‹ Histoire de la Sicile sous la domination des NormandsChapitre 9 sur 49 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

SOHIRI:

nents entre les fils de Robert Guiscard à roccasion du partage des posisda duc leur père. — ^Le comtes cherche à les réconcilier. — Benarvct élément de Syracuse.— Il met la ville de Nicotra à feu et à sang. } Sarrasins continuent leurs ravages sur le littoral. — Ils pillent nonastères. — Le comte accourt pour tirer des Sarrasins une éclarcngeance. — Il se prépare au combat, ainsi que son armée, par mbrcuses prières. — Largesses envers les pauvres. — Le comte le commandement de Tarmée de terre à Jordan. — 11 prend le andement de Tarmée de mer. — Tous deux marchent de concert Tacuse. — Courage d'un jeune gentilhomme normand qui pénètre t dans le port de Syracuse. — Son retour. — La flotte des chrériciit en vue de Syracuse. — Les vaisseaux des Sarrasins vont à sa itre. — Combat naval. — Rencontre entre Benarvet et Roger. — le Benanret.— La flotte des Sarrasins est mise en complète déroute. (e de Syracuse. — Horrible famine. — Les principaux habitants de s s*échappent , pendant la nuit, avec la femme de Benarvet. — Ils vers Note. — Ils passent à travers la flotte des Normands sans être M» — Les Sarrasins se rendenU — Générosilé des Normands. —

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Roger va à Girgentî. — Il l'attaque avec vigueur. — Les habitants lai apportent les clés de la ville. — Belle conduite du comte enveis la femme et les enfants du chef sarrasin Chamut. — Les Normands s'emparent de tout le pays environnant. — Le comte part avec les siens et campe devant Enna. — Il demande un entrelien à GhamuL — Ëntrevae du chef sarrasin et de Roger. — Chamut se décide à se rendre aui chrétiens. — Plan concerté avec le comte. — Chamut tombe volontairement dans une embuscade. — Il est fait prisonnier et est dirigé sur Girgenti. - Roger marche sur Enna. — Les habitants, terrifiés en apprenant la captivité de leur chef, mettent bas les armes. — Chamut, avec toute sa famille, embrasse la religion chrétienne. — Il passe en Calabre. —Le comte répare les églises par toute la Sicile, et en élève de nouvelles. - Il construit de superbes cathédrales à Girgenti, — Mazara, — Syraaise et Catane. — Le roi de France demande en mariage la fille da comte de Sicile. — Nouvelles discussions entre les fils de Robert Guiscard. — Médiation de Roger. — Siège de Butera. — Arrivée du pape Urbain II en Sicile. — Roger quitte le siège de Butera pour aller rejoindre le Saintp^.re. — Division de Téglise grecque et de Téglise latine au sujet des azimes. — Roger retourne au siège de Butera. — La ville est forcée de se rendre. — Les habitants de Noto offrent leur soumission au comte. — La conquête de Tlle est terminée. — Tableau général de Tltalie à l'époque de la conquête de la Sicile par les Normands.

De graves dissentiments s'élevèrent entre les fJs de Robert Guiscard, à loccasion du partage que celui-ci avait fait de ses biens en mourant, et empf^chèrent pendant quelque temps le comte Roger de s'occuper exclusivement des affaires et des intérêts de la Sicile. 11 voyait avec douleur la discorde

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régner entre ses neveux et les liens sacrés de la famille brisés par des désirs ambitieux; car le prince normand était d'un esprit trop élevé pour se laisser éblouir par l'enivrement de la gloire et de l'éclat dont il était entouré. Les fils de Tancrède, avaient conquis ce noble patrimoine par une grande unité de pensées et d'actions ; leur vie entière s'était passée dans des luttes terribles de révolte et de trahison, et celui qui survivait le dernier de tous , avait appris combien les ennemis seraient ardents à profiter d'une discorde qui, en divisant les intérêts, divisait les forces et les volontés. — Roger savait surtout que le passé , pour exister sérieusement, a besoin de la consécration de l'avenir. Avoir conquis n'était rien ; il fallait conserver : et plus l'étoile de leur fortune avait été brillante, plus la persistance de leur énergie et de leur fraternité devait être opiniâtre.

Aussi s'interposa-til entre ses neveux pour éteindre, autant qu'il était possible, leurs motifs de haine et de discorde, et il fit tant, que Bohémond déposa les armes, se contentant de la principauté de Tarente que lui céda son frère le duc Roger. Celui-ci, voulant montrer au Grand Comte combienil lui était

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reconnaissant de son intervention , ajouta plusieurs villes aux possessions que le prince normand avait déjà en Calabre.

Pendant que Roger de Sicile s'occupait ainsi à réconcilier en apparence ses neveux entre eux, et à consolider le jeune duc dans ses droits sur les du" chés de Fouille et de Calabre, Benarvet partait secrè^ tement de Syracuse à la tête d'une flotte considéra" ble, et venait fondre à l'improviste sur la ville de Ni* cotra. Les habitants étaient loin de s'attendre à cette attaque soudaine des Barbares : ils prirent à la hâte les armes pour se défendre, mais ce fut en vain; les cohortes ennemies, innombrables et furieuses, se répandirent bientôt dans les rues comme les flots d'un torrent.

Ce fut alors un massacre impossible à décrire; tout ce qui ne fut pas égorgé, fut emmené captif par les infidèles, et ceux -ci, pour venger d'un seul couptaflt d'humiliations et de défaites successives, voulurent marquer leur passage du sceau de la plus épouras^ table désolation. — La ville entière fut détruite.

Pendant que le feu dévorait d'un côté les priitcipaux monuments, l'autre partie de la malheu^ reuse cité» renversée par diçs mains impiesp jonc\0

le sol de ses débris épars. Rien ne resta debout, pas un autel, pas une maison. Les Sarrasins, dans leur areugle fureur, voulaient porter la mort parmi les pierres comme parmi les hommes ; et bientôt, là, où la leille se voyait encore la ville de Nicotra calme et florissante , il n'y eut plus qu'un monceau de cendres fumantes (i).

Ce premier succès enhardit les Sarrasins et augmenta leur fureur dévastatrice contre tout ce qui appartenait aux chrétiens. Ils remontèrent dans leurs navires et , protégés dans leurs desseins par une nuit obscure , ils abordèrent devant Rhegium. Ayant débarqué à terre en silence, ils commencèrent i ravager tout le plat pays, détruisirent les moissons naissantes et dévastèrent les campagnes. Lesdemeu<w sacrées ne furent pas épargnées, et ils pillèrent, dans leur fureur impie, deux riches monastères éle^ ^éi co rhonneur de saint Nicolas et de saint Georges,

A leur tête marche Benarvet, le plus impie et le plus furieux datons. — Par son exemple, il excite au

(i) MakUerra^ Ub. IV. e. I. p. 590.

