‹ Histoire de la seconde République Française;Chapitre 22 sur 22 · L. MoNDuiT, électeur du 11» arrondissement · texte numérisé non relu

L. MoNDuiT, électeur du 11» arrondissement

M. GouDCHAUx, électeur, délégué du 2* arrondissement;

Barrier, électeur, délégué du 2® arrondissement ;

Barbier, électeur, délégué du 10* arrondissement ;

Lauyeau, capitaine, 7* légion, électeur, délégué du ?• arrondissement ;

Dauphin, capitaine, T légion, délégué du 7" arrondissement ;

Destourbet, capitaine, 7« légion, électeur, délégué du T arrondissement ;

Jules Bastide, électeur, délégué, du 7* arrondissement;

Havyn, chef de bataillon, 3* légion, délégué du 3* arrondissement ;

Victor Masson, électeur, délégué du 11* arrondissement ;

De la Châtre, électeur, délégué du 1*' arrondissement ;

Cercueil, capitaine, 6^ légion, électeur, délégué du 8* arrondissement.

40G PIÈGES JUSTIFlGATiVBS.

j\ot€s trouvées sur le bureau de M, Parent ^ ^ecrétuire général

de la préfecture de la Seine.

(Celte pièce complète en quelque sorte celle que nous avons donnée au commencement sous le titre de Bulletin de la surveillance générale. L'histoire de la révolution de février, s'y trouve racontée en quelques lignes, telle qu'elle apparut aux agents du pouvoir.)

Vendredi 18. — La question du banquet réformiste prend chaque jour plus de gravité.

Samedi 19. — Les journaux de l'opposition annoncent que le banquet aura lieu mardi 22 courant ; le lieu n'est pas indiqué.

Dimanche 20. — Les journaux de l'opposition annoncent que la manifestation politique aura lieu mardi, à midi, rue de Chaillot, aux Champs-Elysées. La préoccupation publique est toujours grande sur les résultats de cette démarche, au moins imprudente.

Lundi 21, — Pendant la journée, la préoccupation a été grande dans Paris ; un article des journaux de Topposition

convoquait pour demain les gardes nationaux et tous les ci-* toyens à la manifestation politique annoncée ; le gouvernement s'est ému, avec raison, de cet article : il a pris de grandes mesures de sûreté ; il a publié des proclamations, et, à la Chambre, des explications ont eu lieu entre M. Odilon Barrot et le ministre de Tintérieur. A Tissue delà séance, les députés de Topposition ont reconnu que le banquet pouvait amener une grande collision, ils y ont renoncé ; le journal la Patrie Ta annoncé dans la soirée.

Mardi 22. — Nous nous entretenons de la situation de Paris et de Télection de Mayence. En me rendant à Thôtel de ville, j'ai suivi le boulevard de la Madeleine où des masses de population étaient déjà réunies ; sur le quai, il y avait moins de monde ; de midi à une heure, il a fallu ordonner des charges de cavalerie pour dissiper les attroupements qui menacent surtout le ministère des affaires étrangères. J'ai envoyé chercher mon habit d'uniforme.

La journée est remplie de tumulte ; des masses de curieux surtout et d'émeutiers encombraient toutes les rues; j'ai eu grand'peine à regagner ma demeure. Le soir, c'était plus calme dans le quartier Saint-Honoré ; le mouvement s'était dirigé vers les faubourgs.

Mercredi 23. «-^ Après une nuit agitée par de nombreuses tentatives de désordre, aussitôt réprimées, la journée se présente sous un aspect menaçant ; toutes les rues du centre sont encombrées ; les boutiques sont fermées, des barricades sont essayées et aussitôt enlevées. Je suis arrivé à l'hôtel de ville, rempli et entouré de troupes, garde nationale et garnison ; j'y ai couché, et la nuit a été remplie d^émotions de tout genre. Je suis content de mon état moral ; je trouve un profond intérêt à être témoin de ce grand mouvement populaire qui aura, pour résultat probable, un changement dans

408 nÈtxs josriFiCAnrBs.

la forme dn gomrenieiiieDt. A trois heures après midi, on a aDDonec la retraite dn ministère et b formation d'un n oiwc a m cabinet, sous la présidence de M. Mole. Cette concession ne sofBra pas, elle arrive trop tard. Toute la nuit, nous avons ftë comme dans une place assiégée : quel pauvre général on nous a donné !

