‹ Histoire de la soieChapitre 134 sur 184 · DEUXIÈME PAKTIE» CR. III · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PAKTIE» CR. III

avaient essayé d'imposer des limites, se multiplièrent, à mesure que le pouvoir royal s'affaiblissait, avec une fertilité d'invention très remarquable. Pas un coin de terre , pas une chose , pas une personne qui ne fût devenu fief et ne payât une redevance. Le fisc impérial s'imposait une seule fois, et après avoir saisi le mardiand, lui assurait une certaine lib^té d'action; sous le régime féodal, chaque seigneur a son fisc particulier, et le marchand n'échappe à l'un que pour être repris immédiatement après. Le chemin, la rivière même, est la |)ropriété du riverain; la marchandise, quand même elle ne fait que passer, doit acquitter de nouveaux droits dès que le prcçriétaire change. ^ C'étaient des péages innombrables sur les routes, dans les carrefours, dans les villes, sur les pont&, sous les ponts, dans les ports, sur les rives des fleuves , péages variables selon le caprice des comtes et des grands propriétaires qui cherchaient à les multiplier sans cesse pour accroître leurs revenus. Le possesseur de la terre que traversait le chemin, celui qui avait construit ou réparé une partie de la route, s^autorîsait de ses avances pour exiger à

D ut nnllus teloneam exîgat, nisi in mercatibus ubî communia D emnntur ac venundantur : neqne in pontibus^ nisi ubi antiquitus » telonea exigebantur, neque in ripis aquarum ubi tantum naves » soient aliquibus noctibus manere, neque in sylvis, neque in » slratiSy neque in campis^ neque subtus pontem transeuntibus, » née alicnbi nisi tantom ubi aliquid emitur aut venditur. » Ibid. p. 681.

perpétnité une contribution des voyageurs; plusieurs n'avaient pas d'autre droit que celui de la force : ils tendaient une corde pour barrer le chemin (1). »

Arrivée sur le marché, la marchandise avait encore à acquitter un droit d'étalage j un droit de vente, redevances qui faisaient du marché une source abondante de revenus (2), mais qui surchargeaient le prix de la marchandise et la rendaient, surtout quand il s'agissait de soieries, inaccessible à la consommation.

Aussi plus on s'éloigne du midi de la France, en pénétrant dans les provinces où le régime féodal s'est établi, plus on voit le commerce des soieries s'annihiler (3). Si le marchand juif, qui va de ville en ville

(4) Levasseur, Histoire des classes ouvrières, tom. i, p. 454.

(2) tt Aussi ce genre de propriété était-il très-recherché. Od » vendait, on léguait par testament^ on partageait dans un héri- » tage des marchés; on s*en disputait avec acharnement la pos- » session^ et Téglise y attachait assez dMmportance pour menacer » de ses foudres ceux qui empiétaient sur les privilèges commer^ » ciauz. » I6t(i.,p. 464.

Le droit de tenir un marché est une faveur recherchée et qu'on trouve mentionnée dans un grand nombre de chartes octroyées à des églises, des abbayes ou des villes .

(3)a Les variations perpétuelles du système monétaire appauvris- » saient le peuple sans enrichir le fisc pour longtemps ; le commerce » intérieur dédaigné, lorsqu'il n^était pas pillé, par des seigneurs » sanscesse occupés de leurs guerres intestines^ devenu impossible k » un peuple asservi^ sans émulation parce qu'il était sans espoir, » sans courage parce qu*il était sans ressource, était la proie des » aventuriers et des Juifs, et, partageant presque la haine qu'in- 9 spiraient ces hommes avides, il était confondu avec les monopoles

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