Beaanret Sjracusi navigio apparato , navali exercitu apud Nicotrum y&- ^t a radice destnicudo devaslat. Direptis omnibus qus poluit, viros et ^aillm eafClYM asportaU

massacre et à la ruine ; il renverse et foule aux pieds les images sacrées ; il brise avec mépris ce qui sert au culte du Seigneur ; et souillant les autels avec des vociférations d'injure et de malédiction, il emporte les vases les plus précieux et distribue à ses soldats les vêtements des prêtres; ceux-ci s'en couvrent avec ironie , et chaque cuirasse porte en trophée un lambeau béni. Mais là 9 ne devait pas se terminer la fureur sacrilège des infidèles; ce n'était pas en ce jour, les Normands qu'ils combattaient, c'était leur religion. Ivres de pillage et de meurtres , ils arrivent près de Scylla, dans un lieu appelé Château de l'Ane (RocaJsini)^ et se précipitent dans une abbaye de saintes sœurs élevée en l'honneur de la sainte Mère de Dieu, vierge Marie. Us s'y livrent sans pudeur aux plus cruels excès ; non-seulement tout ce qui tient à la religion est profané, mais le chef sarrasin abandonne les sœurs à la brutalité de ses soldats et les traîne en esclavage souillées parle viol (1).

(1) Malaierra, lib. IV. c. I. p. 590.

ÂnteRhegium veniens ecclesiam haudlongè in honore Beati NicoIai,elalteram in beat! Georgii silam dcpopulat; sacras imagines delurpando conculcat : sacras vestes vel vasa suorum usibus aptando asportat. Inde abw* tiam in honore SancUe Dei Genelricisin loco qui Roea asini dicitoTi cou**

Aussitôt que le comte eut appris la ruine de Nicotra et la désolation de tout le pays avoisinant Rhegium, ainsi que le pillage sacrilège des églises, des monastères et des abbayes , il fut outré de colère et pénétré de la plus profonde indignation, bien plus }our la religion dont il était à la fois le protecteur îtle disciple, que pour les dommages causés à ses }ropres intérêts. — Les injures prodiguées à l'Eglise 'émurent plus profondément que le sang des siens répandu par flots ; car la propagation de la foi chrétienne était l'œuvre à laquelle il avait attaché toute sa vie; il eût perdu vingt batailles sans que le doute ou l'abattement fût entré dans son cœur, la destinée des hommes doit être comme les flots de la mer, tantôt calmes, tantôt tumultueux, engloutissant desna-* vires et venant se briser contre un grain de sable du rifage; mais les infidèles, en renversant les églises, en brisant les autels , venaient frapper Roger plus que dans son armée , plus que dans sa gloire , plus que dans son sang, ils le frappaient dans son Dieu, dans sa foi. Cependant quelque profonde que fût la

erataçi aggrediens, dévastât ; Sanctimoniales abduclas turpi stupro deshonotatas àbdadt.

désolation de son cœur, rhomme souffrit, le chré* tien ne murmura pas ; il espéra.

Une redoutable armée de terre et de mer fut levée en toute hâte.

f Dieu , par cette cruelle et sévère leçon , dit le Grand Comte de Sicile à ses capitaines, avoulunous montrer clairement que nous avions commis une grande faute en laissant subsister en repos côte à côte avec la vraie religion, ce dernier débris de Timpiété, le Seigneur a dit : Écrasez sans pitié la titedu reptile. Que leur audace sacrilège soit le signal de leur mort ! — Nous avons à venger à la fois notre religion et nos frères. »

Ces paroles furent accueillies avec enthousiasme, et chacun attendit impatiemment la fin des préparatifs nécessaires à une aussi importante expédition. Le comte y mit une si grande promptitude, que la flotte fut entièrement équipée et prête à mettre sous voiles du premier octobre au huit mai.

La veille du départ fut un jour de fête; mais aussi un jour de pieuse et grande dévotion; car il ne s'agissait plus seulement <ie vaincre partiellement les Sarrasins, il fallait les expulser entièrement delà

Sicile, et détruire jusqu'au moindre vestige de leur domination impie.

Aussi le comte Roger donna lui-même l'exemple d'une foi profonde , et alla purifier son âme de tous péchés près du saint tribunal de la Pénitence; il partit de son palais pieds nuds, la tète découverte, portant les bras en croix, et récitant à haute voix les saintes litanies. Ainsi il traversa toute la ville et arrîtà devant la cathédrale. L'évêque l'attendait sur te seuil du portique , entouré du saint cortège. — Le comte s'agenouilla sur la première marche, ainsi que tous ceux qui l'accompagnaient, et la baisa de ses lèvres pieuses. Alors , le saint homme, dominant toutes ces têtes inclinées , leva ses deux mains vers le Seigneur, protecteur des Sirne^ chrétiennes, et donna à tous les assistants une gtande et solennelle bénédiction.

Le comte entra ensuite dans l'église, où il entendit l'ofiBce divin avec un religieux recueillement : puis il sortit processionnellement de la sainte demeure pour montrer à tous les habitants de la ville ce pieux exemple de foi sincère Ce fut ainsi ^u'il rentra dans son palais aux acclamations de la

foule; et les cris de dévoûment d'une foule enthousiaste se mêlaient aux prières de Téglise.

La journée entière se passa dans les exercices pieux (1), et des secours furent distribués aux pauvres avec de grandes largesses. — Le lendemainmatin, le Grand Comte parut, revêtu de sa plus brillante armure, portant dans la main droite le saint étendard, présent du pape Alexandre IL

Son fils Jordan, auquel il donna le commande* ment de l'armée de terre , reçut Tordre de se diriger sur Syracuse, tandis que lui, à la tête de la flotte, prendrait la même direction.

Le fils et le père s'embrassèrent avec effusion devant tous, car Roger avait rendu à Jordan la meilleure place dans son cœur et dans son estime.

Bientôt l'armée navale s'avança majestueusement sur la mer , et quand le comte , comme Técrît Malaterra , vit ses navires fendre avec légèreté les ondes sans le secours du vent ou des rames, il tint

{i)Malaierra.h.\V.cA\.

Sicque sese affligendo summà devotione in lltaniis, nudis pedibos, per diversas ecclesias processiones exequens, multa bénéficia indigislup* tus y naTali periculo sese committeDS versus Syracasam , Teia diririgit

Détalk dans Inveghes,

pour certain que la faveur du ciel accompagnait cette expédition , et y vit un présage de victoire sur ses ennemis (1).

Après s'être arrêté le premier jour à Taurome^ nimj le second à Lognina, la flotte aborda le troi- «ième jour à Lesabalep^ aujourd'hui le port d'^e/gutia. — Les deux armées se rejoignirent en cet endroit (2) ; le comte en profita pour renouveler ses instructions à son fils , et envoya , dans une petite embarcation , le jeune Philippe, son parent, à la découverte aux environs du port de Syracuse. — Ce gentilhomme normand, plein d'audace et d'habileté , prît soin d'arriver en vue de Syracuse au milieu de la nuit afin d'exécuter un projet aussi hardi que dangereux. Gomme lui et les siens , parlaient avec une grande facilité la

(i) Maiaterra, Uv* IV. c U.

