‹ Histoire de la SuisseChapitre 8 sur 44 · ASPECT GÉNÉRAL DU PATS DÉSIGNÉ SOUS LE NOM DE SUISSE OU · texte numérisé non relu

ASPECT GÉNÉRAL DU PATS DÉSIGNÉ SOUS LE NOM DE SUISSE OU

D'ilELYÉTIE. PREMIERS HARITANS DE CETTE CONTREE.

La poésie a souvent chanté, l'histoire a souvent retracé les faits héroïques de nos ancêtres , leurs jours de gloire et de bonheur, leurs calamités et leurs revers. Je viens essayer de rajeunir ces imposans souvenirs, et de ranimer dans le cœur des Suisses qui liront mes récits , le feu sacré du patriotisme.

Lecteurs de tous les âges, prêtez à mes récits

une oreille attentive. L'histoire des générations i. i

qûi ne sont pins est l'école des générations appelées à les remplacer sur la scène du monde.

Non loin des lieux où le Rhône, sorti des glaciers du Valais , termine son cours majestueux dans les flots de la mer Méditerranée, s'élève une ligne de montagnes d'une médiocre hauteur. Cette chaîne , se contournant plus loin et se dirigeant vers l'Orient le long des frontières septentrionales de l'Italie, grandit progressivement en élévation à mesure qu'elle avance, et projette enfin dans les cieux ses sommets couronnés de nuages et de neiges éternelles. Elle couvre dans son développement un espace de trois cents lieues depuis son premier point de départ jus* que dans l'intérieur de la Hongrie : là elle s'abaisse de nouveau , et se termine par une suite de collines qui se confondent insensiblement avec la plaine. Ces montagnes sont les Alpes. Le pays qui a reçu le nom d'Helvétie est comme enveloppé au midi par la portion de cette chaîne qui présente les sommités les plus élevées et les escarpemens les plus rudes , se dessine sous mille formes variées dans une région supérieure a celle des nuages et a celle où l'homme a fixé son séjour.

Du pied de ces hautes montagnes , traversées

par d'étroits et profonds ravins qui s'ouvrent en larges vallées en s'abaissant vers la plaine, le pays se développe du côté du nord avec le cours des fleuves qui découlent des glaciers des Alpes, et s'étend dans cette direction jusqu'aux montagnes du Jura. Celte dernière chaîne s'arrondit comme un vaste croissant, des rives du lac Léman à celles du lac de Constance. Enfin , de Schafïhouseà Bâie, sur le revers septentrional du Jura, le Rhin baigne de ses eaux le pied de cette montagne , comme un fossé creusé à l'extérieur d'un rempart. Ainsi le Dieu protecteur de l'Helvétie, en la renfermant dans une enceinte redoutable de hautes montagnes et de profondes eaux , a fait de cette contrée une imposante citadelle, inexpugnable lorsqu'elle est gardée par d'énergiques défenseurs.

Tout ce pays , à une époque antérieure à l'histoire des hommes, a été couvert des eaux de l'Océan. Les flots de la mer se sont élevés a quatre-vingt-dix mille pieds au-dessus des champs et des prairies que nous cultivons aujourd'hui. A cette époque les cimes de nos montagnes apparaissaient comme des îles éparses au milieu des ondes. Les rochers les plus élevés présentent encore des traces de l'action puissante des flots :

des plantes et des coquillages qui tapissaient le fond des eaux gisent maintenant pétrifiés dans l'ancien limon converti en rocher solide. Le doigt de Dieu , empreint dans les cavités de la terre et sur les couches des montagnes, a écrit en caractères ineffaçables l'histoire des nombreux bouleversemens qui ont changé la face de notre globe avant que l'homme eût été créé pour l'habiter.

Même après que les eaux se furent retirées, et que l'ancien lit de la mer, laissé à sec, se fut couvert de mousses, d'herbes, de buissons et de forêts, des siècles s'écoulèrent avant que la voix de l'homme retentit dans ces silencieux déserts. On ignore quel fut le premier pasteur qui vint errer avec ses troupeaux le long des bords ombragés de nos lacs et de nos rivières. Quelques familles ont pu se fixer d'abord au sein des vallées ouvertes et dont le climat était le plus doux ; plus tard elles songèrent à s'élever dans des régions plus âpres; enfin elles découvrirent ces solitudes plus sauvages encore que les Hautes- Alpes recèlent au pied de leurs derniers escarpemens.

Six cents ans avant notre ère , les hautes vallées voisines des sources du Rhin étaient encore

inhabitées. Des fugitifs venus d'Italie en fuient, dit-on, les premiers habitans. Un peuple guerrier et puissant , les Gaulois , avait pénétré en Italie , y avait porté le carnage et la dévastation , exterminant les habitans , ou les forçant a fuir loin de leurs foyers a l'approche d'un féroce ennemi. Les vaincus désertèrent en foule le pays des Rasennes , situé près de la mer Méditerranée , lieux où fleurissent de nos jours les villes de Gênes et de Florence. Ils se réfugièrent avec leurs femmes, leurs enfans et leurs dieux domestiques, dans les sauvages vallées des Hautes-Alpes. D'épaisses forêts et des monts dont le sommet se perd dans la nue leur offraient un asile suffisamment sûr contre la fureur des Gaulois. On les nomma Rhéfeiens , du nom de leur dieu ou de leur héros Rhœtus. On donne encore de nos jours le nom de Rhétie au pays voisin des sources du Rhin et de Tlnn, la patne des Grisons, non moins forts par leur amour pour la liberté, que par les remparts que la nature a accumulés pour leur défense 1 .

* Outre les Rhétions, dont il vient d'être fait mention, il reste encore à indiquer plusieurs autres peuples non helvétiques, dont le territoire fait partie de la Suisse actuelle : 1° Les

Rauraques, qui habitaient l'évêché de Baie, le canton de Bàle et le Frickthal; 2° les Allohroges, établis sur la rive gauche du Rhône, entre l'extrémité inférieure du Léman et l'embouchure de l'Isère. Genève en occupait l'extrême frontière au Nord-Est; 3° les Nantuates, dans le Chablais et à l'entrée du Bas- Valais; 4° et 5° les Se'duni et les Feragri, dans le bas et le moyen Valais; 6° les Viberi, dans le Haut-Valais; 7° les Lepontà', qui occupaient le plateau central du Sainl-Golhard , d'où ils s'étendaient à l'Orient dans la vallée du Rhin antérieur, à l'Occident près des sources du Rhône, et au Midi dans la vallée Lévanline, dont le nom semble rappeler celui de ses anciens habitans.

L'Helvétie proprement dite , séparée de la Rhétie au temps de la conquête des Romains par le bassin de la Linth, ne parait guère avoir eu plus des trois quarts de l'étendue du pays qui forme aujourd'hui la Suisse.

Tout porte à croire que les Hclvétiens et les différens peuples que nous venons de nommer, à l'exception toutefois de la peuplade des Lcpontii, qui pourrait bien n'avoir été qu'une branche des Rhé tiens, avaient une origine commune, et appartenaient tous à la grande famille celte ou gauloise, dont ils tenaient leu> langue , leur religion et leurs institutions politiques. T.

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