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CHAPITRE Il

Application de ces conditions au télégraphe françois.

Ces notions sur l’art télégraphique n’ont ététrouvées, par les auteurs du télégraphe françois, qu'après beaucoup de recherches; ils ne pouvoient tirer le moindre secours de leurs devanciers : ils furent donc obligés de créer la machine qui donne les signes, la méthode pour les appliquer, et les moyens d'organiser cette application pour le grand nombre de stations nécessitées souvent par la distance qu'on veut franchir. Il n’existoit jusqu’alors rien qui pût même indiquer la marche à suivre : il fallut se frayer une route inconnue , et se déterminer à faire une suite d'expériences qui pussent tirer l’art télégraphique de la nullité dans laquelle toit enseveli.

* Après avoir vérifié inutilement les ré-

sultats de tous les moyens connus jusqu’alors, on s’attacha à faire de nombreux essais sur la visibilité des corps opaques :

ces expériences, que les fréquents changements de l'atmosphère rendent très difficiles, firent choisir les formes des corps isolés dans l'air, qui se voyoient le mieux et de plus loin. On préféra , en conséquence, le parallélogramme rectangle très allongé; et, pour qu'il füt assez léger pour être mu facilement, et pour quil présentât le moins de résistance possible à l’action du vent, des lames de bois furent disposées de manière à lui laisser un passage libre, de quelque côté qu'il vint. Elles augmentèrent la légèreté des trois principales pièces mobiles, et empêchèrent la divergence que les rayons solaires éprouvent lorsqu'ils tombent sur des surfaces unies; divergence dont l’effet est de déformer les corps observés à une grande distance.

Cette espèce de persienne coûta beaucoup de recherches; mais ce n’étoit pas

assez d'avoir trouvé la forme la plus apparente , il falloit aussi qu’elle fournît assez de signaux pour rendre promptement les idées. Le parallélogramme seul ne pouvoit encore donner des signaux qu’en décrivant un cercle dont il étoit le diamêtre, et les positions qu'il prenoit se réduisoient à seize, en formant un angle de dix degrés pour chaque signal. Cette ouverture d'angle étoit trop petite pour être sensible à la vue dans beaucoup de circonstances ; mais différentes expé- ‘ riences apprirent quun corps qui n’est pas aperçu lorsqu'il est seul, devient visible lorsqu'il est joint à un autre et qu'il ne fait plus qu'un tout avec lui: cet effet d'optique fut ce qui détermina à ajouter deux ailes au télégraphe, ét alors au lieu de décrire les signaux sur la circonférence du cercle, il les forma avee les différentes figures que ces trois pièces mobiles présentent dans leur ensemble, suivant les différentes positions où elles se trouvent.

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Cette addition augmenta le nombre des signaux , n’Ota rien à la visibilité du télégraphe, puisque les ailes ne sont point regardées séparément par les observateurs qui ne font point attention à leur position particulière, mais seulement à la figure formée par l’ensemble des pièces qui le composent; elle n’ôta rien à la vitesse du mouvement, parce que le développement des ailes peut se faire simultanément avec le mouvement de la pièce principale; d’ailleurs la vitesse du mouvement ajoute peu à la célérité des transmissions ; le moyen de les accélérer est de transmettre avec des signaux qui expriment le plus d'idées.

Quelles que soient la simplicité et la visibilité des signaux, il seroit impossible qu'ils passassent sans altération de la première à la dernière station d’une longue ligne télégraphique, si on ne prenoit pas des précautions nécessaires contre les fautes, les lenteurs, qui résultent souvent de la négligence, de linattention et de la

précipitation des stationnaires. Les auteurs du télégraphe françois établirent une méthode telle, que, par son moyen, celui qui donne l'impulsion à tons les télégraphes d’une ligne télégraphique, pour faire passer une transmission, puisse en quelque sorte être présent à chaque station quoiqu'elles soient éloignées de plusieurs lieues les unes des autres ; qu'il puisse apercevoir à chaque instant les fautes de chaque stationnaire, et qu’il les presse, les dirige et les fasse manœuvrer aussi facilement qu'un chef militaire fait faire l'exercice aux soldats qui l'entourent. ( Vote 6.) |

Pour y parvenir, les auteurs du télégraphe françois consacrèrent des signaux particuliers, un d'abord pour chaque station, d’autres pour annoncer quand le travail de la ligne doit commencer ou finir, laquelle des deux stations extrêmes doit parler la première, le commencement de la transmission , sa fin, sa réception , la correction dont elle a hesoin si

elle n’est pas parvenue exactement, l'interruption d’une dépêche pour en faire parvenir une autre, ou pour annuler la première ; les interruptions de correspondance occasionnées dans une station par le mauvais temps, le dérangement des machines, l’absence des stationnaires de leurs postes; pour connoître, ceux qui oecasionnent des entraves, presser leurs mouvements, et enfin pour leur indiquer les moyens de lever les obstacles imprévus qui se présentent pendant leur travail, lorsque des signaux partis des deux extrémités se rencontrent sur la ligne.

