CHAPITRE SEPTIÈME
SONlUtE:
! Roger part pour la conquête do l'Ile de Malte. — Il donne le nement de la Sicile à son fils Jordan. — Il attaque Malte À rimle. — La ville offre de se rendre. — Délivrance des esclaves ms. -— Les Sarrasins s'engagent à un tribut. — Retour de la Hotte ile. — Réorganisation de TÉglise catholique. ^-* État de la relibrétiennc en Sicile à l'époque de la conquête. — Évéchcs fondés ne , à Girgeoli , à Mazara , à Syracuse. — Diplômes et privilèges lés à ces différents cvéchés, — Le comte est nommé légat du iége en Sicile. — Différentes observations à ce sujet. — Le duc aille implore le secours de Roger contre ses sujets révoltés. — • lonnaissance de l'aide qu'il en reçoit, il fait don au comte de la de Palerme dont il avait hérité de Robert Guiscard. — La lèpre à Roger son iils GeoQroy, ~ Jordan meurt du typhus. — La ville itarga se révolte. — Roger la fait raser. —Naissance de Simon. —
mSTOlRE DE LA SICILE (1090—1098).
Le i-x. R:ç*r Uj«abe mabde à Amalfi. — Le brait de sa mort se répand.
— Eo^oBcwi soa frère te met à la tête des troupes , pour protéger les àrc^u de le» nereiu. «* 1^ e^nilA Rfgaf p4M# en Calabre pour arrêter s«9 pfvicBtÂons. — Le dac rerient i la santé. — Bohémond Ini rend les pUees doat il s*éuit emparé. — Guillaume de Grant-Méoil refuse dere-
r QcUet ^*il av^t prises. »— Il est vaincu paf les dei|i ^èrgs inis au ( la^er. — Variafe 4r U AHe du CQfBte de Sicile nvefi Gtpild) lits de r«mpemr d'Allemagne.— Le comte vient en aide à son neveale dac Roe^ C'*ntre la ville d* AmalG révoltée. — Départ de Bohémond pour la cTMude. — Défectiun dans l'armée du comte. — Levée du siège.- Le roi de H*>ogne demande une des tilles de Ro^er en mariage. - La /eone (^inceiM part ea 1097. -> Grandes fêtes à Foccasion de ce rnariage. — Les navires chrétiens sont attaqués au retour par des pirates.
— Os échappent nuraculeusement. — Richard , successeur de lofffdain , cemte d'Averse , appelle à son aide le comte Roger contre les Lombards de la principauté do Capooe. — Siège de Gapoue. — Intervention du pape Urbain II. — Les habitants de Capouc violent lears serments. — La ville est excommuniée. — Trahison du capitaine grec Sergius. — 11 veut assassiner le comte de Sicile. — Vision miracoleose de Roger. — Prise de Capoue. — Récit de la vision du comte par loiméme. — Il fait à saint Bmao et à ses successeurs différents dons es reconnaissance de son salut. — La comtesse Adélaïde accouche à Xileto d'un fils baptisé sous le nom de Roger. — Entrevue du pape Urbiis et du comte Roger à Saleme. — Position des princes chrétiens ns-àvis le saint-siége. — Bulle de 199S par laquelle le Pape accorde à Ro^ le droit de gouverner l'Église ie Sicile. — Fondation du trihaMldela monarchie. — Ses attributions. — Sjlence des historiens sur lestraïaïf administratifs du comte de Sicile. '— É(at intérieur de File. - Nécf»site d'une administration intérieure régulière et énergicpe.
La vie du comte Roger, depuis son plus jeune âge, avait été uoe vie de eombats, delott«i^' bles , de fatigues incessanteis. La conquête de la Sicile ne pouvait éteindre son ardeur guerrièrf ; ^
HISTpIBE! DE LA SICILE ( 1000 — 1Q08). 9
*QpQP n'i§tait point fait ppur cette n^tufe de f§p qui etrçqipait se^ forpe^ là où Ips au(r^§f au çq^ys^iitç^ 38 puBsent épuiâée§ ; d'un ^utre qù\é i\ é^it 4 raiD(}re que les sojcj^ts» ep s'^b^donnapt aux dpp-: BUTS .énervani.e^ ^e Toisiveté ; ne pi^r4i§8ent cett;^ nergia indomptable, cette volonté ferme , ce cpp-r ige sans borne§ auxquels \U ayaijsnt dû I9 victpipp ans tous les cpmbats* Alors le con^te de l^ici^e jg(a )s yeux autoi^r de lui , g\ résoli^t de conquérir l'île e Malte; il fit aussitôt armer une flptte i^pn^^i^pusi? tQrdonna à ses officiers ^ii^^i qii'^ux i^e|gneurs ses assaux de se tenir prêts à le suivre (])^ pempt^f l'époque de spn retour la fppdation d|Q§ différepts Ftfibés qu'i^ avait fai|; coi^struire oi) réorganiser aQ8p][i)j9i^ur§ villesi et auxquels son in^ntipu étj^t a jdopuer pour la plus grande gloire de D|eu ni) ?|§| byill^pt.
Vl?n)^arquementdeç troupes pour pe^te no;}yeUe l^pédition ^(^ fit avec une gran(}.e pompe. En v^ii »(4?4 (çopjura son père de ne ppii)); s'e^ipoi^r à^de )9V|$aux dangers et de ménager ui^p vie si nécesùrjB ^u s^lut de tou^, le comte repoussa ses priè^esi
(1) Dans le chapitre suivant nous parlerons des droits féodaux établis Sicile.
persuadé que dans cette époque toute guerrière , le premier devoir d'un souverain , s'il voulait conserver éclatante et solide son autorité, était de marcher à la tète de ses sujets et de montrer que le roi étant le premier dans TÉtat , était aussi le premier dans les dangers. — • Noble et valeureuse royauté qui appartenait bien au prince normand dont le sceptre était une épée de chevalier.
11 partit après avoir commandé à Jordan de se tenir toujours en état de guerre jusqu^à son retour, afin de pouvoir en cas de besoin porter secours à l'armée navale.
Soit hasard , soit volonté , le vaisseau qui portait le comte » sans doute meilleur voilier que les autres^ arriva le premier en vue de Malte. Sans attendre le reste de la flotte, Roger ordonna aussitôt le débar^ quement, et sachant les Sarrasins de Tîle de Malte moins habitués à combattre que les Sarrasins de Sicile f il n'hésita pas à marcher avec un petit nombre des siens contre les habitants accourus en désordre sur le rivage, et à entrer résolument dans le cœur de Tîle. Monté sur un superbe cheval, il s'élança à la tète de ses soldats, et combattit comme un jeune homme ; tous ceux qui raccom-
HISTOIRE DE LA SICILE ( iOOO — 1008). l
pagnaient, animés par ce grand courage , rivalisaient avec lui d^ardeur et d'impétuosité.
La résistance des Sarrasins ne fut pas longue; eetle attaque imprévue, Taudace et la force inouïe de cette poignée de guerriers , dont les exploits merveilleux étaient parvenus jusqu'à leurs oreilles , les frappèrent d'épouvante; et voyant apparaître à l'horizon les voiles gonflées et rapides des vaisseaux normands, ils s'enfuirent avec des gémissements et des cris. — Le comte continua à parcourir le pays , semblable à un torrent débordé que rien n'arrête. Le soir, le reste de la flotte avait opéré son débarquement, et quand le jour se leva la capitale de Tîle était cernée de toutes parts. On 6Ùt dit un rempart vivant à côté des remparts de pierre : pendant ce temps une portion de soldats continuait de vigoureuses excursions dans l'intérieur des terres. Bientôt toutes les campagnes fu- ^nt dévastées, et toutes les habitations incendiées.
La consternation était telle parmi les Sarrasins ïtie nul ne pensa à prendre les armes pour comî^attre. — Le gouverneur fit demander à traiter ^Vec le comte ; mais Roger, avant de consentir à '^cevoir les envoyés , voulut que les prisonniers
6 HtStOlRE DE LA SICILE (10^— 109è).
ch^étibns qtai ët&ielit en grand nômblre da&â là tille fussent totls dflli¥lréls*-^Le goilTefnfeur fif aussitôt ôtitHr led t>orte8 des prisoiis.
Ce fut un beau et touch&iit si^ëêtàiite dé lAi i*aTancer Vers le camp des Nortjb&tidft , totlt eé petiplb de ehrëtiënë reildus à là liberté i et d'entendre reteiltir dans les airs les béhédictioilB et les e&titiqiies sacrés; chatttan d'eut tétiaif bd tâàiâ une eroii faite âtéc c6 t{ti'il avait rencontré stir le eb6tnin, des branches d'àrbrës, ou ded ligeà de ^\«XA^) . db&t ôti ftur&ii dit qbe lès fletiTs né deyedent ^is se fan«r, glbriettbéS dé rditiblèmé diviil qtt'ëlléë repïêfcëiitaiënt
Le ëbttktë lëVa le siégé; et lésSàrrasinB dé M<B ë^engàgërétlt à lui fburnir dans là préseiite année Une l^nde ((Uàiitité dé chéVaùx> de fnulétë, d'aMniA et d'argëtit> et d'ëii ebvoyer autant toutes lés iein' ilëes éUiVàtitéé en signe dé tribut.
