CHAPITRE CINQUIÈME
SeUAlEB :
, à la tête d*uDe année formidable, marclie sar Trapanl. — - Siège (nui. "^ tntreprite andacietise de Jordan. ^ Sa réoiiite. — > Redde Trapani. — Le comte se dirige sur Castrum-Nuo? lun. — Un it de la campagne, ponssé par la Tengeance, hii litre les mojeni aparer de la ville. — Roger cherche à se réconcilier a?ec le pape, tre du pape h TarcheTêque Arnold. — Réconciliation de Roger I Mnl-6iég6i -^ Il mircbe contre Taormhia. — Un Rrelon i ÉTisand, sauve la vie au comte. -— Apparition d'une flotte tulei — Reddition de Taormina et de plusieurs places impoN —Révolte de la ville de Jaci. —Tentative inutile du comte pour te maître de cette ville. — Il ravage tout le pays environnant. — Les nts de Jaei oavuent enfin leurs portes. •— Mariage de Mathilde, 1 comte Roger, avec Raymond d'Esté comte de Toulouse et mare Provence. — Réconciliation du duc Robert avec Grégoire VII. ôission des historiens k ce sujet. — Serment d^hommage et de ! du duc. — Traité avec le Saint-Siège. — Roger quitte la Sicile, on de Bencimen , commandant à Catane. -^ Il livre la ville à Be* I — Jordan , investi du commandement de Tile, marche sur Ca-
- Grande et mémorable bataille. — Les chrétiens reprennent Ca-
- Fiille de Beainret elde Benclmept -^ Mort de eencbnen» -- U
comte Roger, de retour en Sicile, fortifie et embellit Messine. — Il élève des églises. — Le comte est mandé en Fouille par le duc Robert pour marcher avec lui contre le comte d^ Averse. — Jordan, fils du comte Roger, se révoUe pendant Tabsence de son pi>e. — Il entraine dans son parti les principaux capitaines de Tarmée. — S'empare de plusieurs villes. — Douleur du comte à cette nouvelle. — Feinte réconciliaton de Roger avec les coupables. — Supplice horrible des complices. — Pardon accordé à Jordan. — Conquête du duc Robert en Orient. — Maladie de son fils Boemond. — Accusation d*empoisonnement contre Shigelgaite femme du duc — Récit d*Ordericus Vitalis, — Derniers moments du duc Robert Guiscard. — Sa mort — Récit (T Ordericus Vitalis,-^ Son corps, après avoir essuyé une horrible tempête, est transporté à Venose. — Testament de Robert Guiscard. — Son caractère. — Ses qualités. — Ses défauts.
L'année suivante , le comte équipa une flotte considérable et marcha sur Trapani (Drabni). Jamais, peut-être, il n'avait eu une armée plus brillante et plus magnifique , tant par le luxe déployé que par la fleur de la noblesse dont les riches bannières flottaient au vent. La flotte aborda près de Trapani ; et sur tout le rivage on entendait. retentir au loin le son des trompettes et les cris de guerre des soldats chrétiens.
La ville fut attaquée vigoureusement , mais trèsproche de Trapani était une péninsule qui, réunie à cette ville par une langue de terre, s'étendait ensuite au loin, et formait une grande plaine couverte
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d'herbes et de pâturages. Quand les habitants de Trapani virent s'avancer l'armée du comte , ils se préparèrent à une défense énergique, envoyant, chaque jour, leurs bestiaux paître dans cette plaine, sous la garde de nombreux soldats. — Le siège menaçait de traîner grandement en longueur, caria ville était abondamment pourvue de vivres et de munitions : Jordan conçut alors une pensée dont l'audacieuse témérité souriait à son esprit aventureux et guerrier. Craignant que le comte, par le triste souvenir de la mort de Serlon et d'Hugon, ne s'opposât à son projet, il ne lui en donna pas connaissance; mais lorsque vint la nuit, il monta dans de petites barques avec une centaine de soldats déterminés , et se dirigea vers la péninsule. Favorisé par les ombres delà nuit, il débarqua sans bruit avec les siens, et se mit à parcourir la plaine en silence ; il découvrit uii ravin couvert d'épaisses broussailles, et s'y cacha jusqu'au jour, attendant l'heure où les bestiaux venaient d'ordinaire paître dans la plaine^
Dès le matin, en effet, les bestiaux sortirent delà ville, Jordan et les siens s'élancèrent aussitôt sur eux et les chassèrent du côté du rivage où se trou-
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valent les barques. Pendant ce temps les gardiens des troupeaux coururent vers la ville avec de grands cris et une grande confusion. Les assiégés sortirent en grand nombre et se répandirent dans la plaine. Jordan les laissa s'arenturer jusque dans un terrain difficile et désavantageux ; puis abandonnant tout-à-coup les bestiaux et revenant sur ses pas, il fondit sur eux avec une grande impétuosité. Les Sarrasins avaient à la fois à combattre leurs enne* mis et les difficultés du terrain, aussi ne purent-ils résister au choc des Normands; ils perdirent tout espoir de reconquérir leurs troupeaux, et, regagnant les portes par lesquelles ils étaient sortis, ils se renfermèrent dans rintérieur de la ville. Jordan embarqua les troupeaux et revint triomphant au camp. Le comte en lui faisant de justes et affectueux reproches sur la témérité de son entreprise, ne put s'empêcher d'applaudir à ses heureux résultats; car les habitants, découragés par cette perte, pour eux irréparable, rendirent la ville sans conditions.
Le premier soin du comte Roger fut de relever les murailles et les bastions qui avaient beaucoup
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souffert, et de construire autour de la ville de oouTelles et solides fortifications. Après y avoir laissé en garnison un bon nombre de soldats, il continua ses courses dans le pays : douze petites places que les Sarrasins occupaient encore dans les environs tombèrent en son pouvoir ; il les distribua aux douze seigneurs de sa suite, qui s'étaient le plus distingués dans cette expédition. — Plusieurs historiens s'accordent à dire que ce furent les premiers Barons de Sicile.
n s'arrêla quelques jours dans la forteresse de Biscari pour donner à ses soldats un repos dont ils avaient grand besoin ; ensuite il marcha sur Castrumnovum (Castra) , qui appartenait encore aux infidèles , et que gouvernait un émir sarrasin nommé Bechus. L'Emir s'était attiré la haine gênétile par son injustice et sa barbarie. Tout récemknent encore , il avait fait arrêter, sous un prétexte futile, un habitant de la campagne ; en sa présence on l'avait dépouillé de ses vêtements, et par ses ordres quatre soldats sarraèins l'avaient frappé de Termes. Le sang qui coulait sur tout le corps du malheu-* reux , les chairs bleuâtres tombant en lambeaux wutiléé, les cris arrachés parla douleur; rien nV
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vait pu toucher l'extrême rigueur du Sarrasin, et le supplice avait cessé seulement lorsque le malheureux, à force de souffrance et de sang perdu, était tombé sans mouvement sur la terre. L'émir avait en outre par une indigne spoliation réduit ce pauvre homme à la dernière misère. — Celui-ci n'eut plus alors qu'une seule pensée : la vengeance. Il passa des jours et des nuits près de la porte du château-fort qu'habitait Bechus, tenant un couteau caché sous ses vêtements : mais l'émir sortait toujours entouré de gardes et de soldats , et il ne put arriver jusqu'à lui.
Lorsque les Normands approchèrent de la ville, ce malheureux , d'une condition infime et d'uue intelligence étroite, puisa dans sa haine pour ainsi dire une nouvelle nature; il comprit qu'il pouvait se venger de l'émir par les chrétiens ; et s'étaut concerté avec plusieurs habitants ennemis déclarés du gouverneur, il conçut un projet à la fois étrange et audacieux. — Muni d'armes et de munitions préparées en secret depuis plusieurs jours, il résolut de monter avec ses compagnons au sommet d'une roche élevée qui dominait Castrumnovum , et que chacun croyait inaccessible. L'entreprise était bar-
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die et aventureuse , et nul pied humain n'avait jamais touché les aspérités luisantes de cet immense rocher. — La mort qu'il fallait braver presque à chaque pas nVffraya point cet homme poussé par Tardent désir de la vengeance, et parla force de son inébranlable résolution ; il rendit ses compagnons comme lui déterminés, et sans crainte; et, pendant une nuit obscure, ils commencèrent à gravir le rocher, s'aidant avec des crampons en fer et des cordes dont ils s'étaient entouré le corps. — A chaque pas leurs pieds glissaient sur le roc; et s'ils ne se fussent retenus aux racines des plantes sauvages, ils eussent roulé dans le fond des ravins. Mais ils avançaient toujours , repreûant sans relâche leur course infatigable ; — leurs mains étaient en sang, leurs pieds déchirrs, ils laissaient aux aspérités des rochers des lambeaux de chair et de vêtements ^ mais ils continuaient de monter, s'excîtant mutuellement par d'énergiques paroles; ainsi ils parvinrent au plateau le plus élevé. Aussitôt, sur un signal convenu, un des leurs fit savoir au comte Roger, qu'il serait impossible à la ville de résister , si les Normands parvenaient à gravir cette hauteur; ajoutant que , loin de combattre les chrétiens , les
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gens placés au sommet de la roche leur procureraient les moyens d'y arriver facilement.
Le comte ne perdit pas une si belle occasion, quelque difficile que fût cette entreprise. Il laissa devant les murs de Castrumnovum une forte partie de ses soldats, et en envoya un bon nombre vers l'endroit indiqué par le transfuge sarrasin. Dès que les Normands furent arrivés au pied du rocher, ceux qui étaient au sommet leur jetèrent des cordes que retenaient en haut des crampons de fer fortement enfoncés dans le sol; ceux-ci, à l'aide de ces cordes qu'ils tenaient avec leurs maîus et en s'aidant des pieds contre les aspérités rocailleuses, parvinrent rapidement au sommet.Malgré toutes les précautions employées parle comte pour cacher ce projet aux ennemis, Bechus en fut instruit et envoya immédiatement une grande multitudede soldats pour empêcher les chrétiens de gravir la hauteur ; mais Roger avait tenu en réserve un corps de troupes pour protéger et soutenir celui qui devait gravir le rocher. Dès que les Normands aperçurent l(.*s Sarrasins, ils les chargèrent vigoureusement sans leur laisser le temps deprendre position:
ceux-ci, forcés de se défendre contre ceux qu'ils croyaient attaquer , curent grand peine à soutenir l'impétuosité de ce choc inattendu, et ne purent empêcher les chrétiens d'exécuter leurs projets.
Quand Bechus vît malgré tous ses efforts , les ennemis maîtres de cette importante position, il désespéra de pouvoir garder la place plus longtemps ; aussitôt que vint la nuit, il sortit par une petite porte basse qui donnait dans un profond ravin couvert de broussailles, et s'enfuit avec tout ce qu'il put emporter.
.Le lendemain, les habitants privés de leur chef, se rendirent.Le comte les traita avec une extrême bienveillance et construisit denouvelles fortifications pour protéger la ville contre les irruptions probables des Sarrasins.