Tidens naves nuta Dei agi : et nulla aura yel rémige impengente rapides •fionim nndas ë recto tolcare : ot facile perpenderet liane expeditionem Dd fiiTorem comitari , et hostibus praevalere debere. Come$ igitur de vidorià oertior, foetus prima nocte Tauromenium applicat.

htto questo Roggiero si parti con Tarmata di Messina , et andô verso TteimiDa, dipoi andô La ognina, étal porto di Lesabalep, oggi detto A porto d*Aiigti8ta , dOTe Giordano aspettava la yenuta del padie.

lb(aferrfl,L.IV.cIL I. ' 22

MS HISTÛIÎ\E DE LA SICILE. (408S ^ idMt)

langue sarrasine, il entra hardiment dans le portai^ milieg des vaisseaux ennemis, passa la nuit ^ çon^pter leur nombre, à les examiner avec une grande attention, et ^ savoir des Sarrasins eux-mêmes qqels étaient leurs préparatifs de guerre et }aqrs dispoai^ tions de combat en cas d'attaque de h part desNofi pands. Puis, avant les premj^r^ rayons du JQqri il quitta le port par une manoeuvre adroite, spps a?oif été reconnu,

A son retour, Philippe rf^pport^ au çomt^ ({W l'pn pouvait attaquer les ennemis s^i^s grand danger, surtout si on le faisait prouiptenient, — C'était m aamedi ; dés Taubç dp jour, Rog^r, pkiu d'^rdçur,et de foi eu la victoire , entendit les hympes du m?itifl et le service sacré de la ines§e ; il employa tout le jour à veiller aux préparatifs du combat avec la sagesse et Texpérience d'un vieux capitaine, et vers le soir, il leva l'ancre, se dirigeant sans bruit vers Syracuse , à la faveur d'un de ces beaux claip de lune qui donnent â la nuit la lumière du jour» ^ la protégeant contre les rayons ardents du soleil -^ Quelque silencieuse et hâtive que f (^t sa marche, Roger ne surprit pourtant pas la flotte d§p 3arrasi9$)

;ui veillait de son côté) aussitôt qu'elle eut aperçu lei vaisseaux normands, dont les voiles gonflées par Itient se détachaient à Thorizon semblables à de nombreux oiseaux de mer rasant les flots de leurs lUes étendues, elle sortit du port et courut à leur lencontre*

L'attaque des Sarrasins fat impétueuse, mais les Normands la repoussèrent avec énergie, et le combat s'engagea de part et d'autre, acharné et sanglant. — Benarvet ne tarda pas à reconnaître le vaisseau que montait le comte ; certain de triompher facilement d'un ennemi inaccoutumé à combattre sur mer, il porta droit sur lui, afin de le Joindre à l'abordage*

Jm Normands laissèrent approcher le navire sar« i:aaiQ (lussi près qu'il le voulut, et, ne doutant pas du ion intentipp, ils lui présentèrent le flanc afin dereadre l'çxécution de son projet plus facile. Mais i peine ies deux vaisseaux se touchèrent-ils , que le» Normands , quittant tout-à-coup leur attitude psittive , se jetèrent avec furie sur leurs ennemis, U eomtQ Roger avait de son côté reconnu \e "^m^m de l'Émir : dç la vie ou dç h mort 4u

8A0 HISTOIRE DE LA SiaLE. (1085 — 1090.;

chef sarrasin dépendait Tissue du combat ; aus-^ si, voulant animer ses soldats par un exemple de courage, et ôter à Benarvet toute chance possible de fuite, il s'élança avec intrépidité, sur le vaisseau qui était venu l'attaquer. Les Normands coururent à sa suite avec des cris de victoire; ce devint aussitôt un combat corps - à - corps , terrible et inexorable. Les blessés étaient précipités dans la mer ; le sang coulait partout et renaît le pied glissant sur les planches du vaisseau. A travers cette mêlée furieuse, le comte et Benarvet se trouvèrent tout-à-coup en face l'un de l'autre; le comte leva à deux mains sa redoutable épée, Benarvet fit tournoyer une lourde masse d'armes garnie de pointes de fer ; mais dans le même moment, un trait lancé par un soldat normand appelé Lupinus , atteignit le Sarrasin dans le flanc, avec une telle force, que le fer traversa la cuirasse et entra profondément dans le corps. — Benarvet chancela; il se défendait encore, lorsque voyant e chef normand prêt à le frapper d'un coup mortel, il voulut fuir et s'élancer sur un autre vaisseau qui touchait le sien. Mais il tomba dans la mer, et, entraîné par le poids de ses armes , affaibli par k

HISTOIRE DE LA SiaLE. (iOas — 1090.) «Ai

sang qui coulait abondamment de sa blessure , il

disparut sous les flots (1).

La mort de Benarvet fut le signal de la victoire. Dès que la flotte des Sarrasins en eut connaissance, elle perdit tout courage , et , abandonnant le combat, chercha à fuir vers Syracuse, Les manœuvres se faisaient sans ordre, la confusion était partout, les vaisseaux se heurtaient les uns contre les autres, et Ton entendait monter vers le ciel des cris d'alarmes et de terreur. S'embarrassant euxmêmes dans leur fuite, les navires sarrasins ne purent éviter la poursuite de leurs ennemis, et plusieurs bâtiments furent coulés à fond. Les autres rentrèrent dans le port de Syracuse à demi brisés.

Soit que Jordan, auquel avait été confié le commandement de Tarmée de terre, ait eu un moment d'indécision, soit qu'il eût reçu Tordre d'attendre un nouvel avis avant d'attaquer la ville, la

(1) Malaterra, lib. IV. c. II. f° 590.

Beoarvet ÎDstincta dlaboli navem Gomitismagno impetu grassabsillorsuni ùmit: acriter bellatur; sedacriùs excipitur nam àLupino quodam primum jicnlo confossus dum à Comité qui navim ejus insllierat, minaci cnse perse* Viitar, ipse proumam navein de suis ad fugiendum saltu appetens , in Diare cum pondère ferri demergitur , sicque injuriam, quam Dco arrogantcriatoHu divino judidocondigna ullione multatur pœnas luendo perpessas»

sa HISTOIRE DB LA SlClhEé { 1085 ^ 4090* )

consternation des Syracusains, avait eu le temps die s'apaiser, lorsque les troupes de terre vinrent mettre le siège devant les murs.

Si Jordan fut arrivé dans le premier moment d'abattement et de grande douleur, il fût entré dans la ville presque sans coup férir; il j trouva au contraire une vigoureuse résistance : tous les cœurs semblaient s'être retrempés dans l'énergie du désespoir. Les Sarrasins, conûants dans la force de leurs murailles, et dans les difficultés d'un siège, espéraient comme toujours de nouveaux secours d'Afrique, aussi ils se défendirent avec grand courage; et, pendant quatre mois, c'est-à-dire du mois de mai au mois d'octobre , quels que furent les efforts des assiégeants et la vigueur de leurs assauts , ils ne purent arriver à aucun résultat favorable ; les machines de guerre se brisaient contre des remparts inébranlables, tandis que les Barbares, du haut de leurs forteresses, lançaient des grêles de pierres et de flèches, et faisaient pleuvoir sur l'armée normande de l'huile bouillante et de la poix enflammée. — Mais, d'un côté, toutes les issues de terre étaient gardées avec une grande vigilance ; de l'autre , la flotte défendait l'entrée du

HI8TOIRB DX LA 8IGILE« (1081 -^ 1090.) fU

jwrt) ce qui fit que les Yivres commencèrent à majaquer, et Syracuse se vit une seconde fois livrée aux horreurs de la famine.

