‹ Histoire de la soieChapitre 8 sur 184 · DEUXIÈME PARTIE. CH. I. t · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CH. I. t

vrance miraculeuse du Péloponèse , et que les Avars, chassés à cette époque, grâce à Tintervention toute puissante de saint André, « occupaient cette contrée depuis deux cent dix-huit ans, et Tisolaient si complètement de Tempire grec, que pas un homme appartenant au gouvernement grec ne pouvait y mettre les pieds (1). »

Les Avars n'étaient pas seuls, et les Esclavons sont nommés par plusieurs écrivains comme occupant à la même époque le Péloponèse (2). Parmi les tribus nomades et guerrières de race esclavone répandues en grand nombre dans laThrace et dans la Macédoine, chaque parti trouvait en effet des mercenaires : il y avait des Esclavons auxiliaires ou tributaires des Avars; il y avait dés Esclavons alliés des empereurs de Constantinople contre les Avars, d'autres enfin incorporés dans les armées grecques.

L'élément esclavon ne tarda pas à prédominer dans la population du Péloponèse. Au huitième siècle il n'est plus question que des Esclavons (3) et ce sont eux, et

(1) 'A6apwv.,,. £711 Siaxoafoi; ûeîta(5xTto y^p6voiç 6Xoiç xaTax6vT0iv t6v IIeXo7r6vv7)aov^xa1 i^ç pw[xaVxf)ç ^PX^Ç dcTcoxejxojJilvwv 6iç [x^ Zi 7:60a PaXetv 8Xwç Buvagôai oùtt) ptopiaiov àvBpa. Leunclavius, Jus grcB' co-romanum, p. 279. — Celle invasioa des Avars, à la fia du sixième giècle,est aussi mentionnée par Evagre, Histor. ecclesiast, lib. VI, § iO. — Ménandre nomme les Esclavons et non les Avars : Excerpta ex Menandri historia^ p. 327, et 404, édit. Niebuhr.

(î) Voir Finlay. Médiéval Greece and Trebisondfp, 45, et la noie 2.

(3) Saint Guiliebaud, faisant le pèlerinage de Jérusalem vers

non les Avars, qui subirent la défaite rappelée par le patriarche Nicolas. Bien plus rélémenteselavon, s'il faut en croire Constantin Porphyrogénète, remplaça presque complètement Télément grec dans le Péloponèse J) et fut favorisé dans cet envahissement par la gralide peste qui, en 746, dépeupla les villes d'Orient.

Quelles ressources Tindustrie de la soie pouvait-elle espérer trouver sur cette terre devenue barbare ? Il fallait attendre que les Esclavons eussent été vaincus et soumis, et que la Grèce eût été régénérée. La lutte commencée contre les envahisseurs sous l'impératrice Irène TAthénienne, fut continuée pendant le neuvième siècle ; bientôt dans les villes du littoral, les premières délivrées des Esclavons qui se retirèrent dans les montagnes et les campagnes du centre de la Grèce, la civilisation reprit ses droits : la reconstitution sociale du Péloponèse fut Tœuvre du dixième et du onzième siècle. Nous n'avons pas à en définir le caractère nouveau ; nous constatons qu'avec elle seulement reparurent Tindustrie et le commerce. L'éclat et la puissance que l'empire byzantin a acquis sous les empereurs de la dynastie macédonienne

Tannée 724, dit que le navire toucha à la ville de Monemvasià dans le paya des Esclavons : « Navigantes venerunt ullra mare » Âdrialicum ad urbem Manafasiam in slavinica terra. »

(4 ) USiaoL ^ *EXXàç xe xa\ ^ nsXoTrévvTjaoç u:tb ttjv tG>v 'PwjjLafwv aûtY^iVrjv lyéveTo fij«JTS 8ouXouç àwi' IXeuOépwv Yév£<j6ai. EoOXaSciSr) Bè ^aua ^ x,<î)pa xa\ yiyovt ^dipSapoç 8xe 6 Xoi{xixbç 6divaTo; :raaav l66ax£To tV oîxou{xé>fr)v... Const. Porphyr : De fhematibus, lib. ii, cap. 25.

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lavorisentrindustrie grecque, et en même temps le commerce des Vénitiens en Grèce, commerce attesté par les nombreux privilèges que le gouvernement de Venise sollicita et obtint des empereurs de Constantinople durant le dixième siècle et principalement sous le dogat du second Pietro Urseolo i^991) ^1), lui vient en aide. Quelle que"soit l'extension de l'industrie sérigène dans la Grèce au onzième siècle, quelle que soit l'importance des manufactures de Corinthe, Athènes, Thèbes, d'où sont sortis au douzième siècle, comme nous le verrons, les premiei*s ouvriers en soie chrétiens qui aient tissé la soie en Italie i2\ nous regardons comme erronée l'opinion assez accréditée que le nom Morée dérive du mot morus^ mûrier. Ce nom n'apparaît, il est vrai, qu'après la conquête du Péloponèse par les Latins, c'est-à-dire au moment où l'industrie de la soie y florissait ; toutefois il faut remarquer qu'il est d'abord donné, non pas à la péninsule entière, mais à l'une des provinces occidentales (3) situées sur le littoral opposé à celui où l'on trouve

(I) VoirMuratori, Antiquitates itaîicœ, dissertatio xxx, p. 882* — Daru, Histoire de Venise, liv. ii.