Au milieu de toutes ces conquêtes, le comte Roger, dont la foi était grande et la religion sincère, se souvenait toujours de l'excommunication lancée contre le duc son frère et contre lui; il desirait ardemment se réconcilier avec le Pape , persuadé que Dieu ne viendrait pas au secours de ses armes, s'il ne rentrait pas en grâce auprès du souverain
Pontife. Dans ce but il quitta de nouveau la Sicile, et alla demander au Pape, avec rabsolution de ses péchés, la bénédiction apostolique, et la grâce d'être appelé fils de l'Église romaine. Le Pape, tout en lui donnant les plus grandes marques d'estime et de considération, ne lui accorda pas immédiatement ce qu'il demandait; mais il écrivit, le A mars, à l'archevêque Arnold, dont le siège épiscopal était à Achérontc , la lettre dont la teneur suit :
« Grégoire, évêque, serviteur des serviteurs de « Dieu, à Arnold, son frère et évêque d'Achéronte, « salut et bénédiction apostolique. »
« Vous avez appris, mon frère, que le comte Roft ger, frère du duc Robert, réclame du siège apos- « tolique, avec la bénédiction et l'absolution, la « grâce d'être appelé son fils, et de l'être véritablc- 0 ment C'est pourquoi avec un soin pastoral nous « vous imposons la charge de cette mission, et au « nom de saint Pierre nous vous ordonnons de vous • présenter à lui sans retard et sans délai, revêtu « de toute l'autorité de nos ordres; si, selon ses « promesses, il veut nous obéir et montrer 1ère-
• pentîr qui convient à un chrélîcn, vous briserez I la chaîne de ses péchés, et vous en délivrerez égat lement les soldats qui vont avec lui combattre les t payens ; mais à la condition pourtant qu'ils mon-
• treront du repentir.
• Nous vous enjoignons aussi de lui donner le « pieux conseil de se tenir en garde contre les pé-
• cbés mortels, et d'employer tous ses efforts à la « propagation du nom chrétien parmi les infidèles, « afin qu'il mérite de remporter la victoire sur ses « ennemis.
« S'il vous parle en quelque chose de son frère, «le duc Robert, répondez-lui que la porte du par- « don de l'Église romaine est ouverte à tous ceux «qui, conduits par le repentir, abandonnent le «scandale du péché, et désirent retourner d'un •pied inoffensif dans la voie de la vertu.
« Si donc le duc Robert a l'intention d'obéir à la «Sainte Église romaine comme un fils soumis, je «suis prêt à le recevoir avec l'amour d'un père, à «faire justice à sa prière, à briser entièrement «pour lui les chaînes de l'excommunication, et •à le compter parmi les brebis du Seigneur. 'Mais si le duc s'y refuse, il ne pourra pas obtenir
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• du Siège apostolique la permission de commuf nier. • (1)
Le comte Roger accueillit l'archevêque Arnold avec de grande, honneurs, il jura solennellement obéissance au Pape, et reçut l'absolution et la bénédiction apostolique pour lui et ses soldats.
Après sa réconciliation avec le Saint-Siège, R(h ger retourna en Sicile, et mit le siège devant Toar* mina (*2).
Cette ville était très-importante tant par sa position, que par le nombre de ses habitants ; le comte l'entoura de vingt-deux forts, et de fossés remplis de haies et de pierres, tandis que du côté de la mer il l'enveloppait avec ses vaisseaux. Ainsi toute communication avec le dehors était interceptée, et la place ne pouvait recevoir aucun approvisionnement, soit de vivres, soit de munitions.
Taormine ne pouvait être prise que par la famine; le comte le savait; aussi ordonna-t-il de garder les murailles avec la plus grande vigi-
(1) Voir pour le texte latin, les notes à la fin du Tolume^ N« IV.
(2) Taormina, de nos jours Taormine portait sous les Sacrasins le 000 de Tauromanaf Celte ville s^appela sous les Normands Tauromenimi ^^ sons les Aragonais Tabermina*
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lance, et, luî-mêmcj pour que la surveillance fût plus active encore, allait souvent avec quelques-uns des siens, visiter les forts, à travers les précipices d'un mont rocailleux. Quoique la route qu'il suivait, comme le rapporte Pazelle^ fût fermée par des murs, les Sarrasins trouvèrent moyen de s y introduire ; et se glissant ainsi que des reptiles à travers les haies et les broussailles les plus épaisses, ils étaient parvenus à se cacher au milieu d'un petit bois de myrte , dans un passage très-étroit et très-difficile. Aussitôt qu'ils aperçurent le comte, marchant avec confiance à la tête des siens, ils se placèrent à l'extrémité du petit bois, et s élancèrent sur lui ; mais un Breton nommé Evisan, très-dévoué au comte, ayant entendu quelque bruit et vu les myrtes agités, se jeta entre Roger et ses assassins; et le couvrant de son corps comme d'un bouclier, tomba frappé d'un grand nombre de coups, dont neuf étaient mortels. Le dévoûment de ce fidèle soldat sauva la vie au prince normand, car il lui donna le temps de prendre ses armes et de se mettre en état de défense. — Ainsi furent déjoués les lâches projets des meurtriers, écrit M alater ra : et Dieu, qui pénètre seul dans le fond des cœurs, connaissait
les nobles pensées du comlc pour le présent et pour l'avenir, et ne permit pas que les ennemis triomphnssent en celte occasion (1).
Les assassins se précipitèrent dans le fond des ravins pour échapper à la fureur des soldats, mais resserrés entre deux murailles et vigoureusement pressés par les Normands, ils furent presque tous massacrés. Le comte ne put retenir ses larmes en voyant étendu sur la route le corps ensanglanté de son fidèle serviteur, et tint longtemps une des mains d'Evisan serrée dans les deux siennes; puis il le fit transporter au camp avec les plus grands honneurs : et lui-même, tête nue, suivit le funèbre cortège. Il ordonna que des prières publiques et solennelles fussent dites pour le repos de Tàme du soldat breton , et lui fit faire de splendides funérailles.
Le siège se continuait avec énergie et activité, lorsque Ton aperçut en mer quatorze navires, que l'on appelait Galafrès^ appartenant au roi de Tunis; ils s'arrêtèrent devant Taormina , et jetèrent les
(1) Malatcrra, lib. III. c. XV.
Sed cordium solus inspector Deus bonam intenlionem principis în prscedentia sivc subsequentia pcr eum futura bciie priEUOteas. aliter quam ill» moliebanlur rem translulit.
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à peu de distance de la flotte normande, i, dont la plus grande partie de Téquipage îtaît employée sur terre, ne se trouvait pas : de combattre ; aussi le comte ne voulant endre la décision des pirates, fit mettre à la e embarcation, et envoya un de ses capitaîcompagné d'un bon nombre de soldats sai commandant de la flotte dans quel but jeté l'ancre dans le port, qui il était, et lieu il venait , lui demandant s'il se préen ami ou en ennemi. D'après les ordres du le capitaine ajouta, que le plus terrible cbâserait réservé à quiconque tenterait le moinage et la moindre invasion sur les possesîs chrétiens en Sicile. Le chef barbare reçut aine normand avec honneur et bienveillance léclara que jamais il n'avait eu l'intention la moindre descente sur les possessions du mais qu'il parcourait les mers d'après l'édit le Tunis pour en expulser les pirates dont âges étaient infestés. Les Normands leur ofdors tout ce dont ils pourraient avoir besoin îs et en munitions. Ceux-ci acceptèrent avec ûssance cette généreuse proposition, mais
au moment où le lendemain ils se préparaient à envoyer des embarcations vers la flotte du comte, un vent terrible s'éleva suivi d'une pluie violente, et l'orage éclata avec une telle force, que les chaînes des ancres se rompirent, et les navires poussés en pleine mer par un vent furieux, disparurent bientôt, laissant dans le port des débris de mâts rompus et de voiles déchirées.
Malgré les efforts continuels des Normands, la ville résista depuis le commencement du mois de janvierjusqu'au premier jourdu mois d'août, ensuite la famine devint si grande qu'elle fut enfin forcée de se rendre. Le comte malgré la longue résistance des habitants, les traita avec générosité.
La reddition de Taormina, amena celles de plusieurs places fortes. Le comte Roget voyant ainsi le Val-^i-Demona soumis tout entier à sa domination, érigea Trayna en capitale ; et par reconnaissance de la façon miraculeuse dont il avait échappé à la mort, éleva dans cette ville l'église de Santa-Maria^ ou il établit un siège épiscopal arec une riche dotation (1).
(!) Inpeghes^ vol, III. p. 97.
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Mà]gré une si grande étendue de pays ravagée t conquise, toute pensée de révolte ne s'éteignît ids parmi les Sarrasins.
La ville d'j4ci ou Jaci refusa ouvertement de ayer aux chrétiens le tribut qu'elle avait accepée (1).
Cette ville placée sur le revers d'une montagne ride était habitée par treize mille familles sarasines. Le comte de Sicile avant d'en arriver aux ures extrémités d'un siège, chercha par la perualion à faire renlrér les habitants dans le devoir, îs prévenant qu'un joug sévère et inexorable eserait sur eux, s'ils persistaient dans une résissinee inutile et dans une révolte coupable.
Loin d'écouter ces avertissements sages et raioiinables , les haibîtantg n'en devinrent que )Ius insolents et plus décidés à se défendre lisqu'à la dernière extrémité , convaincus que e comte Roger employait ainsi des voies de douceur et de conciliation par l'impossibilité où il était
(1) Maiaierra, fib.ni. eap. XX.
iDcarnati verbi anno 1079 Jacenses jugum nostrae g«ntis abhorrentcs stalùlnm senritlùm et censum persoÏTére retiunlîant.
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de les réduire par la force. — En effet le seul chemin conduisant à Jaci était un sentier étroit, taillé dans le roc et bordé par des précipices à pic; d'un autre côté, la montagne sur le revers de laquelle était bâtie la ville s'étendait en un trop vaste circuitpour qu'il fûtpossible de l'enfermer dans une ceinture de soldats, et de nombreux bestiaux paissaient ainsi en sûreté, protégés contre toute attaque du dehors par les plis avantageux du terrain î outre tous ces avantages, contre lesquels la valeur des assiégeants ne pouvait rien, de grandes cavernes pratiquées dans l'intérieur de la ville , conduisaient dans la campagne par des souterrains cachés et inconnus.
Le comte Roger fortement irrité d'une telle résistance et surtout de la confiance excessive des habitants en eux-mêmes , tenta plusieurs assauts furieux , et s'élançant au-devant de ses soldats , s'exposa aux plus grands périls. Mais quelqu'assurance qu'il montrât extérieurement pour exciter l'énergie des siens j il était trop habitué à cette guerre de ravins et de montagnes, pour ne pas avoir compris dès le premier moment l'impuissance de ses efforts contre une ville placée
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îi qu'un nid d'aîgle au sommet d'un roclier. I ontenta donc de se rendre maître de plusîeur es fortes dans les environs, et d'élever quelque, îresses dans les positions les plus favorables. ;s avoir ainsi établi tout î\ Tentour de la vill garnison qui la tenait sous une rigide surveil e, il parcourut la campagne avec le reste de roupes, ravageant le pays, brftlant les moisson: ^pandant sans pitié la désolation dans les lieu> a veille régnaient encore la fertilité et Talance. Quand les habitants virent au loin les mes de cet immense incendie courir à trala campagne, ils furent saisis d'épouvante, et prirent que les plaines étant ainsi dévastées, iraient tôt ou tard atteints par la famine, et lisans merci à la juste colère du comte. Alors rincîpaux personnages de la ville réunis en conrésolurent d'aller en députation porter les le la ville au prince normand en le suppliant de 2nir en grâce, et d'arrêter une si cruelle détion. — Roger , trop généreux pour se rapleurs refus insolents à travers l'humilité de prière , se contenta de leur imposer des itions qui rendissent impossible toute pen-
tlk HISTOIRE DE LA SiaLE. (i076. — lOtS}.
séc de révolte et de mauvaise foi pour Tavenir. Ce fut à cette époque que le fameux Raymond d'Est, Gille , comte de Toulouse , et marquis de Provence, reclierclia lalliance du comte de Sicile. Ce puissant seigneur envoya des ambassadeurs dmpés de riches présents pour complimenter le comte sur ses liauls faits d'armes, dont la renommée parcourait avec bruit toute l'Europe, et lui demander en mariage, sa flUe nommée Mathilde (!)• Celui^i reçut avec distinction l'ambassade du comte de Toulouse, et accepta joyeusement une si noble et si honorable alliance. Raymond attendait avec impatience le retour de «es envoyés, car la jeune Mathilde était d'une très-grande beauté : aussitôt qu'il reçut la réponse de Roger, il partit avec empressement pour la Sicile , accompagné d'un riche cortège et d'une nombreuse suite de serviteurs chargés de splendides présents pour sa fiancée» Le comte Roger fit tout préparer pour recevoir avec les plus grands honneurs, celui qui portait uq si b^au nom et qui allait entrer dans sa famille. Les noces se fijrent avec une pompe royale , et l'évêque de
(1) La jeune princesse Mathilde était fille de la première femme du Comte deSJcUe,
HISTOIRE DE LA SICILE, (ib1\ - ÎHS). t75
Trayna bénît Tunion des deux époux. — Raymond d'Est après la célébration du mariage resta quelques jours encore en Sicile, et put apprécier par lui-même , l'œuvre immense qui s'accomplissait pour la plus grande splendeur de la religion clirétienne et la gloire de la nation normande. Lorsque le jour du départ fut arrivé, le comte fit équiper ses plus beaux navires, les chargea de riches présents, tant pour son gendre que pour les seigneurs de sa suite, et accompagna jusqu'au rivage sa fille chérie ; bientôt un vent favorable gonflant les voiles, les navires s'éloignèrent rapidement.
