grands maîtres. Toutefois, nous risquerions d'en donner une idée fausse, si nous placions sur le même plan les œuvres du premier archaïsme, et celles de la robuste génération d'artistes qui a formé les grands sculpteurs du cinquième siècle. Entre les vieux maîtres qui créent la technique du marbre ou du bronze, et ceux qui exécutent d'une main si ferme les statues des frontons d'Egine, il y a une telle distance, que le mot archaïsme paraît bien général et bien insuffisant. Dussions-nous encourir le reproche de multipHer à l'excès les divisions, nous distinguerons deux périodes: celle des primitifs et celle de l'archaïsme avancé. Les limites chronologiques qui séparent ces

deux périodes sont, on le comprend, très flottantes; elles varient d'ailleurs suivant que l'on considère telle ou telle école. En chiffres ronds, nous conduirons l'histoire des primitif s jusque vers Tannée 520. Elle commence avec le travail de la pierre, du marbre et du métal.

g 1. — LA SCULPTURE DANS LES CYCLADES. — LE TRAVAIL DU MARBRE.

Il est naturel que l'idée de substituer au bois une matière plus résistante, ait pris naissance dans les îles de l'Archipel. Si les îles de Naxos, d'Anaphé, de Ténos, d'Aiidros possèdent seulement des marbres d'une qualité moyenne, la Grèce n'en a pas de plus beau que celui de Paros\ L'île entière est une véritable montagne de marbre. Tandis que les carrières à ciel ouvert de la vallée de l'Elykas et de Lakkos fournissaient d'excellents matériaux pour l'architecture, celles du mont Marpessa étaient sans rivales. De là provient cet admirable marbre, que son grain brillant, sa blancheur chaude, son éclat transparent, rendent merveilleusement propre au travail du ciseau. Pour l'extraire du flanc sud de la montagne, il fallait creuser des galeries à plan incliné, et travailler à la lampe; c'est encore là l'explication la plus plausible du mot lyclinites (Iu/^vit'/iç) par lequel les écrivains anciens désignent cette quahté de marbre ^ En gens avisés, les Pariens exploitèrent de bonne heure leurs carrières, et leur marbre devint un article d'exportation. Les premiers sculpteurs de Chios s'approvisionnaient chez eux, comme le firent plus tard les Attiques. Telle était la renommée du marbre de Paros, que les Athéniens ne songèrent pas, avant l'époque de Phidias, à utiliser pour les travaux de sculpture leur marbre du Pentélique.

A coup sûr, il fallait déjà quelque audace pour rompre avec les procédés routiniers du travail du bois, pour s'attaquer à une matière rebelle, exigeant une technique, un outillage nouveaux. Mais tous les

1. On a souvent analysé les qualités du marbre de Paros. Voir Stephani, Zeltschr.fûr d. AlterthumsîoissencJiaft,lS4:B, n» 73. Cf. sur les carrières de Paros, Bursian, Geogr. von Griechenland, II, 484; Eoss, Inseïreisenj I, 49 ; Bllimner, Technologie und Terminologie der Gewerhe und Kiinste bei Griechen und Rômern^ III, p. 31 suiv. Cf. Lepsius, GriechiscJie Marmorstudien, Berlin, 1890.

2. Varron, dans Pline, N. H., XXXVI, 14. C( Quem lapidem cœpere lychnitem appellare, quoniam ad lucernas in cuniculis csederetur. ))

progrès vont de pair, et vers la fin du septième siècle, la civilisation grecque est assez avancée dans les Cyclades, pour qu'une telle innovation puisse s'y produire. Race énergique et fine, peuple de marins et de marchands, voués à cette « vie de la mer ))(0a}v%<7(7io; pLoç) dont parle le Parien Archiloque, les Grecs insulaires sont actifs et industrieux. Naxos, la plus fertile des Cyclades, s'enrichit déjà par ses vins, et se vante d'avoir la première frappé monnaie. Ajoutez que, dès le huitième siècle, l'île sainte de Délos est le rendez-vous religieux des Ioniens. On connaît l'hymne homérique oii le vieux poète décrit les théories d'(( Ioniens aux longs vêtements )), ce les chœurs de femmes aux belles ceintures », les vaisseaux qui abordent (( au mois saint » sur la plage délienne. A ces fêtes religieuses, le commerce insulaire trouvait son compte. Mais surtout la grande popularité du culte apollinien dut exercer sur l'art naissant une puissante influence. A n'en pas douter, c'est pour les sanctuaires de l'Apollon et de l'Artémis de Délos que furent sculptées les premières statues de marbre; ce sont les fouilles de Délos qui ont jeté la plus vive lumière sur l'histoire des maîtres primitifs.

En dépit de l'assertion de Pline \ l'île de Naxos peut disputer à celle de Chios l'honneur d'avoir inauguré le travail du marbre. Au temps du roi lydien Alyattès (625-568), un Naxien, Byzès, imagine de remplacer, dans la couverture des temples, les tuiles de terre cuite par des tuiles de marbre, ornées de reliefs à leur extrémité ; son fils Euergos rappelait fièrement l'invention paternelle sur le piédestal de statues dédiées par lui dans sa ville natale -. Toutefois, ce n'est encore là qu'une application industrielle de la technique nouvelle. Beaucoup plus concluant est le témoignage d'un monument que nous avons décrit plus haut : la copie en marbre d'un xoanon dédiée à Artémis par Nicandra \ La donatrice étant Naxienne , il est permis de croire que le sculpteur était son compatriote. Faut-il rappeler par quels liens d'étroite parenté cette oeuvre se rattache à la sculpture sur bois, et à quel point elle en dérive directement? En

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