(î) Nous faisons allusion à rexpédilion du roi normand Roger qui, en 1146, suivan lie récit d'Othon de Friesinger, ramena prisonniers à Palerme bon nombre d'ouvriers en soie grecs. Oth. Friesing. episo. De gestis Frederici^Uh. i, apud Muratori, rei\ liai, script, tom. v, col. 668.

(3) Voir Buchon* Nouvelles recherches sur la principauté française de Morée, Diplômes, p. 160, 213.

laines, le coton, les poils des chèvres d'Angora ont été dès les temps les plus reculés, une source de richesses pour r Asie Mineure. Smyrne, Laodicée, Césarée, Thyatire. Magnésie et Sivas {i) étaient renommées pour leurs tapis^ et Ton sait combien est considérable dans tout l'Orient la consommation des tapis et des tapisseries. L'artisan de l'Asie Mineure, si parfois il rehaussait par l'éclat de la soie la beauté du dessin, s'il savait habilement mêler l'or à la laine ou au lin et produire des brocarts 2) qui rivalisaient avec ceux

(t) Poujoulat, tora. <•', p. 50,92, 404,301. — Marco Polo, au treizième siècle, dit de la Turcomanie : « Sachiès que il hi se » laboreut le souran tapis dou monde et 11 plus biaus. » ch . xxi . Recueiî de voyages publiés par la Société de Géographie^ tom. i, p. 47.

Nous rappellerons que c'est en parlant de l'industrie de la laine que Théodore t a donné la description du métier à étoffes façonnées, description que nous avons reproduite dans notre premier volume. M. Waddington a sommairement indiqué l'importance acquise par cetie industrie dans l'Asie Mineure dès les premiers siècles de notre ère, et la renommée de Laodicée pour ses laines et manufactures. £(2tY de Dioclétien, firmin Didot, 4864, in-4^ p. 30. Que de renseignements précieux nous aurions eus sur les tissus anciens, si nous avions attendu les commentaires dont le savant antiquaire a enrichi cette monographie du fameux édit de Tan 304 î

(9) Le brocart, le drap d'or, a été fabriqué de toute antiquité dans l'Asie occidentale et bien avant qu'od n'y eût reçu la soie. 11 n faut pas rapprocher nécessairement de l'idée du drap d'or Tidée du drap de soie^ il est vrai que dans les temps modernes la fabrication de ces deux tissus a été réunie dans les mains des mêmes artisans; mais autrefois il n'en était pas de même. L'empire byzantin, l'empire de Roum, comme l'appelaient les Arabes '^

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de Constantinople, n'était pas organisé pour produire des soieries, et ajoutons qu'il n'en ayait pas besoin (1). Nous ne contestons pas la grande valeur historique de ces mûriers séculaires que l'on montre dans les villes de Smyrne et de Brousse ; ces arbres parlent certainement d'une industrie dont on cherche vainement la mention dans les écrivains leurs premiers contemporains. Mais en leur accordant quatre cents ans, et c'est déjà un bel âge, nous ne les supposerions plantés qu'au quinzième siècle. A cette époque, de beaucoup postérieure à celle que nous étucuons, on a produit de la soie et surtout on a fabriqué des étoffes de soie à Brousse; cela paraît incontestable d'après les renseignements recueillis par M. Francisque Michel et par M. Poujoulat (2). Cependant, même pour cette époque, nous n'oserions dire qu'il y avait une industrie séricicole à Brousse, quand nous nous représentons ce

était renommé pour ses brocarts. On en fabriquait dans TAsie Mineure, à Smyrne par exemple, aussi bien qu'à Constantinople et à Antioche. Firdousi^ dans son poëme le Shah-nameh^ ne fait pas une description de ricbes costumes sans mentionner les brocarts de Roum, qu'il compare aux brocarts delà Chine et à ceux de la Perse. Voir Livre des Rois, traduction de M. Mohl, tom. i, p. 91 , 567, tom. ii, p. 575, tom. m, passim,

(4) A Amiens et à Roubaix où Ton mélange si heureusement la soie à la laine, à Aubusson, aux Gobelins, pourrait-on fabriquer des soieries de manière à suppléer les manufactures de Lyon ?

(2) Francisque Michel, Recherches sur le commerce^ la fabrica" tionet les usages des étoffes de soie, iom, ii, p. 148. —Poujoulat, Voyage dans VAsie Mineure, tom. i, p. 46î.

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