‹ Histoire de la sépulture et des funérailles dans l'ancienne EgypteChapitre 34 sur 80 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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Ann. G.

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

dans la manière de composer la décoration des diverses salles dont est formée la tombe à cette époque. Jusqu’ici en effet nous n’avohs guère eu affaire en général qu’à des tombes composées d’une ou de deux pièces très grandes à la vérité et dont tous les murs sont couverts de scènes sculptées ou peintes et d’inscriptions; mais sous le Nouvel Empire la tombe ne se limite plus à une seule chambre; elle comprend presque toujours deux chambres et un corridor, sinon trois chambres, avec la petite niche dans laquelle étaient logées les statues du défunt, de sa femme et d’autres personnes de sa famille, ou même quatre chambres; fout y est décoré, les piliers, les architraves, les linteaux des portes, aussi bien que les parois et le plafond, en un mot tout ce qui est susceptible de présenter une surface polie quelconque capable de recevoir une peinture, ou d’être creusée ou sculptée en bas-relief. Il y avait donc, dans la plus grande partie des lombes du Nouvel Empire, plus d’espace à couvrir, il fallait donc chercher de nouveaux sujets de décor. D’ailleurs certains sujets de décoration que nous avons rencontrés dans les époques précédentes ne seront plus jamais employés dans les tombeaux du Nouvel Empire : ainsi, il n’y aura plus de représentations gymnastiques, il n’y aura plus de représentations de bataille sur terre ou sur eau, du moins à ma connaissance; les sujets de la guerre seront laissés aux temples des Pharaons exclusivement pour orner les murailles des grands édifices ou des pylônes qui donnaient entrée dans la demeure du dieu : de même aussi les jeux par trop primitifs et puérils ne reparaîtront plus. On ne réservera pour la vie civile que l’un des côtés, d’ordinaire le côté gauche, de la première chambre, ou toute cette première chambre dans laquelle les parents et les amis venaient se réunir au mort, lui renouveler ses offraudes et lui rendre leurs devoirs : tout le reste sera consacré aux rites des funérailles, du culte des morts, aux chants des harpistes ou des joueuses de flûte; on y retrouve parfois certaines parties extraites du Livre des Morts , ou certaines autres représentations qu’on dirait tirées des autres livres relatifs au monde souterrain, hYAmenti ou Enfer, comme disaient les Égyptiens, non pas un enfer tel que celui des chrétiens, mais plutôt à un enfer qui comprenait seulement les Champs Élysées d’abord, puis le Tartare et les Champs i lysées. Évidemment depuis la XIP dynastie, il y aun changement important dans la

vie du peuple égyptien : ce n’est plus la vie large d’une même famille sous le regard bienveillant d’un maître débonnaire ; la vie des individus est devenue plus étroite et plus resserrée, plus égoïste, semble-t-il, et une nouvelle orientation est advenue pour les sociétés humaines.

Des anciens textes auxquels je viens de faire allusion, je ne m’occuperai ici que pour mémoire, les renvoyant à la dernière partie de ce volume, s’ils ont trait aux funérailles ou au culte des morts, les laissant pour l’histoire des idées en Égypte sur la vie future, s’ils se rapportent aux livres qui traitent de l’autre monde. Mais, quelque grandes que puissent être les dimensions delà partie du tombeau réservée aux scènes de la vie civile, on voit que ces mêmes scènes ne peuvent reproduire tout ce que reproduisaient les décorations du Moyen et de l’Ancien Empire, et cela par manque de place, quand la mode n’était pas à des décorations différentes. Ce fut alors qu’on prit le parti de choisir dans la vie de celui qui avait mérité la concession du tombeau telle ou telle scène particulièrement honorable pour lui et pour sa famille, de la développer et de lui donner toute l’étendue dontelle était susceptible, en groupant autour les autres fonctions honorifiques dont avait été chargé le personnage. Ainsi, s’il avait été chargé de l’administration des biens de certains temples, on mettait encore certaines scènes agricoles qui rappelaient au souvenir les hautes charges dont il avait été revêtu; si, au contraire, ilavait été chargé de l’administration militaire ou du commandement des armées, on montrait les divers exercices par lesquels on formait les bons soldats aptes à entreprendre ces lointaines expéditions qui devaient assurer la suprématie de l’Égypte et lui conserver ses tributaires. Si, au contraire, il avait été grand officier du palais ou chargé de l’administration d’un nome, on le montrait dans les diverses fonctions de sa charge ou de ses charges, car il était bien rare de rencontrer un homme considérable qui n’eût été revêtu que d’une seule charge. S’il avait été architecte, scribe de renom, sculpteur ou peintre, ou simplement chargé de l’administration des beaux-arts, on le montrait au milieu des ouvriers qu’il dirigeait : ainsi pour le reste. La décoration de cette partie du tombeau était la carte de visite illustrée que le mort laissait à la postérité ; mais au lieu que celte carte comprît, comme sous l’Ancien Empire, tout le cours honorifique des diverses charges parles-