Les Sarrasins étaient assiégés eux-mêmes dans cette même cité où deux cent huit ans auparavant ils avaient assiégé les Grecs. La volonté de Dieu , immuable dans ses décrets , leur envoyait les mêlûès tourmenta qu^ils avaient sans pitié fait endurer à leurs enilemis ; alors se renouvelèrent des Scellés de désolation , de détresse, de tortures infinies et de inort. On ne voyait plus apparaître sur les ffiurâ que dêâ tisages pâlesi et créiisés par les âotiffrândes terribles de k faim ; à peine si les hommes les^ plus vigoureuit-a valent la force de portât leurs armes. Les enfatits mouraient épuisés sur k sein taiî de letirs tnères, et leurs membr'es déchirés servaient ensuite de pâture.

Pour retracer ces scènes repoussantes de désolation, il faudrait répéter ce que le moine Théodose, jeté dans une prison infecte , écrivait plus de deux siècles avant :

• Nous en fûmes réduits (chose horrible à cou- ^nir du silence), à nous nourrir de nos propres

Hh HISTOIRE DE LA SICILE. (1085 — 1090.)

€ enfants, ne vivant, malheur épouvantable! que Si € chair humaine. »

Les principaux chefs Sarrasins , n'espérant ni grâce ni merci de la part des chrétiens , voyant au dehors la mort par le fer des ennemis, au dedans une mort plus horrible encore par les tortures de la faim , se rassemblèrent en secret et prirent une résolution désespérée : C'était de fuir à travers la flotte ennemie, pour chercher un refuge dans la ville de Noto. —Lorsque la nuit fut venue, ils chargèrent une barque de tous les trésors qu'ils purent trouver ; et emmenant avec eux la femme et les enfants de Benarvet, ils sortirent en silence de Syracuse, sans s'inquéter de leurs frères abandonnés lâchement à la fureur des chrétiens. De tous côtés les Normands veillaient avec une infatigable vigilance : et les fugitifs pour leur échapper , se traînaient à terre ainsi que des reptiles, retenant le souffle de leur respiration. Ainsi ils arrivèrent jusqu'au rivage, et, se couchant dans k fond d'une petite embarcation, pour tromper ks regards de leurs ennemis ; ils parvinrent après mille dangers sans cesse renaissants à trav^ser le port.

le lendemain lorsque les Sarrasins , enfermés dans la ville , Tirent la désertion de leurs chefs , un cri public d'indignation s'éleva de toutes parts. Dévorés par le fléau destructeur, les uns erraient dans les rués comme frappés de démence ; d'autres tombaient épuisés sur le seuil de leurs maisons, laissant échapper de leurs mains des armes inutiles. Abandonnés par ceux qui devaient les commander et les rallier au moment du danger, épuisés par lafaim, sans munition de guerre pour se défendre, ils n'avaient plus d'espoir que dans la générosité des Normands. Ils allèrent aux prisons, rendirent la liberté aux esclaves chrétiens, et, résignés au sort qui les attendait, ils ouvrirent les portes de la ville. Ce fut en cette circonstance qu'ils purent voir et comprendre quelle différence il y avait entre eux et les chrétiens. Quand ils étaient entrés dans Syracuse, ils avaient égorgé avec le fer les malheureux Grecs presque agonisants, ils avaient fait périr dans d'horribles supplices ceux que la faim avait épargnés; vainqueurs ils étaient devenus des bourreaux : femmes, enfants, vieillards, aucun n'avait trouvé grâce. — Les chrétiens au contraire, s'arrêtèrent effrayés devant cet aspect de mort et de désolation qui creusait tous les

m nmxRB m la bigil& (mi *- «om.) tisages; les ennemis furent traités comme des frères, et, loin de trouver la mort parmi ceux qui les cooi* battaient, les Sarrasins j retrourèrent la Tie.

Roger, après ayoir laissé une forte garnison â Syracuse, partit aussitôt pour Girgentî , car les espions lui avaient apporté la nouvelle que Ctamut , le seul chef capable de lui résister , s'était rendu à Enna où sa présence était indispensable , laissant à Girgenti sa femme et ses enfants. — L'occasion était trop favorable pour que le comte la laissât échapper ; aussi le premier avril 1086, il vint camper devant Gîrgentl (l). Après avoir cerné la ville de manière à intercepter toute communication du dehors, il fit commencer vigoureusement l'attaque sur tous les points, ébranlant les murailles avec ses machines de guerre. Girgentî pro* tégée par une position avantageuse, se défendit aveô énergie, mais les habitants sentant leurs forces 5*^ puiser et l'ardeur des ennemis augmenter encore»

(1) Malaterra, lib. IV, C. 5.

A^Agrigemînani ufiem otoeMftm ?«M aiBo SoiiMc» 1 i086 prima die Aprilis, quam undiquè exercituyaUan8,diuliu& oppKsàoi» IflcessivHâtudioqae machinametffis àd urbeni cflpiondam apparatis, tande^ fiéeaiiiU quioU die JttUi^ firibm eiliauila immineDtlbitf hostiboi palwi'

HISTOIRE m LA SIGItE, (1085 — iOOO.) §47

perdant en outre toute espérance de voir leur chef

Venir à leur secours, aimèrent mieux se fier à la gi^ iiérosité du vainqueur , et portèrent à Roger les clés de la ville.

La femme de Chamut vint avec ses enfants se jeter aux pieds du comte et implorer sa clémence. Roger la releva avec bonté : loin de la charger de fers, illa reçut avec honneur et ordonna que parmi les siens, tous la respectassent comme il la respectait lui-même (1); en traitant avec une distinction toute particulière celle qui légitimement était son esclave, il avait employé le moyen le plus sûr d'attirer à lui le chef sarrasin. Dès son entrée dans la ville il fit relever les remparts endommagés par le siège, et construisit sur le point le plus élevé un nouveau cliâteau-fort avec un mur d'enceinte.

Pendant l'exécution de ces travaux, les troupes chrétiennes , divisées par bandes , parcouraient le

(1) Inveghcê, vol. III, p. 119, cite d^abord Malaterray et ajoute i Naita M Gaufrido cbe il Conte prima di na^igar in Puglia, omnes potentiores Skiliœ a se debellatos gaudenSf excepta Chamuto Amiral , ô Principe de Ciorgenti e di Castro-Giovanni: prima die Apriliê poseTaisedio allacittà di ^^HMlk, edopo qyatlramesl d*asBedio 25 die Juin a forzad'anni Tespugnô, *^< ftfeie la moglie i figliuoli di Chamuto ma il Conte commando, che fooserd ^'ittati ce ofiii hpnetlia, e forlificato caslello valloi turribu» et propugmi^^

m ËISIOIRE DE LÀ SICILE. ( i085— €09^)

pays et réduisaient les dernières places fortes restées encore au pouvoir des infidèles : nulle n'osait tenter une résistance inutile; et les Sarrasins consternés par la marche victorieuse des Normands ouvraient les portes sans combat. — C'est ainsi que les chrétiens s'emparèrent d'un grand nombre de châteauxforts (1).

Dans toute la Sicile, trois villes importantes appartenaient encore aux Sarrasins , une des trois était Enna, et les efforts des Normands s'étaient déjà brisés avec impuissance contre ses murs imprenables. Roger n'avait pu oublier tant d'assauts inutiles et ne doutait pas que Chamut, homme de courage et d'habileté ne fit bonne résistance et ne le forçât encore une fois à lever le siège , s'il tentait de prendre la ville d'assaut. Le plus sûr moyen était de profiter du hasard favorable qui avait mis entre ses mains la femme et les enfants du chef sarrasin , et tourner de ce

(1) Malaterra^ lib. IV, cap 5.

