‹ Histoire de la sépulture et des funérailles dans l'ancienne EgypteChapitre 9 sur 80 · I. — DÉCORATION D’UNE TOMBE DANS L’ANCIEN EMPIRE · texte numérisé non relu

I. — DÉCORATION D’UNE TOMBE DANS L’ANCIEN EMPIRE

En suivant l’ordre dans lequel j’ai rangé jusqu’ici les matières précédentes, je dirai tout d’abord que, parmi les pyramides, les unes n’avaient pas le plus petit décor, et que les autres étaient décorées d’une manière tout à fait particulière que nous retrouverons en partie dans les tombes royales de la XIXe dynastie, avec une ampleur beaucoup plus considérable, caries textes seront illustrés par de nombreux tableaux.

On a beaucoup discuté sur la question de savoir si les grandes pyramides de Gizeh étaient décorées à l’intérieur ou à l’extérieur. Dans la description que j en ai donnée dans le second chapitre de cet ouvrage, nous avons vu que pas un seul hiéroglyphe n’avait été trouvé à l’intérieur des grandes pyramides, ou dans les chambres de la première, ou dans les couloirs et les chambres souterraines des deux autres, ou dans les pyramides qui entouraient les trois principales et constituaient le groupe de

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

Gizeh. Les seules traces d’inscriptions qui aient été relevées se trouvaient sur certains blocs de pierre et ont été considérées, à juste titre, comme des marques de carrière. Nous avons même vu que quelques pierres de la troisième pyramide portaient une marque qui aurait dû les faire employer dans la construction de la seconde pyramide, puisqu’elles portaient le cartouche du roi Khafra, le Chephren des auteurs grecs. On chercherait en vain une autre décoration intérieure que ces marques de carrière mises sur certaines pierres. Cependant nous avons vu que, même à cette lointaine époque, il y avait sur le plateau de Gizeh des monuments décorés, entre autres le temple de la pyramide élevée en l’honneur de la fille de Chéops ou de Ivhoufou, puisque la stèle qui a été trouvée sur l’emplacement de ce temple et que j’ai décrite, parle de dieux représentés dans la décoration du temple. Si donc les Égyptiens n’ont pas décoré ces monuments, c’est qu’ils l’ont bien voulu. Peut-être pourrait-on croire que la décoration était limitée à la chambre publique, c’est-à-dire à la chambre de réception, c’est-à-dire à ce qu’on nomme le temple qui se trouvait placé dans l’enceinte de la pyramide ou dans ses environs immédiats. Peut-être aussi ne saurons-nous jamais la raison pour laquelle les Égyptiens ne décoraient point l’intérieur de ces pyramides. Si je ne craignais de proposer une raison purement esthétique, je dirais que la grandeur et la majesté de ces monuments parurent assez grandes aux yeux des Égyptiens, et que l’adjonction de scènes décoratives à des monuments de cette importance leur sembla intempestive : ce qui pourrait permettre de le croire, c'est que les grandes pyramides à degrés de Saqqarah sont dans le même cas.

Personne n’a jamais parlé de la décoration intérieure des pyramides de Gizeh, ni de celles construites à Saqqarah; mais en revanche, presque tous les auteurs ont parlé de la décoration extérieure. Le premier des auteurs qui l’ait fait est ce bon Hérodote que l’on a surnommé le père de l'histoire-, il prétend que la grande pyramide portait inscrits sur son revêtement extérieur le nombre et la valeur des légumes consommés pendant la construction de cet immense monument. « On a marqué, en caractères égyptiens sur la pyramide, pour combien les ouvriers ont consommé d’aulx, d’oignons et de persil. Autant que je puis m’en souvenir, l’inscription, que l’interprète m’a expliquée, signifie que la somme s’élève à 1,600 ta-

lents d’argent. Si ces choses ont autant coûté, que n’a-t-on pas dépensé en outils de fer, en vivres, en vêtements durant le temps employé à la bâtir qui a été ce que j’ai dit, outre, comme je le pense, celui, non médiocrement long, qu’il a fallu pour tailler les pierres, les conduire et faire sous terre les excavations'. » Ce texte semble très précis, et cependant il est complètement impossible que l’inscription, si inscription il y avait, pût entrer dans ces détails; en effet, comment aurait-on pu estimer la valeur des aulx, des oignons et du persil, pour adopter la traduction que j’ai citée, à moins d’avoir un étalon quelconque de valeur arbitraire, c’est-à-dire de monnaie? Hérodote l’a si bien compris qu’il estime la dépense, de ce chef, à 1,600 talents d’argent. Or les Égyptiens n’ont pas connu la monnaie; le premier qui a importé chez eux cette monnaie, c’est un conquérant étranger, un Perse : jusqu’alors on s’était contenté des échanges, ou simplement de lingots d’or, d’argent et de cuivre. Comment dès lors ajouter foi à un auteur qui dit avoir vu l’inscription, se l’être fait expliquer par l’interprète qui l’accompagnait, lorsque cette explication est manifestement contraire à ce qu’on sait historiquement sur les usages des anciens habitants de l’Égypte? la fausseté du dernier renseignement semble bien emporter la fausseté du premier.

Cependant la décoration extérieure de la grande pyramide a fourni aux auteurs qui ont suivi Hérodote l’occasion de répéterles mêmes assertions. Diodore de Sicile renouvelle l’affirmation d’Hérodote, et ajoute que la seconde pyramide n’avait pas d’inscription et que l’on avait creusé un degré dans l’un de ses côtés, mais que la troisième pyramide portait inscrit le nom de Mycérinus2. Les autres auteurs grecs ou latins ont trop peu parlé des pyramides pour avoir fait observer ce détail; mais les auteurs arabes compensent largement le silence des auteurs grecs et latins. Mohammed 'Abd- Allah ibn ’Abd-el-Hakim dit : « Les Coptes écrivent dans leurs livres qu’il y a une inscription gravée sur les pyramides portant ces mots ; Moi, Sourid, roi d’Égypte, j’ai bâti les pyramides finies en six ans; que mon successeur, s’il prétend les égaler, les détruise en six siècles, et cependant il est certain qu’il est plus facile de renverser que d’édifier. Après les avoir ter-

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