Le comte resta debout sur le rivage, jusqu'à ce qu'ils eussent entièrement disparu à l'horizon ; alors il fit de la main un dernier signe d'adieu et retourna à sa vie agitée de fatigues et de com^* bats (i).
Ce fut dans cette même année, rapportent les historiens les plus authentiques et les plus dignes de foi, que le duc Robert se réconcilia avec le Pape Grégoire VU, et fut délivré de l'excommunication
(l) Malaterra, Mb, HT. cap. XXII,
portée contre lui et tous ses adhérents, Tan 1071 (1). Grégoire YII, malgré son orgueil altier et sa volonté inflexible quand il agissait au nom deTÉglise Romaine, devint plus conciliant par le besoin qu'il prévoyait avoir des Normands dans sa guerre avec Henri, roi de Germanie, et depuis Empereur. Le Pape
(J) Il y a quelques dissenliiiîenls entre les historiens sur la date de la réconciliation du duc Robert avec le Pape Grégoire VIL Voici, à ce sujet, la note du critique Pagius, qui a fait des annotations aux annate« eeclémh tiques du cardinal César Baronius.
Pagius , sans cependant s*appuyer sur aucune date positive, ou aacuo acte authentique, prétend que cette ab<!olulion ne fut pas prononcée ea 1080, et il s'appuie sur Lco Ostiensis.
Verum anno MLXXVll Gregorius VII et lioberUis dux fœdus adverikt Henricum rcgem sanxerre^ ut eo Christi anno ostendemus^ ideoque quct Léo Ostiensis citaius de absoluiione Jioberti refert, anno MLXXVlIcont^r gère : ut inox osiendam. Lco iiaque morte Richnrdi etJordanis filii succès sione narratis, subdit; inde interducem Robei'tum ac principem (Jordanvm) orta dissensio est, Princeps enim Gregoriof avens, acceptis a Beneventanii quatuor millibus qtiingentis Byzantiis, castra quœ Dux ad urbis (nempe Beneventi) expugnationem instruxerat destruens, cum omnibus Âpuliit Comiiibus adversus eum conspirât, . . his compertis Desiderius pater (obbas nempe Casinensis et cardinalis) Ducem adiens, eum quœ passi mt rogare institit, Cujus monitis Robertus obiemperanSy pacem eum principe facit. Inde Dux exerciium movens castrum quodmonticulus dieiiur:eefit, et alia itidem castella quinqué belli jure quœsivit, — Interea Desiderius œgerrime ferens Ducem a matris ecclesiœ gremio diutius exulem agi: profectus Romam Gregorium orare ccepit, ut Ducem ab anathemaiis vinr culo solveret, Quod eum impetrasset pacis amator desiderius ad Ducem eum cardinalibus pergens, eum a senientià excommunicaiionis absol' vit.
t, ayant assemblé un concile à Rome avait exuniéTEmpereur Henri, et l'avait même déchu npire, proclamant à sa place, Rodolphe, duc e , dont les Saxons embrassèrent hautement ti. ; — L'empereur Henri, après avoir défait )he dans une sanglante bataille, tint un conlie à Mayence, le 25 juin 1080 et fit procla-
dit ensuite qu^elle fut prouoncée en 1077, et voici les seules [u*il apporte de son assertion. — Barouius, /*** 392. Au/es dePa»
Léo OstiensU qui lib, JJL cap, XLIV, de excommunicatione Ro^ i$,ejusdem absolutione uno tenoreagit, statim cap, Ji'LVciXLVI uœ Gregorittê VU adversus invasores monastcrii Casinensis in Uomano V, anno MLXXVIII, congrcgato statuit^ quœ Baro^ ino num, XXII. et seq. cum co Consilio accurraie alligaty idca excommunicatio Roberti^ quam eju$ abêolutio à Leone cap, iti narrâtes, illum Chrisii annum et Cons, Rom, V prœcesserc, ;iu8 ni Léo Ostiensb n^appuieut d^unc manière sérieuse leur opin*cstqu*unc dissertation sans base positive, elle montre Tbommc - Enidiie Pagius disputât, scd quantum asscqui possum,. non
mjme contemporain place formellement cette absolution en 1080, itus est cum Gregorio Papa ense junio et confirmata fuit ab illo rrra quam habebat, Robertus Dux in Apulid Calabrid et Si-'
dinal Baronius place également cette absolution en 1080. ' katend, Julii Robertus ille Guiscardus quem hactcnus audisti ho. > acabilem Romanœ ecclesiœ, et invasorem bonorumejus, ob idque :odem PontificeîneoncHiis Romœ habiiis excommunicatum sponte se eidcm Gregorio papœ subjecit et ipsiiis et universœ Romanœ defensorem fidelissimum exhibens, prœstitit eidcm juramentum s vcrbis istis secundum formulas consuetas.
S78 HISTOIRR DE LA SiaLE. (1070* — 4085).
mer Antipape sous le nom de Clément, Guibert, archevêque de Ravenne. Ce fut peu de jours après l'élévation de TAntîpape Clément , qu'eut lieu la réconciliation du duc Robert avec le Saînt-Siége (1). Selon Guillaume de la Fouille , Grégoire YII et
Et Baronhiê cite le traité signé par le Pape et Robert dont noiu doimoai * la teneur.
JnvegheSf p. 100, cite Baronius sans commentaires aucun, quoique cet historien se livre d'ordinaire à de longues dissertations et à de con»dendeuses recherches sur les dates qui lui paraissent dcToir être mises en doute.
Tous les historiens qui ne donnent pas de date précise à rabsolutiondu duc Robort, disent seulement que cette absolution fut prononcée sept ans après Texcommonicalion, et il est constant que cette exeommunicationt ainsi que nousTayons dit plus haut, fbt lancée en iOlà*
Malatgrra passe sous silence Texccnnnunication des princes normands.
Nous ayons cm important de présenter le tableau de cette discnssioii fst les dates, pour que Ton puisse juger des raisons qui nous ont fait adopter Tépoque indiquée par le cardinal Baronins^eî parce que cette excommiiBication, lancée contre les princes normands, entièrement déyoués anxintàili et à la gloirede TÉgUse, ainsi qu*à la propagation de la religion chréUesnef nous a semblé un fait sur lequel il n*était pas permis à Thistorien de patttf légèrement.
(i) Jn aetis pontificalibus Gregorti VII, — Baroniuêf p» 39S«^Fi/.l^« Noies de Pagius. — (Traduction,)
Cependant, le vénérable Pontife ayant reçu les ambassadeurs de Rob^ Guiscard, Tillustre chef des Normands, se dirigea vers la Pouille,après l'oC' tave de la Pentecôte, et eut, à Aquino, une conférence avec lui ; ajaot reç* une satisfaction convenable, il le délivra d'abord des chaînes de TexcoHi^ munication, et reçut ensuite son hommage de tidélité; puis, il le déclai^ premier soldat de saint Pierre et lui donna Tinvestiture du duché de ^ Pouiile et de la Calabre par le sceau du siège apostolique.
Je duc Robert eurent une entrevue secrète à Bénëvent.
Quelles furent les promesses du Pontife pour exciter l'ardeur du duc à servir chaudement les intérêts du Saint-Siège ? — Quelles fuient d'un autre côté les espérances ambitieuses de Robert? c'est un fait resté trop obscur pour qu'il soit du domaine de l'historien. Les résultats seuls doivent être mentionnés : d'un côté, ce fut l'entière soumission du prince normand aux volontés du Pape, de l'autre, l'absolution de toutes les excommunications lancées contre le duc, et la nouvelle et éclatante confirmation de l'investiture des terres qu'il possédait et qu'il reconnaissait relever du Saint-Siège. Pour celer d'une manière inviolable ce nouveau pacte de fidélité et de protection, Grégoire VII et le duc Robert signèrent le traité suivant :
Moi Robert, par la grâce de Dieu et de saint Pierre, duc de la PoulUe, de la Calabre et de la Sicile^ je serai à f avenir fidèle à la sainte Église Romaine 9 au Siège Apostolique et à vous^ mon seigneur Grégoire, Pape universel. Je n'assisterai ja-- Mis à aucun conseil^ et je n aurai point de part
280 HISTOIRE DE LA SICILE. (1076. — i085).
à aucune entreprise , ou il s'agirait de vous pare perdre la vie^ ou quelque membre ^ ou'même la liberté. Je ne découvrirai pas volontairement dans le but de vous nuire , le dessein que vous m'aurez confié sous le secret. Je vous aiderai de tout mon pouvoir^ vous et la sainte Eglise Romaine, à garder^ acquérir et défendre les possessions de saint Pierre, enven et contre tous. J'en excepte la partie de la Marche Finnane^ Salerme et Amalptii, dont nous ne sommes pas encore convenus. Je vous viendrai en aide afin que vous puissiez posséder en toute sûreté et honneur le souverain Pontificat , et la terre de saint Pierre que vous avez et que vous devez avoir. Je ne souffrirai pas qu'en la ravage; Je payerai exactement la pension dont je suis redevable, à cause de la terre de saint Pierre que je possède ou que je posséderai. Je la payerai tous les ans suivant nos conventions, le laisse' rai toutes les églises qui seront sous ma don^ination avec leurs possessions en votre pouvoir: je serai leur défenseur, et je témoignerai en tout de ma fidélité à Cégiise Romaine : et si vous ou vos successeurs^ sortez de cette vie avant moi^ suivant les avis que je recevrai des meilleurs Cardinaux, des Clercs et des iMtques de Rome, j'aiderai à faire élire un Pape qui puisse con-
mSTOIRB DE LA SICILE. (i070. — 1085). S6i
erà l^ honneur de saint Pierre. J* observerai toutes mes exactement; je serai fidèle à vousj et à vos iseurs qui me confirmeront la présente investiuevous m'avez accordée.
?£, Grégoire j Pape jje vous donne à vous^ Duc Ro^ l'investiture de la terre que Nicolas et Alexandre TcdécesseurSjde sainte mémoire^ vousont accordée, t à la terre de Salerme, d'Amalphiet la partie Marche Firmane que vous possédez injustement , ?nds patience en considération de la toute-puisde Dieu et de votre bonne volonté, et j'espère quà \ir vous vous conduirez à l'égard de Chonneur de et de saint Pierre, comme il convient; de sorte que mes ne courront aucun danger.
traité fut conclu à Giprani, la troisième ka* ; de juillet.
lelques pressantes que fussent les instances ?ape , le duc ne put cependant pas lui venir ide pour le présent dans sa querelle avec Fémur d'Allemagne, ayant lui même fait de trèsds préparatifs pour une expédition sérieuse en
SSt HISTOIRE DB LA SiaLK. (i07«. ^ Î%U^
Orient : mais il promit aussitôt son retour de senir chaudement les intérêts de l'Église*
Le duc se dirigea donc vers TOrient pour tcû* ger son gendre Constantin, ûls de l'empereur Michel.