Unde et usque ad undecim aero breri subjagata (castra) sibi alligatfiorum ista sunt nomina : Platonio, Missor, Gastajel, SatuH^ Raed, Bif^t Muclose, Garo, Calatenissa, quod nofttrft linguft interpreUtomiaolTititft castra Fœminarum^ Lœrata^ Remiêc*

HISTOIRE DE LA fflQLE. ( i085 — €090. ) 849

côté toutes ses espérances ; — il partit donc de Girgenti en prenant seulement avec lui cent soldats choisis parmi les plus braves de son armée , et se rendit directement à Enna. Quand il fut en vue de la ville, il dressa ses tentes dans la plaine, et envoya demander une entrevue à Cbamut. Celui-ci y consentit aussitôt ;' et, plein de confiance dans la loyauté des Normands, sortit de la ville, ac« compagne seulement de quelques hommes, pour se rendre au camp de Roger.

Dès que le prince normand l'aperçut, il alla à sa rencontre, et le reçut avec les plus grandes marques d'honneur et de bienveillance.

Roger déploya aux yeux du chef sarrasin sa position victorieuse en Sicile, il lui montra tout le pays conquis, les infidèles refoulés pîed-à-pîed jusque dans leurs dernières limites , perdant une à une toutes leurs possessions ; il lui fit voir avec habileté, d'un côté les Sarrasins dont les forces étaient épuisées; de l'autre, au contraire, les Normands devenus chaque jour plus nombreux et plus puissants. Il lui retraça l'horrible tableau de Syracuse livrée aux horreurs de la faim : tel devait être , tôt <>u tard, le sort d'Enna , si cette ville n'imitait pas

Girgenti en se rendant à discrétion. La parole Au eomte Roger était éloquente, persuasive surtout, et Chamut voyait bien, à n'en pouvoir douter, que la domination des chrétiens désormais assu^ rée en Sicile , rendait inutile la résistance des der* niers sectateurs d'une cause perdue. Tout autour de lui flottait l'étendard de la religion chrétienne, et Un églises du Christ s'élevaient sur les débris renversés des autels du paganisme. — Cet eqtrçtlcn eut le résultat que désirait le comte de Sicile; et il fut décidé que Chamut se livrerait aux chrétiens 8 mais , celui-ci, craignant la vengeanct dei siens, concerta avec le comte Roger un plan dont l'exécution ne se fit pas attendre.

Pour assurer plus encore le succçs de cette importante entreprise et détourner tout soupçon , le comte retourna vers Girgenti avec les siens. Pendant ce temps le chqf sarrasin préparait 3a fuite en silence, emportant avec lui ce qu'il avait de plus précieux.

Au jour fixé les troupes normandes se rendirent secrètement dans le plat pays qui avoisine Enna, et s'arrêtèrent à un endroit convenu, où des pll^d»

HItTOIllB Di LA llCIûe. (iOM. ^ iMO.) SU

terrala et des ravina tortueux lea cacbaieut à la vue

(b toufl.

Trèfl^prûche de l'embuacade était uu petit che<i* min bordé de cactus et de plantes sauya'ges , par lequel Ghamut devait passer accompagné d*UQ petit BûDibre de serviteurs fidèles*

I^e domte ne doutait pas un instant de la bonne foi de Ghamut, et de sa fidélité à tenir la promesso Uaquelle il s'était engagé.

En effet celui-ci avait annoncé quelques Jours liant qu'il voulait parcourir tout le pajrs environ-* àant, et une partie du P'at dans lequel se trouvait iltuée Buîira ou Butera , ville appartenant encore lux Sarrasins , afin de s'assurer par lui-même des ressources qui leui* restaient, et approvisionner les Mteaux-forts. — En conséquence il partit avec un phà nombre de chevaux et de mulets chargés de n bagages, au milieu desquels des serviteurs déroués avaient placé toutes ses richesses, et se dirigea ^ers l'endroit où se trouvaient les chrétiens. Des soldats habilement placés en éclaireurs aperçurent le loin Chaniut cheminant avec toute sa troupe sur '^ flanc de la montagne et vinrent prévenir les Normands de son arrivée, {loger di^po^à s^lqrs ses

85S HBTOmE DE LA SIGILB. (i085 — ftOM.)

troupes de manière i cerner de toutes parts le chef sarrasin et son escorte. Lorsque celui-ci eut atteint le plateau, les soldats apparurent de tous côtés, ainsi qu'une ceinture de fer ; les Barbares s'apprêtèrent à combattre ; mais ils furent en un instant serrés de si près, que toute résistance devint inutile. — Ghamut et tous les siens furent faits prisonniers (1).

Le comte Roger, après avoir dirigé sous bonne es* corte ses prisonniers sur Girgenti, marcha en grande bâte contre Enna. Gette place n'était point pré* parée à une attaque aussi impétueuse , et les Sam« sins furent saisis de terreur, en apprenant la captivité de leur chef. Ghamut était leur espoir, leur force et leur courage ; arec lui toute énergie s'était enfuie: aussi ils n'osèrent pas tenter une résistance imposa sible, et rendirent la yille sous conditions. —Le comte Roger fut grand et généreux envers les habi-

(1) Malaterra, lib. IV, cap. VI.

Statuto termino silenter exercitu conflato, haadprocul àCastroJflenoii loco inter se praenotato insidiis occultatnr. Ghamut omnibus suis miilis d equis superpositis, quasi alîquorsum proceasonts urbedigreditor, ail' dustria super insidias nostrorum incidit, à nostris excipitur. — Gomperto Castram-Joannis à nostrisoppugnator.

HISTOIRE DE LA SIQLE. ( i085. ~ i090. ) 803

tante d'Enna. — Le sang versé ne marqua pas les traces de son passage. Les femmes furent respectées, les hommes traités avec douceur ; mais pour c?iter toute possibilité de révolte il envoya les principaux chefs en Calabre.

Enfin Enna , ce nid d*aigles, cette place-forte , si longtemps imprenable, était au pouvoij^jdes Normands.— Roger en éprouva une grande joie; car sans cet événement inespéré , il eût perdu de longs mois à assiéger peut-être inutilement cette ville qui pouvait renouveler sans cesse ses approvisionnements par des passages souterrains dont on ignorait les issues. Tout le pays environnant fut bientôt réduit, et sur la tour la plus élevée de la forteresse Dn vit flotter l'étendard de la foi chrétienne, symbole de victoire et de miséricorde.

Le comte retourna ensuite à Girgenti. — Dès son arrivée il eut une entrevue avec Chamut. Le chef sarrasin se présenta devant lui avec une noble et calme dignité , non pas comme sont les traîtres et les renégats.

