DEUXIÈME PARTIE. CH. II
harir est le mot qui correspond vraiment à notre mot soie^ et en prend toutes les acceptions : c'est la soie préparée pour le tissage (i), écrueou teinte i c'est aussi, par extension, Tétoffe de soie, holosericum.
On comprend toutefois avec quelle réserve nous émettons une opinion sur des mots appartenant à une langue dont nous ne connaissons pas même Talphabet. Le résultat auquel surtout nous avons tendu, c'est de constater par ces détails que chez les Arabes Tindustrie séricicole était complètement développée.
Il y a encore dans ces mots cazz, ibrisam, harir, un renseignement que nous voulons également en déduire. Cazz et ibrisam (2) sont d'origine persane ; les Arabes les ont empruntés à la langue de l'Asie
(1)*Ën parlant de l'Espagne, où le tissage de la soie était »i remarquable au dixième sièGle, Ibn-Haukal se sert du mot harir.
Ce même mot harir est celui qu'emploient les voyageurs arabes du neuvième sièelepour la soie chinoise; ils disent kham harir, soie ëcrue. Relation des voyages faits par les Persans et les ' Arabes êfinsjlnde et à la Cnine^ tom. i, p. 77. C'est M. Reinaud qui, importuné par nous sur ce passage de sa traduction, a eu L9. bonté de nous donner lui-môme cette indication.
(%) Voir d'Herbelot, Bibliothèque orientale, au moi harir ^ et la note 40, écrite par Silvetitre de Sacy sur le mol abryacham qu'il rencontrait dans le texte de Cazonyny , Chrettomathte arabe 11; p. 303, no^i^^à précédemment citée par noue. — Le mot sc/iam, Syrie, qui semble être un des radicaux du moi abrysc/iam/a-l-il une signification? Faut-il le rapprocher de ce que Plioe dit de l'origine de la soie de Cos et en conclure que Tart défiler au fuseau les cocons percés passade la Syrie en Perse?
occidentale au moment où ils recevaient la notion du procédé employé pour filer une matière textile avec les cocons du bombyx. Mais le mot harir, d'où vientil ? Il demeure le témoignage d'autres relations qui ont également procuré la soie aux Arabes ; et, comme en dehors de la Perse, le seul pays d'où les Arabes ont pu recevoir la soie, c'est la Chine, nest-il pas admissible que le mot harir est venu en Occident par suite des relations des Arabes avec les Chinois ? Peutêtre dérive-t-il de ce nom tout diflTérent de <n^p, que Pausanias indique comme le véritable nom sère du ver à soie.
De là pour nous cette autre conclusion : l'industrie séricicole chez les Arabes a subi la double influence et des notions de l'Asie occidentale et des notions plus parfaites de l'Asie orientale.
Il est en effet à remarquer que si le premier développement donné à la navigation des mers de l'Inde, est dû à l'initiative (1) des Grecs qui sont allés chercher les objets que le luxe«des Romains demandait à
(1) Cette initiative est attestée par la conservation dans la langue arabe d*uD certain nombre de mots grecs pour représenter les produits de Tlnde. Gildemeister, Scriptorum arabum de rebus^ indicis opttôcu/a, p^35. — Sur l'usage de la langue grecque dans rinde et la Bactriane depuis les conquêtes d'Alexandre, voir Touvrage si plein d'aperçus nouveaux publié par M. Reinaud sous le titre de Belations de l'empire romain avec l'Asie orientale, p. 163.