La flotte normande repartit àUséitôt potii^ It Bicilé bfl âdh retour fut un tëritable triomphé. ^^ Le comté Roger offrit atix chrétiené si miraéulôafeéiheût arrachée à resclavag^d, de leur bâtir dtdit l'ihtérieur dé l'tlé une villei qui 8'appèllérail Fil*^ i^Ht^é^ plirce qu'elle ne serait soumâiie à auëdb
tribut; tnaÏB, comme tous étaient de diTerses nations, ils préférèrent retourner chacun dans son pays.
Le oomte> après cette glorieuse expédition, s'ocsapa activement de la réorganisation de TÉglise itholique latine qu'il avait trouvée en tous lieux anguissante et avilie.
Les chrétiens de la Sicile avaient, il est vrai, lottservé leur religion; mais cette espèce d'exis* «née chargée du mépris et de la rép cbation uni^ rmelle , équivalait à la proscription et à Tanéan*tinement; relégués dans les quartiers les plus honteux, et souvent même hors des villes dans des lébris d'églises et de monastères , ainsi que nous itons vu Tévèque de Palerme, ils pouvaient à 3^De appeler dans les lieux saints , de leur voix anguiseante et honnie de tous y le petit nombre des tdèles, dont les cœurs étaient restés purs et ferents.
Dans les premiers temps de la domination sarraine , les cruautés exercées contre les chrétiens, les ^rtures) les supplices, la mort qui étaient le prix d leur fidélité à la religion du Christ, loia d'affaiiir leur foi, oti d'ébranler leur courage, en avaient
s HISTOIRE DE LA SICILE ( 1090 — 1098).
au contraire ranimé l'énergie et doublé la puissance; toujours la religion a été grande , la foi inébranlable lorsqu'elles faisaient des martyrs. Dieu a donné à notre âme ce cachet de grandeur et de majesté qui rend les douleurs et les supplices impuissants contre elles; mais ce mépris continuel attaché de toutes parts aux chrétiens de Sicile, celte mort pour ainsi dire dans la vie , avaient refroidi leur zèle à leur propre insu, en faisant d'eux les sectateurs d'une religion éteinte et avilie, et les parias de toute une population. — « Ils s^éteignaient lentement en eux-mêmes comme ces malades que la consomption mine intérieurement. Les chétives églises où il leur était permis de se réunir pour prier, tombaient en ruines, les monastères étaient presque tous détruits, et la pauvreté des fidèles rendait impossible de les relever ou de les réorganiser; si la domination impie des Sarrasins se fût prolongée un siècle de plus, le nom chrétien eût disparu en Sicile comme en Afrique, tué par ce poison lent, mais efficace, — l'oubli et le mépris.
11 faut en outre considérer que la Sicile depuis le commencement du huitième siècle avait été sou* mise aux patriarches de Constantinople. L'arche^
réque de Palerme , comme nous rayons dit plus haat, était Grec, la plupart des moines Tétaient aussi. Les chrétiens de Sicile suivaient donc le rit et les croyances de TÉglise grecque; et TÉglise grecque et TÉglise latine étaient très-divisées d'opinioDs et de rits, on pourrait presque dire, ennemies Tune de Tautre.
Lorsque les Normands arrivèrent en vainqueurs, les prisons s'ouvrirent; et sur tous les points de Tîle apparut un grand nombre de chrétiens ensevelis depuis bien des années dans le fond des cachots. U comte Roger, serviteur de TÉglise catholique latine » ne trouva cependant aucun des éléments nécessaires pour réédifier TÉglise sicilienne; et lorsquUl fit élever des cathédrales dans les principales villes, et réparer celles qui subsistaient encore, il fut forcé d'appeler à lui du fond des monastères de laCalabre, les religieux dont les mœurs austères, la profonde érudition, la foi religieuse et la charité <^hrétienne avaient le plus haut renom.
Ce fut donc à son retour de Tile de Malte, et à partir de 1091 , que le comte accomplit avec une B^ande solennité la fondation des évèchés commencée en 1086.
Catane ayait vu, par Tordre de Roger ^ une bu* perbe cathédrale domiDer ses plus hauts édificei) comme tout ce qui se rattache à Dieu doit domiiiélf ee qui tient à la terre.
Le comte de Sicile voulut y établir tih évèché et jeta les yeux sur ànsgérius^ religieux du m(H nastère de Sainte-Ëuphémie et de Tordre de Saifi^ Bénédictf ce saint homme, Breton de nation, était d'une religion éclairée, et aussi séyère pour lui> qu'elle était douce et indulgente pour les autres (t)»
Le pieux anachorète refusa d'abord cet insigne honneur, et demAtida la grâce de finir paisiblement ses jours obscurs dans le cloître, au milieu de Mfl frères avec lesquels, depuis si longtemps, il pmi< le Seigneur : mais, malgré ses instances > il fut tiW
(l) Malntetrû, lib. Vf, cap. vu :
Apud S. Euphemiam vero roonacfaum queDdam , natioiie BritoneiBi ^' rum religiosum , post abbatem totam ecclesiam prudeDti moderamiiK audiens, ut hune ecclesi» Oatauei»! inlp«tràre qa^at-^ Episcf^ptariioNhiÉ^ intendit. Quare, et per se metipsum illuc accedeos, vix tandem moDidiii hoc carere volentibus, ipso etiam prae csteHè amplius rëluctànte, obtimA : sicque solemniter episcopatum concedens, qiiod nulli episcoponun feeÎÉM cognoscitur, totam urbem sedi sus cum omnibus appendiciis suis sob cfai* rographo et testibus hereditaliter possidendam àséîgnftYit*
Pyrrhus Roccus, Not. prima, lib. lïï , f" 10 :
17. Ansgerius ergo Britanus et S. Benedicti ordlne primus , post l^arr cenoB ejectos e monasterio S. Euphemiœ in Calabrm eum tliqoibdB iM* nachiis accersitus , Catane abbas et episc. à Rogerio comité eligitur, et al) Urbano II pontifice consecratur.
de sa douce et chère obscurité pour porter la mitre d'éVéque. *^ Tout le clergé revêtu de ôes vêtements les plus ridhed) viut isoleniiellémetit chercher le moine au fond du clottrè ^ pour lé cbuduire eii grande pomp(d à l'église dé GâtaUe^ Lbnique leéorté^e arHVa, Ânsgérius était pieusetUënt agenouillé dans là chapelle du monastère et priait atec une grande dévotion; il acheva sa prière, et se relevant ensuite avec cette noble simplicité, le Cachet de la vraie religion > il ne prononça que ties ëbUls mots : or Seigneur, que ta volonté sôit fftité 1 M Puis il sortit du moUàstère pour n'y plus rentrer.
Le côiUté Roger confirma la nomination d'AUsgérius à Tévêché de Catahé, par le diplÔiUe sui- Tàût qui nous a paru une pièce aSsei importiantè iJoilf tiiértier d'ètrt i*at)pottéc en son eUtier; — aittli que le dit le UioiUe Malatèrra dans la Uote <îitéB plus haut, Rogei* fit poUr TévêqUedë Càtane ceqtai jamais n'avait été fait pôUr àûcUn èvêque. Ce diplômé constate, en outre, d'uue manière positÎTe uU droit mis plus tard en dbUté pâf qûèlqUfeb hifetoHéUs , et qui fut la base et le principe dU trihnnil de te monnerchie.
Au fiom de la Trinité sainte et indivisible, le Pontife souverain de Rome y Urbain II, vrai serviteur de Dieu, et pasteur universel de P Église universelle^ par sa bouche trhs-sainte et trhs-^énérée^ en me nommant son fils , malgré le grand nombre de mes péché$) m^a ordonné à moi Roger, comte de Calabre et à toute la Sicile f enfant de l* Église ma trhs-saintemère, de veiller à son salut avec miséricorde y d^élever, (T étendre son empire avec éclat, et de développer sa puissance y sa grandeur et sa force spirituelle^ tovi en accomplissant le devoir légitime d^un bon filsj et en nourrissant ma mère trhs-sainte des mains de m piété.