«Si j'ai agi ainsi, lui dit-il, ce n'est pas, vous le savez, par espoir de récompenses ou de richesses,

85& HISrroiRE DE LA SICILS. (1085. — IMOJ

malfl parce que fotre parole est entrée malgré moi dans mon ccmir. Cette religion inconnue qui tous a amenés en cette Ile , où depuis deux cents ans nous régnions sans partage , doit être grande et belle, puissante surtout, puisqu'elle a fait pour vous qui étiez si faibles et si peu nombreux, ce que le^rand Mahomet n'a pu faire pour noui, dont les armées innombrables couvraient la face de l'ile. Le Dieu qui you9 conduit voua a reodui forts et victorieux , le prophète nous a laissé» impuissants et captifs } vous avex relevé vos autelii les nôtres ont été brisés* Mahomet n'est plusk grand i^opbète } le grand prophète est celui que voua adore» à genoux } moi, ma femme et mes enfanta nous venons à lui pour qu'il nous reçoive et nous bénisse. »

t Qu'il en soit ainsi! frère, lui dit Roger, éma par ce nouveau triomphe de la religion. »

Et dès le lendemain Ghamut , et toute sa famille furent solennellement baptisés et faits chrétiens (1).

(1) Mataterra, lib. IV.

Jnvegkeêf TOk Uh

mSTOIRB DE LA MCiLE. (1085. — 1 090.) 1$55

Le chef sarrasin demanda seulement qu'il lui /ât permis de continuer de vivre avec sa femme qui ^tjijt sa parente (1)$ et en embrassant le christia*» iiisme il Toulut en suivre les maximesles plus dures et les plus sévères, accomplissant avec une grande rigidité tous les devoirs imposés par sa nouvelle re^ ligion.

Seulement après cette publique renonciation au paganisme I Chamut, soit qu'il craignit la haine et la vengeance des siens, soit qu'il voulût empêcher le comte de pouvoir, parla suite, suspecter sa bonne foi , demanda instamment à Roger la permission de passer en Calabre. Le prince normand accéda avec une grande bienveillance à la demande du chef sarrasin ; et pour lui accorder à son tour une marque d'estime et de considération, il le mit en possession d'un domaine considérable, dans la province de Mdito« *- Celui-ci s'y retira et y vécut jusqu'à la un de ses jours très-ûdèle à la religion du

ebtiuîanisme et à la foi jurée.

(1) Malaterra, libt IV, cap. VI.

Ckimit dufn'uïore et liberis Chrisdanus ef&dtur, hoc solo conTentioni ùiterpQiito, quod Hxor slui, qito ûïà quàdam consaDgnidHatis Vitmh cou* jungebatur in posterum sibi non înterdiceretur.

856 HISTOIRE DE LA SICILE. (iOd5. ^ 1090.)

La conversion subite de Ghamut fit grand bria. parmiles Sarrasins ; car tous l'avaient en grande estime et en haute considération. Ils en furent plus consternés que de toutes les victoires successives qui arrachaient les dernières racines de leur domination.—En jetant en arrière un regard sur le passé, ils lisaient malgré eux dans Tavenir.

Si Tenivrement de la yictoire et la joie immodérée des succès eussent pu faire oublier à Roger sa sainte mission ; certes , la conversion du chef sarrasin dominé par l'empire puissant de cette religion, dont Taîle protectrice s'étend à l'infini sur tous ses fidèles serviteurs l'eussent rappelé à la grande pensée de régénération chrétienne qui guidait chacun de ses pas dans cette île souillée par deux siècles d'impiété.

La prise d'Enna était un fait des plus importants et résumait la conquête de la Sicile; car detoute cette domination des Sarrasins, si puissante, si absolue, et qui semblait si inébranlablement attachée au sol, il restait deux villes; toutes deux dans leFal-di-Noto: — Noto et Butera^ Tune sur le bord de la mer, l'autre dans l'intérieur des terres.

HISTOIRE DE LA SICILE. (iOS5. — 1090.) 857

«Le comte, dit Malatena (1), craignant d'être în- «grat epvers Dieu pour de si grands bienfaits, • tourna plus encore son esprit vers les choses saf crées ; il montra dans ses jugements qu'il aimait « i vénérer la justice et la vérité ; il fréquenta les «lieux saints arec une profonde dévotion, assista «chaque jour au service divin et consacra aux «églises la dixième partie de ses revenus, se mon- «trant en toute occasion le consolateur et le pro- «tecteur des veuves, des orphelins et des affligés. •

En outre il fit réparer les églises par toute la Sicile , en construisit denouvelles , et employa à l'exécution de cette grande et pieuse entreprise plus d'un tiers des fonds qu'il pouvait retirer de ses états (2).

(1) Malaterra, lîb. IV, cap. VII, f. 692.

Comes Tidens propiciatione Dei omncm Siciliam, excepta Butera, et Noto ne ditioni subeundo cessisse , ne ing^atus tanti bencficii sibi a Deo colbti existere, cœpitDco derotus existere : juxta judiciaamare, justitiam oopii, Teritatem amplecti, ecclesiam frequentare cum devotione, sacris ^ipBaù adstare, decimaUones omnium rcddituum suorum sacris ccclesiis itlrilNiere, Tiduarum et orphanonim, sed et maerentium cum ratione conloUtor.

(î) Malaterra, lib. IV, cap. VII.

^(K plaribus in locis de suo sumptus, quô facUius fiant altribuit.

^fente de la Monarchie de 5tctïe, par du Pin, p. 8 et 15.

ttfi mSTQIRS DB LÀ aOLB. (i089« ^ i090.)

C'est ainsi que ce pays eut, pour ainsi dire, un peuple d'iglUeê^ d'évichés et de monastères.

Tous les bras travaillaient aux qeuvres du Seigneur; car il fallait sur cette terre impie, pour effacer les dernières souillures du paganisme, élevei dans les airs comme des phares protecteurs les mqnuments que la piété chrétienne consacrait à la religion du Sauveur. — Gir gentil — Mazara^-^ Syracuse^— Catane^ furent les principales villes qù Roger fit construire de superbes cathédrales, et établit de splendides évêchés. Toutefois ces travaux religieux, témoignages éternels de la foi chrétienne des premiers princes normands ne reçurent leur entière exécution qu'après l'entière conquête de 111e (!).

(i) C'est à tort que Fazelle, Burigny^ Buffier, et mèmç Malaterra placent vers Van 1086 la fondation de ces évéchéit avant la prue de BulirA et de Notot et assignent cette date aux privilèges qui mettaîeiit \t» éfêqaei en possession, de leurs si^es épiscopaux.

Malaterra dit, en parlant de Gerland^ évéquê âê Girgenti » BuU w^ sia (rerlandvm quemdam nationê Àllobroffum, virum tU ahuti nuif^ caritatiê et eccUêiasticis dUciplinU fruâihtm, epUeopmm orétnâM», p^

ficiU

Il dit plus loin, en parlant de Vévêché de Catane : Sic que solemnit^ episcopatum concedenSy quod nuUi episcoporum fecisse cognoscitur. Ma» urbem sedi iuœ cum omnibus appendiciis suis sub ckirograpko et iesH^ hœrediliiali possidendam assignavi, Ub^ IV, dffk YU^*^ Mtplml^f

U comte Roger, «'apprêtait à attaquer ?igou«

[ reusement Buiêra ^et Nota , lorsque deux faits de

peu d'importance , surtout par leurs résutats ,

Tinrent entraver momentanément les desseins du

comte. — Nous allons les indiquer sommairement.