Le comte Roger, de son côté, s'était vu contraint de quitter la Sicile pour étouffer, dès leur naissance, les desseins ambitieux d'Angelmar. Ce seigneur, par suite de son mariage avec la veuve de Serlon, avait reçu en possession une partie de la terre de Geraci ; comptant sur l'assistance des habitants , pour la plupart Grecs , Angelmar fomentait des projets d'usurpation dont Roger ne voulut même pas supporter la première pensée.
Avant de retourner en Calabre, le comte de Sicile avait laissé pour commandant, à Catane,un Sarrasin appelé Bencimenj selon Malaterra, ou C^comrn^sdon Fazelle. — Le caractère des nobles âmes est de ne jamais soupçonner la trahison et la lâcheté, et d'admettre difficilement la pensée du mal dans les autre g, parce que cette pensée révolte en eux des sentiments d'honneur et de loyauté. Aussi k comte, se souvenant trop en cette circonstance de la fidélité avec laquelle le Sarrasin Benhumen h"
HISTOIRE DE LA 8ICILE. (1076. — i(M.) SU
rait servi, avait-il entière confiance dans cet aure Sarrasin Bencimen, dont il avait reçu solentellement les serments de dévoùment et de fidélité. laîs rÉmir sarrasin Benarvet, prince de Syracuse t de Noto, comme nous l'avons mentionné précéemment, n'attendait que le départ du comte pour ntourer de paroles artificieuses le commandant de latane , et chercher à le séduire par de brillantes Tomesses. Benarvet était d'une nature perfide et usée ; aucune pensée mauvaise ne le trouvait ndécis; habitué à la trahison, et faisant une rertu, pour ainsi dire, de la déloyauté, il connaissait mieux sa race que ne le faisait le prince normand. Il savait quelles racines profondes ses paroles et ses promesses laisseraient dans le cœur de Bcncimen. Actif et infatigable dans ses projets, il le fit circonvenir de toutes parts et presser par des sollicitations de toute nature , laissant briller devant ses regards ambitieux les plus grands honneurs, les plus riches possessions. — Bencimen n'eut pas la force d'y résister, et parjure à ses serments, traître à la foi jurée, il promit de livrer la ville de Catane à l'Émir; Benarvet était à la fois trop audacieux et trop rusé , pour ne pas organiser
facilement les moyens d'accomplir cette trahison projetée. 11 combina un plan par lequel la ville entière tombait en son pouvoir sans coup férir.
Voici quel était ce plan ; — pendant la nuit, les troupes de Benarvet, divisées en plusieurs corps, devaient se rendre secrètement par des chemins détournés, aux différentes portes de la ville. Sur un signal donné, Bencimen ouvrait les portes de Catane aux troupes de l'Émir , qui entrant ainsi sur plusieurs points à la fois , rendait inutile toute tentative de défense de la part des chrétiens.
Bencimen, sous l'influence des fascinations de Benarvet, accepta sans opposition; et la ville, trahie et livrée par celui qui aurait dû la défendre, retomba une seconde fois au pouvoir des Sarrasins (1).
Jordan, avait le commandement de l'île en l'absence du comte Roger son père ; il ne tarda pas à
(4) Malaierra. L. III. c. XXX.
Paganus verô nominis sui competcns imilator, avaritia cœcatus,Bdei, sacraiDcntorumque , quœ comiU dederat oblilus, infra urbem illum cuin maxima muUitudine suorum fraudulcnter de nocte accipiens , traditions nomen sibi perpctualiter vindicavit
rendre la trahison du commandant de Gatane ; e pouvant supporter la pensée de voir les Sarra-
rentrer en possession d'un des points împors de la Sicile , il rassembla ses troupes à la î, et accompagné de Robert Surdavallus, et ias Cartamensis , sarrasin converti à la foi îtienne (1 ), il marcha sur Gatane. Les esis que l'artificieux Benarvet entretenait avec
grande activité, lui apprirent l'arrivée des ipes de Jordan. Il attendait cette rencontre c; impatience ; car il savait l'armée des Normands iblieparl'absence du comteet parles nombreuses iiisonsrépanduesdansrintérieur des terres. Il se para donc avec joie au combat, annonçant à ses dtaines que le jour était enfin venu de punir l'inence et l'usurpation des Normands. — Les Sarins avaient une grande confiance dans Benart, dont le courage et les talents militaires leur iient connus ; aussi prirent-ils les armes avec la rtitude de la victoire, et allèrent se ranger en
(1) Ce Sarrasin converti, ayant été pris par les infidèles, près de Castrooranni, aima mieux subir la mort que de renoncer à la foi de Jésus-Clirist, ^ rentrer dans la religion de Mahomet Sierra. L. III. c XXX. — Buffier. — Burigny.
M6 HISTOIRE DE LA SlCiLE. (1076. — 4M9).
ordre de bataille dans une plaine en dehors de la ville.
Certes, l'armée de Benarvct, était bien capable de justifier cette confiance et cette conviction du succès. Les fantassins, au nombre de vingt mille, formaient l'aile droite ; et devaient soutenir le premier choc des Normands; les cavaliers tenaient l'aile gauche, attendant l'ennemi, et prêts à secourir les fantassins dans le cas où ceux-ci viendraient à faiblir ( 1 ).
Bientôt, sur le haut d une colline. Ton vit apparaître l'armée de Jordan, marchant en bon ordre et s'avançant vers la plaine où Benarvet avait pris son campement. Lorsque les Normands furent proche des Sarrrasins , ils s'arrêtèrent pour régler leurs dispositions de bataille. Us étaient trop habitués depuis longtemps à combattre des ennemis toujours supérieurs en nombre, pour que la vue de
{i)Malaterra. L. îlh c. XXX.
Pedibus quidem usque ad vîgenli millia dextro latere suo in occursum hostium paulisper anteponcns, ipse cum equcstri legione in sinistro cornu fiius manens, liostes prxslolatur. Nostri autem cùm ccnlum sexaginta tantiim modo milites essent, nil remorati, certamen, Déum invoeantes ineunt. 7ertio que super pedites impetu facto cùm immobiliter persistentes D^ 1ère nequeunt, déclinantes eos , super équités irruant fortiterqae congi*dieptes muUa strage iadh, tn fugam yertunt.
mVTOIM M LA tlCILE« (1076« -• iftS). 187
cette multitude formidable les rendit craintifs ou indécis. Jordan, d'un coup-d'œil rapide et exercé, examina d'abord la position de Tennemi, le terrain 5ur lequel allait se livrer le combat, et les différents chemins qui y aboutissaient, afin d'éviter :oute surprise et toute embûche de la part de Benarvet. 11 forma de sa troupe deux légions; 3t la première , après s'être agenouillée pour demander à Dieu aide et protection, se précipita avec des cris de j<»ie et de valeur contre les Sarrasins. Les infidèles, dans leur immobilité, semblaient un mur bardé de fer ; les soldats chrétiens vinrent s'y briser sans pouvoir l'entamer dans aucune partie. La lutte fut terrible et acharnée ; trois fois les Normands reprirent du terrain et s'élancèrent sur cet ennemi inébranlable ; trois fois ils furent repoussés. Leurs vaillantes épées étaient teintes de sang, et quelques-uns des leurs frappés de larges et cruelles blessures, combattaient encore, plus avec leur courage qu'avec leurs forces.
Jordan s'était pUcé suruneéminence afin de suivie et 4^ diriger le combat; il comprit que les siens Valent trop faibles en nombre pour pouvoir entamei l^g Sarrasins, et que ceux-oi, plus habiles ^t
plus exercés dans l'art de la guerre, combattaient avec régularité. Alors il changea son plan de ba- | taille, et faisant cesser ces attaques inutiles et san- ; glantes, commanda au contraire à ses soldats de j lâcher pied peu à peu , tandis qu'il attaquerait ^ d'un autre côté la cavalerie sarrasine : puis il se mit j à la tète de la seconde légion et fondit sur les en- . nemis avec de grands cris. — Les Normands avaient j reçu Tordre de frapper surtout les chevaux; ceux-ci effrayés ou furieux de douleurs, se roulaient à terre et méconnaissaient le frein de leur cavaliers. Bientôt le désordre fut dans les rangs ; les Normands redoublèrent d'énergie et d'impétuosité. Alors Benarvet ébranla ses fantassins pour venir au secours de la cavalerie désorganisée. Les Chrétiens attendaient ce moment avec impatience ; ceux qui avaient reçu l'ordre de lâcher pied, pour ne pas s'épuiser dans une lutte inégale , regagnèrent du terrain, aussitôt qu'ils virent les fantassins se mettre en marche, et s'élancèrent sur eux.
Les Sarrasins ne sachant ce qu'ils devaient faire, ou se défendre contre ceux qui les attaquaient, ou marcher au secours des cavaliers , n'obéirent plus à cette même unité d'action et de pensée.
BISTOIRE DE LA SfQLE. (1070. — 1085). S8f
incipale force. Il en résulta parmi eux, une confusion. Loin de porter secours aux cava- \ Tinrent au contraire augmenter le désordre êlée, Benarvet, plein de courage et d'audace, tait encore à la tête des siens, cherchant à les r par son exemple, et à rétablir l'ordre du . — Vains efforts! tentatives impuissantes! les is n'obéissaient plus à la voix de leur chef, battaient encore seulement avec cet instinct qui fait lutter jusqu'au dernier moment coniort(4).
nret était trop habile dans l'art de la guerre : pas voir l'impossibilité de rallier ses soldats; tourna bride , et jetant un dernier regard ornent et de morne tristesse sur cette victoire lérée qui lui échappait encore , il regagna la ic un bon nombre des siens. Les fantassins , fuite ne pouvait être aussi rapide que celle aliers, furent horriblement maltraités; et ;s-uns «eulement purent arriver à Gatane, iroir laissé un grand nombre des leurs sur la l'autres dispersés dans la plaine, cachés dans
llditerr8,lib,UI.c.XXX.
iH HISTOIRE DE LA SICILE. (4070. — I0B5).
les ravins ou sur le haut des montagnes, attendirent la nuit pour chercher silencieusement un refuge dans quelques places appartenant encore aux Sarrasins. Bencimen était parvenu à regagner Catane à la suite de Benarvet. Jordan se garda hien de poursuivre Tennemi ; et l'enivrement de la victoire ne lui fit pas oublier qu'il avait pris les armes, non pour livrer bataille aux Infidèles, mais pour leur enlever Catane dont ils s'étaient traîtreusement rendus maîtres. Il les laissa donc en déroute errer dans les campagnes , et vînt placer ses tentes sous les murs mêmes de la ville ; ne doutant pas que la défaite des Barbares eut répandu la terreur dans tous lèses* prits, il commanda immédiatement l'assaut et fit battre vivement les murailles, — Les soldats, lais* ses à la garde de la ville, étaient loin de s'attendre à cette attaque soudaine. Benarvet, lui-même, avait une si grande confiance dans le résultat de la bataille, qu'il n'avait point organisé les moyen» de défense en cas de sicgc. Les murailles étaient dégarnies, et la désolation et l'abattement remplaçaient le courage dans le cœur des combattants. Aussitôt son retour dans la ville, l'Émirsarrasin parcourut les rues pour se rendre un compte exact de sa position
HISTOIRE DE LÀ SiaLE. (1076. <- tOI5). SM
et de ses ressources ; voyant qu'il lui serait impossible de soutenir un siège, il fit porter un bon nombre de k)ldats vers les remparts , du côté où les Normands i?aient commencé Tattaque, afin de les arrêter au noins jusqu'à la nuit, et gagner le temps nécesaire aux préparatifs de sa fuite.