Cest moi Roger y comte de Calabre et de Sicile , qui ai été appelé à exécuter ces choses et à accomplif les ordres et les décrets catholiques y comme si Dieu marchait devant mm dans le char de sa vertu pour m protéger. La terre de Sicile , la terre des Sarrasins où régnaient la méchanceté et rimpiétéy ce tombeau de notre race et de notre sang y qui demandait une vengeance par le fer, a été soumise à ma domination j par suite de différents événements y et pour f honneur de Dieu, pour la magnificence et la gloire de son nom, pour le salut éternel de mon pire y de ma ir^h
mSTOlRE DE LA SICILE ( 1000 - 1098 ]. U
frère Robert Gtiiscard, et pour celui de tous ents^ fai élevé des églises en différents endroits die y obéissant aux ordres du souverain Pon^ fy ai établi des évéques. Le Saint-Phre assis iége apostolique nC ayant donné toute permis^ pprouvant et consacrant lui-même les évéques r mai, fai donné et confirmé à chaque évêque que église des possessions personnelles, afin que ff entre eux, satisfait de ce qui lui aura été y tCosât pas convoiter la paroisse d'un autre. ; la bonté suprême et la magnificence de Dieu soumis à mes lois toute la Sicile , fai édifié re église dans la ville de Catane, avec Pap^ m du Pape et sa consécration du privilège de jlise: je donne à Ansgérius , religieux de de Sainte-Euphémie, homme tris-honnête^ ap^ X fonctions d'abbé et d^ évêque, avec le connt et la consécration d'Urbain II, la ville de afin quelle devienne le siège de F abbaye et de \, et je comprends dans cette paroisse Tachum s ses dépendances, Patemio et toutes ses déces, Aderno et toutes ses dépendances, Sainte^ uie et tontes ses dépendances, Centorbi et toutes mdances, Gastrogiovanni et toutes ses dépen-*
danceSy c'^t-à-dire avec toute la terre app(irtmani à Castrogiovanni jusqu^au fleuve Saho, qui eouk entre Ca$trog%ovannifit la ville de Girgenti^jwqvffm confina 4e la ville de Trayna; et pour les autm pe^'^ sessions ainsi qu'elles sont divisées^ jusqu^qux limitn des c^pendances des autres ohâteaiUB ou de^ autret villes {\).
Ce privilège est donné dans la sùxdhn^ calende de mai. Indic. xv, -^ Van de V incarnation de Notri- Seigneur mkci. — Lune xv. — E< voici les témm qui ont signé cp privilège.
'\ Moi le comte j'ai fait ce signe.
•}" Moi Adélaïde y épouse du comte ^ j'ai fait cê signe.
•j- Moi Geoffroy y flh du comte ^ j'ai fait c^ signe^
•J* Signe de Jordan^ fils du comte.
-f Signe de Guillaume de Hauteville.
•f Signe de Robert Perelli.
j- Signe de Josbert de lAmaco.
*}" Signe de Bastard.
•J* Signe de Pierre de Morretoim.
'f Sig7ie de Roger Bonnelle.
(1) Voir, pour le texte latin de ce privilège , les notes à la fin da tolume, N» I. •
HUiTOIBE DE LA SICILE ( 1000 - 1086). 16
U qomte Roger établit aussi à Girgenti un siège épigcopal; i\ le dota rlGhem^pt dQ tarresi dP dîme^ pt de revenus, qui pouvaient grandement mïïm 4 entretenir le pontife et tout le clergé , il apsur^ par DR diplème spécial Thérédité de ce siège { et après avoir enrichi la cathédrale de nombreux prnemants et paré U ^aint ait^el d'objets rares et précieux (1), il jeta les yeux sur Gerland, son parent, qui s'était acquis un grand renom par ses vertus , sa sagesse et sa religion. — ^ Gerland avait exercé plusieurs charges en Sicile ; lui-même, en parlant de l'érection dç Téglise de Catane, se nomme Sacellanus major. Ensuite il ftit appelé par le clergé et le peuple de Milite en Galabre ; mais il prit en un tel dégoût la licence et la dépravation des habitants de cette ville, qu'il ne voulut pas y rester, et sourd à toiite? I68 instances et à toutes les prières, il retourna en Bourgogne au milieu de ses compatriptes.
Ce fut à cette époque que le comte Roger, foulant avec une pieuse activité divers évêchés , écri-
(!) Mala^erra, lib. IV, cap» v^ :
In urbe Agrigentipa Pontificalibus ipi^uli^ cfithedr^m subl^^t, tefiis, edmis et diversis copiis , quse pontifie! et clero coropetenter desigpa^ Sciant, haereditaliter chirographis suis dotai, ornamentis et sacrî ajtaris fttensilibus ad plengm copsignatis.
vit à Gerland de reyenir en Sicile, tant à cause de ses vertus , que par souvenir de la noblesse de sa race y et le nomma évèque de la cathédrale de Girgenti(l).
Il fit de même à Mazara , dont il dota Téglise aussi richement que celle de Gii^enti. — Etienne de Ferro, Français d'origine, né à Rouen, homme de
(1) Malatena,\ib* IV, cap. vu :
Huic eccletic Gerlandiun queodam naUooe Allobrogum , viruro , ot aiunt, magnx caritatis et ecclesiasiicis disciplinis eniditum episcopun ordioani pnefecît.
Pyrrhus Roccut, SicUia sacra, lib. Ul, f* 270. Dipl. Rogerii emitU:
S. Gerlandus génère Allobroi , in Bâtuntîno oppido Burgundi» rlaris naulibu» ortus , Dorthmanoomm principum ftoberti , et Rogerii consangainens fait : ab iia ob Tirtulum mérita, sapientiae landes, rcligiooû exceUentiam , atque generis nobilitatem in Sicilia accereitus , SaceUasu major primnm (quo titulo sic ille se vocat, subscribens in erectione ecclesiae Gatanensis) ; niox a Clero, popnloqne Milîtensis urbis, Calabrix Priinocereus schohe Cantor cathedralis illius ecclesic deligitnr. Sed deprautos Miliiensiiun mores , vitaïque licentiam fastidiens , ad suos in Burguodian rediit. — Com Tero interea Rogerios cornes ad collapsoa Siciliœ prxsulalot erigendos animum adjecisset; Gerlando scripsit, ut ad se reinearct, f uroque administrandam ecclesiam Agrigenitnam desttnavit.
En comitis diploma.
*Ego Rogerius Calabriœ cornes et Siciliae divino munitus pnesidio superna: graiiae gl.idio cinctus. . •
Gerlandum .P. P. urbanus ipse consecravit , eique successoriboi bona oronia a Comité Rogerio donata suo hoc diplomate confirroavit.
Urbanus Episcopus servus servorum Dei dilecto patri Geriando Agrigentino episc. ejusque successoribus canonice promovendis io pcrpeluum
Burigny, li?. 1 , page 400, dit que cet évéque fut après sa mort luuioré comme un saint, el qu'une église fut bâtie sous son nom.
mœurs austères et de grande vertu i de plus parent du comte Roger, fut appelé à cet évéché, dont la donation lui fut confirmée par le Pape. -*-« La parenté de ce prélat avec le prince normand est constatée dans un acte très-dncien, par lequel Etienne de Ferro cède à Jean, son cousin germain, quelques possessions avec la permission du comte Roger son parent (1).
Le comte de Sicile transporta également un siège épiscopal à Syracuse. — Roger, doyen de Téglise de Trayna, homme de grande érudition, de mœurs irréprochables et de miséricordieuse charité, fut nommé à cet évêché au grand regret des habitants de Trayna , qui pleurèrent le saint prélat dont la présence au milieu d^eux était un gage de pardon pour le passé , et de bonheur pour Tavenir. Pyr-
(1) MalaUrrOj lih. IV, cap. vu :
Haud secus apud Mazarara facere addeDs , omnibus quœ rile suiGcercnt pnelato et clericis a'd plénum designalis , Siephanum quendam Hothoma^ S^Dsem, honestœ vitx virum episcopuni ordinavit.
Pyrrhus Roccus, lib. 111, Nolilia sexta, f 499 ;
Ste£aDus de Ferro génère gallus Roihomagensis Gomili Rogcrii consan- Nneus (uti ex aotiquissimo instrunienlo die 5. julii. ind. v. k. scriplo, '^idem Slcphanus facta a Rogerio Comité consanguineo facullale, concc- ''t gennano suc Joanni de Feixo quosdam terrœ traclus, aperle constat) ^n'miu fuit Autistes Mazarcusis ab eodeni Comité cleclus, cl nb Urbano II • P. coDsccratus. — En diploma in nomine xlerni et salvaioris Christi. ''^n. Ego Rogerius
rhus Roccus pense qu'il était de Tordre de Saint- Bénédict et qu'il appartint , avant de venir à Trayna, au monastère de Sainte-Euphémie en Calabre (1).
