‹ Histoire de la Sicile sous la domination des NormandsChapitre 25 sur 49 · II · texte numérisé non relu

II

(c relèvent de toi et de tes successeurs; ces serfs (c sont les traîtres qui s'étaient réunis pendant « le siège de Capoue à Tinfauie Sergius. Mon it intention était à mon retour de Squiilace de les a livrer aux supplices et à la mort, ainsi qu'ils H Tavaieut mérité ; je leur ai fait grâce à cause « de tes prières ; aussi je les soumets eux et «leurs enfants, et les enfants de leurs enfants u à toi et à tes successeurs, comme t'apparie- « nant pour toujours ainsi que des serfs et des w vilains (1). »

Tel est le privilège accordé par le comte de Sicile au saint père Bruno et à ses successeurs, eo mémoire de ce qu'il avait été si miraculeusement sauvé du poignard des assassins.

Les habitants de Capoue , réduits à la dernière extrémité par la vigueur des assiégeants, avaient mis leur dernier espoir dans cet acte de trahison ; voyant leur artifice découvert , et leur odieux projet détruit y ils furent forcés de cesser une résistance

^1) Summonte, lib. 1, !«• 482, 'f83 :

Uoo privilegiuni tcriptum est secundo augunti 1 098 , tu M. « Rugerius coûtes. — Âdelajs cumitissa. »

Voir pour le texte latin de ce privilège les notes à la lin du toIuoi^' N»U,

HlfiTOlRE D£ LA SICILE (1090—1098). 51

leveaue inutile ^ et se rendirent après un siège de [uarante jours (1 )•

Le comte d'Averse entra triomphalement dans Papoue. — Loin de tirer une juste vengeance de iette ville si longtemps et si insolemment rebelle , I »aivit le conseil que lui donna le comte de Sicile, )tafin de se concilier les esprits, il usa de clémence, ieulement il eut soin de garnir la citadelle de troupes nombreuses, et choisit pour demeure ia plus haute tour, afin de faire comprendre aux habitants qu'il prétendait à Tavenir les dominer en maître, et punir la moindre révolte avec une extrême sévérité.

Les historiens ne sont pas d'accord sur la question, du reste peu importante, de savoir si, après U prise de Capoue, le Grand comte de Sicile alla d'abord à Mileto ou à Salerne (2), mais les deux

(1) Ahou. Casin, Chron,

îkoL Ro{$erius oum G<iiiiile Hogerio Gapuain per quadraginta dies ob* iiieMeapiu êÊTomuê, U U, —an. 1097 , - n«« 14 , 15.

(3) Malaterra , lib. IV, c. \\i\ i

l^pa urbem reddîtain et paeem inter ipsos factam aodiens.... quia

loem et Gomitem Salenram feceMÎsse audivit.

ImMght, t. ni:

Aduoque neUa campagot , e neU' aaaedio di Gapua •' ingrayidè

b2 HISTOIRE DE LA SICJLE ( 1090 -- 1098).

faits suivants sont positifs; — le premier , que la comtesse Adélaïde accoucha à Mileto, en Calabre, d'un enfant mâle, auquel on donna le nom de Roger, et qui fut solennellement baptisé par saint Bruno, fondateur de Tordre des Chartreux (1). — Le second, que le Grand comte étant tombé malade à Salerne, le Pape et Roger eurent en

Adalcsia , ma dopo andè a partorire in Mileto di Calabria un figlio œaschio.

Burigny, 1. 1, p. 411 :

Après la réduction de Gapoue, le comte et la comtesse Adélaïde allèrent à Mileto. La comtesse y accoucha du prince Roger.

(1) Blasi.i. YUI, p. 65 :

Da Squillaci guarito da' suoi malori passô il gran conte in Mileto dove si irattenne vcrisirailmcnte linochc partorî la contessa Adelaide, esifeil solcnne battesimo da quello istituro de Certosini, che accadde nel febbrajo del 1099.

Juveghtn y t. 111, (traduction) :

La première fois qu'il conduisit dans le camp avec lui la Grande comlesâc Adélaïde , dit Malaterra , ImprœgnavU Àdalesia de Comité Rogerio an. Dom, inc, 109?.

