ADRESSE DE LA CHAMBRE DES PAIRS
Sire ,
a Vos fidèles sujets les Pairs de France viennent » renouveler aux pieds de Votre Majesté l’hommage » de leur invariable dévouement. Ils se félicitent avec » elle de ce calme et de cet ordre intérieurs qui , tous » les jours mieux affermis , prouveront de plus en plus » la vigilance d’une autorité protectrice.
« Ils ont partagé la joie qu’a fait ressentir à votre » cœur paternel l’heureuse alliance contractée par l’un » des Princes vos enfans. Sire , nous les appelons comme » vous: ce nom, donné par vous-même aux Fils de » votre auguste Frère , est le seul qui puisse exprimer » tous les sentimens qu’ils nous inspirent. Une jeune » Princesse vient embellir vos jours par les grâces de » de son âge et de son caractère. Elle aidera la ten- » dresse et les soins de celle qui vous consoloit dans » votre exil, et que ses vertus héroïques recommandent » à tous les hommages.
» Sire , lelpeuple est aussi la famille des bons Rois. » Vous êtes vivement ému des maux passagers que lui » a fait éprouver l’intempérie des saisons ; mais votre » prévoyance paternelle s’est assuré que les récoltes » suffisent aux consommations. Ainsi les maux que » vous déplorez cesserontbicntôt j car la seule inquiétude » peut les produire , même quand ils ne sont pas réels.
» La France n’ignore pas que des sacrifices sont né- » cessaires. VoTBE Majesté les adoucit en les parta— < » géant. Nous reconnoissons la bonté de son âme » royale dans cette économie, qu’on a justement appelée » le premier bienfait des Monarques.
» L’adversité soutenue avec courage n’honore pas » moins que la victoire. Un peuple , qui conserve sa » propre estime et celle de l’Europe , retrouve encore » toute sa dignité dans une noble résignation. Nous » sentirons moins les peines présentes en regardant cet » heureux avenir que prépare à nos enfans la stabilité » du Gouvernement légitime.
» Pour hâter ces jours de bonheur tous les senti- > mens généreux vont se réveiller. La morale va re- » prendre son empire , en cherchant son premier » appui dans les principes religieux. Les négocia- » tions que vous continuez avec le Saint-Siège , et « dont vous annoncez la fin prochaine , achèveront ce » grand ouvrage. Nouâ n’avons pas oublié que la mo- » narchie française naquit sous les auspices de cette » religion qui civilisa nos barbares ancêtres. Quand la » monarchie se relève , la religion doit se relever aussi ,
» en s’appuyant sur ce sceptre auguste qui, des mains » de saint Louis a passé jusqu'à vous. Le culte et ses » ministres ont droit d’attendre aujourd’hui tout ce jj que des circonstances trop rigoureuses permettront » à la munificence nationale.
» Pénétrés de tous nos devoirs, nous ne serons pas » moins fidèles aux principes de cette Charte donnée jj par vous-même. En deçà , au delà de cette ligne >j constitutionnelle , où nous avons constamment mar- » ché sur vos traces, tout est péril et confusion. La jj force n’est plus que dans la modération , l’habileté » que dans la prudence. Si c’est un grand crime que » d’avoir précipité au delà des bornes de là sagesse et
» de la morale le mouvement donné par le siècle , ce » seroit un grand tort de ne pas suivre ce mouvement » jusqu’aux limites fixées par la raison. Les espérances » coupables doivent s’évanouir , les regrets inutiles >> doivent se calmer. Avec les plus purs et les plus nobles » intentions, il est possible d’anéantir l’effet du bien » même , si on le hâte imprudemment.
» L’œil toujours fixé sur ce trône, les Pairs de France » suivront avec respect les sûres directions qui viennent » du lieu même où , dominant toutes les têtes , le » Suprême Législateur peut voir tous les besoins et » juger tous les intérêts.
» Sire , vos dernières paroles seront la règle de notre » conduite. Tous les partis, s’il en est encore, ne se » permettront d excès que dans les sentimens d’amour » et de vénération qui les réunissent autour de Votre » Majesté , et dont les Pairs de France donneront, » dans tous les temps, le premier exemple. »