DEUXIÈME PARTIE. GH
De Marseille, les marchands se dirigeaient par Avignon, Vienne et Lyon (1) , vers Orléans, Paris, Verdun (2): de Narbonne ils se répandaient dans la Septimanie et TAquitaine (3), jusqu'à Bordeaux, mais entre ces deux routes quelles différences ! Dans le midi, où le vrai régime féodal ne règne pas, les rapports des villes et des châteaux, et les rapports des bourgeois avec les seigneurs subissent Tinfluence d'une civilisation née du mélange des civilisations romaine , gothique et arabe; dans le nord^ c'est la barbarie germanique qui prédomine. « Le patricien, bourgeois du midi,
» qnam fraudem présumant Ipferre. » Régula S. Benedicti^ cap. LYii, éd. in- 4 2, 4610, p. 63.
(1) « M. Paullin de Lumina rapporte à Tan 813 et aux années » suivantes, que les Lyonnais unis aux Marseillais et à ceux » d'Avignon, avaient coutume d'aller deux fois Tannée à Alexan* » drie d*où ils rapportaient les épiceries de l'Inde et les parfums » d'Arabie. Ces marchandises parvenaient par le Rhône et ensuite » remontaient par la Saône^ d'où on les déchargeait pour les em- » barquer sur la Moselle qui les distribuait par le Rhin, le Mein^ » et le Neker, jusqu'aux extrémités de l'Allemagne. Ce fait im- » portant, duquel il résulte que nous fournissions en partie l'Al- » lemagne des épiceries de l'Inde, méritaitquerauteur indiquât les » sources dans lesquelles il l'a puisé : • De Guignes, Mémoires de V Académie, etc., tom. xxxvii, p. 485.
(2) Verdun était un lieu d'un grand commerce ; le principal trafic, il nous en coûte de le dire^ était celui des esclaves que les Juifs y achetaient pour les conduire ensuite dans les Etats mahométans. Une manufacture d'eunuques y avait été établie pour le service des harems.
(3) Voir pour le luxe des Aquitains au onzième siècle Gaufred : Vosiemis chronic,^ Recueil des historiens^ tom, xii, p. 450.
héritier direct des anciens curiales et honûréi [honorati de la Gaule romaine), allié à Télément mercantile et populaire, tend à conserver et i reconquérir Télection de ses magistrats et d'autres garanties contre le despotisme des suzerains. Dans le nord et le centre, le régime municipal ébranlé , disloqué par rétablissement des Francs, a été submergé presque généralement par la féodalité (1). » Dans le midi, on chante, on s'assemble pour des fêtes, on aime la parure, on vit au dehors; dans le nord , les provinces s'isolent, se hérissent de donjons et sont le théâtre des plus tristes violences (2). ^ On s'étonne, quand on essaye d'étudier les conditions faites au commerce au moyen âge, qu'il ait pu subsister au milieu des entraves qu'on lui suscitait. Les exactions , auxquelles Cbarlemagne et Louis le Pieux (3)
(4) Henri Marlin, Histoire de Fromce, tome m, p. 16.
{%) Guillaume de Tyr, Qesta Dei per froMôi^ p. 634, fait le plus odieux tableau des mœurt des seigneurs féodaux an onzième siècle ! fraudes, violences, attentais contre les personnes, pillage des églises, crimes de toute sorte, etc.
(3) Les capitulaires où il est question des impôts, teUme/Uy sont trè8p>nombreux ; en voici deux comme exemple, Tun de Gharlemagne, daté de 805 : « De teloneis placet nobis ut antiqua et justa » telonea a negotiatoribus exiganlur, tune de pontibus, quumque » et de navigiis, seu mercatis. Nova vero sive injusta^ ubi vel » funes tenduntur, vel cum navibus snb pontibus transitur, seu » bis similibus in quibus nullum adjutorium iterantibus pr»8- » tatur, ut non exigantur. Baluz, Capital.^ tom. i^ p. 432; — l'autre de Louis le Pieux^ daté de Tan 820 : « Volnmus firmiter » omnibus in imperio nostro nobis a Doo commisso notum âeri