Comme on Ta vu plus haut, Roger, en vertu de l'autorité que le Pape lui avait confiée , avait grand soin de régler le district de chaque évèque , afin que nul d'entre eux ne pût avoir la pensée d'en-
(1) Pyrrhus Roccus, Notifia secunda , lib. ni, ^ \hl, — 1093 :
Rogerius Northmaous extitit, qui Syracusanam coiutruxit eccletian. Hic fiiit prius Trayos Decanus et tempore magni Gomilis Rogerii primus Sjracusis Epitcopui ordioatus per D. P. P. Urbanum II, et pallio decontiu an. cbrislianaa sal. millesinio quadragesimo. iqd. xii|. — bxc Ghristopborus Schobar io suo Cala. Episc. Sjrac. cuju sannorum supputation» errorem iofra afferemus. Rogerium quidem nostrum Monacbuni ordinii D. Benedicti extitisse , atque cum Robcrto electo Antistite Troineosi c coenobio S. Eupbemtœ in Galabria Traynam venÎMe feoile crediderin.
Epiicopum consecravit Urbaqus 11. P. M. ut ex boc ipsius diplomate satis constat. — Urbanus Episcopus servus servorum
Datura Anaginse per manum Joaonis S. R. E. Diaconi Cardinalis kai. decem. ind. xv. anno Domin. incarn. 1093. Pontiticatus aatem domini p. P. Urbani II. anno yi. in sigillo Benedictus Deus et pater nomioi oostri Jesu Chrisli. S. Pietrus, S. Paulus. Urbanus II, P. P
Malaterra, lib. IV, cap. vu :
Apud Syracusam vero idem adjiciens Rogerium decanum ecclesise Trajnensis bonestae eruditionis clericum , et boni moHs , et affabilitatîs Ttrom in Provincia ortum Pontificatibus insulis sublimavit. Traynensibus bob minimum de ejus amissione dolentibus, quippe cujus doctrina, et eiemplo ad meliora seroper bortabantur et consilio , et eloquentia etiam in ipis secularibus negotiis, quasi pro baculo sustentationis utebantur, nam et absente Episcopo vices sibi delcgatas cum omni prudentia et moderatioDc exequebatur.
viihir le diocèse des autres. ^ — Le diplôme de TéTècbé de Catane, confirmé en son entiep par Ur^ bain M, est un acte authentique et prouve clairement que le souverain Pontife de T Église romaine avait déjà nommé le comte de Sicile son légat en Sicile I même avant qu'il lui eût accordé Timportante bulle sur laquelle fut fondé plus tard le (nhnal de la monarchie (1).
(1) Ce droit exelusif , aceordé par le pape aux priocei chrétiens de Sicili,eittrop curieux et trop important à la fois pour qu'on ne lise pas «VM intérêt le païaage suivant, tiré de la Défense de la monarchie de Si' ^«par Du Pjn , qui a fait sur ce sujet un travail consciencieux et précis. Uirsgmentqui suit embrasse cette grave question dans ses points prin«
h Pin , Défense de la monarchie de Sicile, f 8. « Quand Roger conquit Tlle de Sicile , sa principale application fut de * Numettre les églises de eu pays à Vévéque de Rome, de rétablir et fon- « der des évéchés, dotw des églises et leur donner de grands biens ; il I UBuna de nouveaux évéqaes dans les évéchés vacants , mit en possee- < lion de l'église de Païenne , Nicodéme , et l'enleva aux Grecs , qui en « avaient le titre. Il transféra l'évéché de Trolia à Messine , qu'il érigea en « irihavécbé , avee Montréid , églises qui sont encore à présent les trois I métropolitaines du royaume de Sicile , quantité d'abbayes de dififérents t ardrea, lesudota magnifiquement, et employa à ces œuvres de religion lit de piété plus d'un tiers des fonds qu^il pouvait retirer de ses >Ë|aU.
s Ce fut Roger qui fit ces érections d'archevêchés , évéchés, abbayes et antres églises en Sicile , comme ayant déjà une commission générale du pape de disposer dans la Sicile de l'établissement de$ églises , ainsi tp^iX est marqué dans divers diplômes de l'inilitution de ces églises , qui sont tous au nom de Roger, comme ayant commission générale du Pape. Gela est dénoté expressément de toutes les églises de Sicile dans
20 HISTOIRE DE LA SiatE (1090— 1006).
Pendant que le comte B^occupait ainsi à élever la maison de Dieu à son plus haut degré de splendeur, et menait à bonne fin cet œuvre important de réorganisation y deux événements se passèrent : — l'un glorieux , Vautre triste. — Le premier fut un titre de plus dans sa gloire; le second, un deuil de plus dans son cœur.
« un diplôme donné par Roger, dont l'original se trouve dans les archives « de Téglise de Catane , qui est rappit>rté par Pyrrhus dans la Notice if» « égHseê de Sicile, page 209, où ce comte assure qu'après avoir conquis lii « Sicile et en avoir chassé les Sarrasins, il y a établi en divers endroits, « par ordre du Pape, des églises, qu'il y a nonuné des évéques ; que le Pape « a approuvé et loué ce qu'il avait fait et consacré les évéques qu'il avait « nominés. per diversa Siciliœ hca idonea eeclesieu œdificavie juxta eonû' « lium summi Pontificis apostolici et episcopos ibidem coUoeavit ipse eodi»' « que Romanœ tedis apostolico laudante et concedenie, et ipsos epUeofot m consecrante. Il est déclaré dans le même titre que non-seulement il > « fondé ces évéchés, mais qu'il a attribué à chacun le district de son dio* « cèse , afin que chaque évéque , content de ce qu'il lui a assigné, n'eo' « treprenne pas sur le diocèse des autres. Unieuique autem eccUtiœ tt « episcopo parochiam suam dedi et dicavi ut unusquisque contenlu* de pài « beneficuê, parochiam incrustare non prœsumeret,
• Suivant ces termes , toutes les érections , divisions , dispositioni des « évéchés de Sicile ont été faites par Roger, de l'aveu et de l'agréfflent « du Pape, avant même que la bulle du pape Urbain U ait été donnée; « d'où l'on doit tirer celle conséquence, qu'Urbain II , par sa bulle, n'a « rien donné à Roger en le faisant légat-né du saint-siége , que ce qu'il « lui avait déjà accordé verbalement en récompense des services rendus « à la religion chrétienne et à l'Église romaine , et dont Roger était déjà « en complète possession avant qu'Urbain II ait donné cette bulle , qui « ne peut donc point passer pour un titre nouveau, mais simplement pour « une confirmation d'une possession juste et légitime, et d'un droit acquit « et mérité. •
La ville de Cosenze s'était révoltée contre le duc, son neveu ; celui-ci, trop faible par lui-même, impuissant par ses propres ressources, appela de nouveau à son aide le comte de Sicile. Les liens de famille avaient toujours conservé sur Roger des droits sacrés ; aussi le prince normand ne fit pas faute à cet appel; et, quittant la Sicile avec une armée considérable composée de ses anciennes troupes et d'un grand nombre de Sarrasins qui avaient demandé à en faire partie, il alla se joindre au duc de Fouille.
Les deux armées réunies vinrent mettre le siège devant Cosenze, et entourèrent cette ville de telle façon qu'ils interceptèrent toute communication avec le dehors; car le comte avait compris du premier coup d'oeil, à l'aspect seul de la place, Timpossibilité de la prendre d^assaut; et il ne voulut pas augmenter l'insolence des habitants et leur confiance en eux-mêmes par des tentatives infructueuses.
En eflfet, les révoltés voyant bien que tôt ou tard ils seraient réduits par la famine , demandèrent au comte à entrer en voie de conciliation. Celui-ci leur promit grâce pleine et entière s'ils juraient
n HISTOIRE DE LÀ SICILE (iCNW— lOM).
de nouveau fidélité au duc de Fouille, leur faisant entrevoir qu^une seconde révolte enb^aînemt des mesures d'une grande sévérité , et peat4tre même la destruction totale de la ville.
Le duc rentra donc solennellement dans Coaente; son premier soin fut de faire construire une cita- . délie imposante sur le point le plus élevé de la ville I afin de prévenir toute tentative de rébellion dans l'avenir. Désireux en outre de prouver au comte de Sicile toute sa reconnaissance pour ses bons offices, il lui fit don de la moitié de Palerme^ ville qui lui appartenait par héritage du duc Robert Guiscard.
Le comte » aussitôt son retour en Sicile , alla directement à Palerme visiter sa nouvelle possession) et y fit élever un palais magnifique, qui porta depuis le nom de Pala%zo Regio.
Presque dans le même moment ^ son fils Geoffiroy fut atteint de la lèpre : tous les secours de Tart furent inutiles contre cette horrible maladie; et il mourut dans les plus affreuses souffrances. Jordan, fils illégitime , restait seul au comte Rogery qui avait reversé toute son affection sur ce dernier rejetcm de sa race $ car c'était une nature semblable à la sienne
HISTOIRE DE LA SICILE (1000— t098). 33
hardie et aventureuse y jalouse aussi bien des dangers que de la gloire^ plus énergique encore dans l'adversité que dans la bonne fortune. Jordan avait toujours été son compagnon de guerre et de fatigues; chaque jour le guerrier normand Favait vu grandir sous ses yeux au milieu des combats; et, à part un moment d'erreur, vertige incomprébeneible de révolte et de folle ambition , le jeune capitaine s'était toujours montré rempli des sentiments le8 plus élevés et les plus purs, et fils aussi dévoué que sujet fidèle et respectueux.