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quelles le mort avait passé, elle ne comprenait guère que celles dont il avait été revêtu au moment où la mort l’avait surpris, comme chez nous la coutume est de ne mettre sur sa carte de visite que le plus honorable des titres que l’on possède au moment où est faite cette carte. Mais surtout, si le défunt avait été décoré de l’un de ces ordres de récompense que les Pharaons égyptiens accordaient déjà à leurs sujets, comme le Collier d’or pour les charges civiles, et l’Or de la vaillance, comme disaient les Égyptiens, pour les services militaires, on n’avait garde d’oublier, parmi les états de haute dignité qui restaient un témoignage honorable près de la postérité, cette décoration très enviée et très peu accordée : aussi retrouvet-on la collation du Collier d’or sur plusieurs tombeaux de cette époque. Voilà, je crois, quelle est l’économie générale du décor de celte première partie de la tombe égyptienne à celte époque du Nouvel Empire thébain. Ou voit qu’il y a eu progrès en tout cela, que nous sommes dans une société plus fermement tenue qu'à l’époque du Moyen Empire.

On n’avait garde d’oublier dans cette nouvelle manière d’entendre la décoration de la tombe égyptienne le résumé de la vie du défunt, et l’on plaça en effet le plus souvent ce résumé sur une stèle qui avait sa place dans le tombeau et qui, on le voit aisément, avait été fort détournée de son emploi primitif. D’autres fois, on mettait l’inscription sur l’une des parois de la chambre destinée à la décoration de l’ordre civil, ou militaire, ou sacerdotal. Nous avons des exemples de cette sorte de stèles ou de ces inscriptions sous la XVIIe et la XVIIIe dynastie : la XXe dynastie en a peutêtre encore laissé quelques-unes; mais elles disparaissent par la suite à peu près complètement, ou du moins je n’ai pas connaissance que l’emploi en ait persisté. C’est qu’alors la décadence commence et marche à grands pas : le temps n’est pas loin pour l’Égypte où une partie de son armée émigrera dans la Nubie pour ne pas subir le contact des mercenaires étrangers qui viendront s’offrir pour défendre un pays qu’ils attaquaient jadis. Alors elle ne bâtira presque plus de tombeaux et ceux qu’elle construira seront nécessairement moins richement décorés que sous l’époque brillante de l’empire égyptien et de son histoire merveilleuse. Elle ne sera plus préoccupée que de soustraire aux voleurs, non seulement le mobilier entré dans le tombeau, mais encore les momies de ses plus célèbres Pharaons.

Tombeau de Paher a El- h

Comme j’ai donné des exemples, dans le paragraphe précédent, des inscriptions rappelant quelle avait été la vie du possesseur du tombeau, j’en donnerai de même ici quelques-uns afin d’être complet et de montrer quelle était la manière dont on comprenait ces inscriptions à cette époque. Je prendrai tout d’abord l’inscription fameuse dans la science d’Ahmès, le chef des nautoniers, car c’est ainsi qu’elle est connue de ceux qui s’occupent de choses égyptiennes, quoiqu’en réalité elle soit d’Abani, fils d’Ahmès ; c’est grâce à elle que E. de Rougé reconstitua la science qu’avait créée Cliampollion et qui courait grand risque de sombrer au milieu des querelles que l’ignorance et la mauvaise foi, le dépit et la jalousie avaient suscitées contre l’immortel inventeur de la lecture hiéroglyphique. Elle est de la XVIIe dynastie et se trouve dans les tombeaux de la petite ville d’El-Kab, l’Eilithya des Grecs etdes Romains. Je prendrai ensuite l’inscription connue sous le nom d’Amon-em-heb et qui décore son tombeau : elle est de la XVIIIe dynastie et se trouve dans la nécropole thébaine, à Scheikh-'Abd-el-Gournah. Je pourrais en prendre d’autres, mais elles sont trop mutilées pour donner un texte courant, et il sera mieux de m’en tenir à ces deux exemples.

