‹ Histoire de la SuisseChapitre 36 sur 44 · GUERRE DB SOU A CE. LB NOMBRE DBS CANTONS PORTE A TREIZE PAR · texte numérisé non relu

GUERRE DB SOU A CE. LB NOMBRE DBS CANTONS PORTE A TREIZE PAR

l'aGGRÉGATION DE BALB, DB SCIIAFFOOSB ET d'aPPENZELL.

Les médiateurs avaient laisse Zurich dans une apparente tranquillité; mais le calme ne se rétablit pas en un jour dans un Etat qui a été long-temps en proie à la discorde. Le règne de la violence ne cède que lentement la place au règne de la justice et des lois , et les cœurs long-temps agités par des passions hostiles abjurent difficilement leurs haines. Les Zuricois en ûrent la triste expérience. L'édit de pacification los déconsidéra auprès de leurs sujets, et fut pour eux une source d'ennuis dont ils devaient se ressentir encore au bout de plusieurs siècles. D'un autre côté , les ennemis de Waldmann qui siégeaient maintenant dans le conseil , non contens d'avoir confisqué et dissipé ses biens,

persécutaient ses partisans et le surpassaient lui-même en violence et en injustice. Le pays gérait long-temps sous leur régime despotisque. On surnomma ce gouvernement le Conseil de Corne, L'administration de Waldmann parut douce auprès de celle de ces tyrans.

Sur ces entrefaites, de nouvelles divisions venaient d'éclater entre la ville et l'abbé de Saint-Gall. Ce prélat voulut bâtir un nouveau couvent à Rorschach, sur le territoire de sa dépendance. Les gens de Saint-Gall en furent irrités. Les Appenzellois , de tout temps mal disposés pour l'abbé , prirent parti pour eux ; les propres sujets de l'abbé épousèrent leur cause : le couvent fut rasé. L'abbé réclama le secours des quatre cantons protecteurs de l'Abbaye.

Zurich , Lucerne , Schwytz et Glaris intervinrent, et rétablirent le calme par la force des armes (1490). Cette tentative coûta beaucoup d'argent aux gens de Saint-Gall. Appenzell perdit le Rhinthal et une partie de la seigneurie de Sax 1 dont elle fit cession aux cantons protecteurs, à titre d'indemnité pour les frais de

' Les Appcn/cllois avaient acquis ces deux contrées en 1460, à la suite de la guerre de Zurich. T.

la guerre. Ces cantons associèrent plus tard à la souveraineté de ces provinces les cantons d'Uri , d'Underwald et de Zoug. Appenzell y fut admis de nouveau pour une part, en 1501. Enfin, plus de deux siècles après (1712), Berne entra en partage de cette propriété indivise.

De pareilles conquêtes , faites par des confédérés sur des confédérés , ne pouvaient manquer de produire une exaspération fâcheuse. Heureusement la Suisse se vit de nouveau menacée au dehors , et la présence d'un péril commun produisit un rapprochement salutaire.

Maximilien I d'Autriche occupait le trône impérial d'Allemagne. La France lui avait cédé le comté de Basse-Bourgogne, et pour s'assurer encore mieux la possession de cette province , il en avait formé un nouveau cercle qu'il venait d'incorporer à l'empire germanique. Il songeait pareillement à faire de la Suisse un cercle d'Allemagne. Mais les confédérés , préférant leur indépendance parvinrent par leurs instances, à le détourner de cette résolution. Les Etats de la Souabe avaient formé entre eux une ligue pour étouffer dans leur pays les rixes et les guerres intestines : Maximilien applaudit à cette mesure qui s'accordait avec les vues de sa poli-

tique. Il s'associa à la ligue de Souabe, et s en déclara le chef, dans l'intention de la faire servir à raffermissement de la puissance autrichienne. 11 somma les Suisses d'entrer dans la ligue de Souabe ; mais ceux-ci étaient trop jaloux de leur indépendance pour consentir a l'aliéner à aucun prix.

Ce refus irrita l'empereur; il dit aux députés que la confédération lui avait envoyés à Inspruck : « Vous êtes des membres rebelles de l'em- « pire. Vous me forcerez quelque jour à vous aller a faire moi-même une visite l'épée à la main. » Les députés lui répondirent : « Sire, nous prions a respectueusement Votre Majesté impériale de « s'épargner celte visite. Nos Suisses sont des « gens grossiers , et qui ne respectent pas même « les couronnes. »

La hardiesse des Suisses ne blessa pas moins la liguQ de Souabe. De là une animosilé qui donna souvent lieu à des rixes et a des voies de fait entre les habitans des frontières des deux pays. Les choses allèrent si loin que la ville de Constance fut obligée, pour sa sûreté, de se mettre sous la protection de la ligue de Souabe; car un jour une troupe de gens de la Thurgovie, instiguée par le bailli qui gouvernait alors cette province

pour le canton d'Uri, avait essayé de surprendre Constance pour la châtier de ses bravades contre les Suisses.