Aussi quelle fut la douleur du comte lorsqu'il apprit que Jordan, son fils bien-aimé^ venait d'être atteint du typhus , maladie épidémique régnant à Syracuse. — Déjà frappé par la mort si cruelle de Geoffroy 9 il ne put se défendre de sombres pressentiments, et partit aussitôt en toute hâte pour Syracuse; mais les dernières atteintes du mal et les derniers souffles de la vie du pauvre Jordan furent plus rapides encore que l'arrivée de son père(1).
(1) Maiaierra, lib. IV, c. xtiii :
Quod cum patri nuotiatum fuÎMet illorsum pr^veoire mortani accélérât, «dmorbo ingravescente, ultima determinalio vitœ JordaDÎi pâtre velocior oit* Cornes autem urbem ingressus, ut funuB fiUi cooipexit, inU^erahUi
i\ HISTOIRE DE LA SICILE ( 1090 — 109S).
— Lorsque Roger entra dans la rille, il y trouva un aspect de morne consternation : son cœur devina la mort de Jordan ; et nul , pour lui apprendre cette cruelle vérité, n^eut besoin de prononcer une seule parole. Lorsqu'il fut en face du lit funèbre sur lequel on avait déposé en grande pompe les restes mortels de son fils, ce prince infortuné fut saisi d'une si violente douleur, que tous ceux qui raccompagnaient ne purent retenir leurs larmes, Il y eut un long moment de silence ; car aucun des assistants n'osait troubler par des paroles de consolation le profond recueillement de cette grande affliction.
Le comte s'était agenouillé ; et après avoir tenu pendant quelque temps ses yeux levés au ciel, il les abaissa lentement vers la terre, et les arrêta sur le pâle visage de Jordan. — A regarder ce père désespéré, ainsi immobile, on eût dit une statue; mais sur les joues de cette statue coulaient deux sillons de larmes silencieuses.
(lolore cornpitur omDesquc, qai cum ipso advcnerant, doloris participes facti lacrjmoso planctu rapiuntur; urbs tota lacrymoso ululatu ventila* lur, in tantum , ut ipsos Saracenos nostro generi invisos , non quidem ex amore, sed ex moerore, quo nostros affîci videbant , pietalis aiïectus pervadens ad lacrymas nsque periraherat
Au dehors, la ville tout entière retentissait d'un gémissement douloureux parti de tous les cœurs à la fois; et les Sarrasins eux-mêmes , quoiqu'ils n^eussent aucune affection pour celui qui était mort, ou pour ceux qui vivaient, étaient émus malgré eux par un si grand deuil.
Le lendemain le comte, maîtrisant la violence de sa douleur, ordonna de magnifiques funérailles, afin de montrer à tous l'étendue de son estime et de son amour pour celui que Dieu lui avait enlevé, et suivit à pied le cortège funèbre en versant des larmes abondantes.
Le corps fut inhumé avec une pompe royale.
Les historiens ne sont pas tous d'accord sur le lieu de la sépulture de Jordan (1).
huonfiglio et Pyrrhus disent : « A six milles de f< Messine, à droite du torrent de Mili, près d'un w village élevé sur une hauteur, se trouve l'abbaye w de Sainte-Marie de Mili , fondée par les moines «de Tordre de Saint-Basile, et dotée par le prince
(1) Halatena, lib IV, c. xviii.
Cornes itaquc funus dccenter ordinans , pcr totaiti Trainam S Nîcolai ulemniter humandum deducit.
D'autres historiens disent Jordan enterré à Syracuse. — Fazelle. — hiffier.
« Roger.— ^ AU fond de la sacristie, dans un lieu « secret et réservé , est renfermé le corps de Jor* (( dan, fils du comte Roger, qui mourut à Syracuse te et qui y fut transporté.
(f On lit cette épitaphe, incrustée dans la pierre « du sépulcre.
« Jordan y fils du comte Roger ^ qui fut invincibk « dans ses entreprises et auteur de la liberté du pays, « ainsi que le témoigne la Sicile délivrée dujougde$ « Barbares, mourut à Syracuse et repose dans ce sin pulcre. Van du Seigneur 1 092 (1 ). »
Le comte Roger dota richement, non-seulement Téglise dans laquelle Jordan fut inhumé, mais encore plusieurs autres, où des services annuels devaient être solennellement célébrés pour la rédemption de son âme (2).
A la nouvelle de cette mort si soudaine, les habitants de Pentarga^ petite ville située assez proche de Syracuse , levèrent l'étendard de la ré-
(1) Âd templum Sanctse Maris de Mili Jordaous, Rogerii comitisfilios, qui, quanlus fuit, inviclus consilio auctorque domesticae libertatis, ipM devicta a Barbaris Sicilia demonstrat , occidit Syracosis , tandem hic tomulatus jacet. Ânno D. mxcii.
(2) Malaterra , lib. IV, c xvui :
Multa bénéficia eidem ecclesiœ, sed et aliis pro redemptîone s conferens au. Dom. inc. miUesimo nonagesimo secundo.
Yolte et voulurent s'affranchir du tribut qu'ils payaient à leur seigneur suzerain. — Le comte Roger comprit combien il était importanti pour Tavenir de sa souveraineté en Sicile, d'étouffer ayec énergie tout germe de révolte, et d'effrayer par Teltrème sévérité des châtiments ceux qui seraient tentés de méconnaître son autorité. 11 marcha donc avec une grande promptitude sur Pentarga , l'enveloppa de troupes sur tous les points , et la fatigua si grandement par des assauts continuels, que la place fut contrainte de se rendre. — Cette fois ce fut en vain que les habitants firent un appel à la généreuse clémence du comte de Sicile ^ il entra dans la ville en vainqueur irrité, sans vouloir accéder à aucun accommodement de paix, et ordonna que les fauteurs de la révolte fussent remis entre ses mains. Le lendemain^ au milieu du jour, il fit pendre les plus coupables sur la plus grande place de la ville et infligea différents supplices aux autres chefs des révoltés (4). —
(1) Malaterra,
Cornes cum sola familia sua illos obsessum vàdit i etpeditîoii«lil nb omni Ueilia se iliac subseqni imperans. Sicque y\ superanS) iilos; <|ul tani te|>ti coosilii auciores foerant, snspensos extiâxit) rdN}uos lonH^ta digérais affîcieDs , urbis stoltitiam sedat.
2t mSTOlKE K LA SiOLE {1090>- JM8).
Uoe si grande séTérité terrifia les habitants; mais le comte y certain des heureux résultats que produirait dans Tavenir cette exécution rigoureuse, ne s'arrêta pas la dans sa juste colère. Il fit raser entièrement la yille , et assigna aux habitants direrses résidences quUl leur fut interdit de quiiter.
Dans la même année il lui naquit un fils auquel fut donné le nom de Simon (1). Cet événement heureux vint adoucir un peu la douleur que ressentait le comte de la perte de Jordan.
Depuis l'expulsion complète des Barbares, une grande pensée de réorganisation intérieure dominait le prince normand. — Lorsque le sang eut cessé de couler en Sicile , et que le bruit de la guerre se fut éteint dans les échos des montagnes, il avait replacé la religion chrétienne sur son trône de foi et de splendeur; le fils soumis de PÉglise avait levé les yeux au ciel avant de s'occuper des choses de la terre. Maintenant il aspirait à régler
(I) Itweghes,\o\. ni,r 138 :
Ma la tristezza délia morte di questi due figli subito fu sgonibrata daH' allegrezza délia naacîta di Simone, che la conlcssa Adalesia sua quiiii>> c ultima moglic a questo istesso ( 109?] li diede-
HISTOIRE DE LA SICILE ( 1090 — i(m). M
sagement radministration civile dans ses États ^ et i poser, sur des bases solides et équitables, la juridiction des tribunaux, les droits de chacun entre soi, et les devoirs de tous envers leur seigneur suzerain.
Depuis longtemps le comte se préoccupait de cet important travail de régénération; mais les que-^ relies de ses neveux entre eux, l'obligation où il ayait été de leur venir sans cesse en aide, soit en Fouille, soit en Calabre, contre leurs sujets révoltés, ne lui avaient point laissé le loisir nécessaire d'accomplir cet œuvre qu'il méditait même dans les années les plus agitées de sa vie guerrière. — De nouveaux événements, survenus dans sa famille, le forcèrent encore à retourner au plus vite en Calabre.
Le duc Roger était tombé gravement malade à Amalfi; la fièvre était devenue si violente, et les symptômes si alarmants, que les docteurs les plus éclairés regardaient sa fin comme inévitable et prochaine. Les mauvaises nouvelles se répandent d'orlinaire avec une incalculable promptitude; aussi 'on vint annoncer à Bohémond, alors en Calabre, a morl subite de son frère.
m HSroiBE DE LA SICILE (lêM— ION).
