‹ Histoire de la sépulture et des funérailles dans l'ancienne EgypteChapitre 78 sur 80 · Wilkinson, Manners and customs, etc., t. Il, p · texte numérisé non relu

Wilkinson, Manners and customs, etc., t. Il, p

ANNALES DU MUSÉE GU I M ET

deux harpistes qui ont fourni longtemps le nom sous lequel la tombe était connue. Ces deux musiciens sont de toute beauté et ont été mille fois reproduits dans tous les ouvrages relatifs à l’art de l’Égypte ou à l’Égypte en général. Leurs instruments sont d’une forme admirable. Ils sont faits d’une simple console qui est presque droite et d’une élégante cuvette très richement ornée et travaillée, se terminant par une tête de roi coiffée du pschent , avec la couronne rouge. Les deux musiciens sont penchés sur leurs instruments dont ils pincent les cordes par un mouvement très curieusement rendu et très vrai : le dieu Schou les écoute placidement avec toute la dignité qu'un dieu doit apporter à l’audition de ce qui charme ses oreilles.

On chercherait vainement, dans toutes les autres tombes royales de Bibân-el-Molouk, d’autres tableaux se rapportant à la vie ordinaire : on n’en trouverait pas, que je sache, un seul : tout a été réservé pour la vie future. 11 en est tout autrement dans la vallée des Reines , à l’autre extrémité de la nécropole thébaine. Malheureusement les tombes que l’on avait creusées pour les reines sont dans le plus grand état de dégradation. Cependant il y reste encore l'un des plus charmants spécimens de la peinture égyptienne dans le portrait de la reine Tii, que l’on ne peut voir sans l’admirer, car non seulement le type qu’il représente est de la plus grande pureté et de la plus exquise beauté, mais encore l’artiste égyptien a su choisir les couleurs qui convenaient le mieux à son sujet, éclatantes, sans être criardes, et le tout est fondu avec la plus grande délicatesse.

Dans les tombeaux qui datent des dynasties postérieures, il en est de même pour la décoration que dans les tombes royales; on n’a guère mis que des scènes religieuses, et de plus l’art se perd ; si, sous la XXVIe dynastie, il y aune renaissance de l'art, cet art n'a guère eu l’occasion de se reproduire dans les tombeaux. D’ailleurs, dans les tombeaux de la XIXe et de la XXe dynastie, on sent comme une détente qui se produit : c’est la décadence qui commence et qui marchera à grands pas. Je ne m’étendrai donc pas davantage sur des monuments où l’on observe à chaque instant une décadence irrémédiable, jusqu au moment où 'les invasions étrangères rendent moralement impossibles les œuvres d’art, car les Égyptiens sont obligés de lutter pour la vie et n’ont plus le temps de s’adonner à des travaux de longue haleine, qui demandent la tranquillité de l’esprit et des

encouragements qu’on ne songeait guère à leur donner. D’ailleurs les centres artistiques se déplacent : Thèbes est abandonnée avant que d’être détruite, le centre artistique de l’Egypte, c’est Sais et quelques autres villes du Delta. Or le Delta n’a pas gardé une seule sépulture intacte, et d’ailleurs le mode de leur conformation ne laissait guère place à la décoration sculpturale et picturale. C’est pourquoi je ne m'arrête pas à traiter celte époque : je la retrouverai du reste au cours de cet ouvrage, car si l’on ne faisait plus d’aussi belles demeures d'étemitc, on les meublait cependant afin que le mort y trouvât toutes ses aises.

Maintenant que le tombeau est achevé, creusé, peint, sculpté et couvert d’ornements, la première partie de ma tâche est terminée. On peut sans crainte s’occuper de meubler la tombe; la préparation lointaine est complète, il faut songer à faire la préparation prochaine, et c’est ce que va nous montrer la seconde partie de cet ouvrage.

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