Donc , dans la campagne , et pendant le siège de Capoue , elle devint grosse; mais elle alla ensuite accoucher à Mileto, en Calabre, d'un en- Tant mâle , lequel fut baptisé par saint Bruno , fondateur de Tordre des Chartreux. Dans Thymne qu'il fit en l'honneur de la naissance de ce prince , hjmne écrite sur parchemin dans CamiUo Tutino, et que J»^^ dans les manuscrits normands et gaulois d'Antonino — < Lamimus estpo' irimis.... Nobilis Normannichs.»,. Tumquesacrodelavacro,.*. OtivoBnno inunyitur,.., Félix omen tenet nomen,,.. Puer hic Rogeritu,*,. MUitf^ nooff tenais.,.. Gaudebat Ecclesia..,, Et d'après le privilège que je rar porte, il est certain que la grossesse de la comtesse date ou de mars^^ de juin , et par conséquent la naissance de Roger fut ou en décembre de cette année , ou en mars de l'année suivante.

cette ville la fameuse conférence dont les résultats furent si importants pour Tindépendance de la Sicile.

Urbain II apprit à Bénévent Theureuse nouvelle de la prise de Capoue ; il se hâta d'aller rejoindre le comte Roger à Salerne, désirant avoir un dernier entretien avec le prince normand avant que celui-ci retournât en Sicile. — Le souverain Pontife tenait le comte en si grande estime et si véritable affection , qu'avant même d'assister à la réception solennelle préparée en son honneur avec une grande pompe, il se rendit secrètement à la demeure de Roger, pour l'embrasser et le féliciter de l'heureuse issue du siège de Capoue.

Cette première entrevue fut seulement un échange de paroles affectueuses entre le souverain Pontife et le prince normand ; après quoi Urbain H retourna ^u palais où s'étaient réunis le clergé et les hauts seigneurs du comté.

Le lendemain de ce jour il y eut un grave entretien entre le Pape et le Grand comte , à l'occasion de la nomination de Tévêque de Trayna comme légat apostolique du saint-siége en Sicile, cette

&4 mSTOIRB DE LA SICHLE (1090— 1098X

nomination ayant eu lieu sans que le comte eût été préalablement consulté.

Le Pape et le comte de Sicile avaient toujours vécu ensemble dans le plus parfait accord y le Pape, parce qu'il regardait Roger , parmi tous les princes de la chrétienté , comme son plus ferme , son plut sûr, son plus inaltérable appui ; — ^ le comte , parce qu'il puisait dans les idées religieuses, dont 1)^ bain était la personnification sur la terre, sa forée et sa puissance. 11 était prêt aux plus grandes coq* cessions vis-à-vis du saintr-siége , pour perpétuer une bonne intelligence dont il était à la fois fier et désireux, par vraie religion d'abord, ensuite par politique. Le passé, qui est Texpérience, et dont les graves leçons gouvernent le présent et enseignent pour ainsi dire Tavenir, lui avait appris que, malgré leur puissance et leur orgueil , tous les sou^ verains de la terre devaient courber la tète deyanl cette royauté religieuse représentée par le Pontife de Rome; et que les foudres de rexcommuniciH tion, fussent^Ues injustes , portaient le trouble et Thésitation dans les armées les plus puissantes, qu'elles faisaient trembler les serviteurs les plue fidèles, et réduisaient à l'isolement et à Tabandoo

une tête couronnée, quel que fût Téclal de son trône. — 11 avait toujours devant les yeux {^empereur d^ Allemagne , ce monarque si fier, si orgueilleux, brisé comme un enfant dans sa lutte avec Finflexible moine de Cluny , Grégoire VU. II le Toyait dépouillé de son manteau royal, nu-pieds, couvert d'un cilice, passant trois nuits d'hiver dans la cour de son royal palais de Canosa, pendant que la neige couvrait la terre, et n'obtenant, pour prix d'une si grande humiliation et d'une si rude pénitence , que la main du Pontife à baiser et la sainte communion, sans que celui-ci voulût rien retrancher de ses prétentions.

Ce spectacle avait profondément frappé le Grand comte de Sicile ; s'il était bien décidé à ne permettre aucun empiétement injuste, et à n'accédera aucune prétention arbitraire , toutefois les tristes événements dont il avait été le témoin, lui avaient clairement démontré qu'il fallait maintenir ses droits par l'adresse plutôt que par la force, ne pas lutter ouvertement, mais marcher incessamment vers son b^t, et éviter les obstacles, au lieu de vouloir 1«8 briser. — Le comte Roger, surtout, n'oubliait paa qu'il était fort par l'épée et non par|le droit.

hS HISTOIRE DK LA SICILE (1090— 1008).