Les signaux qui annoncent les fautes et les obstacles sont toujours suivis d’un signal indicatif de cette station, et ils parcourent toute la ligne avec la rapidité de l'éclair.

On voit qu'il estnécessaire d'apprendre aux stationnaires cette langue qui leur est particulière, et qu'ils aïent une certaine expérience pour en faire usage. Ceux qui

ont cru avoir inventé des télégraphes dont les agents pouvoient se servir sans instructions préliminaires se sont trompés, ou bien ils ont restreint à deux ou trois stations l'emploi de leurs machines.

Le télégraphe françois, pris isolément, peut être mis en mouvement et observé de loin par un homme tout-à-fait étranger aux opérations télégraphiques. C'est l'application des signaux règlementaires qui doit s’apprendre, et l’habitude de bien voir lorsque létat de l'atmosphère rend lobservation difficile, qu'on doit acquérir. |

On a donc eu tort de reprocher aux auteurs du télégraphe françois la nécessité où ils se trouvent souvent de donner des lecons à leurs agents avant de les employer. Rien n’est plus simple et plus facile à faire manœuvrer que la machine qu'ils ont inventée; il suffit de la considérer un instant pour s’en convaincre.

Elle est composée de trois pièces à sa partie supérieure ; chacune d'elles se meut

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séparément ; la plus grande de ces pièces qui, comme nous l'avons déjà dit , est un parallélogramme très allongé, aux extrémités de laquelle sont ajustées les deux autres, peut prendre quatre positions : devenir horizontale, verticale, être inclinée à gauche ou à droite » Sur un angle de quarante-cinq degrés. Les pièces qui se meuvent sur ses extrémités, et qu'on nomme ailes , sont disposées de maniére à prendre chacune sept positions, par rapport à la pièce principale, savoir : en formant, soit au-dessus soit au-dessous d'elle, un angle de quarante-cinq degrés, un angle droit, un obtus, enfin en coïncidant avec elle, Les trois pièces forment cent quatre-vingt-seize figures différen tes, qui doivent être regardées comme autant de signes simples, à chacun desquels on attache une valeur de convention. On conçoit sans peine qu’en plaçant ainsi dans une direction quelconque une suite de machines de cette espèce, dont chacune répète les mouvements de celle qui &

précède, on transmet au bout de cette ligne les figures faites à la première station, et par conséquent les idées qu'on y attache, sans que les agents intermédiaires en prennent connoissance; et pour quon puisse s'assurer sans peine que le signal a été exactement donné audessus de la maisonnette, on a placé dans l'intérieur , à la partie inférieure des poteaux qui soutiennent le télégraphe, un répétiteur ( Planche XT) servant de manivelle, qui donne le mouvement, et prend simultanément, en le donnant, la figure que l’on veut tracer à la partie supérieure.

Parmi les signaux dont nous venons de faire la description , nous en avons indiqué deux formés par la principale pièce ; c’est sa position inclinée à droite ou à gauche; tous les signaux doivent être figurés d’abord sur l’une de ces deux lignes obliques, et ils n’ont de valeur que lorsqu'ils sont portés sur la ligne horizontale, ou la ligne verticale. Cette mé-

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thode a des avantages très essentiels, et qui sont particuliers à la construction du télégraphe françois. D’äbord ce mouve-.

ment de rotation le rend plus visible; en tournant avec ses ailes autour de la circonférence dont il est le diamètre, l’ensemble se dessinant sous plusieurs aspects, le télégraphe est bien plus facile à apercevoir tout entier , et SOn repos sur la ligne verticale ou horizontale assure le signal. Quand on n’a pas de moyen d'assurer les signaux télégraphiques, il n'est guère possible qu'il n’y ait pas de confusion dans leur passage par une longue suite de stations : la moindre distraction de la part de celui qui donne ou de celui qui reçoit, fait qu'un signal est transmis avant celui qui le précède, et qu'il se trouve beaucoup de signaux perdus à l'extrémité de la ligne.

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