Jeudi 24. — La pendule marche à pas de tortue, les événements courent à pas de géant. Vers huit heures dn matin, la situation deThôtel de ville était excellente; il était permis de penser que la seconde concession faite par le pouvoir, qui venait de confier la formation du ministère à HM. Thiers et Barrot, satisferait la garde nationale et qu'elle ferait cause commune avec la troupe pour réprimer le désordre. Erreur; la milice citoyenne a fraternisé avec les hommes de Témeute; la ligne a été facilement entraînée et Fautorité a été désarmée. A mon avis, HM. de Rambuteau et le général Sébastiani auraient pu montrer quelque vigueur ; ils ne Tout pas fait ; ils ont abandonné Thôtel de ville à quelques membres du conseil municipal, qui, avec le concours de plusieurs officiers de la garde nationale et cinq ou six élèves de TEcole polytechnique, ont installé une commission de gouvernement. Seul de Tautorité légale, je suis resté à mon poste, que je ne quitterai qu'à la dernière extrémité. — Deux heures. Presque tout r hôtel de ville est envahi ; des gardes nationaux et des émeutiers occupent la grande salle du Trône, ils ont arboré un drapeau rouge ; les cris de Vive la République ! à bas Louis-Philippe sont proférés aux fenêtres et répétés par la foule assemblée sur la place; de temps en temps, j'entends des coups de feu ; je suis sans nouvelles du dehors ; il est trois heures. Le Palais Royal est dévasté, les Tuileries sont prises d'assaut et saccagées; le roi, la reine et leur famille se sont réfugiés à la Chambre des députés. Je suis invité à

pourvoir à ma sûreté personnelle : M. Odilon Barrot a pris possession du ministère de Tintéricur; M. Garnier-Pagès est venu s'installer à Thôlel de ville : on vient de courir sur les gardes municipaux qui traversaient, en se sauvant, la place de l'hôtel de ville : c'était horrible à voir. Trois heures et demie.

410 PIÈCES JUSnFlCATlVBS.

Affiche curieuse du gouvernement provisoire contre ses

détracteurs (1).

République française.

Le gouvernement provisoire de la République invite les citoyens de Paris à se défier de tous les bruits que feraient courir des gens malintentionnés.

La République est proclamée !

Les membres du gouvernement provisoire.

Signé : Garnier-Pagés, maire de Paris, Louis Blanc, secrétaire.

(1) Non insérée au Moniteur,

P1ÉGE8 JUSTIFICATIVES. 41 1

Proclamation de MM» Caussidière et Sobrier av peuple

souverain (1). .

Au IfOM DU PEUPLE SOUYEIUIN ,

Citoyens,

Un gouvernement provisoire vient d'être installé : Il est composé, de par la volonté du peuple, des citoyens François Arago, Louis Blanc, Marie, Lamartine, Flocon, Ledru- Rollin, Recurt, Marrast, Albert, ouvrier mécanicien.

Pour veiller à l'exécution des mesures qui seront prises par ce gouvernement, la volonté du peuple a aussi choisi pour ses délégués au département de la police, les citoyens Gaussidière et Sobrier.

La même volonté du peuple souverain a désigné le citoyen Etienne Arago à la direction générale des postes.

Gomme première exécution des ordres du gouvernement provisoire, il est ordonné à tous les boulangers et fournisseurs de vivres, de tenir leurs magasins ouverts à tous ceux qui en auraient besoin.