Selon Malaterra et d'autres historiens, Philippe I*, roi de France, fit demander par des ambassadeurs au comte Roger la main de sa fille aînée. Sans accepter comme véritables et authentiques les détails de rhistorlographe du prince normand, il est cons-* tant que des embarras suscités dans cette affaire si hoQorable et si glorieuse pour le comte , empêché-

lik, IV, eap. XIV, il KJoute, en parUmt du mariage ée Roger avec la comm ieue Adélaïde^ — anno igitur incamati Salvatorii 1809, Come$,.,*

Or, non-seulement tous les diplômes, ainsi qu*on le yerra dans nos dtations, sont tous d*une date postérieure à la conquête de la Sicile, (ernOiiée e« 1090] (le premier, eehil de Vévêtfué de Catane ut deiÙH. '-Sgroeuse^ 1093. — Agrigentif — 1093. Matara, 1093;) mais en outre /a eomtUH Adélaïde (Adalaeia)^ de Mont ferrât, qui n'épousa le oomte Roger qu'en iOS9« apiès la mort à'Eremhurge^ fiHe du eomie de Uortainf signa comme témoin le diplôme de TéTèque de Catane. — Ego AàtdmUi CémiHê usor êignum kèe.

Les dlpIâiBes aont les aeuli titres autlientiques que oonsenreiit les arehl« Te»; et il n'est pas présumable que Roger soit resté de 1086 à 1091 et 1093 BOB régler par un acte solennel (soUmniter) les droits des nouveaux

d<M) HISTOIRE DE LA SIQLE. (1085. — 1090.)

rent qu'elle arrivât à bonne fin. Cette princesse épousa plus tard le comte de Clermont.

Le second fait fut le réveil des anciennes discussions entre les deux fils du duc Robert Guiscard, Bohémond et Roger. Quoique le ducRoger, d'un caractère pacifique et conciliant, eût ajouté déjà plusieurs villes aux biens échus en partage à Bohémond dans l'héritage paternel ; celui-ci uni à un jeune seigneur appelé Mîhéra élevait de nouvelles prétentions. — Le comte Roger vint une seconde fois en aide à son neveu dans cette circonstance. Après avoir rudement châtié les révoltés et réuni à son domaine les terres de Mihéra et celles de son père qui avait ouvertement pris les armes contre lui; il retourna en Sicile pour s'occuper avec activité du siège de Butera.

Ce fut au commencement d'avril 1088 qu'il vint, à la tête d'une armée puissante , assiéger cette ville. Il l'entoura d'abord d'une ceinture de soldats, pour empêcher de la part des assiégés toute communication avec le dehors, et ordonna ensuite plusieurs assauts qui firent beaucoup de mal aux ennemis ; de tous cotés de nombreuses machines battaient les murs

t faisaient trembler les remparts jusque dans leurs fldements. Le comte surveillait tous les travaux ec l'expérience et l'activité prudente d'un vieux pîtaine, sa présence redoublait l'énergie des Norinds en augmentant la terreur des Infidèles. Mais )ur nous servir de l'expression à la fois originale énergique de Malaterra) tandis quHl suait de tous efforts au siège de la ville, un légat du Pape iva au camp, demandant à être conduit imméitement en présence du comte. Aussitôt qu'il fut roduit devant Roger il lui présenta des lettres chetées de la part du Souverain Pontife , et lui prit que le Saint Père récemment arrivé en Sicile, priait instamment de venir conférer avec lui à ayna. Sa Sainteté, peu habituée aux épreuves m long voyage , était déjà épuisée de fatigue , et lignant la lassitude d'une plus longue marche, ne ulait pas aller plus avant, ni se hasarder à trarser les montagnes escarpées et les routes diffîcîqui le séparaient encore de Butera.

Le comte fut très-attristé de cette nouvelle; car si m côté il regardait comme très-dangereux d'andonner dans un moment important le siège de guerre» d'un autre côté, il lui semblait impossi-

3«l HISrOlBE DE LA SICILE* (i099«»i09<k)

ble, sans se rendre coupable eaver« le chef de \% glUe, de ne pas aller rejoindre Je Pap^ qui vesait de si loint et témoignait un si grand déair de le Toki -— En cette occurrencCi il rassembla en conseil le« capitaines de son armée dans lesquels il avait h plus grande confiance, et leur demanda conseil sur ce qu'il devait faire. Tous, après de mûres réflexiopg, se réunirent dans un atis à la fois prudent et coot^ nable , et il fut décidé que le comte n'abandopne* rait pas le siège de Butera , mais obéirait en mime temps aux désirs du Pape , qui devaient être dei ordres pour tout chrétien fidèle. De cette façon lei principaux capitaines de l'armée continueraient \i siège, tandis que Roger se rendrait auprès du Sou« yerain Pontife à Trayna* Le comte de Sicile ne put qu'applaudir à cette décision et , confiant dans le courage , la prudence et surtout la fidélité à toute épreuve de ceux qu'il laissait derrière lui ; il se dirigea en toute bâte vers Trayna, accompagné seule*^ ment d'un petit nombre de9 siens«

Urbain II l'accueillit arec les marques de la ploi grande joie et de la considération la plus hoaori^ ble. Lie comte^ de son c6té» sq présenta au Sout9*

HISTOIRB DE LA 8iaLE. (1085. — 1000.) MS

raid Poptife avec une extrême vénération et reçut très-pieusement sa sainte bénédiction.

Dés le lendemain ils eurent ensemble une longue conférence sur l'affaire qui avait amené le P^pe.

Il s'agissait de la division de l'Église grecque et de l'Église latine au sujet des azimes.

L'empereur Alexis Gomnène venait de publier un édit par lequel il était ordonné aux chrétiens latins, daii0 toute l'étendue de sou empire, de se servir dans leurs cérémonies religieuses de levain selon la cou<tume des Grecs, ce dont la religion latipe proscrit au contraire complètement l'usage , leur défendant de consacrer à l'avenir avec du pain sans levain } le Pape avait aussitôt député vers l'empereur, l'abbé Nicolas et le diacre Roger chargés de lui adresser de ssi part des reproches paternels. — L'empereur dç Gonstantinople avait reçu avec humilité les repro^^ ches du Saint Père et avait remis aux deux légats des manuscrits écrits ep lettres d'or, par lesquels il priait le Souverain Pontife de se rendre avec des érudits latins à un concile général convoqué à Cops-» taminople, pour que la question des azimes, qui di** vivait l'Église latine et l'Église grecque, fût entière^

ment décidée, et que tous les serviteurs de Dieu n'eussent plus qu'une seule et même loi. L'empereur dans les écrits dont les légats du Pape étaient porteurs, déclarait consentir à la discussion catholique et s'en rapporter à la décision du concile; il désirait avec ardeur, disait *il,qu'en présence des Grecs et desLatins l'usage ou la prohibition du levain fût réglé par des actes authentiques. — Le délai dans lequel le Pape devait se rendre au concile avait été fixé à un an et demi. Le comte Roger appelait de tous ses vœux la réunion des deux Églises, car il voyait dans de semblables divisions de tristes germes de discordes et de guerres ; en conséquence il donna au Pape le conseil de se rendre à Constantinople ; mais d'un côté le schisme de Guibert qui se faisait appeler Clément III et que protégeait l'empereur Henri , de l'autre, les manœuvres insidieuses des ennemis acharnés deTÉglise Romaine, empêchèrent Urbain II de pouvoir suivre cet avis et d'entreprendre ce voyage.