Ainsi, pendant que les Normands, ayant Jordan i leur tête, rentraient triomphalement dans la ville leCatane, Benarvet et le lâche Bencimen, profitant le» ombres de là nuit, fuyaient honteusement vers îyracuse.
C'est ainsi que Catane, perdue par trahison, renia au pouvoir des chrétiens (l).Dîeu voulut en cette nrconstànce donner un exemple terrible et solenlel à ceux qui eussent été désireux d'imiter Bencimen, en trahissant leurs serments et en violant la M jurée.
Aussitôt qu'il fut à Syracuse, cet homme perfide et infidèle, se présenta devant Benarvet pour lui demander la réalisation de ses promesses et le prix de sa trahison.
(1) Maiaterra, lib. llh c XXX, ^ 585.
M Benanret Tero clam de nocte urbc dîgrediens cum pagano traditore ^S^enB Syracusis se recepit, 5ic que urbs a nostrîs recuperatar.
nS HISTOIRE DE LA SICILE. (i076. ^ i085>
• Que viens-tu chercher ici ? répondit Benarvet, traître à la foi que tu avais jurée, tu trahirais les Sarrasins tes frères, comme tu as trahi les chrétiens. Tu me demandes des honneurs et des richesses, je te dois ce que mérite un traître. »
Et avant que Bencimen terrifié sous le coup de cette réponse inattendue eût fait un mouvement, Benarvet le frappa d'un coup de poignard dans la poitrine (1). Bencimen ne jeta même pas un cri et tomba ; un instant encore il se roula dans les de^ nières convulsions qui séparent la vie de la mort. Benarvet le regarda froidement et poussant ensuite avec mépris le cadavre du pied, il s'éloigna.
La défaite de l'Émir et la prise de Catane si subitement reconquise par les chrétiens, terrifièrent les Infidèles.
Le comte ne tarda pas à revenir en Sicile, et aussitôt à son retour entreprit de fortifier et d'embellir Messine. Regardant à bon droit cette cité, comme la clé de toute la Sicile , il voulut la rendre
(1) Fatetle, lib. VII. — Buffier^ — Anonymus Cassinensis, Malaterra, lib. HI. c. XXX.
Paganus Iradilor a Benarvet, ne Sjracusam, sicut Catanam fecerat|W" dat, dum prsmla pollicila requirît, truncatur.
i la fois florissante et inexpugnable ; aussi il y éta- Jît sa résidence et commença à élever des tours l des châteaux-forts sur les points les plus imporints. Il fit venir de Calabre des hommes habiles t leur donna la direction des travaux ainsi que i surveillance sur les ouvriers : lui-même venait ès-souvent apprécier par ses propres yeux la marte progressive des ouvrages entrepris, et encouiger les travailleurs par des récompenses et de bieneillantes paroles.
Chacun dans le ressort de sa capacité, déploya me si grande activité, qu'en un très-court espace le temps , on vit s'élever des tours d'une proportion ?gantesque et la ville fut /entourée de nouveaux et olides remparts , principalement du côté de la maîne, — le comte fit aussi construire une forteresse I la pointe de l'arc que décrit la rivière , dans l'en- Iroit où fut édifiée plus tard l'église de San-Salvatore iTec le couvent des moines de Saint-Basile qui en ■ait partie.
(!) Patelle, Ihr. VII, p. 647.
ETadorno di nuove muraglic e di nuoTÎ forlî, e snassime di versola ma- 'inai e fece il tutto da fondaroenti. Fece far anchora ana fortezza alla pie- [Slura del lito, cioé alla puula deir arco^dclla riviera dove fu fabricata iDchora la chîcsa di san sahadore coa convento dove stavano i monarchi UsiQ Basilio, cli*é ccogiuDto a delta cbiesa.
m HISTOIRE DE LA SICILE. (i076, — 1085).
Il fit bâtir aussi dans le même temps une superbe église qui fut appelée, église deSaint-^Nicolas^ et dans laquelle il déploya une grande magnificence; il y attacha des revenus considérables, voulant que les monuments élevés à la propagation de la foi chrétienne et destinés au service divin, dépassassent tous les autres en splendeur et en richesse. —C'était ainsi qu'ils cel* lait du cachet inaltérable de la religion chacun de ses pas sur cette terre souillée si longtemps par l'impiété des païens ; c'est ainsi que dans sa foi , grande et profonde, même avant la domination des hommes qui conquéraient pied à pied cette terre arrosée de leur sang, il établissait la domination du Christ. --U érigea la nouvelle église. de Saint-Nicolas^ en cathédrale après l'avoir réunie toutefois à celle de Trayna, dont Robert, son parent était évêque; mais le siège épiscopal fut transféré à Messine. (1).
Le comte ne put rester en Sicile aussi longtemps qu*il le désirait ; il fut mandé par son frère, le duc Robert, pour marcher de concert avec lui contre Jourdain, comte d'Averse, qui, ayant pris parti pout
(1) Malaterra. U Hl. c XXXIL
l'eœpereur Henri, contre le Pape, tenait la campa* pe avec une forte armée.
Le duc avait des motifs antérieurs de mécontentement contre Jourdain , et était trop enchanté de cette occasion pour la laisser échapper ; il résolut donc de ravager les terres du comte d'Averse» et déporter la désolation et la misère dans toute retendue de ses domaines, en détruisant les moissons qui étaient très-abondantes (!)•
Le comte Roger partit pour aîc^er son frère dans cette expédition, et douna à son fils Jordan , ainsi ([u*il en avait Thabitude, le gouvernement de Tîle pendant son absence.
La volonté de Dieu ne laisse jamais une existence quelque brillante qu'elle soit, sans Tabreuver de cruelles amertumes, comme pour rappeler au milieu des grandeurs et des triomphes, le triste souvenir de la fragilité humaine; aussi le ciel réservait au comte un coup plus terrible que celui dont il l'avait frappé par la mort de Serlon et celle d'Hugon. —
(1) Mttlatetra, Kv. IlL c XXXV,
Porro dtix fratre Comité à Sicilia arccssito admoto plorimo exercitu, ''P^ Jordanam nepotem sanno principem Avers» messes vastatam vadit.
hffer,^parU 2. p. 88.
Ce fut l'ingratitude de Jordan, son fils naturel;— car il l'avait toujours comblé de bontés, et lui avait donné dans son cœur et dans sa maison une place plus grande que n'avait droit d'en espérer un fils illégitime (1). Les larmes versées sur une tombe sont moins amères que ces cruels désenchantements des affections les plus chères et les plus saintes.
Égarépardemauvais conseils, poussé peut-être par une ambition aveugle, Jordan, sans se rappeler qu'il devait^ aux seules bontés du comte, une position élevée et brillante, rêva des projets insensés de révolte, et voulut se servir de cette puissance qui lui avait été si fénéreusement octroyée, pour trahirson bienfaiteur. L'absence de Roger lui offrait une occasion favorable. — De concert avec quelques jeunes seigneurs attachés à sa personne il médita une rébellion contre son père, et attira dans ses coupables projets, par l'appât de riches récompenses, plusieurs
(1) Jnveghesn Palermo no6ife, vol. JJL An, 1082. (trad.)
Ce Jordan fut fils bâtard du Comte , comme Texplique très-daîremei^^ Malaierra, — Erat auiem Jordanus ex concubind, tamen magnm tif^ animi et corporis ctmagnarum rerum glorîœ, seu domînationis apeiit(^ ^ C^est pourquoi je ne puis comprendre comment Pyrrhus peutTavoir d^ claréfils légitime du comte, et reprendre MauroU qui Tavait appelé b^ tard.
hommes aussi ambitieux que lui ; car ceux hissent leurs serments ne savent pas que les le la trahison sont brillants aux regards» mais s aux mains qui veulent les toucher.
;omte de Sicile, en investissant Jordan du mdement en chef, avait ordonné qu'on lui ^n toutes circonstances comme à lui-même, celui-ci eut son plan bien sûrement arrêté , ita de la noble confiance du comte pour )mettre à leur insu un grand nombre de capitaines qui exécutèrent ses ordres , sans er à s'en rendre compte, tant était loin d'eux ée d'une aussi ingrate trahison. — Cependant rent par soupçonner la vérité , et sans oser erune accusation positive, ils se consultèrent iix et murmurèrent sourdement. — Jordan vit :ait temps de parler à voix haute et à visage ert; il les réunit donc en un conseil secret, déclara nettement ses espérances et ses pro- - Cette révélation frappa tous les assistants nuette stupéfaction ; mais Jordan , par un ipératif , arrêta les paroles que plusieurs d'enallaient prononcer.
n'ai besoin ni de conseils, ni de remontran-
SM HISTOIRE DB LA SICILE. (iO70. ^ iOfift).
ces, leur dit-il ; ce que j'ai résolu , je le ferai, parce que je veux le faire. •
Et comme il voyait que les plus vieux et les plus valeureux capitaines sur l'assistance desquels il avait compté, se levaient silencieusement et allaient se retirer, il s'écria :
c Aucun de vous ici n'a plus le droit ni la possi^ bilité de s'éloigner; que vous me suiviez, que vous partiez, vous êtes tous mes complices ! •
Alors il déploya à leurs yeux le réseau d'artifices dans lequel il les avait enveloppés à leur insu, leur démontrant que par leurs actions ils étaients entrés involontairement dans sa pensée de révolte, et qu'au point où ils en étaient arrivés, ils avaient tout à craindre en se séparant de lui, tout à espérer au contraire s'ils lui donnaient franchement aide et assissistance. — L'ambition aveuglait le malheureux Jordan au point de lui inspirer ce triste raisonnement puisé dans la déloyauté la plus astucieuse.
« Ces serments que vous avez faits à mon père, vous ne les violez nullement en cette circonstance, leur disait-il, et nul ne peut trouver à vous condamner, puisque le comte Roger en partant vous a donné ordre d'obéir à tous mes commandements.
HISTOIRE DE LÀ SIGLE, (i076. — 1086). NO
—C'est moi qui vous ordonne d'agir ainsi, j'assume donc sur moi seul la responsabilité entière de cette action (1). •
Joignant à ces paroles de brillantes promesses , Jordan attira dans son parti un grand nombre de hauts seigneurs. — Il se mit aussitôt à leur tête , livra au pillage toute la province, et s'empara des châteaux-forts de Mistreta et de Saint-MarCj puis il se dirigea en toute bâte sur Trayna où Roger avait laissé de grandes ricbesses ; mais les habitants de cette ville, fidèles au comte, prirent tous les armes jusqu'au dernier et combattirent avec ce noble courage que donne le dévoûment et l'affection. L'audacieux usurpateur fut repoussé loin des murs de Trayna et contraint, après d'inutiles efforts à abandonner la place.
Le comte de Sicile ne tarda pas à apprendre l'indigne conduite de Jordan ; longtemps il refusa de
(1) Malaterra, liv. III, c. XXXVI.
Quibus quisque talibus assenlire renitcns improbè bortator, ne fîdem da- ^meoUri Tclit. Sacramenla patri exhibila iu hoc salva fore, quod profiascens quidquid Jordanus veilel, \ci praîciperet, omnibus obedire debere w«pera?eret.
Burigny, vol. I, p. AOA.
Fazellej liv. VII, p. 647.
