CHAPITRE II
Commerce et industrie des Arabes.
Tandis que chez les Grecs, évidemment parce que la soie y était fort rare, nous n'avons pas eu à citer un seul texte qui fît allusion à la matière première (1) et aux diverses formes sous lesquelles elle se rencon-
(1) Le inol piTaÇa que nous avons traduit par soie écrue^ en étudiant leti auteurs antérieurs au septième' siècle, perd celte signification dans le grec plus moderne. Nous ne Tavons pas vu dans les écrivains qui ont vécu du septième au douzième siècle; mais nous le trouvons dans Godinus Guroplate: à Tune des cérémonies du couronnement figurent -zplx xovTap(a ï/ovxa ^xavtov yupouç Ix ÇuXwv lxxp£{xa[i£vaç ly^ovTa xuxXoOsv jiSTàÇaç xoxx{va; xa\ Xsuxàç, Saov 5ianiO(£[jLouç, trois bâtons portant chacun un cercle en bois (dans te genre de nos mâts de CDcagne) auxquels sont suspenducsdes banderoles de soie rouges et blanches.
Le môme mot, dans le même sens, réapparaît un peu plus loin; il s*agit des Srnements qu'on attachait aux jam.bes du cheval d*apparat, pour la même cérémonie du couronnement : (jiCxpov Z' àvii>9Ev Twv àtnpoY^Xwv TrspiSsÔspLSvaç (ASTàÇotç epiôpaç, hûp 6vo{juxî^<5v- TatTou^{a. Godin. GuropL, De offidispalaU, cap. xvii, p 97 et 93. édit. Niebuhr. — La planche XXXII du tome second des Mélangea d'anhéologie, par MM. Gabier et Mkrtin^ représente un cbe-' vald*apparat qui a les jambes ainsi enrubanées : cette curieuse
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trait dans le commerce, chez les Arabes au contraire nous pourrions recueillir de nombreux passages où il est question de la soie. Avec les géographes arabes on sent qu on est au milieu de gens qui sont habitués , à voir la soie, à Texaminer sur les marchés, à la suivre dans les manufactures. Si des auteurs savants ou curieux, n'ayant pour but que àe distinguer la soie des autres matières textiles, ont . indifféremment employé les mots ftan'r, ibrisam^ cazz, comme synonymes de soie ; d'autres écrivains, négociants habitués au langage commercial et désireux de fournir à leurs contemporains des renseignements spéciaux, semblent conserver à ces mots des significations distinctes et s'efforcent de préciser, par leur emploi , l'état de l'industrie sérigène dans chaque pays (1\
M. Lane, dans son nouveau Dictionnaire arabe, explique ainsi les trois mots synonymes du mot soie . (c Harir est une sorte de soie crue, c'est de Vibrisam préparé ; cazz est aussi identique à l'tftrf- .sam, ou c'est une espèce d'ibrisam, ou bien c'est la matière dont est fait l'ibrisaîn f2\ »
image a été reproduite d'après le dessin d'une étoffe découverte dans le tombeau de l'évoque Gunther & Ralisbonne.
(4) Ibn Haucal paile du harir de TEspagne et de TAfrique, cilert6mam du Khourgistan, du Tabarestan^ eu Djordjan, de TArménie^ et se sert du mot cazz pour la^ production séricicolc de Fesa ou de Nisabour. Enfin, il dil qu'à Mirw on fait le cazz et Vibrisam.
(f) Tom. I, p. 468 : « Silk, syn. horir, according to some
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M. de Goeje ^1 1 a complété cette explication en empruntant au lexique arabe de Motarrezi sur les jurisconsultes hanifites de plus amples renseignements : « Hamr, c'est Yibrisam cuite ; on se 'sert encore de ce mot pour désigner une étoffe tramée soie, ou bien une étoffe de soie d'une seule couleur. Cazz est un mot étranger arabisé, le persan cadj ou caj^ qui désigne une sorte à'ibrisam, ou plutôt Tétoffe rude dont on fait Tibrisam ; le cazz est à Yibrisam ce que le grain est à la farine. »
En nous renfermant dans ces définitions et nous supposant en présence de l'industrie primitive telle que Pline la décrivait, nous dirions : Cazz^ c'est le cocon percé, ou une matière résultant d'une certaine préparation de ces cocons percés, matière analogue à celle qu'on obtient de nos jours en les cardant ; ibrisanii c'est le fil joyeux qu'on obtient en filant au
» specialiy raw silk {harir is dressed ibnsam); it is aiso said that » cazz is the dame as ibrisanij or a kiod thereof, or that whey» reof ibrisam is made. » Les Arabes, admirateurs passionoés de la nature, devaient apprécier le ?er à soie, dondo'l Cazz; aassi disenl-ils que la vue du ver à soie dans un songe présage des chalands à un marchand; et pour indiquer un talent consommé^ ontils cette locution : «t meilleur artiste que ie ver à soie . »
(4) Nous rappelons une fois pour toutes que nous sommes redevable à Tobligeance de M . de Go9je de tpos les renseignements qu'on trouyâ|^iS[sur les auteurs arabes. Sans ce bienveillant concours, doKhou» ne saurions trop exprimer notre reconnaissance, notre cnlipitre sur les' Arabes eût été bien incolore et rempli d*erreurs. Le lecteur en jugera par les nombreuses notes oti il trouvera le nom du savant orientaliste de Tuniversité de Leyde.
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44i HISTOIRE DE LA SOIE.
fuseau le cocon percé ou la matière ayant subi une sorte de cardage, comme nous venons de l'indiquer ; Aartr, c'est le 61 soyeux, Tibrisam décreusé et teint, prêt à être livré à l'industrie et à ^tre employé pour les broderies. Mais nous sommes au huitième siècle, et si l'habitude d'attendre que les papillons aient percé les cocons avant de tirer parti de ces cocons, est encore la plus répandue dans l'Asie occidentale, il y a des contrées où l'on applique la méthode chinoise de dévider le cocon pour en obtenir la soie. Les Arabes savent qu'il fantt faire sécher les cocons au soleil (1) afin de tuer la chrysalide, et ils connaissent ce que nous nommons aujourd'hui improprement la filature de la soie^ et ce que les Italiens nomment avec plus juste raison le tirage de la soie. Or^ dans ce second procédé le mot cazz doit^ ce nous semblef représenter le cocon et par extension la bourre de soie, les frisons, la matière plus ou moins grossière tirée du cocon ; ibrisam^ c'est le fil obtenu avec ce cazz, fil plus fin et plus perfectionné que l'autre ; ibrisam, c'est la filoselle comme le sup« pose avec raison Silvestre de Sacy (2), et, par extension, la soie écrue telle qu'on la livre au commerce ; enfin,
(t) Voir Textrait de Cazonyny emprunté à' la Chreslomalhie arabe de Silvestre de Sacy, et insér& daos l'appendice qui termine notre yolume : lettre A .
(2) Note sur le mol abry&cham^ Extrait de Gaxonyny dans ia Chrestomaibie arabe de Silvestre de Sacy.