A cette noaYelle, Bohémond prit aussitôt lei annes et se mit à la tète de toutes les troupes, disant hautement qu'il agissait ainsi dans le but de conserver intacts les droits des légitimes héritiers, les princes Guillaume et Louis , fils du duc Roger, jusqu'à ce qu'ils fussent en âge de gouverner leurs Étals par eux-mêmes.
U n'appartient pas à Thistorien de vouloir sonder la pensée secrète des hommes^ et dUnterpréter les érénements autrement que par leur côté positif et indiscutable; aussi n'est-il point juste ^ comme le font plusieurs écrivains, de trancher la ques* tion de savoir, si Bohémond était dans cette cir** constance digne de louange ou de blâme. S'il agissait dans son propre intérêt ou dans celui de ses neveux
Le comte Roger de &cile , par souvenir des mésintelligences qui avaient toujours existé entre les deux frères, tint ce grand zèle pour suspect; et, trouvant qu'il eût été au moins juste et convenable en cette circonstance de lui demander avis, entra en Calabre avec une puissante armée, et arrêta Bohémond dans ses prétentions, s'en remettant à sa bonne foi et à sa conscience pour le gouvernement
des villes dont il s'était déjà emparé. Le doute ne fut pas longtemps permis y car le duc Roger, par une faveur inespérée du ciel, étant entièrement revenu à la santé, Bohémond accourut avec la plus grande promptitude à Amalfi. — L'entrevue des deux frères fut touchante et pleine d'affectioç et de cordialité. Bohémond s'empressa de restituer au duo Roger les villes dont il s'était rendu mat<tare, montrant ainsi clairement, ditMalaterra, qu'il n'avait point agi avec artifice (1).
Mais les autres seigneurs n'imitèrent pas sa noble conduite. — Le plus considérable de tous par sa haute position et son alliance avec une des filles de Robert Guiscard, Guillaume deGrant-Ménil(2) fut loin d'agir avec la même loyauté : d'une humeur inquiète, d'une ambition sans bornes, mécontent de ce qu'il avait, jaloux de ce que possédaient les
(I) Malaterra , lib. IV, c. xx :
Qaod Boamondus audiens magna mentis alacritate Melfi , ubi fratrem aM ceiebat, de ejus sanitatis recuperatione cogavisurus occurrit, castra, [US sibi confœderaverat reddens , quœ fecerat non jam dolosc fecisse ittendît.
(3) GuiUaume de Grant-Ménil , second fils de Hugues de Grant-Ménil , a?ori de Guillaume ,* duc de Normandie et roi d'Angleterre , avait épousé ne des filles du duc Robert Guiscard , appelée Mabille.
On lit dans VÀrt de vérifier les dates, t. III , p. 804, qu'on avait donné i celte princesse le surnom de Courte-Louve.
92 HISTOIRE DE LA SICILE (IMO— 109ê).
autres, d'un caractère hardi et aventureux, Guil* laume ne voulut pas rendre au duc Roger les différentes places dont il s'était emparé, et prétendit conserver la ville de Bassano^ dans laquelle il s'était établi avec une forte garnison. — En vain le duc et son frère Bohémond la lui réclamèrent-ils au nom de la justice et de la loyauté, Guillaume de GrantrMénil leur répondit avec tine fierté insolente, et continua de fortifier la place.
Le comte Roger voyant ses neveux en bonne intelligence, s'était hâté de retourner en Sicile; ce fut là qu'il apprit T indigne conduite de Guillaume de Grant-Ménil et sa déloyale opiniâtreté. Toutefois, avant de mettre une armée sur pied, il joignit par lettres ses instances à celles de Roger et de Bohémond. Guillaume ne changea pas de langage. — Justement irrité, le comte se rendit de nouveau en Calabre, réunit ses troupes à celles des deux frères, et marcha contre le vassal rebelle. Guillaume espérait, en cette circonstance, être soutenu par un grand nombre de seigneurs, il se trouva an contraire seul et abandonné par tous : chassé de ville en ville, il quitta la Calabre et se rendit à Constantinople.
Daus ceUe mèuie année (1095), le comte Roger, sar les instances réitérées du pape Urbain II, donna une de ses filles en mariage à C'Onrad , fils de Tempereur d'Allemagne, qui avait embrassé contre son père le parti du saint-siége dans la grande querelle entre le Pape et l'empereur Henri. — Ce ma-^ riage eut lieu à Pise, où la jeune fiancée fut en- \o}ée sous la garde d'une brillante et nombreuse suite de seigneurs.
La vie du comte Roger se passait en excursions continuelles hors de ses États; car il se regardait en toute circonstance comme le soutien obligé des membres de sa famille, et souvent même négligeait ses intérêts personnels pour accomplir ce devoir de noble affection et de chevaleresque loyauté dont il s'était fait l'esclave. Le duc Roger oe tarda pas à réclamer la protection de son oncle contre les habitants d'Amalfi. Bohémond vint aussi de son côté au secours du duc. Quand le comte de Sicile eut rejoint les deux frères; les trois armées se réunirent et entourèrent la ville. Il était facile ie prévoir que toute communication avec le delors étant ainsi interceptée, Amalfi ne pouvait tar- 1er à se rendre.
H IflSTOmB DE LÀ 6iaLfe (ïMo-^ il»ê>
Un iTénemeiit c(9][t6ndant auquel on était loin de t'ttttebdré, força le comte de âieile et lédUc Vaap à leyer le siège et à laisser dang Fitupunlté Tbl^èil' leuse insolence des révoltés. — Urbain II vèiiaitdè tenir le fameut concile de GléHUoht qui avait ihM toute l'Europe eti moutettteUt; «t db totttës jlartg on prêishait UniB expédition en telrrë isu9tintè. — * Ce fut alors par toute la France et par toUte l'Italie un gi^and enthousiasme religieux : chacUn brûlait dû désir d'aller combattre les infidèleâ pour la gloire de Dieu. Sur les poitrines des plus noblëé thJéH^ liers et des ehbfs des plus hautes maiftbiib; oU tbyàit briller la croix teinte^ emblème de gldii'e et de 14^ demption% Bohémond ne put rester insensible àcétté Toix du Seigneur qui demandait pbùr là dëfen^e de sa cause des soldats déydués; Mn âfalë ardente^ son cœur aride de dangers et de gloire étaiéùt I l'étroit en Italie; il accepta cette occasiofa de ëoinbattre vaillammetit pour reconquérir lé tbiiibeaQ du Christ. — Sur son armure de bataille 11 attacha le saint emblème des croisés; un grand ilôiti' bre de seigneurs et de soldats de joignirent aussitôt à lui; et tous, daiis le premier eiltraîiiement dé cette pensée religieuse sanctifiée par les bénédift*'
itâfoiRE bË LÀ slciLk ( 10^ — ibà). ii
tioUs et les ihâùlgefacéè dé î'Égliâë rôiiiainé; flrëht Ttfiil de h'éiitrëprendre et de ti'àëbépbr âbétliib giieite tbM'è \\sk chi^tien^^ y,Tâilt la bonqùète d6 Iélilsàlem(<).
Le comté et le duc Ro^er^ âbàUddiihéi^ ainsi ^àt lâ ^Itis grande {iàrtie de leur armée , ne piii^ënt cbntiiliier le iïë^t et retbilrilèrënt chacun dahs son domiaitie.
Le haut i-ehoih tjtnè %'éià\ï àc'qm le cbtnté de
Sicile par sa bràiroUre et surtout {iàl* là noblelàâë
de sofa carabtère, lui atait valu le titre de Grand
cDmte(2), et les t)lUs pUlssahtîs t)rinces de là chré-
tlèiité rebherchaiéht tolis son alliance avec eiivië et
oi^beiL — Cbnltnë il a été dit plus haut^ le fils de
rèmpereiii' d'Allëniàgiie lut avait demâUdé Une de
sesfillëâ en trtariagë; et Roger était dé retour en
Sicile depuis quelqueé îiioiâ â peine ^ lol*sque d^i
ânibâbSadeùrà dii rbi clë Hotigrie vibrent^ au nom
dé leur souverain, réclamer le mêWe honneur du
Gjrand conite de Sicile, appelé pat tous le comté
(t) kàtateirra,'^ Inveghes. — Pyrrhus Roccus, th ÉiciÏÏa sacra,
(3) A partir de cette année (1095), presque tous les historiens, eh
parlant de Roger, rappellent le Grand comte de Sicile, titre que porta son
fib après lui.