Il est expressément recommandé au peuple de ne point quitter ses armes, ses positions, ni son attitude révolutionnaire. Il a été trop souvent trompé par la trahison ; il im-

(1) Non insérée an Moniteur,

porte de ne pas laisser de possibilité à d*aussi terribles et d'aussi criminels attentats.

Pour satisfaire au vœu général du peuple souverain, le gouvernement provisoire a décidé et effectué, avec Taide de la garde nationale, la mise en liberté de tous nos frères détenus politiques, mais en même temps, il a conservé dans les prisons, toujours avec Fassistance on ne peut plus honorable de la garde nationale, les détenus constitués en prison pour crimes ou délits contre les personnes et les propriétés.

Les familles des citoyens morts ou blessés pour la défense des droits du peuple souverain, sont invitées à faire parvenir, aussitôt que possible, aux délégués au département de la police, les noms des victimes de leur dévouement à la chose publique, afin qu'il soit pourvu aux besoins les plus pressants.

Les délégués au département de la police ,

Signé : Gaussidiêrs et Sobrier.

Fragments d'une lettre adressée par M, de Lamartine au direc" teur de la Revue Britannique, en réponse aux accusations de M. Croker dans la Quarterlv review.

c( Aussitôt que quarante-huit premières heures de Texplosion et de la confusion révolutionnaire, heures pendant lesquelles le gouvernement, englouti dans le foyer de Thôtel de ville éVàiisans communication avec V extérieur de Paris et uniquement absorbé dans ses efforts pour arrêter le sang, éteindre le feu, assurer les subsistances, renouer les fils de Tadministration, créer un ordre instantané, se faire reconnaître et obéir lui-même, furent passées, le Gouvernement s'occupa du sort du roi fugitif et de sa famille

» Quelques voix dans la foule qui entourait le Gouvernement demandaient, sans intention de mo/ewce, qu'on s'emparât de la famille royale et qu'on la retînt en otage jusqu'au dénouement de la révolution, par mesure de sûreté contre les entreprises du dehors. Le gouvernement fit taire énergiquement ces voix mal inspirées

» Le gouvernement, dans la première séance régulière et intérieure qu'il eût pu avoir jusque-là au milieu des tumul-

414 PIÂGBS JU&T1PICAT1VE8.

tueuses aflluences à Thôtel de ville , se posa alors pour la première fois la question de la conduite qu'il aurait à tenir à l'égard du roi détrôné. Il n'y eut qu'une voix, comme il n'y avait qu'une convenance et qu'un sentiment : éviter à la révolution une occasion, un prétexte, un danger de se flétrir à ses propres yeux et aux yeux de l'histoire par une apparence de rigueur, de persécution, d'irrespectuosité même envers le prince qui avait gouverné la France, envers sa famille innocente, envers l'infortune. Laisser fuir le roi, prêter même secours et dignité à sa retraite du sol français, garantir sa personne de toute violence, de toute insulte, ses biens personnels de toute confiscation, le faire escorter et embarquer s'il venait à être découvert, avec la vigilance d'un gouvernement humain, avec la décence d'un peuple qui se respecte dans Thomme qui fut son chef : telles furent les résolutions, telles furent les paroles unanimes

» J'ai une grande popularité en ce moment, dis-je, à » mes collègues, Je prends sur moi de la compromettre et » de la perdre au besoin avec bonheur pour éviter un grand 7) péril et une grande honte à la révolution

» Dans leur fuite soudaine, le roi et sa famille sont partis, D dit-on, dépourvus d'argent; il ne faut pas qu'une famille » qui fut royale en France, arrive à l'étranger dans le dé- 7> nuement d'une hospitalité mendiée, nous lui ferons passer » dans quelques jours sa fortune ; mais, en atièfndant, il faut r> des fonds suffisants pour assurer le départ, l'arrivée et y> l'existence du roi dans le séjour qu'il aura choisi. Donnez » ordre verbal, ici, au ministre des finances, d'ordonnancer Tf> une somme de trois cent mille francs, qu'il tiendra à ma y> disposition pour cet usage, afin qu'il n*y ait pas une heure » de retard entre le moment où je découvrirai Tasile du roî