Les Grisons, de leur côté, avaient a souffrir autant que les Suisses du voisinage de l'Autriche. Le Tyrol et l'Engadine étaient sans cesse en altercation pour les limites , les droits et les péages. En 1476, les Tyroliens étaient entrés les armes à la main dans l'Engadine \ mais ils avaient été vigoureusement reçus par les habitans de cette vallée, et rejetés dans leur pays par le défilé du Finstermunster. De nouveaux sujets de guerre étaient survenus depuis lors. Après le partage de la succession de Toggenbourg, les droits que cette maison possédait dans la ligue des Dix-Juridictions avaient été dévolus aux comtes de Mœtsch, de Sax et de Montfort; plus tard ils avaient été achetés par la maison d'Autriche. C'était là une cause d'animosilé sans cesse renaissante entre les deux pays. Les Grisons et les Suisses ayant donc les mêmes motifs de redouter la puissance et la haine de l'empereur Maximilien , sentirent la nécessité d'unir leurs forces contre l'ennemi commun. La Ligue -Grise, en 1497, et celle de la Maison-de-Dieu, en 1498, firent un traité d'amitié et d'alliance défensive

avec Zurich, Uri, Schwytz, Underwald, Zoug et Glaris. La ligue des Dix-Juridictions n'osa pas s y joindre , dans la crainte d'irriter l'Autriche.

Alors l'empereur donna un libre essor à son ressentiment. Quoiqu'il eût à soutenir à cette époque une guerre difficile dans les Pays-Bas , il fit passer une armée autrichienne dans le Tyrol , tandis que les troupes de la ligue de Souabe investissaient la Suisse et le pays des Grisons depuis Bâle jusqu'au défilé de Luciensteg, entrée des Alpes rhétiennes du côté de l'Allemagne, couvrant ainsi toute la rive droite du lac de Constance et du Rhin.

Dans ce péril pressant, les Grisons et les Suisses déployèrent une égale énergie. Les guerriers d'Appenzell et du Sargans coururent occuper le Schollberg 1 . Les bannières du Valais , de Bàle, de Schaffouse, flottèrent bientôt à la vue de l'ennemi. Tout ce qui était en état de porter les armes vint se ranger sous les étendards de l'indépendance.

Les hostilités commencèrent au mois de février 1499. Huit mille Impériaux, franchissant les

* Défile situé entre Sargans et le Voralberg, à peu de dislance du passage de Luciensteg. T.

frontières des Grisons, pénétrèrent dans le Munsterthal et l'Engadine. Louis de Brandis, un des généraux de l'empereur, à la tête d'un corps de quelques raille hommes, enleva le poste important de Luciensteg , à la faveur de la trahison de quatre bourgeois de la petite ville de Mayenfeld ; mais les Grisons le lui reprirent de vive force. Huit cents Souabes restèrent sur le champ de bataille : le reste s'enfuit jusqu'à Balzers. Les Suisses passèrent ensuite le Rhin à Azmoos, et réunis aux Grisons, remportèrent une victoire éclatante près de Freisen. La noblesse de Souabe était postée avec un corps de dix mille hommes a Saint -Jean, a Hœchst et a Hard, entre Fussach et Brégentz. Huit mille confédérés attaquèrent l'ennemi dans ses positions, lui tuèrent près de la moitié de son monde, pénétrèrent dans les forêts de Brégentz, et mirent le pays a contribution. Un autre corps suisse de dix mille hommes pénétra dans le Hegau, au nord dii lac de Constance, et mit à feu et à sang cette contrée. Vingt villages, hameaux et châteauxforts furent réduits en cendres dans l'espace de huit jours.