36 HISTOIRE DE LA SIGiLE( 1090 — 109ê).
glorieux. Cette recherche prouvait la haute estime daus laquelle on tenait le gentilhomme normand. — C'était pour ainsi dire, de la part des souyerains de FEurope, la ratification de sa nouvelle noblesse et de son heureuse usurpation. Devant sa vaillance si éprouvée et si redoutable, devant la grandeur de son génie et la noblesse chevaleresque de son caractère, chacun oubliait que Roger avait conquis par son épée cette position éclatante, et que le moindre revers de fortune pouvait faire évanouir cette royauté éphémère. Le Grand comte voyait s'étendre au loin les racines de sa famille; mais il était trop prévoyant et trop sage pour se laisser éblouir par Téclat inattendu de cette couronne que le roi de Hongrie voulait poser sur la tête d'une de ses filles : il reçut les ambstesadeurs du roi avec les honneurs dont ils étaient dignes, pour le souverain qu'ils représentaient, et pour la mission dont ils étaient chargés ; lorsqu'ils retournèrent en Hongrie ., il les fit accompagner par des seigneurs de sa cour chargés de demander au roi qu'un personnage de grande importance vînt confirmer, d'une manière positive et irrécusable, une si honorable demande.
Le roi de Hongrie ne fit aucune difficulté d'envoyer, en toute hâte, Ardouin, évèque de grand renom, ainsi qu'un des plus nobles seigneurs de sa cour appelé le comte Thomas, pour assurer de nouveau le prince normand du plaisir qu'il aurait de le voir accéder à ses désirs (1).
Roger reçut ces nouveaux ambassadeurs avec les marques de la plus haute considération , leur fit habiter son propre palais, les combla de riches présents, et envoya, de son côté, en Pannonie^ plusieurs gentilshommes, les premiers dans son eœur et dans son estime. Le contrat fut ratifié solennellement en leur présence. Aussitôt que la nouvelle de cette ratification fut reçue en Sicile, les ambassadeurs du roi de Hongrie retournèrent près de leur souverain , annonçant de la part du Grand comte l'époque à laquelle la jeune fiancée devait se rendre près de son futur époux : — ce fut l'an de Notre-Seigneur 1 097.
Un navire, orné avec grande pompe, fut préparé pour le voyage de la jeune princesse ; d'au-
(1) Malaterra, lib. IV, cap. xxv.
Qui aohelus exequi Ârduiouni Jovunseiu Episcopum, et Thomam coniitem idem expostalalum inittit.
as HISTOIRE DE LA SICILE (1090—1008).
très suivaient, chargés de la dot et des présepts de noces. — Le Grand comte accompagna sa QUe jusqu'au navire; et, après lui avojr donné devaiit tous sa bénédiction paternelle , il la confia à Dieu d'abord, et ensuite aux fidèles §eignefirs qui lui servaient d'escorte.
La future ^eine quitta la Sicile le vissée inondé de larmes, et alla vers ce trône, qui la séparait de $oa père, ajvec ^utan^i d'affliction qu'une autre, peut-être, eût mofltré de joie et d'orgueil.
^es navires d\\ prince ^orf^fHiid, poussés par un vent favpfi^])le , touchèrent sans obstacle le port d'A|ba, qui appartient au roi de Hongrie; là, Vincijrius , comte ^e p^lj^grat^f, yint à sa rencontre, 4 la tète de ci^q mille soldats, pour \b^ conduire ep grande pompe auprès du roi (1).
Ce ne ïm\ qu'acclamations et ifiarques de respect sur le passage dç la jei^q^ pripcçsse* — De. tout^ les parties de la Hongrie on accourait en ioi^le pour £^^siste^ aux fêtes splendidea qui ^e préparaient.
Let roi^ en g^and post^m^ de çéj|^én)Qnie, reçiit
(1) Malaterra, lib. IV, cap. xxv. — Hic Viocurius cornes BeUegraUe missus cum ^inque iniUibus armatonim obvias fiiit, eamqae corn hù? qui cum ea venerunt decenter excipiens, usqi^e ad regem, perduxit.
mSTOIRE DE LA SICILE ( 1090 — 1098). 99
)avelle reine au milieu d'une cour nombreuse illante; en tète du cortège marchaient l'archee et les évèques ; après le roi venaient le9 dif fé- I ordres de l'État.
urs la fin du jour, les présents destinés à la relie épouse furent, aelpn l'habitude royale, déerts publiquenaent. — Les noces se firent avec i grand éclc^t, qu'^ q^ s'en était pas yu de papa ep aucun rpyaume de la chrétienté. Lq pa- (]|u roi n'ét£\nt point assez vaste pour cont^ir »ule qui était açcou^'pe y des tentes construites des arbres verts entrelacés, vivaient été dres- ; et çç fut là qu'eut lieu la célébration du ma-
)raquç les nocgs royales furent terminées, Tévèqili f^vait accompagné la jeune princessç, ainsi }e^ çie^gneurs «n^^y^^ P^^ ^^ comte Roger, pricongé du roi et de la reine, et retourn^ent iqle, coniblés 4'honneurs et de présents. 3s navires, déjà en yne de terre, fqrent at^j par des pirates ; le bâtiment qui portait l'évê- , dont le pilote avait été tué dès le commenen^ 4u combat} faillit périr an milieu ^9^ flots, dant tout lé temps que dura Tattaque furieuse
des ennemis, le saint homme resta agen quelque grand que fût le danger, les mains au ciel, et conservant un grand calme et une sérénité sur son visage vénérable. Sa vois vait au milieu du tumulte qui Tenvironi] toutes parts, et dominait les cris aigus des et les gémissements plaintifs des blessés.
« Seigneur, disait-il, je ne mérite pas d'ê « tendu de ta miséricorde à cause de mes « breux péchés; mais tu as toujours été le « teur et le soutien de la race de Tancrède; w ma prière en ce jour, car c'est pour le ! (c de son fils que nous sommes tous en « ril (1 ). »
Le jour était sur son déclin, et bienti ombres de la nuit protégeant la fuite des seaux normands, ils purent échapper à lei nemis.
Ce fut un bonheur inespéré, car aucun c vires n'était armé en guerre : et chacun vit d
(1) Malaterra, lib. IV, cap xxv. — Deus, inquit , si meis pec gentibus minus inereor exaudiri, exaadiar salleiu per grada erga progenieni Tancredi te habcre niuUutieos osUntasti. Hic ei ceptas saiii pro servitiofilii sui.
heureux événement un gage assuré de la protection divine.
Le repos du comte Roger ^ après le mariage de sa fille, ne fut pas de longue durée. Si la Sicile était tranquille, il n'en était pas de même en Fouille et en Calabre. Le Grand comte, par sa vaillance , sa fermeté et surtout par la vigueur et la stricte exécution des lois qu'il avait établies, avait étouffé dans ses États tout germe de révolte et de trouble intérieur; ceux que ne retenait pas la loyauté, restaient soumis par crainte. Les princes ses neveux, au contraire, étaient en guerre perpétuelle avec leurs barons et les villes de leurs duchés. Chaque jour amenait de nouvelles révoltes hardies et insolentes parmi les vassaux dont l'indulgence du duc Roger enhardissait les projets ambitieux; car il eût fallu une main de fer pour maintenir la soumission et faire accepter par tous, comme absolue et inattaquable, cette souveraineté d'un jour, conquise par Taudace et la force.
Le duc Roger, d^une nature faible, bonne par excellence, n^imposait pas assez à la multitude, et ses États fussent tombés dans le plus déplorable
état d* anarchie, sans les secours efficaces du Grand comte de Sicile , qui était, pour ainsi dire, le bouclier de toute sa fapiiUe.
Cette fois ce fut Richard 9 fils de Jourdain, comte d'Averse, qui appela à son aide le comte Rc^er sur le continent.
Richard, encore enfant, avait perdu son père; les Lombards, dont la principauté de Capoue était remplie, profitèrent de cette occasion pour reconquérir leur indépendance, et chasser le jeune prince de Capoue. Lorsque celui-ci fut en âge de con^battre et de connaître ses droits; n'étant pas assez puissant pour reconquérir cette principauté par lui-même, il s'adressa au duc de Fouille et au Grand comte de Sicile, ses parents (1). Pour kt intéresser tous deux plus vivement en sa faveur, le jeune comte d* Averse déclara la principauté de Capoue domaine féodal du duché de la Fouille, C9 que Robert Guiscard n'avait jamais pu obtenir ni par force, ni par prière, ni par artifice (3), et il
(1) Son grand-pére, Richard, premier prince de Cipoue, avait épousé ui)f soçur de f^oger, comte de Sici^.
(2) Inveghes, pages 141, 148.
Uakuearq, lib. IV, cap. xxtiii.