Voici la première. Le défunt, son bâton de commandement à la main, se trouve au commencement de la paroi, ayant toute l’inscription devant lui ; son nom est donné par une légende qui se trouve placée au-dessus de la partie supérieure du bâton : c’est le chef des nautoniers, fils d’Ahmès, Abani, juste de voix1. Au-dessous du bras qui tient le bâton, se trouve une légende de trois petites lignes verticales d’hiéroglyphes, et sous cette légende est un personnage tenant à la main une palette de scribe : la légende donne son nom et ses titres, c’est : Le fils de sa fille, le chef des travailleurs de ce tombeau qu’il a fait construire pour faire vivre le père de sa mère, le scribe des d’Amon, Paher, juste de voix2. L’inscription commence

1. C’est précisément la place de cette expression qui suit immédiatement le nom d’Abani, qui donne la raison pour laquelle le possesseur du tombeau est Abani, et non Ahmès, comme l’avait cru E. de Rongé dans son étude sur les sept premières colonnes de cette inscription qui retira complètement la science égyptologique du domaine des absurdités où elle allait s’enfonçant déplus en plus, grâce aux interprétations de gens tels que Seyfarth.

2. Voici encore une preuve que ce tombeau avait été construit après la mort de celui auquel il avait été concédé, puisque c’est le petit-fils, qui est aussi qualifié de défunt, qui a veillé sur toute la construction et la décoration.

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alors et dit : « Royale présentation d’offrandes à Nekheb, à Osiris, président de l’Amenli, afin qu’ils donnent les mets qui sortent à la voix, en viandes de bœuf, en viandes de volatiles, en étoffes, en huile, l’abondance sur terre en tous biens et la sortie (pendant le jour) en âme vivante (déjà) jugée. Il (c’est-à-dire le personnage qui est sculpté au commencement de la paroi) dit : Je vous parle à vous, hommes en totalité, je vous fais connaître les faveurs qui m’ont été faites, lorsque j’ai obtenu sept fois l’Or en présence de la terre entière1, et de même des esclaves mâles et des esclaves femelles, que j’ai eu en partage des champs nombreux grandement, parce que mon nom est celui d’un vaillant dans ce qu’il a fait, sans qu’il périsse dans ce pays éternellement. Il dit : Il y a que j’ai fait ma carrière dans la ville de Nekheb, car mon père ôtait officier d’infanterie du roi du midi et du nord Soqnenra, juste de voix : il se nommait Baba, fils de Roanit, voici qu’à sa place je fus fais officier sur le navire de guerre nommé Le Semaka (l’immolateur des taureaux) au temps du maître des deux terres, Râ-nebpeliti2. J’étais alors un petit garçon qui n’avait point de femme et je couchais dans le lit de ceux qui sont séparés3. Et lorsque je possédai une maison4, voici que je fus pris sur le vaisseau Le Nord pour aller à la guerre ; je suivis le prince, vie, santé, force, sur mes pieds dans les expéditions qu’il faisait sur son char. Comme on restait devant la ville de Ha-ouaret (Avaris), je fus à combattre sur mes pieds en présence de Sa Majesté; voici que je fus promu en grade sur le vaisseau Khd-em-Mcnno frit [celui qui se lève dans Memphis). Lorsqu’on fut à combattre sur l’eau dans le canal (?) de Ila-ouaret, voici que je fis des prises et j’apportai une main. Comme rapport fut fait au royal lieutenant, on me donna l’Or de la vaillance. Voici que furent renouvelés les combats en ce heu, et je renouvelai des prises : j’apportai une main. On me donna l’Or de la vaillance une seconde fois. On combattit à Tokemit, au sud de cette ville, et voici que j’amenai un individu fait prisonnier : je me jetai à l’eau, car, en l’a-

1. Ces doux mots désignent simplement l’Égypte tout en' ière, laquelle était divisée en deux parties.

2. C’est-à-dire : le Soleil maître de la double vaillance : c’est le prénom du roi Ahmès Te«-, le fondateur de la XVIIIe dynastie.

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