Autour de lui s'agitaient des ambitions et des maillés sans nombre ; il les dominait par 1 éclat éblouissant (le ses victoires : mais toute puissance , qui dans ses États prévaudrait à la sienne , pouvait détruire en un jour tant d'années de gloire, et de combats incessants. — C'est pourquoi, tout en conservant le langage d'un chrétien religieusement soumis et dévoué au saint-siége, il se plaignit amèrement au Pape de la nomination de l'évêque de Trayna, en qualité de légat apostolique en Sicile, et laissa doucement entrevoir au souverain Pontife que cette nomination étant une atteinte évidente à ses droits, elle ne pouvait être maiatenue. Les paroles du comte, bien que respectueuses, étaient fermes et précises.

Il n'est pas inutile de dire, à ce sujet, quelque^ mots sur la position des princes de la chrétienté â cette époque vis-à-vis du saint-siége.

Lorsque le moine Hildebrand , qui prit le noon de Grégoire VII , fut élevé au souverain Pontificat; les formes de TÉglise primitive subsistaient encore; et les empereurs de Germanie, par suite de leur ancienne juridiction sur l'État romain, confirmaient le choix et l'élection desévêques de Rome.

La Papauté même était accordée par eux comme un privilège particulier.

Dès que les souverains Pontifes eurent conquis la souveraineté de Rome ; non contents de s'être relevés de la domination qui pesait sur eux, ils prétendirent y à leur tour , la faire peser sur les autres nations. Grégoire Vil, si entier dans ses pensées de souveraineté, si ambitieux pour le présent et pour l'avenir, si jaloux de rendre Tautorité ecclésiastique complètement indépendante du pouvoir civil, voulut priver les souverains du droit de donner l'investiture aux évêques élus dans leurs Etats, droit qu'ils avaient toujours possédé, et [u'ils n'avaient jamais cessé d'exercer.

Cette prétention injustement ambitieuse du saintiége, et surtout le concile convoqué à Rome, dans -quel il avait été déclaré hautement et solennel- 'inent qu'aucun souverain ne pouvait donner aux ^éques la pastorale et l'anneau, symbole de Tinestiture , firent naître le schisme fatal qui divisa i longtemps l'Église et l'Empire, et fut, pendant ^ntde siècles, une source de troubles, de discoreà et de guerres.

Engagé dans une guerre sérieuse avec l'empe-

58 HISTOIRE DE LA SICILE (fOM— 1096).

reur d'Allemagne, Grégoire Vil n'avait pu refuser au comte Roger de consacrer Tévêque de Trayna, élu par ce prince; car les Normands s'étaient toujours montrés dévoués au saint*siége^ et pouvaient, dans ce moment de crise extrême ^ être d'un grand secours au Pontife. Celui-ci était doué d'un jugement trop profond , d'un esprit trop subtil , pour n'avoir pas deviné que les nouveaux conquérants f au milieu de tous ces empires afiTaiblis et chancelants, trouvaient la vie à cette même source où d'autres ne pouvaient ranimer leurs forces épup sées; qu'ils étaient forts à côté, ou peut-être même à cause de la faiblesse des autres, et qu'ils portaient sur leurs fronts hautains un avenir de grain deur et de souveraineté. La même cause pour laquelle il avait levé l'excommunication lancée contre eux, le rendait prudent et circonspect. — Il nevoulut point toutefois consacrer par un précédent tir cheux, ce qu'il regardait comme un empiétemenl sur les droits de TÉglise, et s'il confirma l'éfêque de Trayna par égard pour le comte de Sicile, ce fui en déclarant cette élection illégale , puisque l< légat apostolique n'y était point intervenu. Ainsi cette concession n'engageait en rien, ^^

n'était point le principe ou la base de concessions futures. Le comte Roger Tavait bien compris; mais confiant dans l'avenir, comme il l'avait été dans le présent 9 il accepta sans murmurer , et attendit.

Au moment de la lutte entre TÉglise grecque et rÉglise latine, et lorsque l'élection d'un antipape faisait du trône pontifical un champ de bataille, et divisait les fidèles en deux camps bien distincts, le pape Urbain II eut de longues conférences avec le Grand comte à Trayna; et sans nul doute, cette importante question y fut traitée. Les diplômes des évèques, dont nous avons donné la teneur, en font foi. — Roger venait d'achever la conquête de I& Sicile; vainqueur de tous ses ennemis, il pou- ^^t faire valoir énergiquement ses droits, tandis 9^6 la position du saint-siége, embarrassée et douteuse, ne permettait pas à Urbain de défendre ^^6c opiniâtreté, et surtout avec succès, l'autorité *^ntificale; d'un autre côté les Normands étaient ^^ véritables alliés de l'Église, et le Pape pouvait pérer d'eux seuls aide et soutien dans cette *te terrible que la mort de Grégoire VII avait ^^8ée ardente et inachevée. Il trouva cependant ^oyen d'accéder aux demandes du comte, sans

toutefois renoncer ouvertement aux prétentions du saint-siége , en lui donnant le titre de légal ponlipcal.