HISTOIRE P£ LA SICILE ( 1090 — iq98). 43
concéda à Roger, pn toute propriété, U ville de P(aples.
lie duc îlQger avait donc grand ^ptérêt à venir en ai^e au çomtg d'Averse ; aussi , craigi^ant ç^ue if! praud çqmtp ^ fatigué de ses coptinup^lfis ejLcur-r sJQqs sv^r le. cQnfinen^, ne mît quelque lentQvt^ ^f^A? p^tte s^ffaire, il envoya la ducheissp pUe-mêpfiei supplier Roger de ne point tarder à venir. Celui-ci aç- 9ef^bla à 1^ h^^ une armée considérable et ^lla rcgpiadre le (lue e^ le cop^te d^ Averse sous leç murs méfies de Çapovie.
Aussitôt son arrivée, le comfe lioger prit le coç^r
({l^dpqipnt en chef du siège. Il entoura d^ abord 1^
ville ^'^n réseaii fornxidable dQ troupes; et, QQffiinç
il avait à sa disposition ^n gr$^p^ nQm.|).re de ^pl-
49t§, il ^n 4isséipipa upe partie danp la cs^^ipagne
?iYeç on^re ç|ci rîiyageiç ^put le pays d'£|le.ptoi;r. I^eç
liahi^fints, trpp fa^iWe^ pftflr ré^is^er à ç^^^ epupp^i?
qui yepaient fiinsi ^p9 assaillir à l'in^proviste, virep^
pioisspns détruites, leurs maisons inceu-
s, eit B'epfui^ent; pleins de te^repr errs^ut dans
^68 campagnes 9 sans refuge et s^^ïi^abri. — Çl'^ts^it
^^ apeptac^e déplorable 4e yoir ce pay^ ci i^içbQ et
?i t^\\\e^ ni^iptpnant déyasté paf la flaipmp ej. p'of-
frant plus qu'un monceau de ruines et de cendres; mais le comte Roger savait, en agissant ainsi, jeter une grande intimidation dans le sein de la ville assiégée , et continuait en même temps le siège avec vigueur. Le Pape Urbain, désireux d'empêcher une plus longue effusion de sang, accourut en toute hâte dans Tespoir d'amener les partis ennemis à des voies de conciliation.
Les princes normands reçurent avec les plus grands honneurs le souverain Pontife. Toute Farinée s'agenouilla sur son passage pour recevoir sa sainte bénédiction, et le Grand comte Roger, accompagné du duc de Pouille et du jeune comte d'Averse, vint au-devant du Saint<-Père avec les marques de la plus grande vénération et de la dévotion la plus sincère. — Urbain fut flatté d'un semblable accueil et en augura favorablement pour ses projets j il ne se trompait pas. Dès la première entrevue, les princes^ afin de montrer leur soumission au Chef suprême de l'Église, remirent leurs intérêts en ses mains, et déclarèrent s'en rapporter entièrement à la décision du Pontife romain.
Dès le lendemain Urbain II entra dans Capoue et proposa aux assiégés de faire examiner par des
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juges impartiaux nommés par lui-mèmei les droits de chacun^ sUls promettaient d'accepter leur décision et de s'y soumettre loyalement. Ceux-ci consentirent; mais la sentence des juges ayant été favorable au comte Richard ^ les habitants refusèrent d'ouvrir les portes de Capoue , et déclarèrent hautement ne point vouloir se soumettre à une décision injuste.
Le Pape indigné de cette injure et de ce man« que de loyauté, avant de quitter le camp des Normands, se plaça solennellement près des murs de la ville sur le point le plus apparent^ afin que les assiégés ne pussent rien en ignorer; et, revêtu de ses plus riches habits pontificaux , au milieu d'un religieux et solennel silence , il excommunia la ville de Capoue, et appela sur elle la colère du ciel. — • La voix du souverain Pontife alla comme un écho sinistre retentir jusque dans les murs de la ville, et les habitants saisis de terreur se signèrent avec afiSiction. Pendant que la cité tout entière se courbait ainsi sous le poids de l'excommunication^ Tarmée des assiégeants retentissait de chants pieux et de cris d^ allégresse; car le Pape parcourait les rangs, donnant à chacun sa
4é ittVl)iB8BKL&itULk()(lM^iNI).
bénSdiétibii ; et IM IbldftU il(^ilOiiillM IttiMiéiit 1« lotigb ]llil dé ba fiibé^ — tJrtMdii II de rttîM imtaill àBénéteht.
Le siège âpres Bbn dépaH rédommën^ fiuridtti et ftehiùnifi. A \h tèM deb thoupéd bu yo;^t toi^etiri le cottatë Roger côinbattâht Malgré dbn âge àtadéé comme lé pltta Jebilé et le plus ardent dé sësHdldâts. — La valeur du Grand comte de Sieilé^ raitidtir aTeuglé dé tous pour dli chef si Taillant^ inspirèrent aux habitaiits dé Gapoue une indigne pensée de trahison. A force de promesses et d'argent^ ils corrompirent Un capitaine grec nommé Sergius, dans lequel le isomte atait toute confiance^ et auquel il avait donné le commaudeilient et la garde deb éentinelles. Gë capitaine devait pendant la nait pénétrer dans la tente de Roger et Taësassineh Un de ces hasards miraculeux qui sémbleht envoyés par la volonté de la Providence sauva le noble comte dé cette trame perfide â laquelle il devait th)p8Û^ rement succomber; car SergiUs avait entn^né dans son parti un bdn nombre de soldats.
Le comte Roger pendant son sommeil crut avoir une vision et entendre une voix qui lui disait: Prends les armes^ on te trahit. — Frappé malgré lui
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96 êë Bohge extrtkoMinaire; il se levA et prit les armes.
Maiâ hou§ làisdetoiid le prince normand raebnter lui-même ce fait extraordinaire dans tout TeUthouêlasihe dé 6â religieuise broyance.
« Au nom du Dieu éternel^ notre Sauveur Jésus- (( Christ^ Tan de l'incarnation mxgviii (1).
((Le glorieux roi David, inspiré par le souffle di- «vin, a dit ; Je raconterai tous tes miracles; — c'est « pourquoi moi Roger, comte de Galabre et de Sicile, ((je Veux raconter ce fait qui est à ma connaissance.
«La nuit de la trahison était venue; et le comman- «dant de la ville de Capoue, ainsi que son armée, «étail souâ les armes, tandis que je me livrais au it sommeil. Une partie de la nuit s'était déjà écouta lée, lorsqu'un vieillard au visage vénérable se («présenta à mes regards; ses vêtements étaient dé- «chirés, et il ne pouvait retenir ses larmes. Je le «regardai et lui demandai la cause de ses sanglots
(1) Summonte, lib. I. -~ 1098. f 482, 483. — Acte de donation du comte Roger à saint Bruno et à ses successeurs. Voir, pour le texte latin, lès notes à la fin du Yolume. N<> II.
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« et de ses pleurs; et il me parut qu'ils redoublaient « à mes paroles.
« Je renouvelai ma question ; il me répondit u alors :
c( — La vie des chrétiens tes soldats ainsi que la u tienne est menacée, lève-toi avec courage, prends (( les armes, et puisse Dieu Raccorder le salut à toi (( et à tes guerriers!
« Tout dans ce digne vieillard me reproduisait w les traits du vénérable père Bruno. — Je me ré- « veillai saisi d'une grande terreur par suite de c< cette vision. Je pris aussitôt les armes eh criant, « et en ordonnant aux chevaliers de monter sur u leurs chevaux afin de s'assurer de la vérité. -- « A mes cris et à ce bruit soudain, Tindigne Sergius « et ses complices s'enfuirent vers la ville, espérant « trouver un refuge auprès du chef qui leur avait a inspiré cet odieux projet; mais mes soldats ar- « dents à leur poursuite en prirent cent soixante- «deux, tant blessés que sains et saufs. — C^est a ainsi que par la découverte de cet odieux corn- « plot, nous avons été convaincus de la vérité de « ma vision.
(( Le 29 juillet avec la volonté de Dieu je suis
(retourné à Squillace après la prise de Capoue. t(J'y tombai malade. — Le vénérable père Bruno^ [(accompagné de quatre de ses frères, vint à moi; «tous cinq m'encouragèrent par leurs paroles (( pieuses et consolatrices : lorsque je racontai ma HTision à ce saint bomme en lui rendant grâce ((d'avoir ainsi pensé à moi dans ses prières, il m^as* «aura avec une grande humilité que ce n'était f( point lui, mais l'ange du Seigneur qui veille sur (des cbefs chrétiens au milieu des combats. Je le «priai humblement de recevoir par amour pour t( moi de larges donations dans mes possessions de «Squillace; il me refusa en disant qu'il avait « quitté la maison de son père et la mienne, afin f<de s'éloigner des choses du monde, et servir «librement son Dieu (car il avait été pour ainsi «dire le premier de ma maison); et j'eus grand'- «peine à obtenir de lui qu'il reçût un modique ff présent.
« Néanmoins je te dopne à toi saint père Bruuo et '^ à tes successeurs, comme esclaves , cent douze ^paysans ainsi que leurs descendants à perpétuité, en quelques lieux qu'ils établissent leurs demeures , avec tous leurs biens , afin qu'ils