DEUXIÈME PARTIE. GH. II
lionnes pendant Je règne de Hescham ifqui, on le sait, fut privé de tout pouvoir par son ministre AI-Mansour, le véritable souverain de FEspagne à cette époque. « Les droits et les insignes du khalifat furent, dit Al- Makarry, totalement enlevés à Hescham II; il ne garda que le privilège de marquer à son nom les monnaies et les pans des robes royales appelées tiraz, prérogative dont Al-Mansour jouit en même temps, car ce min^hre fit frapper à son nom des pièces d'argent et d'or, et tisser son nom dans les tiraz (1). » Ces étoffes étaient très estimées, car ce même Al-Mansour, voulant reconnaître la fidélité de quelques chefs musulmans et chrétiens, distribua dans une seule campagne 2,280 tiraz (2).
En général, le luxe des soieries à Cordoue est le même qu'à Bagdad. On raconte qu'en 947 , Abderame III, pour recevoir les ambassadeurs de l'empereur grec, fit tendre le palais d'Az-zohra avec des étoffes de soie d'une
(h) • The rights and insignia of the khalifate were entirely » obliterated, and nothingremaÎDed to HishainalMuyyed, except » thc pulting of his^ame on the coins and on the skirt of the » royal robes called tiraz, Iwo prérogatives which Al-Mansur also » enjoyed at the timc... For he caused his own name to be » struck on the silver and gold coins, and to be woven into the • stuff called tiraz. » M« Pascual de Gayangos, tom. i, p. 487.
(2) « In this campaign Al Mansur gave away to the Christian » princes and other who had shown thernselves the friends of the » Moslems two thousand two hundred and eighty pièces of the
» silken stuff called tirazi of varions colours and pattems » De
Gayangos, tom. i, p. 495.
beauté indescriptible (1). Al-Mànsour, daiis Une circonstance à peu près semblable, s'entoura de mille Sclavons revêtus de robes de soie brodées d'or et d'argent (2). Les soieries étaient donc abondantes en Espagne au moyen âge ; les unes venaient de l'Orient, les autres étaient produites par les manufactures indigènes.
De même que dans l'Asie occidentale, nous avons distingué les provinces où l'industrie sérigène s'était développée, des provinces où l'industrie manufacturière s'était établie , de . même en Espagne nous avons à signaler auprès de Jaen , pays essentiellement producteur de la matière première, une ville, Almerîa, où la fabrication des étoffes paraît s'être concentrée (3). Ce n'est que postérieurement au douzième siècle que nous trouvons mention des manufactures de Murcie, de Malaga et de Séirille.
Edrisi ne parle que des fabriques d'Alméria ; et voici réloge qu'il en fait : (c Alméria était une ville musulmane à l'époque des Almoravides. Elle était alors très
(1) M. de Gayanges, tora. i, p. 44*1 . *
(2) Ibid.y 1. 1, p. 243 . C'était à roccasion de l'arrivée de« ambassadeurs envoyés par les princes chrétiens de TËspagne.
(3) Nous ne prétendons pas que cette distinction îût rigoureusement et absolument exacte : ainsi, il y avait, à une journée de marche d'Alméria, une ville nommée Hisn-Shinsh, dont le territoire était planté d'une très grande quantité de mûriers. M. Pascual de Gayangos, tom. i, p. 53 ; et par contre, il existait certainement à Gordoue, outre le tiràz dupalaiâ dû khalife, quelques manufactures d'étoffes de soie.
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industri^se \ pu y comptait, entre autres, huit cents métiers à tisser la soie, où Ton fabriquait des manteaux précieux, des brocarts, les étoffes connues sous le nom de scalatoun, de isfahani, d^-mardjani (couleur de co^ail^ des voiles ornés de fleui^, des vêtements riches et épais, le hamd, le a'tbahi, le mucâdjir et> divers autres tissus de soie (1). »
« Ce qui rendait Âlméria supérieure à toute autre ville du monde, dit un autre écrivain arabe, Ihn->al-Khatib, c'étaient $es diverses manufactures de stiie et d'autres étoifes, telles que le dU^ajy qui est une sorte de drap de soie pr^érable pour la qualité et la durée à tout ce qui se fait ailleurs -, le tiraZy cette étofife dispendieuse sur laquelle les nom$ des sultans» dçs princes et d'autres riches personnages sont inscrits et dont il n'existait pas moins de huit cents métiers à. la fois. Pour les tissus de soie de qualité inférieure, comme le hohl et les bxocarts, il y avait mille métiers ; le même nombre était sans relâche occupé à tisser TétofiFe appelée iskalatm. On en comptait aussi mille employés à la fkbrication des robes appelées Djorjani, mille encore à celle des étbffes nommées isbahâni , c'est-à-dire d'Ispahan ,*.et tout autant pour les atabi. Les manufactures de damas (étoffes à fleurs} pour rideaux et turbans do femmes, de couleurs gaies et éblouissantes, employaient un
(4) Géographie^ t. ii^p. 43.
nombre de bras égal à celui des bras occupés à confec* tionnerles articles ci-dessus (1). »
Cette prospérité industrielle de la ville d'Alméria était à son apogée au -onzième siècle : c'est Tépoque à laquelle Edrisi fait allusion. Alors Faristocratie, qui depuis Abderame III avait été dominée par le pouvoir central, profitait de la faiblesse des khalifes pour se déclarer indépendante. Chaque ville un peu considérable avait sa cour (2) ; car, loin de former une féodalité barbare, semblable à celle qui se partageait la France, les princes arabes avaient le goût des lettres et des arts; et, s'efforçant d'imiter les khalifes, favorisaient dans leurs petits Etats la littérature, les sciences, l'industrie et le commerce. Alméria, gouvernée par une des branches de la puissante famille des Todjebides d'Aragon, était la capitale d'une des principautés les plus belles et les plus étendues (3) : « Elle était le port le plus im-
(4) M. Francisque Michel, Recherches sur le commerce^ etc., tom. I, p, 289, emprunte ce passage à Touvragede M. de Ga^angos, The history of the Mohammedan dynasties in Spain, et cherche à expliquer quelles sont les étoffes désignées par les mots arabes.
(2) L'Andalousie était, suivant M. Dozy^ Tun des pays musulmans les plus lettres : ce Les petites cours étaient autant d'acadé- » mies, et les littérateurs étaient les enfants gâtés des princes qui » leur accordaient des traitements magnifi^ues. » Histoire des musulmans d'Espagne^ tom. iv, p. 216.
(3) « Cette principauté, en 4038, embrassait la partie orien- » taie du royaume de Gordoue, jusqu^à la Sierra Morena, où » commençait le territoire de Tolède (l'année 425 de Théglre,