Ainsi , en droit, le souverain Pontife ne perdait rien, et par le fait, cependant, le prince normand acquérait tout.

Comme nous Tavons démontré plus haut lors de la nomination des évêques de Catane , de Girgenti, de Syracuse , de Mazara, etc., la bulle que le pape Urbain 11 promulgua en 4098, pour satisfaire aux justes réclamations du comte, ne fut que la confirmation authentique et solennelle d'un droit dont le prince normand avait déjà usé précédemment, et que le souverain Pontife avait accepté sans réserve, en consacrant les nominations des évêques élus parle comte (1).

Ce privilège est le plus beau qui ait jamais été accordé à aucun prince de la chrétienté; il prouve combien le guerrier normand était haut placé dans Testime et dans la considération du saintsiège. — C'est un des titres les plus curieux que

(1) Il suffit de lire le texte de. cette bulle pour en acquérir la certitude. « Idcirco de tuœ probitaiis sinceritate plurimum confidentvt, sicut rerinf « promUimus, etiam litterarum auctoritate ftrmamus. »

enferme l'histoire ecclésiastique de toutes les épo- [ues, et il est important de le connaître et de Tapirofondir dans toutes ses parties , car il eut^ dans 'avenir, la plus grande influence sur la puissance >t la grandeur de la Sicile.

Urbain, serviteur des serviteurs de Dieu, à son ris-cher fils Roger, comte de Calabre et de Sicilcy saut et bénédiction apostolique.

Comme il a plu à la Majesté divine d^ exalter votre prudence par un grand nombre de succès et de triomphes, et que votre courage a étendu la foi du Christ ^ avant sur la terre des Sarrasins , et qu'elle a lonné de plusieurs manières le témoignage de son Uvouement au saint-siége^ nous vous adoptons pour « fils très-chéri de P Église universelle y c^est pour- ^iy plein de confiance dans votre foi religieuse, nous ^ous confirmons, par Fautofité de cet écrit, ce que ^us vous avions déjà promis par nos paroles : c'est- ^^ireque, pendant tout le temps de voire vie , ou de e/te de votre fils Simon , ou de quelque autre que ce ^y votre légitime héritier y nous n enverrons jamais om vos États aucun légat de l'Église romaine sans otre volonté et votre consentement. Nous voulons^ au

62 HISTOIRE DE LA 8IGn.E ( 1010 — 1096).

contraire^ que tout ce qui serait accompli par l*erUr^ miêe d'un légat le soit par votre sagesse , quand nous vous requerrons pour le salut des églises (pii sont sous votre domination , et pour r honneur de saint Pierre et du saint-siége apostolique, auquel vous avez été jusquà ce jour religieus&inent soumis y et que vom avez y en toutes occasions importantes y secouiu am fidélité et promptitude. Si Pon célèbre quelque concilej et que nous vous mandions â! envoyer vers nous le$ évêques et les abbés de votre domination^ nous vm accordons le droit d^envoyer ceux que vous voudra d le nombre que vous voudrez y en conservant les autres pour le service et la garde de vos églises.

Qiie le Seigneur tout-puissant dirige vos actions selon sa volonté y et^ vous accordant l'absolution de vos péchésy quil vous donne la vie étemelle.

Donné à Salerney par les mains de Jean^ diacre i^ l'Église romaine^ le troisième des nonesde juilleij-^ indication septihney Pan XI du Pontificat du saini" père Urbain II (1 ).

Certes, ce privilège n'eût point attiré pendant

(1) Voir, pour le texte latin de celte Bulle , les notes à la fio da volume. N* III.

lusieurs siècles l'attention générale, et n'eût point enté à un si haut degré la puissance des princes )rfflands9 si ces princes n'y eussent acquis que le Dit, en possession duquel est chaque souverain , ) refuser Tentrée de ses États à tout représentant une puissance étrangère , lorsque ce représentant ) lui agrée pas , soit par le fait de son élection , ità cause de sa personne; de régler selon les saints Dons les affaires ecclésiastiques de son royaume, de ne laisser soriir que selon sa volonté quiconle est attaché au service militaire, civil ou relieux. — Mais dans ce moment décisif, dans cette iriode de luttes continuelles, d'ambitions auda- Buses, d'empiétements injustes; lorsque chacun "aitpour ainsi dire à soi ce qu'il croyait pouvoir racher impunément à un autre, lorsque les Pones romains voulaient soumettre tout ce qui les tourait à leur autorité suprême , et marchaient Umt leur sceptre d'une main , Texcommunica* n de l'autre , c'était un privilège immense pour souverain de recevoir le titre de légat ponçai, et d'échapper pour ainsi dire à la juridicti dominatrice du saint-siège. 11 faut surtout ^sidérer que ce privilège donnait le pouvoir

bi HISTOIRE DE LA SICILE (1090—1098).

de décider en dernier appel des causes appartenant aux tribunaux ecclésiastiques, lesquelles autrement devaient être portées à Rome pour y être jugées.