^fcr, p. 3, ^ iâO.
aOO HISTOIRE DE LA SICILE. (1076. — 1085),
croire celui qui lui apportait ce triste message, et se fit répéter plusieurs fois les mêmes paroles , pour qu elles pussent entrer à la fois dans son cœur et dans sa pensée. ~ Quand le doute devint impossible , il fut écrasé sous le poids d'une si noire ingratitude, et, levant ses deux mains vers le ciel, il ne prononça que ces seuls mots :
« Seigneur! Seigneur! •
Mais il y avait dans cette exclamation plus de désolation et de douleur que dans de longues et énergiques paroles.
Le comte ordonna tout pour son départ; et, pendant les préparatifs auxquels il assista morne et silencieux, nul n osa lui parler, ou rapprocher.— Au milieu de la nuit il quitta le comté d'Averse, et retourna en Sicile. — Ce fut un long et triste voyage.
A son arrivée, Roger dissimula son affliction et son ressentiment, s'cfforçant au contraire de rendre son visage calme et serein , pour cacher l'orage qui grondait en lui; car il craignait que Jordan n'allât chercher un refuge chez les Sarrasins, qui n'étaient pas encore entièrement expulsés de l'Ile. Aussi fit-i* savoir à tous qu'il rentrait en Sicile grandement at^
triste de la conduite de son fils, mais plein d'indulgence et de pardon pour une erreur inspirée plutôt par la fougue de la jeunesse que par l'ingratitude du cœur.
Jordan, de son côté, regrettait déjà ces rêves insensés de rébellion, dont les seuls résultats avaient été de le couvrir de honte, et de lui aliéner le cœur de son père. Aussi apprit-il avec une extrême joie la clémence du comte à son égard; il n'hésita pas un instant, et, sans prendre souci des seigneurs entraînés malgré eux dans une révolte impossible, sans s'inquiéter de tant d'existences compromises et peutêtre perdues par sa faute, il alla avec le plus grand repentir se jeter aux pieds de son père.
Le comte le reçut avec un visage joyeux en apparence, le releva, et lui dit qu'il oubliait ce qui 8'était passé.
Le jeune capitaine, rempli de joie, remercia son père; mais quand le comte fut seul, alors" tomba ce masque de tranquillité et de clémence dont il avait couvert son visage. — Il fallait étouffer dans l'avenir de semblables projets, et surtout terrifier ceux qui seraient tentés d'imiter Jordan ou ses complices , en frappant les coupables d'un terrible
châtiment, et les traitant sans pitié comme le méritaient des traîtres et félons.
Aussi, après avoir pendant quelques jours laissé renaître la confiance en eux, il manda les douze principaux fauteurs de la révolte, sous prétexte de service auprès de sa personne; aussitôt qu'ils furent arrivés il les fit charger de fers et conduire dans une salle où un homme les attendait. — Cet homme était le bourreau ; et , malgré leurs supplications et leurs prières, le comte de Sicile, inexorable dansson juste ressentiment, leur fit crever les yeux.
Jordan arriva bientôt, ignorant ce qui s'était passé; car Roger avait pris soin qu'aucun bruit ne transpirât au dehors. Dès qu'il fut entré dans le palais, demandant à parlera son père, on l'introduisît dans la salle où les douze seigneurs avaient été livrés au bourreau. Le comte était assis, entouré des plus illustres gentilshommes de son armée. Son visage était si froid et si sévère, l'expression de ses yeiix si farouche, qu'avant même d'avoir aperçu les mal* heureux suppliciés, Jordan fut saisi d'un sentiment d'indicible terreur, et ne put faire un pas vers le comte.
Roger lui fit signe d'approcher, et les gardes s'é-
mSTOIRe DE LA SICILE. (4f7e. — tOM). IdS
tant écartés, il lui montra les douze gentilshommes, dont les visages ensanglantés n'attestaient que trop rhorrible supplice qu'ils venaient de subir.
« Ceux qui faussent leurs serments et leur foi ne sont plus dignes de voir le soleil , dit Roger d'une eoix retentissante. Jordan , vous avez trahi l'affection de votre père et la foi que vous lui aviez jurée ; vous avez îigi comme un traître, soyez puni comme ces traîtres! •
Jordan tomba à genoux, mais le comte détourna les yeux, et fit un signe aux gardes qui attendaient. Ceux-ci, sans prononcer un mot, dépouillèrent Jordan de ses vêtements , et lui attachèrent les mains derrière le dos. Le malheureux jeune homme vit bien qu'il n'y avait plus d'espoir de fléchir la colère de son père, alors il rassembla ses forces et sa résignation, et suivit d'un pas ferme le bourreau. Mais les seigneurs qui entouraient le comte le supjouèrent tant, en lui montrant l'extrême jeunesse de Jordan, et en lui rappelant sa conduite passée si dévouée et si glorieuse, que Roger consentit à lui pardonner. Il lui rendit, sinon intérieurement, du ^oins publiquement, sa confiance et son estime.
Geoffroy Malaterra rapporte ce fait dans de grands
90â HISTOIRE DE LA SICILE. (1076. — 108&)
détails et prétend que le comte de Sicile s'était entendu d'avance avec les seigneurs, pour donnera Jordan cette sévère leçon.
• Car, dit-il, la discipline et la rigueur delà jus- «tice sont unies ù la clémence; ainsi qu'il est dit
• dans les saints psaumes, la vérité et la miséricorde
• sont allées au- devant Tune de l'autre, la justice et
• la paix se sont embrassées. C'est pour cela que le
• père, prévoyant ainsi qu'un sage médecin, terri-
• fia son fils par l'exemple d'une si grande sévérité, fc pour qu'il s'éloignât à jamais de la corruption du
• vice (1). »
D'autres historiens également dignes de foi, mentionnent l'intercession des genlilhommes , mais ne parlent point de cette circonstance.
Après ce triste épisode de rébellion, le comteRoger persévérant dans sa volonté et inaccessible au doute ou à la crainte, continua l'œuvre laborieuse qu'il avait entrepris. Sa foi chrétienne, sa fermeté, son courage accomplissaient l'expulsion des Barbares et l'affer-
Malaterra, liv. III, cap. XXXVI.
Nam disciplina et rigor justitis cuni pace communionem habent, Psal* mista attestante, qui ait : mîsericordia et veritas obviaverunt 8ibi,jusiiti(i et pax osculatœ sunt, Unde et providus pater ut sapiens medicus, banc ipsum fiiium suum, ut o provitate compesceret, tanto rigore territuD at' triTit.
ijssemenl de la domina lion chrétienne en Sicile. î duc Robert, de son cAté , étendait en Orient r de brillantes conquêtes la gloire du nom norind. Après avoir réduit à l'obéissance les seigneurs iclles, délivré lePape assiégé jusque dans la ville nte, et remporté de nombreuses victoires sur les aées de l'empereur d'Allemagne, il résolut de rerner en Orient où était resté son fils Boliémond ; is l'hiver s'annonçait avec une grande rigueur, 'expédition fut heureusement ajournée ; car il léclara, à la suite des mauvais temps, une telle ruption dans l'air, qu'une maladie contagieuse rça dans l'armée de grands ravages. Bohémond même ne put échapper à ce terrible fléau, et se tit si violemment attaqué, qu'il se fit transporter Italie, espérant que la bonté du climat et l'air ' qu'on y respirait le rendrait à la vie et à la ité.
(Foîcl ce que rappporte au sujet de cette mala- Ordericuê VUalii , historien normand fort an- D(l):
i) Parmi le petit nombre d'historiens qui ont écrit la yie de Robert Guis- 1) Orémcu* Vitali$ est le senl qui entre dans de grands détails et sur I. 20
408 mStOtftE tm LA SltilLË. (1076. ^ 1Ô85.)
« Sîgclgaïte , épouse de Robert Gulscard , avait « uûe profonde avctslod pour Bohémond, fih d'un • autre lit, à cause de la grande affectîoti et deTesf tînie que le duc avait pour lui , car elle craignait ■ qiie ce prince, dont la réputation et le reiioifi t guerrier étaient si éclatants , éloignât Robert
la maladie de Bokémond, et sur la mort du duc Robert Guiscard. Les autres citent seulement les dates de ces deux faits. Leà écrivains qiii Se sont occupés I depuis celle époque, de Tbistoire de Sicile , ont tous pris {HNir base fondamentale de leur histoire les chroniques de Malaterra^ et ont oteis du révoqué ^ti doute tous les détails non relsltés datis dette hittoin! contemporaine. Cette exclusion, presque complète des autres âocumeots, nous parait un tort. — Certes le moine Geoffroy Malaterra a fait, sor cette époque si éloignée, lé traYail le plus détaillé et le plus intéressant qui existe ; mais il ne faut pas oublier non plus que ces chroniques sont un long panégyrique de Aoberi GUi^al-d êi de Hogéi*« et le récit, toujours louatigeif, de leurs exploitSf soit en Sicile, soit en Pouille, soit en Calabre, soit dans tout le reste de i*Italie. On ne doit donc pas espérer de cet écriYain un jugement j ni même tiii récit impartial des faits qui se sont pa^S| et il fiiutie rappeler que ce moine, historiographe des princes normands, ne pouvait retracer dans 8Cft écHt^ dés ftdts qui n'étdient lil fi k gloire i fit àTlioll' neur des princes dont il chantait les hauts faits. Ainsi , bien souyent M trouve des lacunes positives et incontestables. Le ^ence de Malattrra ne serait donc pas pour nous une raison de repousser le récit ù^Orderxùà f^ talis; presque tous les historiens en parlent, plusieurs en le traitant de fable, mais ces mêmes historiens s'appuient plus tard, pour la validité et ^authenticité d'autres faits importants, sur te même écrivain , dont ils seriiblenl en celte Oèbasloh révoquer eti doute U vél-hé hiitfttiqtie.
Les autres chroniques, étant presque toutes des histoires générales, ne sont pas entrées dans des détails sans importance pour les autetut ({ui l'occupaient beaucoup plus des faits que des personnes,
Guillaume de Malmisbury raconte ces faits dans le sens é^Oréerim Fi* tàWi. Celte métaé acéusatiota d'empoisbunetticnt ké trbliVè âUkài <ilitui ^ ié Ed^eden^ {). ÏIO, -« et hàn Èràmpton, p. 1010 H 4319;
HISTOIRB DE LA 8IGILB. (1078. — 1088.) H1
iGuiscard de son autre fds Roger» dont elle était la imère, et que celui-ci ne fût dépossédé après la •mort du duc des duchés de Fouille et de Galabre, I quîluî revenaient par droit d'hérédité. Ayant appris ilamaladie de Bohémond et son arrivée en Italie, la • duchesse, poussée par l'ambition et aussi par ses < craintes exagérées sur Tavenir de son fils, envoya «une potion empoisonnée aux docteurs psalermi- I tains, parmi lesquels elle avait été élevée, et qui «lui avaient appris à distinguer les plantes véné- «neuses des plantes salutaires. En recevant ce breu- (Tage, ceux-ci comprirent la pensée cachée de ce «message , et portèrent la boisson mortelle à I Bohémond, qu'ils étaient chargés de guérir.
( A peine le jeune prince Teut-il avalée, que les «symptômes les plus terribles se manifestèrent « aussitôt ; Bohémond comprit au froid mortel qui ■ lui parcourait les veines que sa mort était proche; «et le fit savoir à son père. Le duc, auquel n'avait « point échappé Ta version de Sîgelgaïte pourBohé*
ToDt en ne nons prononçant pas sur la question du plus ou motus dt fol 9Be Ton doÎTO ajouter aux assenions de Thistorien normand, nous ayons P^ que le récit d'Ordericus Vitalis, tant sur la maladie de Boliémond ^ W la mort de Robert Gulscard, ne serait pas lu sans intérêt; aussi ^08 le rapportons dans ses principales parties.
t mond, à la vue des souffrances si rapides et si
• subites de son fils chéri, soupçonna quelque
• mauvaise action. Aussi , il fit venir Sigelgaïte en
• sa présence, et d'un accent plein de tristesse, il c lui parla ainsi :
t Le noble Buhémond vît-il encore?
