CHAPITRE I
Conditions nécessaires pour faire un bon télégraphe.
Presque tous ceux qui ont voulu faire des télégraphes ont cru en avoir imaginé un, lorsqu'ils ont pu trouver le moyen de faire passer quelques mots entre deux stations ; et c’est une des causes qui les ont empêchés de réussir.
Le mouvement seul des bras, lorsque la distance n’est pas grande, ou celui d’un simple bâton , auquel on attacheroit quelques chiffons noirs, suffiroient pour faire un télégraphe de cette espèce; mais lorsqu'on est forcé de multiplier les stations et de transmettre en peu de temps, et à
une grande distance, une certaine quantité de signaux, beaucoup de conditions qui n’avoient pas été appréciées d’abord deviennent nécessaires pour établir une bonne machine télégraphique.
Il faut qu'elle soit d’un volume assez considérable pour être vue à une grande distance, et cependant assez légère pour être transportée facilement, et placée sur les montagnes, les tours et les maisons, parce qu'on n'a pas toujours le choix des positions.
Elle doit, malgré la surface qui lui est nécessaire , résister aux vents, même aux tempêtes; elle a donc besoin d'une grande solidité dans son ensemble et dans chaque partie, pour que son action ne soit pas entravée par le dérangement des pièces qui la composent. Il faut que ses mouvements soient rapides, simultanés, qu'ils n'exigent pas l'emploi de beaucoup de forces, ‘et qu'ils se répètent exactement sur un répétiteur placé dans l'intérieur de la maisonnette. Les signaux
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produits par ces mouvements ne se succéderont pas sans confusion , et seront mal vus , s'ils ne présentent pas aux yeux des observateurs des formes simples, bien déterminées, qui ne donnent à ceux qui les forment et les recueillent aucune contention d'esprit, et si chaque signal n’est pas invariable pendant l'intervalle qui le sépare de celui qui le suit. Il est indispensable qu'une bonne machine télégraphique joigne à toutes ces qualités celle de donner un grand nombre de signaux primitifs qui doivent servir exclusivement à la police de la ligne, et pour signaler chaque station. Cette espèce de signaux est destinée à former une langue phrasique pour les stationnaires, qui est différente de celle qui est employée pour la correspondance générale.
Cette dernièrecorrespondanceréclame aussi un grand nombre designes; car, plus on emploie de caractères différents dans un sÿstème de numération , et moins on en emploie pour exprimer une quantité.
L’arithmétique décimale en exige deux pour former le nombre 10 : un seul seroit suffisant si elle avoit onze caractères ; d’où il suit que plus on a de signaux différents à sa disposition , moins on en emploie pour la composition des dépêches, et moins on a besoin de temps pour les faire passer à leur destination. L’économie du temps est toujours importante pour une-igne télégraphique, parce que l'état de l'atmosphère ne laisse pas toujours, même pendant les plus beaux jours, assez de temps dont on puisse disposer pour le passage des signaux. Les brumes qui s'élèvent le matin, spécialement autour des villes, sur les rivières, sur les bois, sur les marais, ou les ondulations de l'air, produites par la chaleur pendant la journée, paralysent souvent le télégraphe, et intercepteroient la correspondance, si elle exigeoit la transmission de beaucoup de signaux, et par conséquent l'emploi de beaucoup de temps.
Pour que la quantité des signes soit
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utile , il est nécessaire qu’ils soient vus et distingués facilement, et pour remplir cette condition, le choix de la forme et de la couleur du télégraphe mérite la plus grande attention.
On a trouvé, par des expériences, qu'un point noir sur un fond blanc se voit à une moindre distance qu’une ligne de même largeur; et que de deux lignes noires de même largeur, la plus longue se voit plus loin que la plus courte (*) : il est donc utile que les formes du télégraphe soient plus longues que larges.
Quoique, selon les principes d'optique, la couleur blanche soit cellequi réfléchisse le plus de lumière, le noir doit lui être préféré pour donner des signaux, parce que la visibilité des contours d’un corps opaque ne résulte pas autant de la réflexion de la lumière que du contraste occasionné par la différence qu'il y a entre
(*) Voyez Jurins, Essai on distincs and indistincs vision.
sa couleur et celle du champ sur lequel il est vu. Si tous les corps étoient blancs et également éclairés , on n’en distingueroiït aucun. Un corps noir placé dans l’atmosphère est enveloppé tout entier par l'air; il se fait sentir sur toutes ses surfaces et toutes ses dimensions : s’il étoit blanc, il se confondroit avec la couleur du fluide qui l’environne, lors même qu'il seroit appliqué immédiatement sur un corps noir, parce que le contraste ne se feroit sentir qu'au point de contact, tandis que toutes les autres parties se confondroient avec la couleur de lair dont elles seroient entourées.
Le contraste qui a lieu entre un corps noir et l'atmosphère diminue lorsque l'air est obscurci par des brouillards, des vapeurs sorties de la terre ou des arbres, et par les ondulations que la chaleur occasionne : les objets noirs placés derrière le corps qu'on veut apercevoir, affoiblissent aussi le contraste, et nuisent beaucoup à la facilité de les distinguer.
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On évite cet inconvénient en élevant le télégraphe à l'horizon au-dessus de tous les corps qui peuvent obscurcir le cercle de lumière au milieu duquel il doit être placé. Cette condition en rend le placement très difficile; mais elle est si importante, qu'il ne seroit d'aucun usage pendant le jour si cette précaution etoit négligée.
Ge n’est pas assez pour la visibilité des machines télégraphiques qu'elles soient parfaitement isolées dans l'atmosphère ; le rayon visuel qui les fait apercevoir doit aussi s'élever au-dessus de tous les corps intermédiaires, dont les émanations pourroient altérer sa clarté : il ne doit pas être assez prolongé pour que les stations soient trop éloignées les unes des autres.
La valeur de l'angle visuel sous lequel les corps opaques sont aperçus, et les rapports de leur diamètre avec la distance, ne peuvent servir de règle pour estimer l'éloignement auquel on peut les
placer. Le plus ou le moins de lucidité de l’air apporte tant de modifications à ces effets d'optique, qu’on ne peut donner de mesures générales sur cet objet; et comme l'atmosphère change suivant les temps et suivant les lieux, il faut chercher les distances sur lesquelles ces variations produisent le moins d'effet, et ces variations sont en si grand nombre, et de nature différente, que des expériences faites sur les lieux peuvent seules, en beaucoup de circonstances, servir de guides pour déterminer l'éloignement des stations, qui doit être aussi combiné avec la direction qui leur est donnée. Les télégraphes prennent, sur une longue ligne, plusieurs directions différentes, et si l'un d'eux est placé entre deux autres qui ne soient pas en face de lui, on est forcé de diminuer l'éloignement ordinaire, et de faire faire au télégraphe du milieu un angle dont l'ouverture soit en raison composée de la déviation et de la distance de chacun des deux autres.
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L'expérience a encore démontré que les formes des corps détachés dans l’atmosphère, vus à de grandes distances, échappent à l'œil de l’observateur le plus habile , lorsqu'ils réfléchissent directement la lumière du soleil. Pour parer à cet inconvénient , il est utile de former le télégraphe avec des lames inclinées en différents sens, afin de ménager des parties obscures par la divergence des reflets de lumière , et de faire contraster, par ce moyen, le télégraphe avec la diaphanéité de l'atmosphère. Ces lames donnent d’ailleurs plus de légèreté au télégraphe, et servent à amortir la force du vent.