Ce fut la première base de ce tribunal si célèbre en Sicile, et que Ton appelait le tribunal de la Monarchie.

Voici quel était ce tribunal, ses droits et ses prérogatives.

Le prince avait le pouvoir de nommer ud ecclésiastique qui portait le titre de juge du tribunal de la Monarchie comme légat du siège apostolique. — Il exerçait la juridiction ecclésiastique, comme représentant le roi en cette qualité de légat, et avec subordination au saint-siége; il connaissait de toutes les causes ecclésiastiques civiles et criminelles, non en première instance, mais sut les appellations ou les plaintes qui lui étaient portées des jugements des Ordinaires, et il avait en outre 1^ droit de connaître en première instance des causeB des exempts et de ceux qui relevaient régulièremea* du saint-siége.

Les appellations des évoques n'y étaient point portées avant d'avoir été jugées par les archevê-

168. — Si les sentences portaient excommunication mtre les appelants , le juge de la Monarchie avait le )uvoir d'en donner absolution avec la clause cum incidentia appelée en France absolutioadcauielam. Le juge de la Monarchie recevait au nom du saintége les plaintes et les griefs des accusés ou con- Lmnés; il instruisait les procès , et jugeait de la ilidité ou de l'invalidité, de la justice ou de l'injuste des jugements rendus par rOrdinaire , ou du nd de la cause même.

Dans les affaires portées devant lui en preière instance, s'il prononçait la nullité de la Qtence, elle demeurait sans effet; si au contraire la déclarait juridique, il la renvoyait pour la sa- {faction et l'absolution aux Ordinaires; et, en cas ippel dans les sentences rendues en première innce par le juge de la Monarchie, le vice-roi com- Bttait d'autres juges pour prononcer sur l'appel , Niu'à trois sentences conformes , suivant les rè- )8de droit. Dans les causes qui ne pouvaient pas 'e jugées sur les lieux ou qui devaient être por- ^8 par appel à la personne du Pape, les parties avaient se pourvoir à Rome avec la permission roi ou de son vice- roi.

Le juge de la Monarchie avait, en outre, le droit de connaître des appellations ordinaires Per vim gravaminis.--^ Ce juge en était séculier (1).

Après la bulle d'Urbain 11, promulguée en 1098, les historiens se taisent sur la vie du Grand comte Roger; cependant il ne mourut que trois ans plus tard. 11 semblerait que les exploits guerriers aient seuls des droits à la gloire de la postérité. Lorsque Tépée du comte fut rentrée au fourreau, les chroniqueurs ont fermé brusquement le livre de sa vie; ils ont raconté avec grande pompe ce qui se conquiert par le glaive , sans s'anrêter un seul instant à ce qui se conquiert par T intelligence, cette autre épée puissante que Dieu a donnée à Thomme ; ils ont compté pour quelque chose les travaux accomplis par la valeur des armes, et non ceux qui le furent par le rude labeur d'une pensée ferme et infatigable.

Cependant, après avoir arraché aux infidèles cette terre si longtemps battue par les orages de la guerre, corrompue par la mollesse et le désordre; il y avait encore pour le comte Roger une grande tâche à accomplir; c^ était de reconstituer laviein-

(1) Défense de la monarchie de SiàU, par Dupii», o. vii.

térieure du pays et de fonder uq gouvernement civil, comme il avait fondé un gouvernement religieux; d'établir pour tous des lois sévères autant que justes , et devant lesquelles devaient s'incliner sans murmurer les différentes nations qui habitaient la Sicile; c'était enfin de faire régner la tranquillité, l'union et la paix, là où il n'y avait que discorde , licence et débauche. — • Il s'agissait surtout de dompter l'orgueil ambitieux et l'insubordination des seigneurs toujours prêts à lever l'étendard de la révolte, et de les rendre vassaux soumis et tributaires réguliers. — Une administration sagement combinée, invariable dans son principe, pouvait seule établir une domination forte et calme, et assurer au Grand comte, pour lui et ses descendants, la possession glorieuse de cette nouvelle conquête.

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