Le comte combla le Saint Père de riches présents; et aussitôt que celui-ci eut quitté Trayna enchanté de l'accueil du prince normand, Roger retourna en toute hâte à Butera pour suivre les travaux du siège ; ces travaux avaient été poussés si vigoureusement que

h Fille fut forcée de se rendre peu de temps après ion retour. — Roger fit îmédîatement relever les remparts presque détruits en plusieurs endroits , ajouta de nouvelles fortifications, mit une forte garnison dans la place , et envoya en Calabre les principaux habitants dont Tinfluence ou les conseils eussent pu dans Tavenir fomenter des germes ' de rébellion.

Au milieu de ses succès et de sa gloire grandissante, un malheur de famille vint affliger le noble comte. L*an du Sauveur 1089 il perdit sa troisième femme , Eremburge , fille du comte de Mortain , de laquelle il avait eu deux garçons et six filles. — La même année il épousa en quatrièmes noces Adélaïde de Hontferrat , dont Téclatante beauté avait un grand renom : elle était nièce du célèbre marquis Boniface. Il destina à ses deux fils les deux sœurs de cette jeune fille. Jordan seul put accomplir cette union, car Geoffroy, comme on le verra plus tard , fut emporté par une cruelle maladie avant qu'il eût Weint Tàge nubile.

Le comte Roger était à Mileto en Calabre où Taraient appelé des affaires pressantes, lorsque les ha-

SaO HISTOIRE DE LA SICILE. (iOS5. — 10000

bitants de la ville de Noto lui enyoyèreût une députation pour traiter de la reddition de la Tille.

Ainsi que les Sarrasins de Butera , ceux de Noto avaient eu la pensée d'opposer jusqu'au dernier moment une opiniâtre résistance ; car, parmi eux se trouvaient la femme et le fils de Be^â^ Tet^ et méconnaissant les sentiments généreux du comte chrétien, ils n'attendaient de lui ni grâce, ni merci.

Cependant la prise de Butera et la reddition su" bite de tous les châteaux environnants, leur dé' montrèrent clairement l'inutilité d'une vaine dé« fense. Ils n'avaient à espérer aucun secours du de« hors, et la domination des leurs, dont ils étaient les derniers lambeaux , tombaient en Sicile devant les armes victorieuses des Normands.

le comte reçut très-favorablement les envoyés ; loin de peser sur eux du poids de ses victoires, il accéda à toutes leurs demandes, et exempta la ville de subsides pendant deux ans.

Dès que le traité de reddition fut conclu, il donna ordre à son fils Jordan d'aller prendre poMessîon de Butera dont les portes devaient s'ouvrir ^

mStCHRB M LA «ICItB. (iOS5. ^ im.) 017

ùû arrivée. «^ Jordan partit aussitôt avec sa nouelle épouse, et étant entré à Noto, il y fit bâtir un bâteau^fort qui pût dominer la ville et la tenir a respect*

Le reddition deNoto avait accompli la conquête itlère de nie;et cette résurrection de la Sicile urétienne eut lieu en Tan de grflce 4090 1 cinquante-deux ans après le premier débarquement tê Normands en Sicile*

Donc, en cinquante^deux ans, avec leur seule pée, leur courage et leur fol, les Normands avalent raquis pour eux et leurs descendants la Fouille, i Galabre et la Sicile, et en avaient reçu du Saint* lége rinvestiture solennelle et authentique. «—Les Js du simple gentilhomme normand étaient deve« tus Princes Souverains.

M'est-il pas étrange et superbe de voir ainsi cette iôuverâineté naissante étendre Incessamment ses Nidnes vigoureuses au milieu des débris qui l'en-» towent?

Lltalie est divisée par des princes rivaux } com*> battant sans cesse les uns contre les autres. — VkU kmagne se débat dans sa lutte terrible entre son cfflpereiif e^r^ommunlé et Rodolphe de Saxe. -^

L'empire de Constantînople , autrefois si puissant f se courbe , ainsi qu'un vieillard arrivé à la fin de sa carrière , S3us la double décadence da crime et de la mollesse; le trône est devenu une arène sanglante, où toutes les ambitions, toutes les mauvaises passions se déchirent aux yeux d'un peuple étonné. — Les Grecs, dépouillés de toutes leurs possessions, sur lesquelles ils croyaient devoir éternellement régner sans partage , aussi faibles qu'ils avaient été autrefois énergiques , incapables de combattre, effrayés du torrent qui les pousse et les écrase, abandonnent d'abord la Fouille, ensuite la Calabre ; et pendant que les Normands accomplissaient cette double conquête , la lâcheté et l'inhabileté réunies perdaient une seconde fois la Sicile chrétienne, et laissaient les Sarrasins y rétablir en vainqueurs leur domination impie.

Ce n'était pas assez que tous ces fleurons de la couronne orientale tombassent un à un au dehors de l'empire; l'intrépide chef normand, non content d'avoir chassé les Grecs de leurs possessions extérieures, entrait dans le cœur de leur propre pays, établissait jusque dans les provinces de la Grèce le nom et la domination Normande, et greffait sur les

débris de cet empire écroulé, Torgueil de sa nationalité naissante.

Secrets éternels de la volonté divine, qui place rabaissement des uns à côté de la gloire des autres , la faiblesse et la décadence en contraste avec la force et l'énergie, comme pour empêcher l'orgueil humain de monter trop haut, et mettre devant ses yeux, que pourraient éblouir les triomphes et la TJctoire , le spectacle de la déchéance humaine.

Ainsi les Normands, pour fonder leur souveraineté, en démembraient une autre; pour gagner pas-à'pas la terre où devaient naître , vivre , régner et mourir leurs descendants, ils en chassaient violemment les anciens et légitimes dominateurs.

L'Église elle-même, ce premier trône parmi tous les trônes, cette grande et immortelle puissance parmi toutes les puissances, n'avait pas été épargnée daos ce tumulte de guerre, de passions et de déchirements. — L'altière inflexibilité de Grégoire VII , qui plaçait l'ambition plus haut que la justice, avait laissé en mourant le siège Pontifical chancelant et méconnu. — L'empereur, déchu de son trône par le Pape, avait à son tour déchu le souverain Pontife de sa royauté religieuse.

En faoe de Rodolphe de Saxe a'éUit levé Ykniin pape Guibert. — Il y avait deux représeptaqts xmu d'une seule et même religion.— L'intrigue, la lutte, la discorde avalept remplacé l'unité, le calme, k majesté^inte.

Et c'était au milieu de ce tourbillon agité des passions et des révolutions humainea, au milieu da cette tempête qui bouleversait ainsi les )iompifii et les nations^ qu'apparut cette domination noufellt dep geptilhQpimeanormands,ealme par la véritable force, çeligieusf par la véritable foi. trouvant splejiii c|eur et dignité, là, o^ lea autrea trouvaient ay coa^ traire ruine et abaissement.

Ici «e termine h première période que nûui avons voulu parcourir I elle comprend 1-expulsion des Barbares , et l'établissement en Sicile des Normands. ^ Après avoir rétabli dans toute réten^ due de l'ile la religion chrétienne tombée en mépris eten stérilité, après avoir, pour ainsi dire, relevé le trône du Seigneur, ce peuple héroïquement guerrier devait fonder aussi, 'pour lui-même, un trône où s'assirent successivemept cinq Bois de sa race.

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