PIÈGES JD8TIF10AT1VB8. 415

)) et le moment où je ferai partir mes commisaaireô oonfiden- )> tiels sur ses traces.

i> Gela fut fait, M. Goudchaux est là pour attester Texislence de cet ordre (1). Je quittai un moment Thôtel de ville. Dans la soirée> je rentrai chez moi ; je fis appeler deux hommes fermes, courageux, libéraux et respectueux à la fois pour le trône, portant Tun et Tautre un nom agréable au peuple et non suspect à la liberté, .M. Oscar de Lafayette et M. Ferdinand de Lasteyrie ; je leur communiquai la mission de vrai patriotisme et d'humanité dont je les chargeai ; ils Tacceptèrent. Je leur adjoignis deux hommes de mon intimité personnelle, d'opinions indépendantes et de sentiments très-élevés, dont j'étais sûr comme de moi-même, M. de Champeaux, ancien officier de la garde royale, et M. Dargaud, attaché par moi au cabinet des aifaires étrangères. Je leur donnai Tordre de se tenir jour et nuit à ma disposition, afin de partir à la minute pour le lieu que je leur indiqueraiSy suivant l'itinéraire du roi, quand je serais parvenu à le connaître. Je rédigeai et signai leurs instructions ; je [fis charger ma voiture de voyage, et je la tins, avec la somme nécessaire (50,000fr.), à la disposition de ces commissaires.

)) Ceci se passait le troisième jour après la révolution accomplie à Paris

» Le sixième jour, ne voyant arriver aucune information de M. de Montalivet, et madame de Montalivet étant venue elle-même me communiquer ses anxiétés d'esprit sur ce qui pouvait arriver au roi dans sa fuite : c< Le roi, lui dis-je, » s'expose en ne faisant pas révéler à M. de Montalivet et » à moi sa retraite

(1) a Rien ne fut écrit n dit plus haut M. de Lamartine.

» Je crus entrevoir que M. de Montalivet lui-même avait ordre de ne rien révéler à ceux que le roi regardait sans doute comme ses ennemis.

» Deux jours après , je fus informé des circonstances plus précises de Févasion du roi. Peu m*importait comment la famille royale était en sûreté, pourvu qu'elle n'eût à subir ni poursuites, ni insultes, ni captivité par le fait delà France. Je fis remettre les cinquante mille francs au Trésor, déchargeai ma voiture, et je remerciai les commissaires du dévouement qu'ils avaient accepté inutilement, mais honorablement.»

(Relative à la page 233).

Extrait du testament du duc d'Orléans, — Paragraphe relatif

à la régence.

a J'ai la confiance que lors même que ses devoirs vis-à-vis les enfants que je lui ai laissés, ne Tenchaîneraient plus au sort de ma famille, le souvenir de celui qui Ta aimée plus que tout au monde l'associerait à toutes les chances diverses de notre avenir, et à la cause que nous servons. Hélène connaît mes idées ardentes et absolues à cet égard, et sait ce que j'aurais à souffrir de la savoir dans un autre camp que celui où sont mes sympathies, où furent mes devoirs. C'est cette confiance si pleinement justifiée jusqu'à présent par le noble caractère, l'esprit élevé et les facultés de dévouement d'Hélène, qui me font désirer qu'elle demeure sans contestation , exclusivement chargée de l'éducation de nos enfants.

» Mais je me hâte d'ajouter que si, par malheur, l'autorité du roi ne pouvait veiller sur mon fils aîné jusqu'à sa

(1) Cette note intéressante a été omise dans le classement des pièces. T. l. 27

majorité, Hélène devrait empêcher que son nom fût prononcé pour la régence, et désavouer hautement toute tentative qui se couvrirait de ce dangereux prétexte, pour enlever la régence à mon frère Nemours, ou, à son défaut, à Faîne de mes frères.

FIN Dl rUKMlER voLi>nî:.

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