‹ Histoire de la SuisseChapitre 9 sur 44 · AVEC LES C1MBRES , ENVIRON CENT ANS AVANT JESUS-CHRIST · texte numérisé non relu

AVEC LES C1MBRES , ENVIRON CENT ANS AVANT JESUS-CHRIST

Circonscrit dans cette enceinte dont nous venons d'esquisser les contours , inconnu au reste des hommes et fier de sa sauvage indépendance, le peuple hclvétien s'accrut lentement pendant une longue suite de siècles. La chasse , le soin des troupeaux, la culture des champs , fournissaient à sa subsistance. Chaque vallée formait une communauté indépendante. Une jeunesse pleine d'ardeur et de mépris pour Je danger poursuivait les bêtes fauves dans la sombre épaisseur des forets, combattait le serpent des cavernes et des marécages , allait attaquer jusque dans les montagnes les animaux féroces, effroi de la contrée; ou, animée par l'amour du pillage, faisait de temps en temps des incursions dans les pays voisins.

Une fourrure grossière était son vêtement ; un épieu, une massue, un arc et des flèches étaient ses armes. Plusieurs communautés, liguées pour l'attaque et pour la défense, formaient un district confédéré ou canton (Gau) ». Le canton des Tiguriens , sur les rives du Rhin et de la Thour, est le premier dont le nom soit parvenu jusqu'à nous.

Un peuple formidable, ou plutôt une masse armée de trois cent mille hommes de diverses nations, réunis sous le nom de Cimbres, sortit des contrées septentrionales de l'Europe, traversa les forêts de la Germanie , et se présenta sur les frontières des Helvétiens. On dit qu'un grand nombre d'entre eux étaient originaires de la Frise et de la Suède, régions boréales, couvertes de frimats et frappées de stérilité. On raconte quils avaient été chassés de leur pays

' Le mot allemand Gau, qui se retrouve avec de légères différences d'orthographe dans la plupart des langues d'origine germanique, ne paraît pas avoir pu appartenir à la période historique qui fait le sujet do ce chapitre. 11 n'a pu s'introduire dans la langue géographique de l'Helvétic qu'à l'époque de l'invasion des Allemands ou Souabes vers le milieu du sixième siècle, et du mélange de races qui en fut la suite. L'étymologie du mot Canton est visiblement latine. T.

natal par la famine, à la suite d'une inondation causée par d'effroyables pluies qui avaient transformé la terre qu'ils habitaient en un vaste marais. Volant de combats en combats et de victoires en victoires , cette horde guerrière s'avança jusqu'au Rhin, et traversant le fleuve, pénétra jusque dans les cités des Gaulois, où elle fit un riche butin.

A la nouvelle de cette brillante expédition , la jeunesse du canton des Tiguriens , brûla du désir de s'associer aux vainqueurs et de partager avec eux la gloire et les fruits de la guerre. Tout homme en état de combattre courut se ranger sous les drapeaux des Cimbres. Le pillage et l'extermination marquèrent en tous lieux le passage de ces conquérans. Les peuples de la Gaule, réduits au désespoir, allèrent implorer le secours de Rome.

Rome répondit à cet appel : une puissante armée franchit les Alpes, et déboucha sur le lac Léman. Son arrivée alarma les Tiguriens, ligués avec les Cimbres; ils se persuadèrent que les Romains allaient porter la guerre dans leur pays. Sur-le-champ ils marchèrent à leur rencontre sur les rives du Léman. Un jeune héros, nommé Divicon , était à leur tête. Dès qu'il aperçut le camp

des Romains, il fondit sur eux l'épée in la main : un sanglant combat s'engagea; le champ de bataille fut bientôt jonché des cadavres des ennemis; à la fin , les vaincus demandèrent grâce. Divicon les fit passer désarmés sous le joug, et,, après leur avoir fait subir cette humiliation, leur permit de repasser en Italie.

Le jeune guerrier, dont ce succès éclatant avait doublé le courage , rejoignit les Cimbres et porta avec eux la dévastation dans la Gaule. Les vainqueurs franchirent à leur tour les Alpes , pénétrèrent dans le cœur de l'Italie , et marchèrent sur Rome. Les Romains firent un généreux effort. Des flots de sang coulèrent dans plus d'une bataille; mais la fortune abandonna les Cimbres : la plupart d'entre eux tombèrent sous le fer de l'ennemi. Ceux qui survécurent au massacre allèrent chercher un refuge, sous la conduite deDivicon , derrière les montagnes de l'Helvétie.

Ces événemens peuvent expliquer comment des peuples du Nord sont venus, dès cette époque reculée, s'établir dans ce pays. Des chants populaires, conservés dans nos montagnes, retracent encore aujourd'hui le souvenir de l'émigration des hommes de la West -Frise. Retirés sur les rives du lac des Quatre-Cantons , au pied

des montagnes du Hacken et du Mythen , ils fixèrent leur demeure près de Bruch, nom qui signifie marécage, et arrachèrent les forets d'alentour. Deux frères , Suiter et Swen ou Suénon , passent pour avoir fondé le bourg de Schwytz. De nos jours encore on retrouve dans ces vallées des noms de familles qui existent en Suède.

Cette colonie, forcée par l'accroissement de sa population d'occuper une plus grande étendue de terrain , se répandit de proche en proche dans les vallées alors inhabitées et couvertes de forêts qui environnent le lac des Quatre-Cantons , dans le voisinage de la forêt de Kern , vers la sombre montagne du Brunig 1 . De la ils passèrent cette montagne, et gagnant par le pays de Hassli la région des Hautes-Alpes, ils occupèrent successivement les vallées couronnées de neige de Frutigen , du Haut -Simm en thaï , de Gessenay a ; et plus loin, au couchant, celles d'Afflentsch et de Bellegarde 3 . C'est au moins là ce que nous apprennent des traditions antiques , et par conséquent trop peu certaines pour inspirer une confiance implicite.

1 Entre les cantons d'Underwald et de Berne. T. a Dans le canton de Berne. T.

3 Dans le canton de Fribourg. T.

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