• Je l'ignore, seigneur, répondit celle-ci.
f Que l'on m'apporte, reprit le duc , le texte du f Saint-Évangile et une épée.
• Lorsqu'on eut déposé devant lui ce qu'il avait
• demandé, il congédia d'un geste tous les assisf tants, et quand il fut seul avec la duchesse, fl f prit l'épée et la posant en signe de serment sur « le livre saint :
f Écoute, Sigelgaïte, reprit-il, je jure par ce Saint-
• Évangile que si mon fils Bohémond trépasse parla € maladie dont il est frappé maintenant, je te tuerai € avec cette épée que voici.
« Cette terrible menace et le visage froid et résolu ff du duc épouvantèrent à un tel point Sigelgaïte, c qu'elle prépara aussitôt en secret un salutaire anf tidote et l'envoya en toute hâte à Salerne aux f médecins qui avaient donné à Bohémond la fatale
HISTOIRE DE LA SICILE. (1076. — i085.) 809
«boisson, les avertissant du danger qu'elle courait telles suppliant avec de grandes prières de sau- • ver le malade. Ceux-ci voyant que leur crime f était découvert et craignant pour eux-mêmes la « colère du duc, employèrent tous leurs efforts pour t guérir le jeune prince (1). •
Pendant l'absence de Bohémond, le duc avait învoyé son fils Roger assiéger Céphalonie révolée. Le siège traînait en longueur, car l'armée vait rencontré, par suite des fortes chaleurs de l'été, les obstacles imprévus. Le duc, impatient d'un si )ng retard qui redoublait la confiance des Géphaloliens et les affermissait dans leurs pensées de rcbelion, s'embarqua pour aller presser le siège en peronnc. Dès son arrivée il fut pris d'une fièvre vioicnle. Tous les secours de l'art devinrent bientôt inutiles; la maladie fit de rapides progrès, et les symptômes les plus terribles ne tardèrent pas à se nianifester. — Les forces du duc étaient tellement épuisées qu'il pouvait à peine faire un mouvement sur son lit. Un si cruel état ne laissait plus de doutes sur sa lin prochaine , et la désolation s'était répandue par tout le camp. — Robert ne se dissi-
(1) Voir pour le texte latia les noies Ix la fin du volume. N"* VI.
liO HUnrOIRE DE LÀ SKULE. (1076. — i085.)
mula pas non plus la gravité du mal dont il était atteint et malgré le soin avec lequel on cherchait à lui cacher la triste vérité en lui donnant de trompeuses espérances de guérison» il sentit la mort venir à lui; mais il l'envisagea avec un cœur courageux et tranquille. Il l'avait trop souvent bravée, il s'était pour ainsi dire trop habitué à vivre côte à côte avec elle pour qu'elle pût l'effrayer à ses derniers moments. Sa foi en Dieu lui faisait accepter avec la religion et la sérénité d'un vrai chrétien ce que la 10lonté du Tout-Puissant ordonnerait de lui.
Aussi , ayant ranimé par une prière et par l'énergie de sa volonté ses forces prêtes à rabandonner, il consola avec des paroles affectueuses ceux qui l'en* touraîent, leur rappelant que l'homme devait toujours être soumis à la volonté de Dieu, et, qu'à cette heure suprême, loin de se plaindre ou de regretter la vie, il devait, au contraire, remercier à mains jointes la protection divine qui lui avait fait, à lui pauvre et obscur gentilhomme, une destinée si brillante et si glorieuse.
Avec ce dernier mouvement d'orgueil que la pensée de Dieu n'avait pu tout-à-fait éteindre dans le cœur de Thomme, il retraça sa vie passée ; sa wih
W3T0IRK PE I^A SJQLE, (1076. — 1089.) PU
vniQstant défaillante , se ranimait au récit des glorieux exploits et des grands coups depée qui avaient di$persé tant d'ennemis innombrables , et içpn(jpi3 pour lui et sa famille de fertiles et riches pQptyées,
Puis , il 0t ouvrir sa tentç dfin que ses soldats pussent le voir jusqu'au dernier moment, et apprendre de leur chef à mourir avec fermeté et religion. Ce fut un triste spectacle de voir ainsi étendu sur un lît-de-camp, et consumé par le feu brûlant de la fièvre, cet homme adoré par tous, ce grand etyaillaot capxtaiae que les travaux les plus rudes, les fatigues les plus concessives n'avaient pu abattre, -^A sa vue, tous ses soldats se prosternèrent, les mains croisées sur leur poitrine en signe de profonde tristesse, et les yeux remplis de larmes,
Le duc Robert appela près de lui le comte Jlorbert Lorotelli et Geoffroy de Convorsana , ses ne^^ Teux, Hugon de Claromonte, Guillaume de Grant- Mesnil, ainsi que plusieurs encore, et les interrogea J5ur leurs projets futurs (1). Mais comme tous hési-
(1) Historiœ Noi^mannorum scripoires , Orderici Vitalis monachi, Ecclésiast. bist. lîv. VII. ^ 645.
Magnanimus itaqoe dux Robcrlum Comitcm Lorotelli, et Goisfredum de ^enana nepoles sucs, Hagonem mouoculum de Claromonte et Guillel-
us HI9T0IRE DE LA SICILE. (1076. — 1085.)
tâient et ne savaient ce qu*ils devaient répondre, il leur dit :
• La justice divine nous frappe à cause de nospcchés et veut réprimer en nous nos plus grandes passions. Ain^si le Seigneur châtie ses serviteurs et nous montre clairement que nous ne devons pas rechercher seulement la gloire de ce monde. Rendons-lui grâce pour tout ce qu'il a daigné faire en notre faveur, et supplions-le, du fond du cœur, de nous prendre toujours en pitié. Car nous sommes issus de parents pauvres et obscurs, nous avons abandonné des terres stériles et nos pénates vides des choses les plus nécessaires pour nous diriger vers Rome le cœur rempli de crainte (!)• Puis, avec l'aide de Dieu, nous avons conquis de grandes et nombreuses cités, non, par nos propres forces ou par nos mérites, mais bien par la volonté divine. — Enfin nous avons envahi dans l'empire de Constantinople tout ce que nous avons pu
mum de Grentemaisnilio Odonem quoque BoDum marchîsum sororiuin suum, alios que cognatos proceres que suos ad se convocavit, elquidacturi essent interrogayit.
(1) Idem, Ecce nos de pauperibus infimis que parentibus processimoSt ^ stérile rus Constantini vacuos que neccssariis rébus pénates reliquimoSi ^ prorecti Romam cum inagno timoré vix pertransivimus.
en parcourir en quinze jours. Ma pensée était d'enleyer à un peuple faible, livré et à la débauche une contrée dont il n'est plus digne, et de m'en emparer avec le secours de Dieu et de mes guerriers , afin d'arracher Jérusalem, la sainte ville du Seigneur, auxHahométans, et d'étendre au loin la domination de l'empire chrétien.
• La volonté immuable du Tout- Puissant en ordonne autrement. — David voulut construire un temple à la gloire de Dieu dans la ville de Jérusalem, mais Dieu destina à Salomon.-son fils, l'accomplissement de cette pieuse entreprise. — C'est ainsi que sa main m'arrête en chemin dans mes projets. L'avenir portera les fruits de mes rudes travaux, et le but si recommandable de mes efforts restera comme un aiguillon pour les temps futurs.
• Recevez donc, hommes courageux, un sage et dernier conseil : ne perdez pas celte ancienne vaillance dont vous m'avez donné tant de preuves dans des temps fâcheux et difficiles.
« Je ne suis qu'un homme semblable au reste des tommes ; mais vous êtes maintenant en grand nombre, vous êtes forts par la grâce et la protection du ciel : vous avez fait de grandes actions dont le
814 HISTOIRE DE LA SICILE. (1076, — iOSS»)
renom s*est étendu au loin, çt jamais dans aucuaç }iistoire on ne yit de plus nobles faits accomplUpar des hommes si faibles par leur nombre 9 si infimes par leurs ressourses, — Choisissez donc au milieude TOUS le plus vaillant et le plus sage» et faites-eoTO* tre chef. — N'abandonnes^ pas cette terre iécoade que TOUS avez acquise en si peu de temps p m^ par un dur travail (1). »
PuiS| le duc joignit dévotcmej^t ses deux maios^ et ajouta en levant les yeux au ciel :
f 0 Dieu ! épargne-moi, aie pitié de moi, qui suis un pécheur. — Dieu puissant! viens en aide à too peuple, que j'ai amené ici- •
Robert Guiscard adressa encore à ceux qui Tentouraîent quelques nobles paroles , et étendit une dernière fois ses mains vers eux , pour leur donner celte sainte bénédiction que Dieu a permis aux mourants de laisser à ceux qui restent sur la terre.
(1) Idem» Udus homo sum, ac ut reliqui morUles. Vos autem mulU (X^t mutisque charismatibus laipente Deo vîgeti». Famosa vero gcsta, ({o* longé latequè divulgala sunt, vos fecistis; nec unqiiaiii majora a tùapaiK^ et hiGmisIiomiiiibus leguntur inaliquibushistoriisquam juvanteDeo afobi^ foeta siint. f ottiorem itaque et sapientiorein de vobis eHgite, ipsain 4^ Tobis Duccin constiluite. Ne perdatis fœcuDdam teUurejD qusesitaio a)9|B^ labore sed parvo tcmpore.
Voir la mort de Robert Guiscarjd » eo entier^ (t«rtf latiiO» MX Miff, à ^ fin du TOtume, K" VI.
mSTOIRE DE LA SICILE. (1076. — iOSS.) IU
Vn prêtre était debout à côté de lui. Après s'être confessé à haute voix de tous ses péchés, le magnanime duc de Fouille reçut, avec une profonde dé- ?otion, les derniers sacrements de l'église et rendit m âme à Dieu le 17 juillet 1085 (1).
Ainsi mourut» à Tàge de soixante et dix ans» et viogt-six ans après avoir reçu l'investiture du duché de la Fouille» Robert Guiscard» duc de Fouille, de Galabre et de Sicile (2).
Voici comment Ordericus Vitalis dont nous avons déjà cité un fragment, interprète la mort du duc Robert Guiscard :
« Pendant ce temps-là Sigelgaïte, sous le poids d'une «terreurincessante, roulait mille projets dans son es- «prit à la fois ingénieux et cruel ; car si son envoyé «éprouvait quelque retard à passer la mer, et si le •malade venait à trépasser avant son arrivée , elle ne
(0 Anne de Commèney p. 161, dit : Qu'il avait été prédit à Robert Guiscard quUi mourrait à Athènes, piis de Jérusalem. Le Duc, étant au pro* montoire de Céf halonie, apprit que ce promontoire portait le nom d*« Itiëoeset n'était pas loin de Jérusalem, il fut profondément attristé, sachant ^ Pheure de sa mort était proclic.
Inveghes, voL III, p» 115. — Era seiiîma Normanna,
Le duc Robert mourut le 17 juillet, jour de la fêle de S. Alexis. — Ckroiu * f oijon. de Bari,
(3) II se fit toujours appeler Duc de Sicile, bien qu'il n'y possédât que la ^e de Païenne, et le duc Roger, son fils , prit le même titre ainsi que le I>^UTeDt les sceaux de plomb qui sont dans les archives de la Cavtu
« pouvait pas échapper à la mort que Robert Guiscard f avait juré sur le Saint-Évangile de lui donner par « le glaive. Elle forma donc un projet plus noir et « plus exécrable encore. Oh! douleur! elle fit périr « le duc Robert par le poison. — Lorsqu'aux premièf res atteintes du mal elle ne douta plus de l'effet
• du poison, alors, rassemblant pendant la nuit tous
• ceux qui dans l'armée du duc, lui' étaient dévoués, « elle gagna le rivage avec eux et un bon nombre de t soldats lombards. Parmi les vaisseaux, elle choisit « les plus sûrs et les mieux équipés , et dans la crainte
• que les Normands , en apprenant son départ, ne « tentassent de la poursuivre, elle incendia tous les « autres navires. Mais lorsqu'elle toucha le rivage de « la Pouille, un des soldats qui l'avaient accompagnée « dans sa fuite, s'étant échappé sans être vu, arriva la « nuit à Salerne et courut en toute hâte trouver Bo- « hémond.