Ce ne fut plus dès lors qu'une suite de batailles et d engagemens presque toujours heureux pour

les confédérés. Un corps de Iroupes ennemies, sorti de Constance à la faveur de la nuit, avait réussi à tromper la vigilance de la garnison suisse d'Ermatingen , et avait égorgé soixantetreize hommes surpris sans défense pendant leur sommeil. Mais les ennemis expièrent cet exploit peu honorable dans la foret du Schwaderloch , où dix-huit mille d'entre eux furent défaits par deux mille Suisses. La déroute fut si complète que les portes de la ville de Constance se trouvèrent trop étroites pour recevoir les fuyards, et que le nombre de leurs morts surpassa celui des Suisses qu'ils avaient eus k combattre. Un corps de confédérés pénétra dans le Wallgau près du Rhin supérieur, où les ennemis, forts de quatorze mille hommes et couverts par des retranchemens près de Frastenz , étaient loin de s'attendre à être forcés dans leurs positions. Mais Henri Walleb d'Uri, qui commandait les Suisses, passe une montagne qui couvrait les derrières de l'ennemi, et tourne leur camp retranché. Il meurt en exécutant cette manœuvre hardie , et sa mort est pour les confédérés le signal de la victoire. Ceux-ci se précipitent au travers du feu meurtrier de l'artillerie sur les lignes autrichiennes ; tous leurs coups portent la mort.

Trois mille cadavres ennemis couvrent le champ de bataille. Tout ce qui a échappé au carnage s'enfuit saisi de terreur au travers des bois et des rivières. Tel fut le résultat de cette mémorable journée de Frastenz, où chaque Suisse combattit comme si la victoire n'eût dépendu que de sa valeur personnelle , et où plus d'un guerrier se montra le digne émule de cet intrépide Jean Wala de Glaris, qui se mesura seul à Gams dans le Rhinthal avec trente cavaliers ennemis.

Les Grisons, de leur côté, ne se signalaient pas moins par l'énergie de leur défense. Quinze mille Autrichiens occupaient une position fortifiée à Malserhaïde dans le Tyrol. Les Grisons n'étaient en tout que huit mille hommes; ils n'hésitèrent pas k les attaquer. Ils tournèrent leurs retranchemens , et assaillirent leurs redoutes. Benoît Fontana monta le premier à l'assaut; debout sur le rempart, soutenant de sa main gauche ses entrailles qui sortaient par une large blessure, et combattant de sa main droite, il ranimait l'ardeur de ses compagnons : « En « avant! camarades, s'écriait-il, en avant! Que « ma mort ne vous arrête pas. Qu'importe un « homme de moins ? Sauvez la patrie ! sauvez la « liberté ! Point de milieu pour nous ; la victoire

« ou la servitude. » Fontana expire en prononçant ces paroles. Son trépas fut vengé ; près de cinq mille Autrichiens trouvèrent la mort dans les champs de Malserhaïdc. Les vainqueurs n'eurent que deux cents morts et six cents blessés.

L'empereur Maximilien était dans les Pays-Bas quand il reçut la nouvelle de toutes ces défaites. Il revint en Allemagne, accabla de reproches ses généraux, et somma les princes de l'empire de lui envoyer de nouveaux renforts pour réduire les Suisses. « Ces vils paysans, leur dit-il, «qui n'ont ni vertu, ni noblesse, ni décence, « mais en qui tout est grossièreté, insolence, per- « fidie, haine de notre nation, ont poussé l'au- « dace jusqu'à attaquer l'empire. Ils ont eu l'art « d'entraîner dans leur parti un grand nombre a de sujets de l'empire dont la fidélité ne s'était « jamais démentie jusqu'à ce jour. » Mais les princes se montrèrent peu disposés à répondre à cet appel. Maximilicn était réservé à de nouvelles humiliations. Il apprit qu'une armée qu'il avait envoyée dans TEngadine pour écraser la Ligue-Grise , avait été détruite au milieu de l'été par les avalanches de neige, par la famine, et par les quartiers de rochers que les gens du pays faisaient rouler sur l'ennemi du haut de leurs

montagnes. Il lui arrivait de tous côtés des rapports également aïfligeaas. Un eorps de raille Suisses avait battu une division ennemie quatre fois aussi nombreuse sur les hauteurs du Bruderholz près de Bâle. Peu de temps après (le 22 juillet), six mille confédérés avaient remporté une victoire éclatante à Dornach 1 , sur quinze mille Autrichiens aux ordres du comte Henri de Furstenberg. Les vaincus avaient laissé trois mille morts sur le champ de bataille ; leur général avait perdu la vie dans le combat. Tant de revers accumulés firent ouvrir les yeux à l'empereur Maximilien* Huit batailles perdues dans l'espace de huit mois, plus de vingt mille hommes tombés sous le fer des vainqueurs, tant de villes désolées, de campagnes dévastées, de châteaux réduits en cendres, lui firent cruellement sentir la faute qu'il avait commise en plaçant un peuple libre dans l'alternative de la victoire ou de la servitude. Il se décida enfin à mettre un terme à une guerre que son ambition avait allumée.

Un congrès s'assembla à Bâle , et la paix fut

' Dans le canton de Soleure , sur les confins des territoires de Soleure, de Berne et de Bâle. T.

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