« Levez- vous, lui dît-il, et fuyez!
« Celui-ci lui en demandant la raison • le sold^^^ « répondit :
« Votre père se meurt et la duchesse Sigelgaï^ < est en Pouille ; elle vient ici pour vous tuer.
« En apprenant cette fatale révélation, BohémoC»'
mSTOIRB DE LA SICILE. (^1076. -* i085. ) Si7
ilfoublé, sortit en secret delà ville, et alla demaniderun refuge à Jordan, son cousin, prince de tCapoue. Reçu par lui très-raffablement , il échappa f ainsi aux intrigues et aux coupablos projets de sa
I belle-mère.
tDe toutes parts les Normandsétaient accablés par « les plus grandes infortunes dans une contrée étran-
• gère. D'un côté ils voyaient la vie de leur chef le « plus illustre et le plus vaillant , mise en danger «par la perfidie d'une femme ; de l'autre, la défécation des Lombards qui s'étaient enfuis secrètement «avec la duchesse avait considérablement affaibli •leur armée, et ils ne pouvaient retourner en Ita- «lie sans de grandes difficultés ; car tous leurs na-
• vires avaient été incendiés.
• Enfin, l'an de l'Incarnation du Seigneur 1085, Robert Guiscard, Duc insigne de la Fouille , et sans égal dans notre époque, après s'être lavé de sespé- : chés par la confession et fortifié par le saint Sa- I crement de l'Eucharistie, fut enlevé de ce monde, » non pas vaincu par les armes, mais frappé par le
> poison, non pas abattu par les fatigues de la guerre,
> nais assassiné par la trahison d'une femme , de
cmême qu'Adam, le premier homme, fut rejetédu
• paradis par les artifices d'Eve (1). i Ici finît le récit de rhîstorîen normand. La mort du' duc Robert était malheureusement certaine depuis longtemps, cependant elle frappa tous les esprits comme un événement terrible etinattendu. Chacun voulait voir ce pâle visage sur lequel la mort avait déjà placé son empreinte ineffaçable. Chacun voulait toucher ce bras si fort et si vaillant, qui maintenant retombait sans énergie , aussi froid que le marbre. La consternation la plus grande se répandit dans tous les esprits; le courage avait abandonné tous les cœurs , et , selon la belle ex« pression d'un historien du temps: » on eût dit que le monde entier était tombé avec Robert Guiscard. »
Privée de son chef, l'armée n'avait plus ni pensée ni ambition. Aussitôt que les honneurs funèbres furent rendus au duc , elle se prépara à retourner en Italie (2) en emportant les restes précieux du vaillant capitaine qu'elle avait perdu.
(4) Voir le teite latin de ce récit aux notes, à la fin du Tolame, N" VI*
(8) Selon Malaterra-^ Bu/per —la chronologie de VHiitoire de Sid^* la duchesse quitta le lieu de la mort du duc seulement lorsque celui-n^i ^^^
lltttônUS 61 LA SîCltÈ. (lOlè. — I08B.) lit
A peiné Vktaée se fut-^elle embarquée » que des iliiâgeô sînîstf e« , poussés par un vent furieux, parcoururent le ciel ; le tonnerre gronda , et une nuit «ombre Inattendue, remplaça subitement la clarté dtï jour.— C'était un de ces orages d'été foudroyants et terribles; le vent emportait au loin des débris de Toiles qui montaient au ciel en tourbillondimt, les matures ébranlées ^craquaient avec un bruit sinistre, et la mer entr^ouvrâlt Ses gouffres profonds sous les navires poussés les uns Contre les autres, de telle sorte que plusieurs se brisèrent. Le corps du due faillit tomber à la mer; mais ses soldats firent des efforts surhumains pour conserver ce dépôt précieu3t qu^ils menaient en Italie, et combattirent contre les vents déchaînés comme ils avaient combattu coiltre leurs ennemis; ils défendirent et protégèrent le duc mort , Comme ils l'auraient défendu et protégé vivant. — Habitués à la victoire et secondés par la mbin de Dieu^ ils restèrent vainqueurs dans cette terrible bataille avec les éléments; ^\ l'otage s'étant enfin calmé > ils abordèrent ft Otrante.
Knitt le dernier soupir. » Orderieuê Vitniiâ et GuiiUumê ée àMmUknty ^\ diKot que Sîgelgaîte partit ayant la mort du duc.
UO HISTOIRE DE LA SICILE, (1070. — iOS5).
On s'aperçut que malgré rembaumement (sans doute à cause de l'excessive chaleur et de la violence de l'orage) , le corps commençait à se corrompre; alors on se détermina à laisser en cette ville le cœur et les entrailles, et après avoir de nouveau embaumé avec un grand soin le reste du corps, on le transféra à Yenose , où il fut enterré dans le monastère de la Sainte-Trivité (1); lieu de la sépulture des autres princes normands.
Ces quatre vers furent gravés sur son tomûeau:
Hic terror mundi Guùcardus hic expulit urbe Quem Ligures regem, Roma AUemanus habet, Parthus^ Arabs, Macedûmque phalanx non textt AUxim^ Atfuga; sed Venetum nec fuga nec pelagus.
D'après les dernières volontés exprimées par le duc Robert, dit Summonte. le partage des terres fut fait ainsi qu'il suit :
Bohémond eut les états conquis sur l'empereur de Constantinople. Summonte spécifie ce legs en disant la principauté de Macédoine. — Roger eut le duchc de la Fouille et de la Calabre, ainsi que la princi-
(i) Chroniea monasteriù — Malaterra,
pauté de Salerne; — Guidon, la seigneurie d'Amalfi etdeSorrente.
Le même historien ajoute à tort que Roger, le frère du duc, eut la Sicile et une partie de la Calabre(l); ce n'est point à Roger, frère de Robert Guiscard, mais bien à Rog^r son fils qu'appartint, outre le duché de la Fouille , de la Calabre et la principauté de Salerne, tout ce que le duc possédait en Sicile, ainsi que le rapportent d'autres écrits du temps (2),
Ce partage inégal donna lieu par la suite à de graves dissentiments entre les enfants de Robert Guiscard.
Bien qu'il mît en tête de ses diplômes: « Moij Ro*
(!) IL Summonte— Istoria di Napolù V. I el II.
IlDoca lasciô à Boemondo il Principato di Macedonia; à Rogiero, îl Docato di Puglia e di Galabria col Principato di Salerno ; a Guidone, la ^ignoriad'Amalfi e di Sorrento. Lasciô a Rogiero Bosse suo fratello la Sicil^a COQ una parte délia Galabria.
(2) On verra plus tard le Duc Roger céder tant au comte de Sicile Roger I <iu'à Roger II , son fils, en reconnaissance des services soit d'hom- ■Des soit d^argent qu^il avait reçus de lui, différentes parties de la Sicile dont îl avait hérité par le testament de Robert Guiscard. Ce qui prouve dairentent que la portion de la Sicile appartenante Robert Guiscard avait été laissée par lui à sa mort no;i au comte Roger son fi-ôre^ mais au Duc Roger son fils.— La similitude des noms est la cause de Terreur danslaqaelli est
« bcrt , par la grâce de Dieu et de saint Pierre , duc ^de Pouille^ de Calabre et de Sicile^ • il ne fut duc de Sicile que de titre, et parce qu*îl voulait ainsi marquer la suprématie de Taîné sur le? cadet«i mais ce fut en Italie, en Fouille et en Calabre que se passa sa vie aventureuse et guerrière.
Le comte Roger, dernier fils de Tancrède, fut celui qui peut réellement être regardé comme cointe et souverain de Sicile ; car il en fut le conquérant, et s'empara une à une de toutes les villes et de toutes les places-fortes, par la valeur et Ténergi^ue persistance de ses armes.
Robert Guiscard eut une de ces existences brillantes et pour ainsi dire surnaturelles qui pasgenl parfois sur la terre, enveloppées d'un prestige de gloire et d'immortalité, pour servir aux générations futures de modèle et de guide. *— Ainsi dans le ciel, apparaissent ces étoiles plus brillantes que les autres ; un instant elles semblent s'ârrêlet pour dottiiner de leur éclat flamboyant toutes celles qui les entourent , puis tout-à-coup , comme poussées par une main invisible, elles disparaissent et s'engloutissent a riiorîzon.
Ce fut par sa propre valeur que Robert^ avant-
HISTOIRE DE LA SICILE. (i078. — 1095.) ItS
dernier fils de Tancrède, creusa & c6té de ses aînés ce sillon glorieux qui devait plus tard lui donner à loi et à ses descendants de*si brillantes conquêtes.
Soutenu par sa seule épée, il quitta l'obscure et paufre maison d*un gentilhomme normand, et mourut prince souverain, laissant en testament à ses enfants des possessions en Fouille, en Galabre , en Sicile et même en Orient.
L'injustice des hommes, l'ingratitude de ceux quil servait avec dévoûment , la désunion répan* due entre tous les partis , lui révélèrent quels pouvaient être dans ces temps d'ignorance et d'a«» narcbie, la puissance d'un petit nombre d'hommes unis et audacieux contre des masses ionombra* blêi, semblables à ces immenses forêts dans lesquelles la main d'un seul bûcheron résolu et opiniâtre peut le frayer un passage. <^ Jamais ses victoires et ses ttfomphea ne le trouvèrent ingrat envers ses com«» pignona d'armes, ou moins reconnaissant envers Il protection divine. I^ religion était le drapeau qui précédait toujours ses soldats au combat ; ^lle les guida à travers la multitude de leurs ennemis et les enflamma de ce courage surnaturel iTec lequel seulement s'accomplissent de gran^*
82& HISTOIRE DE LA SICILE. (1076. — i085.)
des choses. Jamais ce vaillant capitaine ne prit en .main son épée, quelque glorieuse qu'elle fût; sans s'agenouiller d'abord et prier; car il avait compris quj des créatures humaines ne pouvaient pas mener à bonne fin ce qu'il avait entrepris, s'ils n'avaient avec eux le souffle et la main du Seigneur.
Chaque conquête des Normands était un pas glorieux de la foi chrétienne sur le domaine souillé de l'impiété. — Si Robert Guiscard fut quelquefois en querelle avec le Pape, ce fut l'homme seul qu'il combattit V vénérant toujours le caractère sacré du souverain Pontife ; et pendant tout le cours de sa vie il défendit avec un grand courage, sour vent même avec une noble abnégation de lui-même, les intérêts de l'Eglise romaine et du siège apostolique dont il était le feudataire dévoué.
L'on peut lui reprocher peut-être avec justice l'excessive astuce, qui fut le point dominant desoïB caractère et l'entraîna quelquefois hors des bornée de la stricte et rigoureuse loyauté ; il savait compo — ser admirablement son visage et lui faire exprime J^ des sentiments très-éloignés de son cœur. Son esprit ingénieux, on pourrait presque dire, en certaine^ occasions perfide, cherchait toujours à triompli.^ï'
parfois ternir les grandes et fortes actions sntilhomme normand. — Aussi lui donna-t-on le om de Guiscard qui veut dire, en vieux langag*» land, rusé.